MINISTRE
Le Ministre de l'Intérieur à Monsieur Balzac, J'ai reçu, Monsieur, avec la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le l"r de ce mois, le mémoire qui était inclus. Je vous prie d'agréer mes remerciements pour cet envoi. J'ai l'honneur de vous saluer.
Chetet.
en 1842, date de l'avant-propos de la Comédie Humaine? J'ajoute qu'il a dit, en un autre endroit: « On saura, dans quelque temps, combien l'œuvre que j'ai entreprise est profondément catholique et monarchique1. » Et c'est là la grande somme, l'essentiel du programme royaliste de Balzac, d'un royalisme de la Restauration. Or, ce royaliste, si on le laisse captif de quelques-unes de ses déclarations, paraîtra quelque peu contradictoire. De la noblesse, qui est la base de la monarchie, « il a tracé des portraits qui sont des insultes 2. » De ceux qui ont ramené la monarchie derrière les baïonnettes prussiennes et anglaises de 1815, il a dit dédaigneusement : ces « soi-disants alliés » (dans L'Interdiction) et ces : figures cosaques et royalistes « que les désastres de 1814 ont rendu si malheureusement populaires en France » (dans Le Médecin de campagne). Et de son parti, de ce parti légitimiste qui est à 1830 ce que les camelots du roi sont à 1912, il a écrit sans plus : « Ce parti est bien abject3. » Voilà bien un Balzac royaliste à bon marché. Si, pour des raisons que nous aurons à examiner plus loin, il manifeste ses sympathies monarchiques, au
1. A Mme Hanska, à Wierzchownia (Ukraine); Passy, 12 juillet 1842. — H. de Balzac, Lettres à l'Etrangère, 1842- IS44; Paris, s. d., in-8, tome II, p. H).
2. Henri Clouard, Nos maîtres; Balzac ; Pages sociales et politiques; Paris, s. d., in-18, p. VI.
3. A Mme Hanska, à Vienne; Paris, 11 avril 1831. - II. de Balzac, Lettres à V Etrangère, IS33-IS42; Paris, s. d., in-8, tome Ie1-, p. 183.
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moins est-il de ceux qui ne croient pas cette monarchie toute pureté et toute blancheur. Il a le courage d'en faire l'aveu en certain article de la Revue Parisienne où il déclare : « Catherine [de Médiris] et Robespierre ont fait la même œuvre. L'une et l'autre étaient sans tolérance. Aussi n'ai-je point blâmé, ne blàmerai-je jamais l'intolérance de 1793 parce que je n'entends pas que de niais philosophes et des sycophantes blâment l'intolérance religieuse et monarchique. » Il est donc catholique profondément, toujours en vertu de son acendance? Sans doute il a défendu les Jésuites et déclaré que « pour la première fois depuis cinquante ans une voix ose s'élever en faveur de ce célèbre institut [la société de Jésus] et va proclamer la vérité1, » mais à cette
1. Histoire impartiale des Jésuites; Paris, 1824, in-8. — En prenant la défense des Jésuites, Balzac ne faisait, au reste, que suivre la mode inaugurée par les déplorables politiciens appelés par Charles X au ministère. Voici ce que, de cette mode, disait un royaliste de 1826 : « Pour approuver 1rs Jésuites, il faut déchirer l'histoire qui les accuse d'avoir : prêché la doctrine du régicide, l'expulsion de la maison de Bourbon, la Saint-Barthélémy, la conjuration des poudres, la tentative d'assassinat sur Henri IV, par Barrière, par Jean Châtel et par Ravaillae. l'attentat sur Louis XV, la révolte du Paraguay, l'assassinat du roi de Portugal, les troubles d'Espagne en 1706, etc. Plusieurs révérends pères furent pendus dans ces occurrences, entre autres le père Guignard. Il faut du courage pour, en présence de tant d'actes, de tant d'écrits, et au mépris de la chose jugée, se constituer l'apologiste des Jésuites. Il faut plus que du courage pour les défendre sous le règne du petit-fils de Fleuri IV j » — M. L. B. D. S., Résumé de l'opinion publique ou Revue des journaux depuis la
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déclaration de sa jeunesse, son cœur d'Iiomme mûr ne sera pas sans donner de bénins démentis. En 1832, dans Le colonel Chahert il parlera avec dégoût de ces « sacristies humides où les prières se pèsent et se payent comme des épices. » En 1841, dans Une Ténébreuse affaire, avec une familiarité qui, chez un croyant, serait de l'irrespect, il écrira : « La police et les jésuites ont la vertu de ne jamais abandonner ni leurs ennemis ni leurs amis. » La vertu de la police!... Et, dans le même volume, la religion ne sera pour lui, comme la royauté et la justice, qu'une « machine » des sociétés. Quand, en 1833, sa maîtresse, Mme de Hanska, lui parle d'aller à confesse, il s'écrie : « Je t'adore religieuse, mais point de confession, point de jésuites1 ! » Il paraît donc bien tômé-
mort de Louis XVIII Jusqu'à ce jour ; Paris, 1er janvier 1826, in-8, p. 39.
1. A Mme Hanska, poste restante, à Genève; Paris, 2!) octobre 1833. — H. de Balzac, Lettres à l'Etrangère... ; tome Ier, p. (57. — Balzac savait-il que, de Luxembourg, le 17 vendémiaire an XIII (9 octobre 1804), Napoléon avait écrit à Fouché : <i Vous préviendrez les rédacteurs du Mercure et du Journal des Débats que je n'entends point que le nom des Jésuites soit même prononcé, et que tout ce qui pourrait amener à parler de cette société soit évité dans les journaux. Je ae permettrai jamais son rétablissement eja l'rance; I Espagne n'en veut pas; l'Italie n'en veul pas non plus. Tenez y donc la main et faites connaître aux différents préfets qu'ils veillent à ce (pie le mouvement qu'on voudrait donner ppur le rétablissement des Jésuites n'ait pas même de commencement. » — Correspondance de Napoléon Ier, publiée par ordre de V empereur Napoléon III; Paris, MDCCCLXII, in-8, tome X, pièce n° 8118, p. 23.
raire d'affirmer avec sévérité qu'il « fut royaliste et défendit l'Eglise1. » C'est d'autres témoignages que l'Eglise a à attendre de ses serviteurs. Mais j'établis l'hypothèse de Balzac royaliste intégral, à la manière de « l'action française. » 11 est bien certain que, dès lors, il est un des maîtres de la contre-révolution. On a écrit avec certitude qu'il a « protesté sans relâche contre la Révolution '-. » Par deux fois, d'une façon péremptoire, il dément ce sophisme : « La monarchie et la république sont les deux seules formes de gouvernement qui n'étouffent pas les beaux sentiments, » fait-il dire par la princesse de Cadignan à d'Arthez, un des héros dans lequel il s'est incarné (Les secrets de la princesse de Cadignan). Et, dans La Vendetta, il n'hésite pas à affirmer que la république et l'empire sont les deux, gouvernements « les plus énergiques que le monde ait connus. » Sont-ce là propos de contre-révolutionnaire? S'il l'était ne protesterait-il pas contre l'avènement de Bonaparte, le produit direct de la Révolution, car, en théorie royaliste, rien de plus contraire à l'esprit monarchique et traditionnel que Napoléon. Or, pour lui, Napoléon est un « grand roi » [La Fille aux yeux d'or) et le Premier Consul c'est l'immortel Bonaparte 3. Pourtant, c'est à la
1. L. Dimier, Les maîtres de la contre-révolution... ; p. 122.