‹ Napoléon I et Napoléon III [microforme]Chapitre 4 sur 6 · DONS · texte numérisé non relu

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revers, Napoléon est abattu ; sa retraite est presque tou. jours une fuite : il attaque brillamment, mais il ne sait point résister.” Or un tel capitaine ne devait-il pas finir ‘par succomber 7... Ecoutons maintenant le baron Rogniat :--“ Ce général, extraordinaire, admirable pour combattre et vaincre ses ennemis sur un champ de bataille, —admirable pour les surprendre dans leur marche, attaquer et dissiper leurs colonnes, ne savait pas faire une guerre méthodique, la seule cependant qui puisse asseoir des conquêtes stables en Europe. La tête remplie des hauts faits d'Alexandre, il courait le monde comme le héros grec à la tête d’une armée victorieuse, sans appr écier la différence des circonstances, qui ne permettaient pas aux mêmes moyens d'opérer les mêmes résultats. La funeste campagne de Russie est une invasion dans le genre asiatique, où l’on n’aperçoit jus les plus legères traces des précautions que nous prescrit la prudence dans nos guerres européennes.

‘ Napoléon a péri ;—il a péri, dit le général Foy, pour avoir tenté avec les hommes du XIXe siècle l’œuvre des Attila et des Genghis Khan ;—pour avoir cédé à une imagination toute contraire à l’esprit contemporain ; —pour n'avoir point voulu s’arrêter le jour où 1l eut la conscience de son impuissance à réussir. La nature a marqué un terme au delà duquel les entreprises folles ne peuvent pas être conduites avec sagesse. Ce terme, l’empereur

‘atteignit en Espagne, et le dépassa en Russie. S'il eût échappé alors à sa ruine, son inflexible outrecuidance lui eût fait trouver ailleurs Baylen et Moscou.”

Un passage du manifeste de l'Autriche à l’entrée de la campagne de Saxe, corrobore la pensée du général Foy :-—“ La campagne de 1812 fournit un exemple mémorable de l’irréussite d’une entreprise soutenue par une puissance colossale, et cozduite par un capitaine du premier ordre, quand, se confiant dans de grands talents militaires, il néglige les règles de la prudence, et dépasse les bornes de la nature.”

“ Les revers de l’armée française à Waterloo, dit le chevalier Azaïs, furent immenses, épouvantables. Mais généralement, les revers de Napoléon ne pouvaient être que ressemblans à ses succès. Pour obtenir ceux-ci, il avait institué un système de haute et foudioyante imprudence. Point de magasins, rien de préparé pour des ca-

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do retraite ; ses soldats üe devaient pas même s'imaginer qu'un mouvement de retraite fût chose possible, Par de tels procédés, si on ne saisit pas le but, on s'écrase, on s’anéantit.?

Oui, Napoiéon n’a pas été moins imprudent là où ila réussi, que dans ses revers. Nous avons ici le double témoignage de l’archiduc Charles et du baron Rogniat. ‘# Buonaparte, dit le premier, risquant tout pour tout gagner, préférant les choses extraordinaires aux évènemens naturels, les actions d'éclat à une conduite sûre, et les opérations hasardées à celles que dicte la prudence, tomba sur les communications de son adversaire en exposant les siennes propres. Melas rassembla ce qu’il put de ses troupes éparses et les deux armées se rencontrèrent dans les champs de Marengo. Un combat sanglant s'engagea et penchait en faveur des Autrichiens ; mais manquant d’ensemble, leurs troupes s’éparpillèrent, les ailes n’appuyérent pas le centre, et une réserve française se trouvait encore intacte à Torre di Garofolo. Avec elle le brave Desaix se jeta sur les ennemis dispersés, et périten héros dans les bras de la victoire. Mélas, surpris par la défaite des siens, céda par convention toute l'Italie jusque au Mincio au trop heureux Buonuparte, qui décida le sort de la guerre, et qui, par une marche avanturée éleva la gloire des armes françaises au dessus des actions les plus brillantes de ses adversaires dans la campugne de 1799.”

“ Le public, dit à son tour le général Rogniat,—qui se range toujours du côté de la fortune, a blâmé sévèrement les campagnes de Russie et de Saxe, tandis que les trompettes de la renommée retentissaient encore des louanges de la brillante campagae d’Austerlitz. Mais les connaisseurs, qui jugent plutôt d’après les principes de l’art que d’après les évènemens, aperçoivent dans cette fameuse campagne lcs mêmes fautes qui nous perdirent ici. On voit Napoléon y faire la guerre sans bâse d’cperation avec plus d'éclat que de solidité ; et cependant, quelle différence de résultat ; tant il est vrai que la fortune est bien puissante dans les affaires du monde.” Les campagnes non moins glorieuses d’'Téna et de Wagram paraissent aussi fautives à cet aristarque, et Napoléon lui-même lui a donné raison, comme on va le voir, quand on aura lü une page où Foy prétend le justifier, après l’avoir con-

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damné. ‘“ Quelques généraux ont donné une batailie aussi bien que lui. On en citeruit plusieurs qui l'ont mieux reçue. Illes a surpassés tous dans la maniére de diriger une campagne offensive. Les guerres d’Espagae et de Russie ne prouvent rien contre son génie. Ce n’est pas avec les régles de Montecuculli et de Turenne manœuvrant sur la Renchen qu'il faut juger de telles entreprises. Les uns guerroyaient pour avoir tel ou tel quartier d'hiver ; l’autre, pour conquérir le monde. Il lui fallait souvent non pas seulement gagner une bataille, mais la gagner de telle façon qu’elle épouvantät l’Europe et amenât des résultats gigantesques. Ainsi les vues politiques intervenaient sans cesse dans le génie stratégique, et pour l’apprécier tout entier, il ne fuut pas se renfermer dan, les limites de l’art de la guerre.”—Cest fort bien ; mais ie général Foy ajoute aussitôt, —ce qui paraît inconsistant :—< cet art ne se compose pas seulement de détails techniques, —il a aussi sa philosophie. Quand Napoléon commandait de petites armées en Italie, sur l’Adige, tout fut observation des règles, tout fut beau, tout fut grand ; successivement, il a fait de grandes choses, mais souvent, emploi du moral a prédominé sur le positif. La sphère s'agrandit, tout fut chanceux, tout fut calculé pour de grands résultats. Quelque habile qu’on soit, il y a presque toujours, dans ce jeu terrible, des risques proportionnés à la grandeur des profits.” Eh ! voilà précisément pourquoi, à la fin de la lutte, Napoléon et Wellington s’accordaient à se défier du système de guerre sur une échelle sans proportions qui avait été suivi depuis dix ans! Au maréchal Gouvion Saint Cyr, qui disait aussi à Napoléon que sa campagne d'Italie était son chef d'œuvre, Napoléon acquiesçait à Dresde, et, bien loin de dédaigner comme le général Foy, la s'ratégie de Montecuculli et de Tureune, il déclarait ce dernier le plus parfait général. Cette idée lui revenait à Ste. Hélène. “ De tous les généraux qui l'ont précédé, et peut être de tous ceux qui l'ont suivi, Turenne est le plus grand.” Ilne fesait point le même cas de Condé, dont le génie avait pourtant beaucoup plus d'analogie avec le siea.

Comme le tacticien Lloyd le remarque du Grand Frédéric, Napoléon était inappliqué et sans expérience dans la guerre obsidionale, branche pour laquelle il n’avait pas

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en effet assez de patience : ce n’est pâs lui qui serait resté un an à assiéger Sebastopol.

Quoiqu'il en soit, Napoléon a toujours été un guerrier dans toute la force de l'expression. Il fesait la guerre avec volupté ; il l’aimait comme on aime une amante au printems de la vie. C'était encore moins le but que la route à parcourir pour y arriver, qui souriait à son imagination ; car l’agitation était son éléinent : il se délectait au sein des tempêtes. Pour justifier aux autres, et peut-être à lui-même le dérèglement de ses projets, il montrait la révolution française incompatible avec les préjugés prétendus sur lesquels roule le monde depuis la chûte de l’empire romain. Tel est aussi Napoléon III ; mais sa capacité stratégique a été restreinte par une méfiance bien raisonnée de celle de son devancier. Il n°y a que cela qui a mis en quelque sorte un frein aux mémes passions. Pour lui, ce n’est pas tout ou rien, comme pour Napoléon Ier : on ne court pas sans reprendre haleine après le merveilleux, quand on fait invariablement moins qu’on n’avait parié. Il devait enlever à la Russie la Crimée. L’a-t-il fait ?—Lui, qui promettait à ses soldats de ne pas remettre l’épée dans le fourreau que l’etendard de l’Autriche n’eût reculé jusque à l’Adriatique, ne l’a-t-ii pas laissée, au point de vue purement militaire, dans une plus menaçante attitude derrière son quadrilatère, que quand elle avait à surveiller sous le canon des forteresses piémontaises la plaine de la Lombardie ? Toutefois la campagne de Solferino nous montre tout d’abord Napoléon IIT, général sans expérience assurément, doué aussi, comme son oncle, d’une haute capacité stratégique. Or Ja stratégie, dans un capitaine, ce n’est pas tout, mais c’est le principal ; c’est cette qualité qui n'apparaît chez ceux qui commandent, qu'à des siècles de distance. Napoléon reconnaît de la stratégie à Annibal. Pyrrhus ne connaissait que la tactique. Le général Jomini, dans la préface des esquisses militaires de l’archiduc Charles, aperçoit à peine un véritable exemple de stratégie en Gustave-Adolphe, puis, jusque à Frédéric le Grand, il cite, comme faits isolés, la marche de Mariborough de la Meuse au Danube, et celle d’'Eugène sur Turin. C’est donc beaucoup si un général entend la stratégie ; mais il faut d’autres qualités, car celui qui commande est un homme multiple. Il faut au besoin qu’il

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