‹ NapoléonChapitre 9 sur 39 · A Mme Hanska, à Saint-Pétersbourg-; Passy, 6 février · texte numérisé non relu

A Mme Hanska, à Saint-Pétersbourg-; Passy, 6 février

1844. — H. de Balzac, Lettres à l'Etrangère...; tome II, p. 301-

tenter d'en fixer en des livres cabrés et tumultueux comme une âme guerrière, l'aspect de cette armée, de cette épopée, l'image de cet homme. C'est en 1845 qu'il rêve de donner une forme définitive à cette partie de son œuvre, à ces Scènes de la vie militaire, où, dit-il dans la dédicace à Charles Nodier de La Rabouilleuse, « de beaux caractères », « de grands et nobles dévouements brilleront, » et qui constitueront, avec les scènes de la vie de province, delà vie privée, de la vie parisienne et de la vie politique, l'ensemble de la colossale comédie de l'humanité. Ces scènes guerrières forment dans son esprit quatre volumes : Les Soldats de la République; L'Entrée en campagne; Les Vendéens; Les Français en Egypte ; L'Armée roulante; La Garde consulaire ; Sous Vienne [I. Un Combat ; II. L'Armée assiégée; III. La Plaine de Wagram) ; L'Aubergiste ; Les Anglais en Espagne; Moscou; La Rataille de Dresde; Les Traînards ; Les Partisans ; Une Croisière ; Les Pontons ; La Campagne de France; Le Dernier champ de bataille; L'Emir; La Pénissière ; Le Corsaire algérien; Les Chouans; Une Passion dans le désert*. De cette fresque colossale, deux lambeaux nous sont demeurés : Les Chouans et Une Passion dans le désert. C'est la mort qui, du reste de l'œuvre rêvée, a hérité. Il y faut ajouter deux livres au sujet desquels Balzac écrit à Mme Hanska : « J'irai me pro-

1. Cité par Edmond Biié, Honoré de Balzac; Paris, 1897, in-8, p. 62.

mener dans les Alpes pour faire l'œuvre de la campagne de 1809 et celle de 1796, et, à mon retour, j'écrirai ces deux ouvrages-là1. » Et, cet autre : « Je voudrais aller... à Toulon et voir les lieux de la campagne d'Italie, pour faire Montenotte-. » Mais le vovaere coûterait mille francs, et alors il demeure chez lui, parmi les tasses de café de ses longues veilles et les paquets d'épreuves qui demeurent à corriger. Mais, quels regrets ! Et comme on sent que ces livres qu'il n'écrira jamais lui emplissent le cerveau d'hennissantes visions ! « J'ai trouvé, dit-il en 1844, le plus beau sujet bouffon pour Frederick [Lemaître], quelque chose d'inouï : mais je n'ai pas le temps de l'écrire. » Il s'agit du volume qui figure dans la liste qui précède sous le titre : Les Traînards. Balzac en explique le sujet :

Voici ce que c'est : peindre les traînards de l'armée française, en 1813 et 1814, c'est-à-dire l'envers de la guerre, toutes les guenilles qui traînent après une armée. Faire une pièce qui soit à l'époque de Napoléon ce qu'est Don Quichotte à la chevalerie, montrer les Sganarelles, les Frontins, les Mascarilles, les Figaros de l'armée, ce qu'on appelle les fricofeurs, les gens qui parlent guerre et qui n'ont pas vu le feu en quinze ans, et. qui sont poursuivis par l'ennemi ou par la gendarmerie de l'armée de Russie en Alsace, en passant par les pays intermédiaires qu'on

1. A Mme Hanska, à Saint-Pétersbourg; Passy, lPr avril IN I i. — H. de Balzac, Lettres à l'Etrangère... ; tome II, p. 340.

2. A Mme Hanska, à Wierzchownia (Ukraine) ; Paris, 16 juillet 1844. — H. de Balzac, Lettres à V Etrangère... ; tome II, p. 393.

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peindra. C'est une épopée drolatique, et avec Frederick. [Lemaître] pour Achille en haillons de la gloire, il y a de quoi faire bien de l'argent1.

Mais, des Traînards, il en sera comme de tant d'autres livres : « Il faut dire adieu... aux Traînards à la scène2. » Le gain serait trop mince et le gouffre des dettes demeure à combler. Cruelle tyrannie de l'argent ! Elle nous a dérobé la partie qui eut, certes, été la plus extraordinaire de l'œuvre de Balzac. « Comment, dit excellemment M. Paul Bourget, comment ne pas regretter la peinture de la Grande Armée et de notre grand Empereur, par Balzac, notre Napoléon littéraire3 ? » S'élevant contre Je vol de la contrefaçon des auteurs français à Bruxelles et proposant de l'écraser à la tète de l'armée des gens de lettres, le romancier menaçait la Belgique : « Elle a un Waterloo chez elle, elle en aura deux4. » Hélas! aux faillites de Balzac industriel, la littérature française doit un Waterloo dont le regret peut se parer des immortelles de l'éternité!

Un des grands ouvrages qui figurent sur la liste des Scènes de la vie militaire, en projet, paraît

1. A Mme Hanska, à Saint-Pétersbourg; Passy, 13 mars 1844. — H. de Balzac, Lettres à F Etrangère...', tome II, p. 330.

2. A Mme Hanska, à Saint-Pétersbourg; Passy, 9 avril 1844. — H. de Balzac, Lettres, k l Etrangère...; tome II, p. 347.

3. Introduction de Paul Bourget au Répertoire de la Comédie Humaine de II. de Balzac, par Anatole Cerfberr et Jules Christophe ; Paris, 1«(.)3, in-8, p. XIII.

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