i juillet
rrli j^erail piaisant que la coiirluite du vainqueur dùl être juslitiée aux vaincas. -n
(Napoléon au comte Darii , la ocl. 1807. )
Napoléon mit fin U la guerre de la quatrième coalition en signant à Tilsit deux traites, Tun avec la Russie, le 7 juillet 1807, ^ '^^i**'^avec la Prusse, le surlendemaiii.
On se rappelle les dispositions principales de ce dernier pacte : d'une part, la Prusse reconnaît Joseph comme roi de Naples, Louis comme roi de Hollande, Jérôme comme roi de Westplialie, la Confédération du Rhin comme puissance légitime; d'autre part, elle perd à Test, outre Dantzig, les territoires quelle avait reçus à la fin du xvin^ siècle dans les trois partages de la Pologne; à Touest, ses limites sont ramenées sur TËlbe; c'est-à-dire qu'elle est dépossédée de la moitié de son territoire Ces clauses furent exécutées , sinon sans récriminations , du moins sans grandes difficultés.
Il en fut tout autrement de l'article 98 du traité stipulant l'évacuation du pays par les armées de Napoléon. Il importe de donner
La population de ia Prusse s'éievait à 9,7/1^,000 habitants avant traité. Après, elle n'était plus que de 6,988,000. Elle était cependant un peu supérieure à ce qu'elle était à la mort de Frédéric 11 en 1 786 , date à laquelle elle ne dépassait guère 4,800,000 habitants.
LA CONVENTiON
le texte de cet article, car il forme, avec la convention dont il ordonne la conclusion immédiate, le fondement des réclamations que, pendant des années, s'adressèrent Tun à Tautre, Napoléon et le Roi de Prusse; celui-ci, souverain du pays occupé, protestant contre la durée de l'occupation et l'élévation de sa dette; celui-là, impatient créancier, se plaignant de la mauvaise volonté de son récalcitrant débiteur :
Art. 28. Il sera fait immédiatement une convention ayant pour but de j égler tout ce qui est relatif au mode et à réj)0(jue de la remise des places qui doivent être restituées à S. M. le Roi de Prusse, ainsi que les détails qui regardent Tadministration civile et militaire des pays qui doivent être aussi leslitués.
La convention prescrite par cet article fut signée trois jours après, le i 2 juillet, à Konigsberg, où Napoléon, venant de Tilsit, était arrivé le 10. Le maréchal Alexandre Berlliier, prince de Neuchâtel, signa pour TEmpereur des Français, le maréchal comte de Kalckreuth pour le Roi de Prusse.
L'objet presque unique de cette convention est l'exécution de l'article 28 du traité de Tilsit, c'est-à-dire l'évacuation du territoire prussien. L'article 2 l'ordonne dans les termes suivants :
Art. 2. La ville de Tilsit sera remise le 20 juillet, celle de Konigsberg, le 9 5 du même mois, et, avant le 1" du mois d'août, les pays jusqu'à la Passarge formant les anciennes positions de l'armée seront remis.
Au âo août, on évacueia la Vieille Prusse jusqu'à la Vistule.
Au 5 septembre, on évacueja le reste de la Vieille Pjusse jusqu'à l'Oder.
Les limites du territoire de Dantzig seront tracées à deux lieues autour de la ville et déterminées par des poteaux aux armes de France, de Dantzig, de Saxe et de Prusse.
Au i*' octobj-e, on évacuera toute la Prusse jusqu'à l'Elbe.
La Silésie sera également remise au i*' octobre, ce qui fera deux mois et demi pour l'évacuation entière du Royaume de Prusse.
La province de Magdeboui'g pour la partie qui se trouve sur la rive droite de l'Elbe , ainsi que les provinces de Prentzlow et de Pasewalk , ne
DE KÔNIGSBERG.
seront évacuées qu'au novembre: mais il sera tracé une ligne de manière que les troupes ne puissent pas approcher de Bej lin.
Quant à Stettin, Tépoque à laquelle cette ville seia évacuée sej a déteiminée par les Plénipotentiaires. Six nulle Français resteront en garnison dans cette ville jus(pi'au moment où Ton évacuera.
Les places de Spandau, de Custrin, et en général toutes celles delaSilésie seront remises au i" octoljj e entre les mains des troupes de S. M. le Roi de Prusse.
Si Napoléon exigeait que Stettin restât occupée par 6,000 Français, c'était par précaution, non contre le Roi de Prusse, qui ne semblait plus bien dangereux, mais contre c(^l ç^archifou de roi de Suède ([ui venait de dénoncer Tarmistice.
L'évacuation des Etats prussiens aurait probablement été aussi rapide (|u'on Lavait prévue si le départ des troupes françaises n avait été expressément subordonné à Lac(piittement par le vaincu de Larriéré de sa dette envers le vainqu(»ur. Cette condition était stipulée dans les articles /i et 5 de la Comention du xti juillet :
4rt. 4. Les dispositions ci-dessus auront lieu aux époques déterminées, dans le cas où les contributions frappées sur le pays seraient acqiiiltées; bien entendu que les contributions seront censées accpiittées quand des sûretés suffisantes seront reconnues valables par Tlntendant Général de l'armée. Il est également entendu que toute contribution qui n'était pas connue publicpiement avant Técbange des ratifications est nulle.
Art. 5. Tous les revenus du Royaume de Prusse, depuis le jour de Técbange des ratifications, seront versés, dans les caisses du Roi et pour le compte de S. M., si les contributions dues et écbues depuis le 1" novembre 1806 jusqu'au jour de l'échange des ratifications sont acquittées.
Les contributions, au payement desquelles Larlicle U fait allusion formaient deux catégories : les unes étaient qualifiées extraordinaires, les autres ordinaires.
Napoléon à Fouclié, 10 juillet 1807.
LA CONVENTION
Nnpoleon, suivaiii sa doctrine, la vieille doctrine romaine (|ue la guerre nourrit la guerre, c'est-à-dire que les frais de la guerre doivent être payés par le vaincu, Napoléon, dès que son armée pénétrait en pays ennemi, exigeait sans délai des villes, provinces ou Etats qu'il occupait une somme forfaitaire, généralement en rapport avec leur richesse. Ces sommes forfaitaires, qu'on appelait contributions extraordinaires, étaient réparties et levées sur les populations par des comités de recouvrement composés de notables qui en versaient le montant à l'intendance; en cas de nécessité, ces comités contractaient des emprunts ou s'acquittaient en eft'ets à courte échéance. — Ainsi, au lendemain de sa victoire à léna, jNapoléon décréta dix-huit contributions extraordinaires sur les Etats occupés : celle de l'Electeur de Saxe fut fix€»e à 26,375,000 francs; celle du duché de Weimar à 2,900,000 francs, celle des Etats du duc de Brunswick et Wolfenbuttel, à 5,(>2 5,ooo francs, etc.; les Etats de la Prusse en dea) de la Vistule devaient verser 90 millions de francs et la ville de Berlin, 10. Le total des contributions décrétées ce jour-là atteignit 159,425,000 francs.
Napoléon ne se contentait point de ces contributions extraordinaires qu'il levait en quelque sorte comme entrée en jeu ; il percevait aussi à son profit les impôts et revenus publics des pays occupés, ou plutôt, pour sa commodité , il exigeait le payement de sommes forfaitaires, dont le montant était censé correspondre au produit annuel des impôts et revenus publics; ces sommes forfaitaires étaient habituellement (|ualifiées de contributions ordinaireSy à cause de leur durée et de la permanence des ressources qui les alimentaient, par opposition aux contributions extraordinaires, ainsi désignées à cause de leur caractère accidentel. — C'est ainsi que, quelques jours après léna. Napoléon, passant à Wittenberg, rendit un décret qui, non seulement le mettait en
Décret du i5 octobre 1806.
DE KÔNIGSBERG. 5
possession des États du duc de Brunswick et du prince d'Orange, des pays de Hanovre et d'Osnabruck , ainsi que de tous les Etats prussiens sis entre le Rhin et TEibe, mais encore prescrivait que, dans ces pays, ie séquestre serait apposé sur les palais, magasins et caisses publi([ues et ^pie les revenus fiscaux ou domaniaux seraient désormais perçus pour le compte de l'Empereur Ce décret, en ce (jui concerne les Etats prussiens, ne s'appliquait qu'a ceux qui se trouvaient en deçà de TElbe; mais, bientôt, une note de service, datée à Berlin du 9 novembre, et adressée a rintendant général de l'Armée, en étend l'effet à tous les pays occupés : L'Intendant , ordonne l'Empereur, sera chargé de toute la partie des finances; il fera mettre la main sur tous les magasins appartenant au Roi, caisses et domaines, veillera a la perception des revenus 7^ Telles étaient les deux catégories de contributions que Napoléon avait imposées à la Prusse, ainsi d'ailleurs qu'aux autres principautés ou états qu'il avait conquis.
Quand la convention d'évacuation fut signée à Kônigsberg, la Prusse n'avait encore versé ni toutes les contributions de guerre dont elle avait été frappée, ni tous les impôts et revenus publics échus dont elle était redevable. Napoléon entendait ne rien abandoiHKT de ces sommes, et pour être sûr de les recouvrer toutes, il fit inscrire dans la convention que les armées qu'il commandait en Prusse, ne retourneraient pas en France avant qu'il ne fût payé intégralement, ou tout au moins sans qu'il en eût la garantie absolue. Il ne se départit jamais de cette exigence.
Napoléon avait au moins drux raisons do réclamer le payement intégral de l'arriéré.
La première, il la répétait sans cesse, c'est que les contributions levées en pays ennemi appartenaient à l'armée : elles servaient , en effet, à acquitter les dépenses d'occupation et à récompenser les chefs. Dans une note datée, à Kcinigsberg, (hi \ juilh»t i8oy.
Décret du -îS octobre iSo() (arl. /i et 5).
•"^^ \apol<'»on li Darn, h nnvombre 1H06.
LA CONVENTION
et relative à la convention d'évacuation, signée ce même jour, Napoléon recommande à ses représentants de faire sentir que les contributions n'appartiennent pas à TEmpereur, mais à l'armée».
11 dit, dans une autre note, datée du lendemain : ccLe langage de r Intendant général doit toujours être que l'Empereur n'est point maître de rendre les magasins, ni de remettre les contributions, parce qu'ils appartiennent à Tarmée, et que, s'il le faisait, il faudrait qu'il les rend)oursât de ses deniers, ce qui n'est pas proposable??. Ces recommandations, faites à la fin de la campagne, (|uand la paix était rétablie, n'étaient que la répétition des instructions données au commencement. On lit, en effet, dans le procèsverbal d'un Conseil d'administration de l'armée, tenu à Berlin le ili novembre 1806, les prescriptions suivantes sur la séparation à établir entre les fonds du Trésor public et ceux provenant des territoires occupés : ce Le Payeur général présentera au Conseil d'administration qui se tiendra dimanche prochain, à 10 heures, un compte séparé de l'argent qui provient du Trésor public de Paris et celui qui provient du pays conc|uis. Os fonds ne doivent pas être confondus : le Payeur doit compte des uns au Trésor public, et il doit être tenu des autres un compte particulier, dont le Trésor public doit avoir connaissance, mais sur l'emploi desquels il n'a aucun moyen de vérification
La seconde raison, c'est qu'à cette date, quoique les finances impériales ne fussent pas en mauvais état, le Trésor était assez gêné : la perte causée par les Banquiers réunis avait été évaluée à 85 millions au i*"*^ janvier 1807, représentant ainsi environ
12 p. 100 du budget de l'exercice courant; d'autre part, pendant que la Grande Armée était en Prusse, en Pologne, en Russie, il avait fallu appeler dans les casernes de France de jeunes soldats et le Trésor impérial avait dû pourvoir à leur entretien. Que la Trésorerie impériale fut fort embarrassée, rien, à mon avis, ne le
Correspondance de Napoléon 1", n° 1 i,*î56.
DE KONIGSBERG.
démontre mieux que le spectacle, que donnait à cette époque le nouveau roi de Naples, Joseph Bonaparte, qui, malgré les supplications incessantes qu'il adressait à son frère, ne pouvait obtenir de lui le prêt de U ou 5 millions indispensables à l'existence de son royaume, lequel était pourtant vm des éléments de la puissance et de la dignité de l'Empire français.
A cette raison financière, on peut bien conjecturer qu'il s'ajoutait, dans Tesprit de Napoléon, une raison politi([ue : c'est (ju'il n'aurait pas été sage, il n'aurait même pas été prudent, de sa part, d'en faire remise totale ou partielle. Ce n'est pas le lieu d'examiner ici si les contributions furent trop élevées, ni s'il n'y eut pas ([uelque imprudence à faire verser dans les caisses de la Grande Armée presque tous les revenus du royaume occupé et à priver, par suite, à peu près complètement de leurs salaires ou allocations certains fonctionnaires prussiens, les pensionnés, les invalides, etc. Mais, au simple point de vue de la politicjue et de l'autorité napoléoniennes , il fallait que l'ordre donné de lever les contributions el les impositions fut exécuté , afin que ceux qui s'y étaient soustraits ne tirassent pas profit de leur désobéissance.
L'Empereur devait bien supposer, d'ailleurs, qu'il aurait encore quelque jour à lever quel([ue part des contributions de guerre; or, si, à la fin d'une lutte où il avait été si complètement victorieux, il renonçait, ne fût-ce qu'en partie, à ce cju'il avait demandé pendant qu'elle était engagée , n'était-ce pas encourager par avance la mauvaise volonté de ceux à qui il réclamerait des contributions au cours des invasions futures? Un acte de générosité dans ces circonstances eût été un précédent fâcheux pour l'avenir.
C'eût été aussi un mauvais exemple pour le présent; car il eût été invoqué tout de suite et a juste titre, par deux princes français, régnant en Allemagne, qui avaient des dettes exactement de la même nature que celles du Roi de Prusse : c'étaient le beau-frère et le frère de l'Empereur, je veux dire le prince Joachim, grand-duc de Berg et de Clèves, et le souverain du nouveau royaume de
LA CONVENTION
Westphaiie, JérômivNapoléoii. II n'est pas inutile, je crois, de rappeler ici, en quelques lignes, quels arrangements Napoléon prit avec eux pour apurer leurs obligations pécuniaires envers lui; on verra ainsi quel compte Napoléon tenait de la parenté quand il réglait les créances qu'il avait sur les membres de sa famille et Ton comprendra mieux ensuite son attitude à Tégard de la Prusse.
Quand Murât, marié à Caroline Bonaparte, prit le titre de prince Joacbim et fut nommé grand-duc de Berg et de Clèves, ses états^*^, ne se composaient que de l'ancien ducbé de Berg, cédé par la Bavière et de l'ancienne principauté de Clèves, cédée par la Prusse. And)itieu\, et époux d'une femme très ambitieuse, il réussit à faire agrandir son duché d'abord par le traité de la Confédération du Rhin (12 juillet 1806) puis, l'année suivante, par le traité de Tilsil. L'article y de ce dernier traité obligeait, en effet, Frédéric- Guillaume III à donner, en toute propriété, aux rois, grands-ducs, etc., que désignerait Napoléon, toutes les possessions qu'avait la Prusse entre le Rhin etTElbe, au commencement de la guerre de 1806-1807. Or, parmi les territoires, dont s'agrandit ainsi le grand-duché d(* Berg et Clèves, se trouvaient quelques états qui avaient été occupés par les armées françaises dès le début de la campagne , et qui , à la fin des hostilités , avaient , comme la Prusse, envers leur conquérant, une dette d'impositions et de contributions de guerre arriérées. Le pavs de Munster avait été frappé d'une contribution de deux millions et demi de francs ; au comté de la Mark, deux millions avaient été réclamés; les pays de Lingen et Tecklenburg avaient été taxés 100,000 francs, etc. Ces contributions extraordinaires n'étaient pas entièrement acquittées, pas plus que ce qui revenait à l'Empereur des revenus publics et des impositions dont il s'était réservé le produit. Napoléon allait-il faire HMnise totale ou partielle de cet arriéré, (|ui devenait une dette assez Idurde pour son boau-frèiM»? NnHeuMMii. L'artido du traité
' Jl «'H jM'it possession Ir i T) mars i Sof».
DE KONIGSBERG.
secret cragrandissement du grand-duché, conclu entre lui et le grand-duc de Berg en exécution des stipulations du traité de Tilsit est, en effet, ainsi rédigé :
ffSon Altesse im|)ériale et royale le grand-duc de Berg sera mis en possession des dites principautés, comtés et seigneuries par des Commissaires de Sa Majesté impériale et royale le i" mars de cette année; mais toutes les contributions extraordinaires frappées sur les dits pays par Tlntendant général de Tarmée , ainsi que les contributions ordinaires à compter du premier jour de Toccupation par les troupes de Sa Majesté impériale et royale, jusqu'au jour de la remise, devront être préalablement acquittées, ou il devra être donné des sûretés suffisantes pour leiu- payement^^^ w
On li(juida, en conséquence, juscpfau dernier centime, l'arriéré sur contributions de guerre et Tarriéré sur impositions ordinaires; le premier s'élevait à 9 97,699 fr. 39 ; le second à 1 ,2 33, 1 AS fr. 97. Une déduction de -y, 1 20 fr. /lo provenant d'une erreur crimposition ayant été opérée, la dette du grand-duc de Berg fut arrêtée définitivement, au total, a i,593,5â'7 fr. 89. Le payement en fut minutieusement réglé, dans une convention, oii Daru, flntendant général de la grande armée, représentait TEiupereur et le général Damas le grand-duc de Berg^^^ D'abord, on considéra, comme argent versé, une livraison de 100 chevaux, réquisitionnés pour rartillerie, soit 3 6,000 francs et une foin-niture de pain à des invalides, évaluée 991 fr. 39. Puis, le grand-duc dut pay(*r 600,000 francsenargentcomptant.il restait encore 886,536 fr. 60. En payement, le grand-duc remit au Receveur général des Contributions extraordinaires huit obligations de 110,817 ^7 chacune, payables à raison d'une par mois, à partir du i""^ juillet 1808.
C'est ainsi que fut liquidée et acquittée, la dette de guerre mise par Napoléon à la charge des principautés et seigneuries incorporées aux possessions du prince Joachim.
Traité de Paris du mi janvier 1808.
- Cette convention fut signée à Berlin le avrii 1808,
LA CONVENTION
H en fut exactement de même pour le royaume de Weslphalie , dont il venait de faire son frère Jérôme roi.
On sait que ce royaume avait été constitué, en exécution du traité deTilsit, par décret impérial du 18 août 1807, avec la plupart des possessions du roi de Prusse à TOuest de TElbe, les états du prince de Hesse-Gassel, du duc de Brunswick, etc/^^ Or, quand la paix avait été signée, il existait, là aussi, un arriéré à la fois sur les revenus et impositions que Napoléon s'était réservés dans ces pays et sur les contributions extraordinaires dont il les avait frappés. Pour être bien assuré du payement, l'Empereur n'hésita point à inscrire dans la constitution même du nouveau royaume un article qui mettait à sa charge tout cet arriéré. (Constitution du royaume de Wesphalie du i5 novembre 1807, art. 3). Puis, il envoya Daru faire en Wesphalie des opérations et des calculs analogues à ceux qu'il avait effectués en Prusse et dans les nouvelles provinces du duché de Berg.
L'Intendant général constata que âo, 553, 021 fr. restaient dus sur les contributions d(^ guerre et 5, 9 ^11, 863 fr. sur les impositions et revenus, plus 53,2/i5fr. 1 5 pour des ventes de sel et 5 1 6, 1 1 8f. 2 9 pour des combustibles, soit en tout 'j 6,364,2^8 f. 20. Le roi Jérôme ne pouvant s'acquitter de cette somme sur le champ, Napoléon consentit à être payé en 18 mois, à raison de un dixhuitième par mois. Le 22 avril 1808, une convention signée, à Berlin , par Daru et Jollivet au nom de l'Empereur et par Malchus au nom du roi de Wesphalie , constata sur la somme à payer et sur les délais de payement l'accord des deux souverains
Le décret du 18 août 1807 eut effet seulement du i*"^ septembre suivant. Pendant le mois de septembre , le royaume fut administré par une régence composée de trois conseillers d'Etat (Beugnot, Siméon et Jollivet) et du général Lagrange.
Jérôme prit possession de ses états, comme roi, le i**^ octobre 1807.
En exécution de cette convention, le jour même, la province de Magdebourg et Halle remit 12,139,072 francs représentés par la obligations de 1 ,0 1 0,756 francs chacune, échéant de mois en mois, à partir du 1*' mai 1808.
DE KÔNIGSBERG.
En Westphalio, comme dans le duché de Berg, ce fut donc par un payement intégral et presque immédiat que fut éteinte la créance de Napoléon.
L'Empereur Tarait déclaré : les contributions à lever chez Tennemi appartiennent à Tarmée. Ce principe affirmé, pouvait-il y renoncer au profit de qui que ce fût? A ses yeux, c'eût été spolier Tarmée. Le frère, le beau-frère et le roi de Prusse devaient donc payer. 11 avait d'ailleurs écrit à Daru le 12 août 1807 : c^Mon intention est que les contributions des provinces qui font partie du royaume de Westphalie et (hi grand-duché di' Berg soient payées comme les autres, v
Le Roi de Prusse , vaincu , s'est plaint avec amertume des rigueurs de l'Empereur des Français : il fut traité comme Joachim Murât et comme Jérôme Napoléon.
On a dit, maintes fois, que Napoléon, voulant continuer d'oc cuper la Prusse après la paix, avait subordonné le départ de ses armées à des conditions financières irréalisables. (]'est une erreur.
Napoléon avait l'idée arrêtée de ramener ses armées en France le plus tôt possible. Tous les ordres qu'il donna à cette époque à ses généraux le démontrent. Je ne citerai que quelques lignes des instructions qu'il adressa au maréchal Berthier le lendemain du jour où la convention fut signée : Donnez ordre à l'intendant général d'envoyer, dans la nuit, à tous les intendants la convention faite avec M. de Kalckreuth , avec ordre de presser les versements de la contribution extraordinaire, puisque l'évacuation du pays dépend de cette clause 59 11 est vrai que quelques mois plus tard. Napoléon déclara qu'il ne quitterait la Prusse que quand Alexandre P*" aurait évacué la Moldavie et la Valachie, ainsi que celui-ci s'y était engagé par le traité de Tilsit. Mais si les intentions de Napoléon s'étaient modifiées, c'est uniquement parce que le
Napoléon h Berthier, i3 juillet 1807.
LA CONVENTION
tzar, en continuant d'occuper les principautés danubiennes, modifiait lui-même la situation créée par le traité et rompait Téquilibre des puissances. Ce fut donc un fait nouveau, tout à fait imprévu en juillet 1807, qui obligea Napoléon à changer de tactique, c'est-à-dire a ne plus désirer le retour immédiat de ses armées en France.
Quant aux conditions financières inscrites dans la convention , si elles étaient lourdes, elles n'étaient nullement inexécutables. La preuve en est que la Prusse a pu payer, dans le délai d'un an ou dix-huit mois, des sommes supérieures à celles dont la convention lui imposait l'acquittement. La somme réclamée par l'Intendant général fut, en effet, de i5Zi,5oo,ooo francs. Or, d'une part, la Prusse a versé 68,766,069 francs en exécution de la convention du 13 juillet 1807 et 2 2 millions de novembre 1808 à avril 1809, en exécution de la convention du 8 s(»ptembre 1808, soit plus de (jo millions en argent. Comme, d'autre part, elle a entretenu Tarmée française d'occupation, qui était de 1 5o. 000 hommes envi roïi, p(»ndant plus d'un an, puis 10,000 nommes qui tinrent garson à Stettin, Kustrin et Glogau à partir de novembre 1808, il est bien évident que ces versements et ces charges ont dépassé beaucoup la somme demandée. La Prusse aurait donc pu payer, si elle l'avait voulu. Si elle a différé ses payements, ce ne fut pas par indigence, ce fut parce qu'elle espéra toujours que quelque événement imprévu et proche viendrait l'affranchir de ses obligations
J'imagine aussi que ia Prusse devail se souvenir du traité de Bàlo, qu'elle avait signé avec la France le 5 avril 179^, en abandonnant la première coalition. Par ce traité, en effet, la France avait renoncé à réclamer à la Prusse le montant des réquisitions en argent et en nature dont le montant, quoique exigible, n'était pas encore payé : rrLes contributions, livraisons, fournitures et prestations de guerre cesseront entièrement, à compter de quinze jours après la signature de <e traité. Tous les arrérages dus à cette époque , de même que les billets et promesses donnés ou faits à cet égard, seront de nul effet. Ce qui aura été pris ou perçu après l'époque susdite, sera d'abord rendu gratuitement, ou payé argent comptant.^ ( Art. '1.)
DE K()N1GSBER(Î. 13
En somme, quels qu'aient été les motifs de la conduite du vainqueur et de celle du vaincu, il est certain que, d'après les articles Zi et 5 de la convention militaire» d'évacuation, le Roi de Prusse ne pouvait rentrer en possession de ses Etats et du revenu public que si les contributions et impositions , dues et échues depuis le i**" novembn^ 180G jusqu'au jour de Téchange des ratifications, étaient acquittées.
Pour régler les conditions de l'évacuation et spécialement pour liquider le reli(|viat des contributions ordinaires et extraordinaires dû par la Prusse a la France, la convention de konigsberg avait prévu la nomination de commissaires spéciaux :
Vrt. 6. Des coniiuissaires sei'oiiL nonuiiés de par! et d cMilrc [xnu* traiter et décider de tous les (lifFérents à Tamiable. Ils se rendront en conséquence à Berlin, le 25 juillet, afin que cela n'apporte aucun retard à révaciiation.
Napoléon désigna Daru-*^
C'était alors un homme de (juaraiite ans. Fils d'un secrétaire de rintendance de Languedoc, il était entré tout jeune dans l'administration de Tarmée, où il s'était créé rapidement une situation très brillante; à 33 ans, il était secrétaire général du Ministère de la guerre. 11 avait ensuite fait partie du Tribunat, était devenu conseiller d'Etat, puis intendant général de la Maison de l'Empereur. 11 était intendant général de la Grande Armée et membre de
CL Dispositions génér (des jwur Tartnee , Konï^sher g, 12 juillet 1807 : L'intendant général de l'armée, M. Daru, restera dans le lieu où le maréchal Soult aura son quartier général , pour pouvoir, de concert avec lui , exécuter toutes les dispositions du traité de paix et de ia convention, pour ce qui regarde les contributions et l'administration, et exécuter tous les ordres de l'Empereur qu'il recevra par le major général.»
La nomination oflTicielle de Daru, comme commissaire, est du ua juillet.
LA CONVENTION
l'Académie Française, (|uand Napoléon renvoya à Berlin suivre Fexécution de la convention de kônigsberg.
Il aimait les lettres passionnément. Il avait fait à Tournon, chez les Pères de l'Oratoire, de remarquables études classiques et toute sa vie, il resta fidèle aux maîtres qui avaient si bien guidé et choyé sa jeunesse. Adolescent, il fit des vers aimables dans le goût du temps; puis, en 1788, étant officier depuis quelques années déjà, il publia une traduction du de Oratore; plus tard, tout en continuant de composer de très agréables poésies, il trouva , dans les bureaux et dans les camps, Theureux loisir de traduire en vers toutes les œuvres d'Horace. Après la catastrophe de Waterloo , il s'adonnera aux études historiques et écrira, en huit volumes, une histoire de Ja Républi([ue de Venise , qui a fondé sa réputation d'écrivain ^^K
C'était un caractère droit et ferme, les Prussiens lui ont reproché sa dureté; on a fait le même reproche autrefois à Colbcrt, à Turgot, et à d'autres qui eurent à remplir des devoirs dont ils savaient les rigueurs, mais dont ils n'auraient pu se départir sans rougir d'eux-mêmes. Daru fut humain autant que le lui permettait la tâche que Napoléon lui avait imposée. Très difficile pendant les hostilités, cette tache devint particulièrement délicate et pénible quand Napoléon ordonna , la paix étant signée depuis près de trois mois, de lever au profit de la Grande armée tous les impôts des pays occupés. Cet ordre privait, en effet, de toute ressource, de vieux serviteurs de l'Etat prussien, des invalides, des pensionnaires, etc., et tarissait les fonds d'assistance et de bienfaisance réservés aux pauvres. Or, maintes fois Daru proposa à l'Empereur
Daru avait briilé tout jeune dans de petites réunions académiques , organisées par ses maîtres oraloriens. Sainte-Beuve rappelant ces prémices de Daru a dit: frS'il fallait définir T Académicien modèle dans le meillewr sens du mot : Thomme qui aime h cultiver les lelires en commun, avec une émulation profitable, avec conseil et critique mutuelle , sans susceptibilité , sans envie , dans un sens d'ornement et de perfectionnement social, il suffirait de nommer M. Daru??. Sainte-Beuve, Causeries du lundis t. IX, p. UiU.
DE KONIGSBERG.
d'opérer, sur les fonds mêmes de ia Grande armée, des prélèvements assez importants, pour alléger les misères dont il avait écouté la plainte. Napoléon approm ait ces demandes. Les Prussiens gardèrent mal le souvenir de Thumanité de Daru : quand Bluclier, en 18 t 4, approcha de Paris, il donna Tordre, par représailles, de mettre sous séquestre son château de Bécheville, près de Meulan.
Je ne crois pas que ce monstre de Daru i^Ungeheuer^ çccet homme intraitable et acharné contre nous ^2^??, cet et arabe ^-^^j?, comme on disait à la cour de Prusse, fut d'une nature bien complexe: je pense plutôt qu'il fut simplement un des très rares hommes qui, même dans les temps de révolution, partout et toujours, discernent leur devoir et le remplissent avec une parfaite tranquillité d'âme. On sait qu'incarcéré pendant la Terreur, il s'amusa à versifier une bonne Epitre à mon Sans-Culotte, c'est-à-dire à son geôlier. Pendant l'horrible retraite de Russie, il remplit cha(|ue jour envers lui-même ce très humble devoir qui consiste à se raser le visage Quand on a une fermeté d'âme qui se manifeste aussi naturellement dans les circonstances tragiques ou vulgaires de la vie privée, on ne s'en défait point, en traitant des affaires de l'Etat. Quoiqu'il en coûtât parfois à son cœur, Daru
Stein à Hardenberg, \U octobre et 18 décembre 1807, cité par Max Lehmann (Freihei^ vont Stein, l. H, p. 196).
^-^ Sack au prince Guillaume, 9 janvier 1808.
On-dit de Gaulaincourt , 29 janvier 1808. C'est le Comte de Goltz qui aurait ainsi qualifié Daru.
Durant ia retraite de Russie, rrdans cette série de calamités, de périls et d'horreurs, il déploya une énergie qui fléchissait presque partout. 11 fit à pied la route de Moscou à Posen , se rasant tous les jours, a dit son valet de chambre; et ce trait, qui partout ailleurs serait d'une trivialité indigne de l'histoire, est ici d'un sublime qui coîitraste admirablement avec la démoralisation générale. L'historien de cette campagne, le général de Ségur, lui a rendu ce témoignage; et Mathieu Dumas a protesté qu.e la justice de l'historien était encore au-dessous de la vérité.?)
Viennet, Notice sur P. Daru, P^^g^ xxxiii , en téte de ia troisième édition de VHistfnre de la République de Venise. Paris, Didot, i853.
LA CONVENTION
accomplit donc exactement et avec fermeté tous les devoirs que la chose publique commandait, (le grand administrateur a dit que traduire Horace en vers lui avait appris à écrire aisément ses rapports : on peut croire aussi que le sentiment profond que cet humaniste eut de son devoir trouva un appui , non seulement dans sa cultun* morale et professionnelle, mais aussi dans ses souvenirs de Tantiquité classique; avant de mettre en vers français les Odes et les Satires y Daru, enfant, avait traduit les fastes de Théroïsme romain. Aussi Napoléon , qui a rarement donné toute sa confiance à autrui, Tavait abandonnée sans réserve a cet homme de grand courage èl<le haute culture, prudent et tenace, toujours prêt à tout, deu^ d'un(^ puissance de travail prodigieuse et qui était d'un dévoiuMent à toute épreuve.
Pç^l^: négocier à Berlin avec Uaru, le roi de Prusse nomma deux- commissions. L'une, qu'on pourrait appeler la commission diplomatique, fut constituée le i 6 juillet. Elle se composait de trois membres seulement. Le comte de Scliulenburg-Kehnert, qui en était le président, appartenait à la génération qui précéda celle de Daru. C'était un homme du temps de Frédéric II, qui avait servi dans l'armée prussienne pendant la guerre de Sept ans. Une blessure l'ayant obligé à abandonner le service militaire, il entra dans l'administi-ation civile. Frédéric 11 le lit comte en 1786. Ministre des Affaires Etrangères et de la Guerre, à l'époque oii la Prusse soutenait la royauté française , contre la Révolution , il conseilla , après Valmy, la continuation des hostilités. C'est lui qui négocia, en 179^, avec Malmesbury les conditions du concours de la Prusse a la coalition contre la France. Après le traité de Bâle, il se retira un moment dans ses terres. Frédéric-Guillaume 111, qui l'appréciait, l'en rappela au commencement de 1798 et l'investit de diverses hautes fonctions; il le chargea notamment de prendre possession, en 1802 et 180 3, des provinces assignées a la Prusse dans les remembrements prescrits par le traité de Lunéville et d'administrer le Hanovre, quand Napoléon en céda en 1 80 G Toccu-
DE KÔNIGSBERG. 17
pation à la Prusse. C'est, sans doute, en raison de sa longue expérience des grandes affaires politiques et administratives et en raison des hauts emplois qu'il avait occupés que Frédéric-Guillaume 111 confia à ce personnage d'ancien régime la présidence de la commission qui allait négocier avec Daru l'évacuation de la Prusse.
Les deux autres plénipotentiaires prussiens étaient le colonel de Lutzow et le Conseiller privé Sack.
La seconde commission, qui était celle des techniciens, avait été nommée le 3i iuillet; elle comprenait neuf membres. En faisaiûàè4p^ partie : d'abord, les trois plénipotentiaires de la première couira^j^Mn------^^
puis, les conseillers privés des finances Winterfeld et 1j VywjSy^les ^ conseillers privés d'ambassade de Raumer et Nagler. le wS^^^^ ] ^ 1
privé de justice Focke et le Directeur de la Banque deySp^^s^f^ J/$g Hundt.
Ces commissions avaient été investies toutes deux, chose^N^i^^ ment singulière, exactement des mêmes pouvoirs pour négocier et traiter avec le plénipotentiaire français.
L'une et Tavitre étaient présidées par le comte de Schulenburg- Kehnert.
A côté d'elles, il existait une troisième commission, dont le rôle n'était pas bien défini, et dont nous n'aurons d'ailleurs pas à nous occuper. S'il fallait lui donner un nom, on pourrait la qualifier commission d'administration ou de gouvernement. C'est elle qui devait, en effet, veiller à l'exécution des mesures c|ui ne pouvaient souffrir de difficultés ou qui auraient été décidées. Elle comprenait dix membres, soit deux par province : pour la Lithuanie et la Prusse orientale, le maréchal comte de Kalckreuth et le Ministre d'Etat baron de Schrôtter; pour la Poméranie, le lieutenant-général Blûcher et le Conseiller intime des finances de Borgstedt, etc.
CHAPHr.E II.
DKTERMmVTION DU MOINTAIST l)K LA D DE 1A PRUSSE.
r L'Kiiipei eur ♦vst inécontenl des IVussieiis, uiéconteiii de l'esprit de
I armée prussienne, ([.ae ses rev<'rs
II ont pas corrigée. Toujours les mrnios lorfanteries , toujours de nouvelles provocations.»
(Coinlt; (le Champagiiy an |;éinîral Savary, 27 sept. 1 807. )
ftll existe beaucoup d'armes p;)ruM les habitants de cette ville (Berlin), Le soussigné estime qu'il serait }>rudent d'ordonner un second désarme ment.?-»
(Générai Lauer, coininandaiil ia police (le Berlin au maréchal Berthier, aS juillet 1808 )
Les négociations commencèrent d'une m;uïière assez fâcheuse.
f^a première conférence» entre Daru et les plénipotentiaires prussiens devait se tenir à Berlin le à août 1807. Le comte de Schulenburg n'y parut point. Il avait près de 65 ans et put se plaindre de sa santé mais il y avait un autres motif à son absence : ce vieux serviteur de la monarchie des HohenzoUern , qui s'était dévoué à elle pendant près d'un demi-siècle, avait résolu de renoncer a sa nationalité prussienne.
Napoléon venait, en eflFet, de décider que les sujets prussiens qui avaient des propriétés sur la rive gauclie de TElbe avaient a opter entre la nationalité prussienne et la nationalité westpha-
L'état de santé du comte de Schulenburg fut le motif indiqué dans la décision royale du 6 août nommant son successeur.
iienne; s'ils voulaient rester Prussiens, ils devaient vendre leurs biens. Napoléon avait averti Clarke de sa décision le 3i juillet, à propos du ménage Hatzfeld, puis le k août, à propos du comte de Schulenburg lui-même : «Vous devez bien déclarer à M. de Scliulenburg et autres individus qui ont des possessions sur la rive gauclie de TElbe, qu'ils aillent avec le souverain où sont leurs possessions, ou bien qu'ils s'en défassent. M. de Schulenburg ne doit même être reçu comme agent du roi de Prusse que s'il se fixe en Prusse et vend ses biens sur la rive gauche ^^^7^. En même temps, l'Empereur prescrivait a Clarke de faire mettre dans les journaux de Magdebourg et de Berlin l'avis suivant : ç^Tous les propriétaires dont l'état est ci-joint, et qui possèdent des biens sur la rive gauche de TElbe sont prévenus qu'aucun ne peut rester en Prusse, sous peine de perdre le droit d'hérédité, conformément aux dispositions du Code Napoléon en vigueur dans ce pays. Us doivent donc se congédier du service de la Prusse et rentrer dans leur patrie ^^N. Or, le Comte de Schulenburg était né à Kehnert, dans la partie du duché de Magdeburg, que le traité de Tilsit venait de détacher de la Prusse et d'incorporer au royaume de
Napoléon à Clarke, /i août 1 807 (Gorrospondance de Napoléon 12,986 et 12,989).
Dix huit mois plus tard , Napoléon voudra que les États de la Confédération du Rhin suivent son exemple : «Je désirerais, écril-il à Cliampafi^ny, que les princes de la Confédération rendissent une ordonnance pour obliger les individus ayant des propriétés dans le pajs et étant au service de puissances autres que la Confédération du Rhin, à quitter le service de ces puissances et à rentrer dans leur patrie dans l'espace de trois mois. Si trente jours après la publication de cette ordonnance, ils n'ont pas fait connaître qu'ils sont disposés à rentrer, le séquestre sera mis sur leurs biens et si, après trois mois , ils ne sont pas rentrés, leurs biens seront confisqués au profit de l'Etat. Par ce moyen, T Autriche perdra un grand nombre d'ofîiciers et d'administrateurs. Les Furstenberg et autres maisons les plus riches d'Autriche seront obligées de demeurer dans les Etats de la Confédération et d'affaiblir l'ennemi naturel , l'AutricheTî. Outre cette raison politique, Napoléon avait une raison d'ordre économique, c'était que les grandes familles tiraient de gros revenus de biens situés sur le territoire de la Confédération et les dépensaient en Autriche (Napoléon à Champagny, 8 février 1809).
Westphalie. (lomme il ne voulait pas aliéner les terres qu'il y possédait, il allait devenir sujet de Jérôme Napoléon , et, par suite, ne pouvait plus représenter le roi de Prusse. Son refus causa ((uelque plaisir à Napoléon. Quelques mois plus tard, on apprit que le comte de Schulenburg, était, en Westphalie, Conseiller d'État et général de division. >
Schulenburg absent, les deux autres plénipotentiaires prussiens, Sack et Lutzow, hésitaient à entrer en négociation Ils en référèrent à leur Cour, laquelle restait prudemment confinée h Memel, tout près de la frontière russe Avant (|ue leur message y fut parvenu, le roi, embarrassé, avait donné a Sack la présisidence de la délégation prussienne ((i août 1807).
(je n'était pas un choix très heureux. Sack était un fonctionnaire de l'Administration des finances qui avail le titre de (Conseiller privé. Il appartenait à ce parti patrioti(|ue qui prit figure l'année suivante et dont les protagonistes furent Stein, Gneisenau, Schôn, Scharnhorst, etc. Quand, en 181 3, la Prusse entra dans la coalition contre la France, Frédéric-Guillaume III le nomma gouverneur civil d'une des quatre provinces entre les(|uelles se divisait alors la monarchie. L'année suivante, Stein, passé au service de la Russie et chargé de l'organisation générale des pays envahis, lui confia l'administration de départements français sur la rive gauche du Rhin. Quand il mourut, en i83i, il était président supérieur à Stettin.
On voit que Sack n'était qu'un personnage de second plan et ne pouvait faire très brillante figure en face de Daru. Cette dispro-
Dam reçut pourtant deux Notes signées Lutzow et Sack : Tune, du () août, était relative à Tinlerprétation de l'article 2 de la Convention de Kônigsberg (Tadministration française avait transporté sans droit, disaient les deux Commissaires, à Magdebourg et à Breslau , des effets militaires venant de Kiistrin , de Spandau et de Neisse); l'autre, du 9 août, concernait la vente du sel.
A partir du 16 août, Sack signa seul, en qualité de Président de la Commission.
La cour de Prusse resta à Memel jusqu'au 1 5 janvier 1808 , elle résida ensuite à Kônigsberg qu'elle quitta en décembre 1809, époque de son retour à Berlin.
DÉTERMINATION Dl MONTANT
portion entn» les deux Commissaires ne favorisa point les négociations, d'autant moins qu elle rendit plus sensible la grande différence entre les deux souverains (pf ils représentaient. Quand les négociations prirent fin, il y avait plusieurs mois (pi'à la suite (Tunt^ faute grave, d'une véritable déloyauté, Sack ne représentait plus la Pj'usse à Berlin.
Sark remplaçait donc Sehulenburg comme président; mais Schub^nburg était à la fois président de la Comnjission des Trois, nonnuée le i 6 juillet et de la Commission des Neuf, nommée le 3i. Comme ces deux Commissions avaient les mômes pouvoirs, Daru ne savait vraiment pas a\(»c laquelle il devaitentrer en négociation, et dut prier Sack de lui faire connaître les attributions particulières de chacune d'elles. Sack répondit que la Commission des Trois était dissoute et qu'il ne subsistait plus que deux Commissions : l'une, celle des plénipotentiaires, constituée le 3 i juillet et dont il était désormais le président; l'autre, la Commission exécutive ou d'administration, qui aurait à s'occuper dans les provinci^s des résolutions prises ou de mesures ne pouvant être le sujet de contestation
La délégation prussienne enfin organisée, il semblait qu'elle dût s'occuper tout de suite de la grande opération qui était le souci de toute la Prusse : l'évacuation du territoire.
Cette évacuation était subordonnée à plusieurs conditions :
1° La signature d'une convention spéciale sur l'exécution et l'usage d'une route militaire entre la Saxe et le duché de Varsovie (art. 1 6 du traité de Tilsit);
9.'' La délimitation du territoire de Danzig (art. ili et suivants du traité de Tilsit et § à de l'article *2 de la convention de Konigsberg);
Sack à Daru, i 8 août 1807.
3*" La restitution des fonds, capitaux et valeurs c|uelcon(jues qui auraient été pris par le roi de Prusse dans les provinces cédées (Instructions données par Talleyrand U Dam le a 3 juillet 1807);
/i*" La remise des papiers, titres et documents, cartes et plans relatifs aux pays, villes et domaines cédés (art. 26 du traité de Tilsit),
Ces quatre opérations devaient être faites par des commissaires spéciaux. La Commission Sack n'avait à régler avec Daru (|ue ce qui concernait la cinquième et dernière condition, c'est-a-dire Texécution des articles h et 5 de la Convention de Konigsberg relatifs à l'arriéré des contributions.
Cette tâche particulière ne comportait (jue trois points principaux, sur lesquels Tentente était à faire. Tl fallait, en premier lieu, déterminer le montant, au 19 juillet 1807, jour de la signature de la Convention, du solde restant dû pour contributions de guerre et pour impositions; il fallait, en second lieu, puis(|u'il était certain (jue la Prusse ne pourrait se libérer de cette dette avec de l'argent comptant, il fallait convenir des divers modes de payement à employer pour l'éteindre; enfin, la Prusse ayant besoin de délais pour s'acquitter, il était nécessaire de sVn tendre et sur leur durée et sur la nature des garanties à fournir.
Que la solution de ces trois questions fût urgente. Prussiens et Français en étaient tombés d'accord, puisqu'à Kônigsberg ils étaient convenus que l'évacuation devait être achevée en moins de trois mois. (Cependant, lorsque les plénipotentiaires de Prusse se décidèrent a commencer l'étude de la première, ils apportèrent, dans l'accomplissement de leur tâche, une lenteur calculée, qui formait un contraste singulier avec l'empressement avec lequel les Français, je veux dire Napoléon et Daru, s'étaient déjà adonnés à la leur.
Nous verrons un peu plus loin les efforts de Daru pour terminer
promptement la négociation , (|ui le retint plus de i 5 mois à Berlin.
Quant à Napoléon, qui avait à tout moment une solution à donner à tout problème, il avait, avant même que Daru ne fût en présence de la Commission prussienne, calculé le montant de sa créance. Suivant lui, elle était de 120 millions. rtSi on peut faire monter cette somme a 1^00 millions, tant mieux» dit-il le ^9. juillet La semaine sui>ante, il s'arrête au cliiffre de i5o millions et détermine, en même temps, de quelle manière, il entend que la somme soit payée : i5 millions en argent comptant, avant l'évacuation; 90 millions en lettres de change, payables en quinze mois, à raison de G millions par mois, à compter du t"""* septembre 1807; enfin, àb millions en domaines, situés dans la province de Magdebourg, sur la rive droite de TElbe, dans les Marches et dans la Silésie, et dont il aurait la jouissance comme particulier.
Tel est le calcul, telles sont les intentions 7^ ((ue Napoléon notifie à Daru dès le 99 juillet Mais, avant cette date, TEmpereur a déjà ordonné à ses plénipotentiaires, à ses généraux, à ses intendants de faire minutieusement le calcul de ce que la Prusse lui doit et d en opérer le recouvrement sans faiblesse. Etant encore à Kônigsberg, il écrit, le 1 3 juillet, au général Glarke, à Berlin : ^Je pars dans une heure pour Dresde. . . La contribution imposée doit être payée jusqu'au dernier sou, et ce n'est qu'à cette condition ([ue j'évacuerai. Faites donc connaître aux habitants que s'ils ne paient pas les dix millions, ils auront garnison française éternellement w Il arrive à Dresde le 17; le 18, il revient avec insistance sur le même sujet : ce M. de Talleyrand , écrit-
Napoléon à Clarke, 29 juillet 1807.
Napoléon à Daru, 29 juillet 1807.
Napoléon à Clarke, i3 juillet 1807. Les dix millions, auxquels Napoléon fait allusion constiluaient la contribution extraordinaire imposée à la ville de Berlin par le décret du i5 octobre 1806.
il encore à Clarke, a dû vous envoyer le traité de paix et la convention qu'a faite le maréchal Berthier pour ré\ acuation du pays. Vous y aurez vu ([ue toutes les contributions, ordinaires et extraordinaires, doivent être payées rigoureusement. Mon intention est de ne pas évacuer que l'argent de la contribution ne soit rentré. Je n'entends pas que Ton diminue ce qui m'est dû, sous préti^xte de fournitures. Il ne doit être imputé sur les contributions que les fournitures qui ont été faites par décrets, et lorsqu'il a été spécifié imputahle sur les contributions Il faut (|ue les comptes en soient arrêtés et que tout soit payé jus(|u'au dernier sou. Les revenus courants seront pris à compte de ce qui est dû sur l'arriéré ... Je vous prie d'être très rigoureux sur le compte des contributions, tant extraordinaires ([u'ordinaires. Ce serait une très grande duperie, après avoir traité si avantageusement le roi de Prusse, de lui faire encore cadeau de cet argent, d'autant plus qu'il donnera des sûretés pour ce ([u'il ne pourra pas payer. Je m'en rapporte là-dessus à votre zèle et à votre activité. Il v a des chantiers de bois à Kûstrin ; il y a dans d'autres endroits des magasins de toute espèce qui sont au profit de l'armée : il faut qu'il en soit tenu bon compte. — Il avait été ordonné par l'intendant général de verser du blé et de l'avoine à compte sur la contribution : vous contremanderez cela, vu que j'aime mieux être payé en argent, et que mes magasins sont suffisamment fournis??.
Pour liquider la dette de la Prusse, il y avait donc à faire des calculs assez délicats. Napoléon , toujours méticuleux dans les affaires
Ce que Napoléon voulait, c'est que Ton considérât, comme argent versé, seulement les réquisitions ré|»;ulières qui, au moment où elles avaient été levées, avaient été expressément déclarées imputables sur les contributions de guerre ; c'est-à-dire qu'il entendait qu'on exclût du compte de ces contributions les réquisitions levées sans autorisation par l'armée d'occupation et dont personne n'avait contrôlé les livraisons. Quand Napoléon sut l'intention des Prussiens de faire entrer en compte ces réquisitions, il écrivit à Daru : rr S'ils (les Prussiens) veulent porter en compte les voleries que peuvent avoir faites des ofliciers particuliers, il arrivera que, au lieu de me devoir, ce sera moi qui leur devrai. w (la octobre 1807.)
crargent, ne cesse de faire les recommandations les plus expresses pour que rien de ce qui lui est dû ne lui échappe. Il surexcite chez tous ses fonctionnaires, — ce qui était bien superflu — le sentiment de leur responsabilité vis-à-vis de lui , leur laissant entrevoir de redoutables sanctions, s'ils commettent quelque faute ou interprètent mal ses instructions, Quant a ces fournitures, écrit-il au général Clarke, dites à M. Lambert (ju'il y a là une grande responsabilité, que je suivrai cela avec beaucoup d'attention et que j'enverrai de Paris des commissions d'hommes alfidés pour vérifier cette comptabilité; et que, s'il y avait des fournitures acceptées qui n'eussent pas été faites, il en serait grandement responsable •>? Il fait doiuier au général Hédouviile des ordres analogues : . . .
Faire faire les états de la contribution ordinaire qui a été imposée sur la Haute et Basse Silésie, des impositions ordinaires et de ce qui a été fourni en denrées pour être envoyé à la Grande Armée, imputable sur les contributions en conséquence de mes décrets spéciaux; 2° avoir soin de bien vérifier la comptabilité en matières, et de faire les diminutions convenables. Prévenir l'ordonnateur Boerio c|u'il sera porté la plus sévère attention sur cet ol)jet, et qu'il serait grandement responsable s'il ordonnançait des fournitures qui ne seraient pas régulières, etc.
Daru reçoit de Talleyrand des recommandations identi(|ues qui ne sont que la répétition, grammaticalement plus correcte, des ordres dictés par l'Empereur :
Quant aux principes à suivre relativement à la rentrée des contrihu-
tions, ils sont déterminés par les décrets. On ne doit considérer comme acquitté que ce qui a été payé argent comptant; ce qui a été payé en papier
Napoléon à Clarke, a -2 juillet 1807. Le 16 août 1807, Napoléon écrit à D^ru : ffVous verrez par les pièces ci-jointes que les 800.000 boisseaux d'avoine n'ont probablement jamais été fournis. Portez une grande attention à jola. Il y a eu beaucoup de dilapidations à Berlin. Je vous prie d'être très sévère, car je suivrai cette comptabilité en matières. Je me fie à votre fidélité et à votre zèle. S'il y a des voleurs, il faut les punir 75.
(-^ Napoléon au prince Jérôme, a a juillet 1807.
doit siippoiler la déduction de l'escompte. — Ce qui a été fourni en effets d'habillement et d'équij)ement ne peut être imputé sur la contribution extraordinaire que conformément à ce qui est porté dans les décrets, sans qu'on puisse admettre en com|)te tout ce qui a été fourni pour les étapes, passages de trou|)es et autres dépenses de cette nature. Sa Majesté regardant comme nuls les arrangements (jui auraient pu êlre faits par les commissaires français ipii n'avaient à cet égard aucun pouvoii'. - — L'intention de Sa Majesté est que la comptabilité en tout genre soit examinée avec le plus grand soin. Elle vous charge. Monsieur, de reconnaître et de vérifier si les contril)utions que la Silésie est censée avoir fournies ont été effectivement livrées en nature. Elle veut que vous déclariez aux commissaires Boerio et Lambert qu'ils seront personnellement responsables des moindres abus qu'ils auraient tolérés ou négligé <le prévenir
Fixer rigoureusement et vite la dette de la Prusse, tel fut, la paix signée, Tobjet des premiers ordres de Napoléon.
Quant aux plénipotentiaires prussiens, déconcertés au début par l'absence de Schulenburg, ayant peut-être reçu en secret, de leur cour, quelque recommandation d'atermoyer, ils ne font à peu près rien. Ils ne sortent de leur inaction que quand ils reçoivent de Memel Tavis que la Commission des Trois et celle des Neuf sont réunies en une seule sous la présidence de Sack (16 août). Vont-ils maintenant s'occuper, séance tenante, d'arrêter avec le plénipotentiaire français le montant de la dette de la Prusse? Voici ce qu'ils font : ils envoient des notes a Daru :
Le 17 août, sur la remise, aux autorités prussiennes, des magasins de subsistances de l'armée française;
Le 18, sur la remise de l'administration civile aux mêmes autorités ;
Talleyrand à Daru, de Dresde, ri3 juillet 1807.
Le 1 () et le 20, sur la levée du séquestre sur les propriétés du Comptoir prussien des bois de construction;
Le , sur le séquestre mis par l'Intendant de la Vieille Marche sur un bien appartenant à un Collège de Berlin ;
Le 9.0^ au sujet d'une levée d'hommes et de chevaux faite par les Polonais dans un l)ailliage, en territoire prussien;
Le 9 1, a propos du transfert de l'hôpital prussien de Magdebourg, et contre l'administration française ([ui retient les impositions levées depuis le 1 2 juillet;
Le 9. 1 , sur des coupes dans les forêts de la Marche électorale, etc.
Daru était stupéfait de toutes ces notes, ayant pour objet non pas le règlement des contributions, mais des actes d'administration militaire et soupçonnait déjà que la cause des lenteurs de la commission était l'espoir (ju'elle avait que Napoléon, cédant à des influences mises alors en jeu, réduirait ses exigences
La Commission demande enfin à Daru, le 22 août, le compte des contributions établies, payées et à payer dans chaque province : ^tLa Commission aurait besoin de ces comptes pour pouvoir instruire sans délai l'objet le plus important de tous, constater le liquidum qui tombe encore à la charge de Sa Majesté le Roi de Prusse, et se concerter ensuite avec S. E. M. le Plénipotentiaire français sur les moyens les plus propres à l'acquit de cette somme??.
Daru répond c|u'il a déjà fait connaître les comptes qu'on lui demande; mais, comme les recouvrements continuent, le solde de ces comptes change sans cesse. Il ajoute c[ue, si l'on veut aboutir rapidement, ce n'est pas par l'échange de notes écrites, mais par des conférences, et il demande l'heure que les plénipotentiaires prussiens préfèrent pour délibérer avec lui
Daru à Napoléon, îis août 1807.
Daru à Sack, 2 5 août 1807.
C'est dans la première conférence qu'il obtint d'eux, le août, que Daru remit le compte de ia Prusse, arrêté au 12 juillet. D'après ce compte, la créance totale de la France s'était élevée à 198,726,968 fr. 86 se décomposant ainsi :
1" Contributions extraojdinaires de guerre. 1 3o,5 1 1 ,856^ 09*
•2° Impositions et produits (contributions
ordinaires) 61,590,687 53
S** Réquisitions payées par les caisses impériales 5,892,744 4o
4° Créances divei^ses 1,281,780 84
Total 198,726,968 86
La Prusse avait payé :
1** Sur les contributions
extraordinaires.. . 88,077,182^ 40"^
2° Sur les impositions
et produits 11,1 44, 807 28
Total 44,221,489 68
Elle devait donc, le 12 juillet, encore.. . . i54,5o5,479 18
Ce dernier cbiffre était supérieur de 4, 000,000 francs environ à la somme que Napoléon avait calculée, dès le début, comme constituant sa créance.
La dette que Daru avait arrêtée à 1 54,5oo,ooo francs au jour de la Convention s'atténuait de tout ce que la Prusse versait depuis, soit au titre des contributions extraordinaires, soit au titre des contributions ordinaires. En effet, quoique la paix fut faite, les intendants de la Grande Armée continuaient de poursuivre le recouvrement des unes et des autres, comme pendant les hostilités. Ils y étaient autorisés par la Convention de Kônigsberg qui, en suspendant l'évacuation jusqu'au payement de l'arriéré, avait impli-
citemeiil maintenu roccupatlon avec toutes les prérogatives (jui y étaient attachées.
L'Intendant générai pressait beaucoup les recouvrements, pensant tout naturellement que Tentente avec la commission se ferait d'autant plus vite que le solde à payer serait plus faible. Mais les intendants sentaient chez les débiteurs, cVst-a-dire chez les autorités locales chargées des recouvrements individuels, comme une résistance concertée. En présence de cette mauvaise volonté, qu'entretenait, paraît-il, la Commission, Daru dut employer Tautorité militaire au recouvrement. Il le fit à regret.
La Commission se plaignit du procédé Dans sa réponse, l'Intendant général posa d'abord en principe que la perception des contributions et impositions n'avait pas été suspendue par la Convention du I Q juillet, puis il ajouta : «Depuis (pie la Commission instituée pour terminer cxrite affaire est établie , non seulement les payements ont cessé, mais même les engagements pris par les provinces avec lesquelles le soussigné avait conclu des arrangements, n'ont pas été remplis. . . ; l'Administration française se voit obligée de presser les recouvrements, lorsqu'elle a la certitude que des avis ont été envoyés dans les provinces pour faire cesser les payements Sack, sans répondre à l'accusation portée dans cette dernière pln^ase, insistant pour (pie les recouvrements par l'autorité -militaire cessent, Daru lui rappelle (|ue le Gouvernement prussien n'a rien payé depuis deux mois, (jue la Commission est saisie depuis le 29 août du compte des demandes de la France et (|u'elle ne lui a communi(|ué aucune observation, ct(|ue le plénipotentiaire français n'a pas pu obtenir une seule conférence sur cet objet. . . Le soussigné ne peut que gémir de ce qu'un pareil système de temporisations le met dans la nécessité d'opérer des recouvrements par des moyens dont il aurait fort à cœur d'éviter l'emploi. Ce n'est point sur lui que devraient tomber les reproches
Sack à Daru, a et 7 septembre 1807.
Daru à Sack, 1^ septembre 1807.
(ravoir employé (1rs mesures coercitives et d'avoir exigé des payements des habitants déjà épuisés par les malheurs de la guerre , . . Le Commissaire de Sa Majesté l'Empereur invite MM. les Plénipot(»ntiaires prussiens à considérer que deux mois se sont écoulés sans qu'ils aient fait la moindre chose pour arriver au l)ut de la négociation; que lui seul a jusqu'à présent, établi, présenté, développé tous les calculs, sans obtenir mêmv. une réponse et opéré des recouvrements (jui tendent à diminuer la somme à payer par le Roi de Prusse. . . Il l(Mir représente qu'il ne reste que trois semain(*s pour atteindre le délai fixé par la convention du 19 juillet. L'intérêt (ju'il doit à des peuples malheureux, la mission (ju'il a reçue de concourir à l'exécution d'un traité de paix lui font un devoir de prier MM. les Plénipotentiaires pj ussiens de ne pas se refuser plus longtemps aux mesures (|ui peuvent seules termineur la négociation et il renouvelle auprès d'eux ses instances pour qu'on s'en occupe sans retard (^t sans interruption ^
Cette déclaration faite, Daru continua, d'ailleurs avec un regret sincère, d'employer, à l'occasion, le mode fâcheux de perception qu'on appelait alors des exécutions militaires.
La tache de Darii à Berlin était ditïicile, et, on peut ajouter désagréable. Les plénipotentiaires prussiens apportaient, en effet, dans les interminables et inutiles discussions qu'ils soulevaient à tout propos, un esprit taquin et processif, assez pauvre en ressources, mais fort entêté, et dont les obstinations retardaient sans cesse la solution du grand et urgent problème de l'évacuation.
Comme manifestation de cette mentalité, je ne citerai entre beaucoup d'autres, (|ue deux incidents qui se sont produits au début des rapports entre la Commission prussienne et Ir. plénipotentiaire français; ils mettent bien en lumière à la fois les moyens
Noie de Daru à la Commission, 8 septembre 1807.
C'est Daru lui-même qui emploie ce qualificatif dans une lettre à Champagny du iG septembre 1807.
dilatoires et la dialectique particulière qu'einjaloyail la Commission pour ajourner Tarreté définitif des comptes et la fermeté que Daru était sans cesse obligé de déployer pour déjouer ses habiletés.
Voici le premier; il se rapporte à une simple communication de documents.
En remettant à la Commission, le août, le compte de la Prusse, Daru n'y avait pas joint des copies intégrales et authentiques des décrets qui avaient prescrit la levée des contributions extraordinaires ni de ceux qui avaient ordonné que les réquisitions faites par Tarmée française seraient imputées sur le montant des contributions. Sack réclama ces documents le 3 septembre. Le jour même, Daru lui donne, dans une note, les indications suivantes :
Décret du i5 octobre 1806, qui impose sur les provinces prussiennes une contribution de 100 millions, y compris 10 millions pour Berlin 100 millions.
Décret du 4 novembre 1806, qui impose sur le
commerce (le Stettin une contribution de.. . . jo
Décret du 7 fléceml)re 1806, qui impose sur le
département de Glogau une contribution de . 1 a
Décret du 12 janvier 1807 sur le département
de Bresiau une contribution de 18
Décret du 20 juin 1807 sur- la ville de Kônigs-
berg , une contribution de 12
1 Sa
Quant à Tordre d'imputer le prix des fournitures réquisitionnées sur le montant des contributions, Daru expliqua a Sack qu'il n*avait pas fait Tobjet d'un décret, mais avait été donné par TEmpereur dans un Conseil d'administration de l'armée, tenu à Berlin le i3 novembre 1806; Daru envoyait d'ailleurs à Sack un extrait du procès-verbal de la réunion , faisant observer que la décision ne concernait que la ville de Berlin. Cet extrait portail : «Sa Majesté ordonne de prendre des mesures pour que la contribution imposée
d la ville de Berlin rentre sans délai et qu'à dater du i 5 de a' mois aucune réquisition pour les divers services de Tarmée ne soit plus à la charge de la municipalité??. La commission était sans nul doute suffisamment documentée avec ces extraits; d'ailleurs; les cinq décrets et la décision impériale étaient connus de toutes les administrations publiques qui avaient eu à les exécuter et la portée^ n'en avait jamais été contestée. La Gonmiission , néanmoins; en exigea la copie intégrale.
Daru lui répondit, d'abord, par un raisonnement juridique : ttLe traité, dit-il, porte que, pour ([ue l'arriéré d'une contribution soit actuellement exigible, il suffit qu'(41<' ait été demandée avant la paix^*^. La forme de cette demande est absolument inditlerente de sa validité; son existence est la seule chose qui doive être constatée. Or, les demandes relatives à la contribution de guerre sont toutes infiniment antérieures au traité??. Donc, la production des actes en vertu desquels les contributions ont été demandées est sans intérêt. Daru donna un autre argument, c'était que quoique ces actes n'eussent aucun caractère secret, il ne convenait point d'eii communiquer le texte complet; ils renfermaient, en effet, des dispositions qui n'avaient aucun rapport, ni avec les affiiires que les plénipotentiaires prussiens avaient à traiter, ni même avec la Prusse. Blessé de cette exigence inutilr et du soupçon qu'elle inq)liqnait au sujet de ces copies, Daru conclut sèchement : ^11 suffit que Messieurs les Plénipotentiaires les exigent pour que le soussigné les refuse formellement» (8 septembre).
La Commission ne se tient pas pour battue et revient à la charge -au bout de quarante-huit heures. Daru ne change pas d'attitude; il prie les plénipotentiaires prussiens c^de considérer que l'insistance qu'ils mettent à exiger ces communications comme un droit est précisément ce qui le met dans l'impossibilité d'y obtempérer??.
Daru fait allusion à l'article à de la Convention de Konigsberg, dont la dernière phrase est : crU est également entendu que toute contribution qui n'était pas «connue publiquement avant réchange des ratifications est nullen. « - ^
La (commission rappela el maintint sa réclamation uw dernière fois, et anssi iiuitilement cVaillenrs, dans le long mémoire du t3 septembre, où elle opposa son compte d'ensemble à celui de Daru.
Dans ce premier incident, on discerne un esprit de ta(|uinerie dont la Commission donna d*aiitres preuves. Dans le second, cfui est né d*une divergence d'interprétation sur une question de fond , on distingue quelque cbose de pis.
D'après l'article a de la convention militaire, la ville de Kônigsberg devait être remise aux Prussiens le 2 5 juillet, à condition que les contributions de la ville et de la province fussent payées;. Ces contributions, fixées par Napoléon d'abord à vingt millions de francs en juin, avaient été abaissées par lui au conmiençement dv juillet à douze payables à raison de deux tiers en argent et d'un tiers en marchandises. Afin d'avoir r. un nantissement considér rable?5, Daru avait fait verser dans la caisse du receveur général des contributions les dépôts pupillaires et judiciaires, ayant soin, comme c'étaient des biens privés^ de prescrire en mêipe temps aux autorités locales de prendre toutes dispositions pOur que cé^ deniers fussent remboursés aux ayaiits droit
Quand Daru voulut, avant l'évacuation, régler les dernieris comptes avec le plénipotentiaire prussien, celui-ci fut introuvable;
Quand Daru apprit que Napoléon fixait à 90 miliions la contribution de Kônigsberjj, il fit remarquer à TEmperetir qu'il avait demandé ia même sonirae à Danzi|j, qu'il y avait rriei beaucoup moins de ressources» et qu'il ne croyait pas qu'ion pût espérer tirer de Konigsber^j une somme aussi iorte (Daru à Napoléon, 22 juin 1807).
Le décret tixanl à 12 millions la contribution de konigsberg est daté du 20 juin i8oy (Arcbives IVationales, AFiv. 1789, 36 tei').
Il est probable que le ao juin, Napoléon sijj^na un décret qui tixait cette contribution à ao miliions, puis, que, sur Tobservation de Daru, elle fut abaissée à 12 {»er simple correction du chiflTre; par mégarde, on aura laissé subsister la^ date du 90 juin.
Daru à Napoléon, 7. juillet V807.
])E LA DETTE DE LA PRtSSI^. #5
aussi dut-il, atiu de no pas relarder le départ des troupes Irauçaises, s'arranger avec l'aUtoritë locale; le ah juillet, les comptes étaient liquidés et arrêtés Contradictoirement par les deuv parties?, lesc|uelles convenaient que le solde à payer, soit i, 5 58, 8/17 Ir. 4 serait acquitté à Elbing, en or ou en argent, le 10 août; oonïme gage de Texécution de cet engagenieni , des lettres foncières au porteur, d'une valeur nominale de 9 millions de francs, furent remises à rintendance de Tarmée française.
Tout étant ainsi convenu et signé, la ville de Konigsherg est évacuée à la date prévue, -jd juillet.
Mais, quatre jours après, le Magistrat de la ville dépêche un de ses fonctionnaires à Elbing, pour notilier à Daru qu'il ne reçoitnaît plus la validité de l'arrangement conclu le iiti. Lorsque le messager arriva, Daru >enait de partir. Il s'adressa au coniimissaire ordonnateur Joinville, bHjucI se récusa, se déclarant incompétent.
Le à août, la ville avertit Daru qu'elle est dans Timpossibilité de payer; elle tlemandr* en même temps la révision du; eomptp arrêté le 4 juillet et proteste d'avance contre tout usage qui serait tart des lettres foncières données en nantissement. Ayant ainsi renié sa signature, elle ne paye rien à Téchéance convenue.
La lettre du Ix août ne parvient a ITntendant général que le :^CK. Daru se plaint tout de suite a Sack de cette violation do la parole donnée. Le plénipotentiaire prussien répond, le 91 août^^qw^il ignore complètement l'alfaire,. et, le ^ qu'il espère recevoir de Memel des instructions la concernant; en attendait , il pro-teste que Ton ne peut disposer du gage. Daru, choqué de cette mauvaise foi, réplique immédiatement qu'il considère comme hul et non avenu l'arrangement quïl a conclu, par complaisance, le •jZi juillet, avec les autorités de Konigsherg. La-dessus, Sack, tout
Dans les villes de I^rus>e et de quelques Ktats d'Allemagne, on déi^igue soUs 1^ nom de magistrat ce qu'en France on appelle le conseil municipal. ;
en proclamant avec solennité qu'un engagement pris doit être loyalement exécuté, déclare que, n'ayant pas reçu les instructions qu'il attendait, il va en demander; mais il répète qu'on ne peut aliéner les lettres foncières données en nantissement; suivant lui, il a été convenu, en effet, que ces obligations doivent rester dans les caisses de l'intendance tant que les contributions ne seront pas payées; or, les contributions n'étant pas payées, les titres iië peuvent sortir des caisses pour être vendus. Enfin, Sack rappelle à Daru qu'il u n pas le droit de disposer du gage sans observer les formalités prescrites en la matière par le çtCode civil des Français, Livre III, titre XVII, cliapitre l^^^v. — Daru, qui ne goûte pas la force de ce syllogisme ni cet appel au Code civil des Français , répliquai sècliement qu'un engagement a été pris, qu'il n'est pas tenu, que des effets publics ont été donnés en garantie de son exécution, que ces effets ont été mobilisés pour que le créancier pût en disposer, si l'engagement n'était pas tenu??, que, par conséquent, le créancier a le droit d'en faire tel usage qui lui convient, et Daru avertit Sack qu'ils vont être vendus (5 septembre).
Là-dessus, la Commission prussienne reçoit les renseignements attendus. Sack triomphe : le Magistrat de Kônisgsberg, qui s'est le 2/1 juillet reconnu débiteur de i, 558, 8^17 fr. 61, prouve maintenant qu'il est créancier de 220,8^6 fr. iio.
Mais déjà à Memel, Frédéric-Guillaumr , mis au courant de Taflaire n donné Tordre au comte Dohna, Président de la Régence de Marienwerder, de s'arranger avec le maréchal Soult pour que les t ,558,867 fr. /• 1 dus et non payés par Kônigsberg,
Sack à Daru, a 5 août et 'i septembre 1807.
Sack visait évidemment Tarticie '.2,078 du (Jode civil : crLe créancier ne peut, à défaut de payement, disposer du f(af(e ; sauf à lui à faire ordonner en justice que ce (ja|]c Jui demeurera en payement et jusqu'à due concurrence, d*après une estimation faite par expert; ou qu'il sera vendu aux enchères. — wToute clause qui autoriserait le créancier à s^approprier le gage ou à en disposer sans les formalités ci-dessus est nulle
Le 'J7 août 1807. - • ^
soient prélevés sur les contrihutions versées à l'iiitendanre française par les autres villes et provinces de Prusse.
Le recouvrement de la créance sur Kônigs])erg, ainsi assuré par Tordre royal, Daru croyait Taflaire terminée (8 septembre).
Mais, trois jours après, la Commission apporte de nouveaux calculs : ce n'est pas Konigsberg qui doit 1,558,847 fr, /i i a la France, c'est la France qui est dé])itrice envers Kônigsberg, mais non pas de 290,844 fr. âo, comme Ta estimé la ville dans sa première révision, ni de 8i7,^iofr. 3o comme elle Ta estimé dans une seconde, mais de i.'j'yg.ô^i fr. f> 3 , comme le décbire maintenant la Commission,
L'origine de ces divergences de < liilfres étant dans la (hversité des évaluations données aux fournitures faites à l'armée française, Daru rappela à la Commission comment ces évaluations avaient été faites , contrôlées et acceptées ( i 5 septembre) : crll nV a point eu d'erreurs; les magistrats, les députés de la ville ont coopéré à cette liquidation. On y a même appelé tous les marchands qui ont eu quelques réclamations à faire; les quantités ont été déterminées d'après les pièces produites, et il n'y a même pas eu de contestation a cet égard. Les prix ont été fixés équitablement et les marchands ont reconnu que les prix accordés pour les vins et liquides, qui sont l'objet principal de la fourniture, étaient très avantageux. Aussi, sous ce rapport, il ne peut y avoir lieu à réclamation» On ne pouvait contester qu'il y avait eu un procès-verbal signé par les deux parties; mais, aux yeux des plénipotentiaires prussiens, il était sans valeur; car, écrit textuellement Sack, rtle magistrat a été forcé de reconnaître et de promettre d'acquitter^ afin d'avoir la ville évacuée par les troupes françaises et c'est pourquoi le Roi vient de destituer le Président Gervais et le directeur de la police Fray. Daru riposte que si le roi a destitué ces fonctionnaires, c'est qu'il a jugé leur conduite blâmable; et s'il l'a jugée blâmable, c'est qu'il a considéré qu'elle n^avait pas été contrainte. 5
D É T E R M l N AT 1 0^ D î J MO N t A N T
C(4ip fois l'incident était clos.
En somme, Daru avait été bienv<MHant en s(? prêtant à Tarrangement proposé, c'est- à -dire en liquidant, même en l'absence du plénipot(*ntiaire prussien, la dette de Kônigs])erg et en permettant qiîe la ville fût rendue aux Prussiens, sans que le payement dé la contribution eût été opéré. Pour que la liquidation des ^•omptes fût effectuée plus vite et afin que l'évacuation eût lieu exactement fliu jonr convenu , il avait même accepté qu'on fixât provisoirement et par apercu>"> le prix des fournitures faites aux bôpitaux, le ehiflVe devant en être ultérieurement révisé. Daru regretta peutêtre un peu la bienveillance qu'il avait témoignée a Kônigsberg; mais il ne dut pas éprouver grande surprise du parti qu'essava d'en tirer le Magistrat d<» . ni de Tappui que lui donna la
Commission Sack.
Quant à la ville de Kônigsberg, elle était parvenue au résultat qu'éHe cbercbait , cpii était d'être évacuée sans avoir payé.
Tandis que ces incidents se déroulaient, les plénipotentiaires prussiens continuaient d'adresser chaque jour à Daru une ou plusieurs notes de protestations ou de réclamations sur les objets les l^ltis divers, mais n'abordaient pas le point capital qui était de déterminer le montant de la dette envers la France : ç^Les plénipotentiaires prussiens, écrit Dam h Napoléon, le 3o août, perdent presque tout leur temps en délibérations, notes et conférences au lieu de liquider des comptes et de réaliser des payements. Je suis obligé de foire opérer directement les recouvrements des contributions dans les provinces.?? Quelques jours après, le U septembre, il écrit encore : rrCes Commissaires sont dans le plus grand embarras, et je m'aperçois que depuis quelque temps, ils évitent les conférences avec moi. La raison en est qu'ils ne savent jusqu'où
pinivent s'avancer. J'ai appris que, depuis le 9 août, c'est-a-dire (If^puis un mois, depuis leur installation, ils n'ont pas reçu une seule lettre de Memel; cet incroyable silence jette dans la perplexité une assemblée composée d'hommes qui ne sont pas accoutumés h de si grandes affaires Je tâche de les encourager à se passer des instructions qu'ils n'ont pas. v Daru les avait jugés tous quand, dès le 91 août, il avait écrit qu'on pouvait comprendre l'abandon dans lequel était tombé le roi Frédéric-Guillaume par le choix des personnages peu considérables à qui il a confié l'importante affaire des contributions 75.
Le 10 septembre enfin, Sack adressa au plénipotentiaire français un long mémoire sur le compte des contributions et impositions qui lui avait été remis le 99 août. La conclusion en était que la Prusse devait i9,83o,43'J fr. 11, tandis que Daru en réclamait 199,5/14,1 33 fr. 33, soit une différence de près de 109 millions
Le mémoire n'est pas seulement intéressant par le résultat auquel il aboutit, mais par plusieurs curieux raisonnements qu'il contient.
Par exemple, la Commission soutient que des contributions ordonnées par l'Empereur, il faut déduire la valeur de toutes les fournitures faites par le pays à l'armée française. Elle fonde cette prétention sur les déclarations faites parles intendants au moment cil les réquisitions furent opérées et même sur le texte des formules
Assez longtemps après, Niebuhr annonçant au Hollandais Jean Valckenaer la prochaine arrivée à Paris de fun de ceux qui avaient été parmi les têtes de la Commission prusienne, le conseiller L'Abaye, écrivait de celui-ci dans une lettre confidentielle (2^4 juiiUet 1810) : crVous le verrez; soyez extrêmement circonspect avec lui; c'est une âme vulgaire et un grand jaseur horriblement indiscret, au reste sans connaissances et sans lumières et sans esprit; bon teneur de livres, bon pour ie petit détail d'un établissement de banque. J. A. Sillem, Het leven van Mr Johan Valckenaer (lome 11, annexe 29).
D'après Daru, la Prusse devait i5^^5o5,/i79 fr. 1 8 au 12 juillet i8oy; ayant versé depuis 35,961,3^0 fr. 85, elle devait donc iâd,5/f^,i33 fr. 33 (au 10 sep tembre 1 807 ). '
imprimées dont so servait l'a utorité militaire. Et pourtant , la Commission avait été informée par Daru lui-même, cpii en avait produit la preuve authentique, que la ville de Berlin avait seule l'avantage que la Commission réclamait pour tout le pays. Mais on comprend ([U(* la Commission se soit attachée à cette thèse; c'était, pour la Pruss(», un hénéfice de plusieurs dizaines de millions. La Commis- «ion, d'autre part, localisait et individualisait en quelque sorte les contrihutions, alors qu'elles étaient levées sur des territoires considérés dans leur unité administrative. Ainsi, elle réclamait des <léductions pour les villes prussiennes qui n'avaient pas été occupées; suivant ^ile, e« effet, le montant de la contribution imposée à une province était déterminée d'après la popidation et la richesse de tout<v cette province; par suite, si quelque ville de cette province n'avait pas été occupée, une réduction correspondante devait être opérée. Ainsi, Glatz n'avait |)as été occupée: donc il fallait diminuer la contribution de la Silésie de 98(),094 fr. Ao; de même, la contribution de la Pomérahie devait 'être réduite de 86 i ,8/12 fr. 3 1 , parce que l'armée française n'était pas entrée dans Kolberg. Pour des raisons analogues, la Conimissioii. demandait des diminutions, à raison de terres que le Roi de Bavière et le prince de Hohenzollern possédaient en Silésie, et à raison aussi d'exemptions que les autorités françaises y avaient accordées.
; • Au sujet des impôts et revenus, la Commission émit une prétention bien inattendue; elle soutint que la convention du 1 9 juillet ne s'y appliquait pas et que seul l'arriéré sur les contributions extraordinaires de guerre était exigible. Elle se fondait sur un argument emprunté au droit des gens et sur un argument emprunté à la grammaire française. Les voici tous deux, tels que la Commission les exposa. Tout d'abord , d'après le droit des gens , dit-elle , le droit du conquérant sur les revenus du pays conquis se fonde sur l'état de guerre et non sur l'état de paix; la paix doit donc l'y faire renoncer \ quoi l'on aurait pu répondre que le recouvrement
DE LA DETTK DE LA PRUSSE. ^il
des impôts et revenus arriérés n'était pas fondé, dans ce cas particnlier, sur l'état de guerre, mais avait été une des conditions essentielles de la conclusion de la paix, c'est-à-dire de la cessation de l'état de guerre; on ne pouvait donc invoquc*r l'état de paix pour en refuser le payement. Voici maintenant le ciu'ieux argument grammatical qui fut produit : ^L'expression même de contrihutioit . en français, ne peut s'entendre que des contributions- de guerre et jamais des revenus du pays. La (Commission soussignée a consulté à cet égard l'Académie des sciences de Berlin et c'est sur sa déclaration unanime et faite par écrit qu'elle a fixé son opinion sur le sens de cette expression. — La (Commission soussignée croit ainsi que l'article Ix de la convention du i 9 juillet, oii il est dit dans le cas on les contrihutlons frappées sur le pays seront acquittées , ne saurait «^tre différemment interprété. Le mol frappées même prouve qu'il est question ici de la contribution (extraordinaire sans parler des revenus, à l'égard desquels on ne l'emploierait jamais.??
L'erreur que commettait l'Académie de Berlin, en définissant le terme contributions , s'explique aisément. ^
D'abord, il n'est pas téméraire de supposer que ses arguments philologiques furent plus ou moins ffiussés par les conceptions politiques qu'elle avait ou que la Commission Sack lui suggéra.
Ensuite, il faut bien reconnaître que si les savants et les hommes de lettres, qui la composaient, connaissaient la langue française classique, surtout celle de Voltaire et des écrivains du xvui*" siècle , ils ignoraient le sens nouveau que la Bévolution avait donné à certains mots: or, le mot contrihution était précisément un de ceu\ tjui étaient pris couramment avec une acception nouvelle. L'Assemblée constituante venait, en effet, de reconstituer le système financier de la France en décrétant le 2 3 novembre 1 790 \& contributwti foncière et le 1 3 janvier 1791 la contribution mobilière et de justifier ainsi le sens nouveau qu'elle entendait donner au terme qu'elle introduisait dans la langue fiscale : w Pourquoi, disait-elle, dans ï Adresse aux Français sur le payement des contributions (juin 1 791 1,
pourquoi les anciennes impositions. . . . . étaient-eïles devenues odieuses? C'est qu'elles étaient des impositions établies par un pouvoir arbitraire, et non pas des coiitri/mtioris déterminées par ia volonté générale. ?7 Mais, TAcadémie de Berlin, pouvait bien ne pas connaître en 1807 ce néologisme, puisque TAcadémie fran* çaise l'avait ignoré quand, en l'an vu, elle avait fait imprimer la (î^inquième édition de son Dictionnaire.
En fait, comme on Ta \vi plus liant, dans la langue napoléonienne, on appelait contributions extraordinaires les sommes que rEmpereùr imposait de sa propre autorité aux pays occupés; et contributions ordinaires les impôts, taxes et revenus qui faisaient partie du système fiscal de ces pays avant l'occupation. C'est en prenant les deux termes dans ce sens que l'Empereur é^rit, le 19 août, à Daru, dans un cas identique à celui de la Prusse : ... « les contributions extraordinaires et les contributions ordinaires de l'armée doivent être payées entièrement??. Parfois, pour abréger, on disait contributions extraardinaires ^ pour désigner les deux catégories de contributions. La raison en est que les unes et les autres, d'une part, étaient une ressource exceptionnelle pour l'Empereur et s'opposaient dans ce cas aux revenus ordinaires du budget et, d'autre part, formaient la ressource principale d'une caisse qui s'appelait Caisse des contributions extraordinaires. Par exemple, dans la constitution du rovaume de Wesphalie du 1 5 novembre 1807, il est dit que : et les contributions extraordinaires de guerre qui ont été mises sur lesdits pays seront payées, ou dés sûretés seront données pour leur payement, avant le 1*^ décembres. Or, il est hors de doute que cet article ne vise pas seulement les contributions extraordinaires proprement dites, mais encore les impositions et autres revenus, c'est-à-dire les contributions ordinaires. Cette abréviation elle-même a été raccourcie dans la convention de Kônigsberg, où l'on s'est servi du terme le plus court et le plus ccrmpréhensif , celui de contributions sans épithète.
L'avis, même iiiiiminK» écril, de 1 Aradéiiiie de Berlin, ne pouvait évid<Mnin<Mit prévaloir contre un usage sanrtionné par une multitude de textes législatifs, de décrets et d'ordres impériaux, et, on peut ajoute^', de rigueurs administratives.
En même temps que son long mémoire y Sack faisait parvenir h Daru ime note qui renfermait deux propositions importantes : la première, fort imprévue, est à peine justifiée; il faut en citer les termes : «La Commission n'ignore pas que, dans la partie des réquisitions, il peut encore être apporté des changements; mais elle sait aussi qu'en discutant chaque point particulier on ne finirait jamais et Ton ne verrait jamais la fin de cet ouvrage. C'est pour cette raison que le soussigné est déjà convenu avec Son Excellen(*e d<^ terminer s'il est possible cette affaire par une somme aversionnelle^^^ La Commission offre donc au lieu de i 9,83o,/(32 francs une somme de 3o millions dv francs. Elle s'abandonne à la magnanimité de Sa Majesté l'Empereur et Roi et se flatte que, convaincue de la justice de la demande, Sa Majesté voudra bien accepter, par son Excellence M. le Plénipotentiaire français, cette sommes. Ainsi, la Commission, après avoir calculé que sa dette n'atteint pas 20 millions, en offre 3o.
La seconde proposition était de payer la France en lui cédant des créances hypothéquées sur des biens situés dans le duché de Varsovie; ces créances n'appartenaient pas au roi de Prusse, maïs à des établissements publics que le roi de Prusse devait désintéresser après entente avec eux^^^ Si le plénipotentiaire français n'acceptait pas cette offre, la Commission était prête à lui en proposer une autre : c'est-à-dire le payement des 3o millions en trois ans, à raison de 10 millions par an.
Aversionnelle est la francîsaJLîon de l'adjectif allemand avei^sionnal , qui signifie : forfaitaire. ,
La Prusse a fait des efforts^ pendant plusieurs années, pour faire accepter par la France ces créances en payement d'une partie de la contribution. J'en ai exposé la nature assez longuement ci-dessous. Cf. pages 1/17-154.
/i/j DÉTERMINATION DU MONTANT
Nous savons Tarcueil que Daru fit à la Noie ot au Mémoire de la Commission par les lettres qu'il écrivit le i6 septembre à Napoléon et à Ghampagny : ^ Le résultat de ce compte est absurde, écrit-il à celui-ci. Je sais que les plénipotentiaires comptent en venir à 80 ou 90 millions (et il faudra bien qu'ils viennent h i5o) mais (*e procédé xle n'offrir d'abord que 3o millions prouve x^ombien ils se proposent de disputer le terrain. Il est* facile sans doute de faire durer la liquidation d'un compte de cette nature • anais tous ces délais qui sont contre leur intérêt sont dans le caractère national. Je réponds a ce compte et à ces propositions en envoyant des exécutions militaires dans les provinces poiu' presser les recouvrements. (]es moyens qui sont fâcheux sans doute ne produiront certainement pas 100 millions, mais ils décideront les administrations provinciales à faire des efforts pour se libérer; ils occasionneront des murmures contre la lenteur i des plénipotentiaires et si, par d'autres causes, l'évacuation du pays se trouve retaï'dée, les recouvrements auront grossi d'autant la masse des contributions. 11 paraît que les plénipotentiaires prussietis, ou du moins le cabinet , ne pensent pas que cette négociation puisse se traiter ici; ils espèrent la suivre à Paris avf^c plus de succès, faire intervenir la (iour de Russie, etc., et qu'enfin je recevrai Tordre de réduire mes prétentions. Toutes les assurances que je leur donne de l'immutabilité des résolutions de l'Empereur ne les déterminent point à abandonner cette espérance,
Daru ne répondit point par écrit au Mémoire. Mais il en causa avec les plénipfotentiaires prussiens, et, au cours de deux conférences qu'il eut avec eux il acquit la conviction qu'il les amènerait à accepter son propre compte à moins que le^ Cabinet de Memel ne le leur défende formellement 55.
Daru à Ghampagny, 18 septembre 1807; Daru à Napoléon, 18 et.a5 septembre 1807.
Sur ces entrefaites. Daru reçut la visite du baron de Stein (îio sept.), qui se rendait de Nassau à Memel, pour y remplir les fonctions de premier Ministre de la monarchie prussienne. Singulier retour des événements. Au commencement de janvier, Stein, qui était en Prusse le Ministre le plus remarquable par ses capacité^i adniinistratives et le plus déplaisant par les disgrâces de son caractère , avait pour ainsi dire été chassé par le roi des hauts emplois qu'il occupait dans l'administration du royaume. Frédéric- Guillaume 111 lui avait, en effet, adressé vme longue lettre qui se terminait par ces propos cinglants :
Pour toutes ces raisons, j'ai été forcé, à mon grand regret, de reconnaître que malheureusement je ne m'étais pas trompé sur vous dès le début, qu'au contraire vous devez être regardé comme un fonctionnaire indocile, arrogant, entêté et désobéissant (ir/dcrspentiger, trotziger, hartmickiger uncl unge/iorsamer^ qui , se targuant de son mérite et de ses talents, loin d'avoir sous les yeux le bien de TEtat, guidé par des caprices, agit par passion, par haine et amertume personnelles. De tels fonctionnaires sont exactement ceux dont la manière de servir agit de la manière la plus préjudiciable et la plus dangereuse pour la bonne harmonie de l'ensemble. Je suis vraiment peiné d'être obligé de vous parler si clair et si net. Cependant, comme vous prétendez être un homme de vérité, je vous ai dit ma pensée en bon Allemand; en même temps, il faut que j'ajoute que, si vous n'avez pas l'intention de changer votre irrespectueuse et inconvenante conduitt», TEtat ne pourra pas a Tavenir faire grand cas de vos services
Six mois plus tard, exactement le lendemain du jour où ses
FrédérioGuiHaume UI à Stein, 3 janvior 1807.
46 DÉTERMINA'nON DU MONTAIST
plénipotentiaires apposèrent leurs signatures au bas du traité de Tilsit, le roi de Prusse chargeait Hardenberg d'oflVir à Stein de reprendre un emploi dans le Ministère. Il semblait à cette heure tragique de l'histoire de Prusse que seul ce Hessois était capable de reconstituer le royaume d(*s Hohenzollern et de lui rendre la vie,, Le message de Hardenberg ne parvint à Nassau, où Stein s'était retiré, que le 9 août. Alors malade, il ne put entreprendre qu'au commencement de septembre le long voyage qu'il avait à taire pour gagner Memel. Le 19, il était à Berlin. Si,, à cause de son éloignement, il ignorait alors où en étaient exactement les tractations de Frédéric-Guillaume et de Napoléon , il savait que , pour le pays au service duquel il allait rentrer, les affriires les plus urgentes à régler étaient celles qui se rapportaient à l'exécution de la Convention de Kônigsberg et que, parmi elles, la plus pressante était l'évacuation du rovaume : çtJe soumets humblement une observation à Votre Majesté, écrivit-il au roi de Prusse eu acceptant son offre; c'est qu'en ce moment la question la plus urgente semble être de donner satistaction aux réclamations des fonctionnain^s français
Dans leur entretien, Daru et Stein n'examinèrent pas les choses à fond. Stein déclara qu'il blâmait le système de temporiser suivi jusqu'à ce jour par la Cour de Prusse et qu'à son avis il fallait éviter toute dispute sur les chiffres et se borner uniquement à convenir du mode de payement.
Je ne sais comment Daru interpréta ce langage. Il ne parait pas avoir supposé que, si Stein ne discutait point le chifTre de la ^ dette prussienne, c'est qu'il espérait que quelque événement favorable permettrait un jour d'ejn esquiver, au moins en partie, le payement. Je serais fort surpris que Stein neût pas eu cette pensée. En tout cas, DfU'u se montra très prudent dans son langage; car si, à cette heure précise, il était le plénipotentiaire oUiciel de TEmpereur des Français, Stein était pour quelques jours encore un simple particulier.
DE LA DETTE DE LA PttjUSSE. hl
Dans ie récit (|ue Daru fil de cette entrevue à Napoléon, l'Intendant générai a écrit : rd/anihiguïté du caractère de mon interlocuteur me prescrivait de me tenir avec lui dans une réserve telle qu'il ne pût trouver dans ce que je lui dirais l'apparence d'une concession». Jusqu alors, on n'avait jamais considéré que le Caractère du baron de Stein fût ambigu. On faisait, au contraire, des jeux de mots sur son nom (jui signifie pierre en allemand et Ton tenait ce personnage irritable et bourru connue étant un roc et tout d'un bloc. Aussi, quand Daru parle de Tambiguïté de son caractère, on incline» tout de suite à penser que le plénipotentiaire français fait allusion à la position spéciale du baron qui n'était presque plus un particulier et n'était pas encore tout à fait un Ministre. .Mais, la dernière phrase de la lettre de Daru laisse croire que l lntendant général, avec sa sensibilité dliomme de lettres, a perçu de la duplicité sous les apparences de franchise et de rondeur de bon interlocuteuj*. ç^Si M, de Stein ^ écrivit Daru, n'a pas été de bonne foi dans cette conférence, elle ne lui a rien appris. S'il a parlé franchement, elle avancera la conclusion de nos aflaires??.
Stein m* (juitta pas Daru sans lui avoir demandé après quelques précautions de politesse 75 si la Prusse serait évacuée après que l'arrangement relatif aux contributions aurait été conclu. Pareille question avait été posée en juillet à l'Intendant général, par le Ministre des Affaires étrangères du roi de Prusse Daru répondit simplement à Stein qu'il n'existait pas, entre nations, de garantie plus forte qu'un traité; que, d'ailbmrs, les traités exécutés le plus exactement dans leur lettre et dans leur esprit étaient ceux qui l'étaient le plus rapidement.
Daru, malgré tout, n'eut pas une impression défavorable de sa conversation avec Stein : on le comprend : quelle que fût la
ffDans la seule conférence qu"*!! ait eue avec moi, il est échappé à M. de GolU de me dire : frMais si nous acquittons ce que vous nous demandez, qui est-ce qui «cnpus répond que vous évacuerez epsuite le pays??? (Daru à TalJjeyriwîVd , 4 ti9 juillet 1 807.) v\
us DÉTERMINATION DU MONTANT
divergence des intérêts que Tun et Taulre défendaient, quelque différents que fussent ieurs caractères, comme ils étaient tous deux fonctionnaires de carrière, il v avait évidemment entre eux des analogies intellectuelles et comme une dialectique commune. D'ailleurs, tous deux étaient pressés d'en finir avec ces affaires : Daru, parce qu'il avait hâte de retourner à Paris, non loin des groupes littéraires qu'il aimait, et d'y reprendre ses fonctions; Stein , parce qu'il ne pouvait pas réaliser ses conceptions politiques tant que la Prusse ne serait pas évacuée. Daru résuma en ces termes la conclusion à tirer de l'entrevue : et Le résultat de cette conférence est qu'on doit renoncer à disputer sur la somme des contributions demandées; qu'il faut faire concourir tous les moyens à les acquitter; qu'on demandera des termes un peu longs; qu'on proposera , et qu'il sera vraisemblablement inévitable d'accepter, des obligations du roi et des Etats pour une partie de là somme; qu'enfin on tâchera de faire les choses promptement et de bonne grâce
Tout cela paraissait raisonnable et donnait espoir.
Stein ne s'attarda pas à Berlin : le 3o septembre, il était à Memel. '
Cependant, les arrangements à prendre en vue du payement des contributions n avancent guère; le chiffre de l'arriéré, que Stein, disait-il, n'entendait point discuter, n'est pas encore arrêté entre Daru et les Commissaires prussiens. Napoléon commence à s'impatienter de toutes ces lenteurs, où il discerne comme un esprit de rébellion dont les effets, en matière de contributions, se
Daru à Napoléon, ao septembre 1807. La abonne grâces de Stein (lui- vÀ pointu comme un caiiiou du Hhin ! Mais Steiu , à la veille de reprendre le pouvoir <[ue son mauvais caractère lui avait fait perdre, avait sans doute fait preuve, en causant avec le plénipotentiaire français, de la courtoisie correcte dont Hardenbeq[ l'avait tant de foie prié d'user en examinant les affaires de TEtat avec le roi de Prusse. ' ' '
DE LA DETTK DE LA PKUSSE. 49
lïianifestonl ailleurs qu'en Prusse. Le 6 septembre il fait dire par Champagny aux députés des Etats du Hanovre w qu'ils doivent s'occuper sur-l«'-champ de payer toutes les contributions de guerre (jui ont été imposées»; sans quoi, ajoute-l-il, a je vais casser les Etats, et je gouvernerai le Hanovre comme pays conquis ^^'-n Lue convention provisoire avait autuiisé la \iHe de Hambourg à se libérer en trois fuis des seize nu'llions (juelle devait; le 17 septembre. Napoléon informe Hertliier qu'il refuse d'approuver cette convention, n admettant qu'un délai de six à buit mois .
(loutre les Prussiens, son mécontrMitement était (»ncon' plus vif. H faut reconnaître (ju'ils soumettaient sa longanimité, qui n'était pas grande, à d<*s épreuves sérieuses et piobablement inattendu<»s de lui. Ils venaient de subir une défaite , peut-être la défaite la plus grande qu'ait éprouvée un Etal de l'Europe moderne; ils en concè\aieni une très grande douleur, qu'ils étalaient d'ailleurs sans vergogne; mais Imr inconcr\able orgueil n'en était en rien diminué et, depuis la paix, se donnait libre carrière : «La jactance des Prussiens en général et leur orgueil me surprennent tous les jours . écrit Clarke de Berlin, un mois après le traité ç^lls sont insolents dit Napoléon à Sa>ary, son ambassadeur à la Cour de Russie On fut même obligé de faire a\ertir le général prussien Blûclier que s'il prenait la moindre ^ulisposition de gu<'rre?^ et s'il iie cessait ses bravades , on enverrait des troupes l'assiéger dans Kolberg , que c'était ^ l'ordre formel de l'Empereur, qui est las des
Napoléon à Ghampagny, () septembre 1807. semaines plus lard, Daru
écrivant à l'Empereur au sujet de la mauvaise volonté du Hanovre à s'acquitter, dira : «Je n'espère pas grand chose de mes exhortations, ni méine de mes mennres, parce qu'avec les Administrations allemandes, on s'épuiso toujours en raisonnements sans parvenir à des résultats. Cependant, je tenterai encore quelques moyens de vaincre celte inertie de l'Administration qui nécessite les moyens vigoureux, dont l'emploi a toujours de grands inconvénients tî. (Daru à Napoléon, 1 1 octobre 1807
^■-^ Napoléon à Berthier, 17 septembre 1807. ^
^•"^^ 5 août 1807.
Napoléou à Savary, tGsiîplembre 1 S07.
fanfaronnades prussiennes ^5 ]\apoléon étail, en efl'et, irrité de l'attitude orgueilleuse de la Prusse que ne justifiait en rien la conduite fort peu héroï(]ue qu'elle avait tenue pendant la guerre. Et puis, il se produisait de temps en temps entre Français et Prussiens de petits incidents, cjuasi inévitables en temps d'occupation, qui entretenaient la mauvaise humeur et la déHanc(\ En voici quelques-uns sur lesquels son attention fut fixée d'une manière particulière par les lettres qu'il reçut de Prusse. Je ne les raconte point à raison de leur importance réelle, mais à raison de l'émotion qu'ils produisirent sur lui.
Un des premiers eut lieu à Oanzig, après le rétablissement de la paix, au sujet de 1^ délimitation du territoire que la convention de Kiinigsberg attribuait à la nouvelle ville libre. Le général Rapp entendait établir les frontières d'accord avec les autorités locales. Le Roi de Prusse estimait, au contraire, que c'était de concert avec ses représentants que l'opération devait être laite, ce Pour sauver des droits solennellement acquis le Roi dépêcha a Danzig deux commissaires; Rapp les fit expulser. Le Roi de Prusse s'en plaignit en termes amers à l'Empereur de Russie, demeuré son ami, son allié et son protecteur, en lui envoyant comme pièce justificative l'ordre signé par Rapp. Averti de la démarche de Frédéric-Guillaume, le général Savary crut habile d'en parler tout de suite à Alexandre l"", en vue de détruire par avance, ou tout au moins d'atténuer, la mauvaise impression c|ue l'incident aurait pu produire sur son esprit. Il ne connaissait à cette heure que la version prussienne et sembla regretter la conduite de Rapp. Mais, à Fontainebleau, où était la Cour, on vit les choses tout autrement : La mesure prise à Danzig , quoique non ordonnée par l'Empereur, écrit Champagny, le 27 septembre 1807, a été nécessitée par la conduite insolente des commissaires prussiens. L'Empereur
Napoléon au prince de Neuchàtel , 2/1 septembre 1807 (correspondance de Napoléon , n** 1 3 1 7 9 ). • ^-i Knobelsdorfl' à Champagny, a/i août 1807.
est mécontent des Prussiens, mécontent de Tesprit de Tarmée prussieime, que ses revers n'ont pas corrigée. Toujours les mêmes forfanteries, toujours de nouvelles provocations. Une scène scandaleuse et insultanti^ pour rarniée française s'est passée à kôni}>sberg. L'Emp(Teur n'a pas encore reçu à cet égard une explication satisfaisante». A de tels hommes, il ne faut point une molle condescendance , et on doit ressentir vivement leurs plus légers torts Napoléon ne fut pas moins net que Champfigny dans son jugement sur la conduite de liapp et sur l'attitude des officiers prussiens; il écrivit, le (i octobre 1807, à Savary : rrVous avez eu tort de trouver mauvaise la conduite du général Rapp. Les officiers prussiens portent (juel(|uefois leur insolence a un degré (ju'un homme d'honneur ne saurait toléier. Vous savez que le Roi de Prusse est faible, et qu'il manque de Ténergie qui serait pourtant bien nécessaire pour imposer silence h ses officiers. Enlin, toutes les lettres des officiers de l'armée me prouvent (jue général liapp iTa pas pu faire autrement . . . Lorsque les circonstances veulent i^ur vous parliez des Prussiens (à la Cour de Russie), faites comprendre leur mauvaise conduite L'Einp(»reur aurait pu ajouter; que Rapp n'avait fait que suivre les. conseils d'énergie qu'il avait reçus, ainsi que les autres otficiers généraux commandant ru Prusse Tarmée d'occupation. Six jours après la signature de la convention d'évacuation. Napoléon, en effet, avait fait à Glarke la recommandation suivante : rrNe souffrez pas qu'on fasse aucune démonstration à Berlin pendant (jue mes troupes y seront; dites-le hautement et fermement, {'{ ajoutez (ju'à la moindre démonstration que l'on ferait, je mettrai dix millions de contribution de plus?? A Rapp même, avant l'incident de la délimitation de Danzig, TEmpereur avait écrit : ce Tenez ferme les olficiers prussiens et punissez fermement ceux qui se permettent des impertinences ?? Après l'inci-
En réponse à une lettre que Savary lui avait adressée ie 9 septembre 1807. Napoléon à Glarke, 18 juillet 1807.
Napoléon à Rapp, -'j août 1807.
dent, il lui renou^i^la ses inslructiojis : «J'ai blâmé le général Salary de >ous avoir blâmé dans la conduite que \ous avez tenue avec les Prussiens. J'approuve ce que vous avez fait. Ne souffrez pas que ces messieurs lèvent la tête. Leur impertinence est si forte que je ne suis [)as étonné de ce que vous avez été obligé de faire
C'est à celle époque que se produisit 1 incident de Fanclion la Vielleuse, auquel faisait allusion Champagny dans sa lettre à Savary
Daru en saisit l'Empereur dans une de ses lettres oîi, suivant Tordre qu'il en avait reçu, il Tinformait, à peu près chaque jour, des bruits et nouvelles qui couraient à Berlin. Voici le récit de Daru : ^rUn é\énen)»»nt de peu d'importance, qui vient de se passer à Konigsberg, mérite cependant qu'on en lasse mention, parce qu'il caractérise les dispositions des officiers prussiens. On donnait au spectacle Fanchonla Vielleuse, ou deux officiers figurent en uniforuK» français. Aussitôt que les officiers prussiens virent paraître les acteurs, ils les sifflèrent jusqu'à ce qu'ils eussent quitté la scène et changé (rhal)it. 11 paraît que la Cour s'est bornée a prendre cette étourderie pour du zèle^^^^.
Tout cela était-il exact? Je l'ignore, et il est bien inutile de s en enquérir aujoiu'd'hni . Ce qu'il coinient seulement de retenir de
Napoléon à l^app^ 8 octobre 1807.
Fanchon la Vielleuse est une comédie- vaudeville en trois actes par Bouiiiy et Joseph Pain, représentée d'abord sur le théâtre du Vaudeville, à Paris, en 1800. Cette pièce sentimentale et mièvre contient des couplets de J. D. Doche qui eurent à Tépoque un très «(rand succès. Quand le Roi et la Heine do Prusse s'en furent à Saint-Pétersl)our|j eu janvier 1809, parmi les spectacles quWlexandre I*"^ lit donner pour eux, se trouvait la Fanchon la Vielleuse. La Reine Louise la trouva charmante et nota ainsi son impression dans son journal de voyage, à la date du 28 janvier : Fanchon, délicieux??.
Daru à Napoléon, .28 août 1807.
Le récit de Daru atténue un peu ce qu'ail y avait sans doute d'exagéré dans le rapport qu'il avait reçu. Ce rapport était ainsi rédigé ; frLes Prussiens et surtout les ofïîciers viennent de manifester à k6nigsl»erg leur antipathie contre les Français, à
révénenuMil sans gravité qui s'était passé à Memc^l, et non à Kônigî* berg, c'est la colère (|u'il excita chez Napoléon. Il dojnia, séance tenante, à Chanipagny Tordre de répondre à Daru : te Répondez-lui (à Daru) (|ue j'ai été indigné du fait dont il est question dans sa lettre; que je lui ordonne d(» pass(»r une note pour demander justice exemplaire des olïici(*rs qui ont commis cette insulte; je me refuserai a toute évacuation, jusqu'à ce que les deux principaux soient fusillés; que, si le Roi de Prusse veut ainsi me faire insulter, il est inutile^ (ju'il pense venir à Berlin, parce qu'il n'y resterait pas longtemps. De votn* côté, faites appeler les deux envoyés prussiens qui sont à Paris; faites lf»ur connaître toute Tindignation que je ressens dr ciMtc» injure des Prussiens, dont je ronnais Timpr^rtinence; je demande que les deux principaux soient fusillés; que cette affaire nVst pas de peu d'importance; qu'elle importe plus encore (jue la rentrée des contril)utions; que la faiblesse du Roi a déjà été cause de la guerre qui vi<Mit de finir, et que si des polissons, aussi lâches sur le champ de bataille qu'arrogants dans les coulisses, continuent à se comporter ainsi, la monarchie |)russienne aura une courte» destinée. Vous \ous (»xprimei*(»z a\ec la plus grande énergie; vous n<* dissimulerez pas que le P'ivs ne s(*ra pas évacué, si je ne suis pas satisfait. <»t c|U(», si cela tard(% je déclarerai la guerre à la Prusse
Champagnv transmit à Daru c(»s ordres tiTribles, mais en en atténuant beaucoup la rigiieur. Il ne Ini écrivit pas qu<* l'Empereur
roccasion de la représentation du petit opéra intilulé Fanchon la Melleuse ^ où l'on sait que deux acteurs figurent en uniforme d'officiers français. Aussitôt que les officiers prussiens virent paraître les acteurs sous cet habit, ils sVn îndi, (ruèrent à un tel point qu'ils les forcèrent par toute sorte d'outrages à se retirer de la scène et à changer d'habit. La Cour, loin de réprimer cette licence, a paru approuver les officiers et prendre pour du zèle ce qui n'était qu'une insolente indiscrétion Napoléon à Chanipagny, 7 septembre 1807.
Napoléon donna le même jour des instructions semblables, mais plus brèves et de ton moins vif, à Berthier, pour qu'il mit au courant le maréchal Soult de TafTaire et des sanctions exigées.
exigerait la mort do deux officiers, mais simplement que la grandeur de la peine égalât la grandeur de Toutrage^^^.
A Memel, le gouvernement informé de cette demande de réparation, d'une part, parle général Knobelsdorff , Tenvoyé de Prusse à Paris, d'autre part, parSack, s'en montra fort ému. Le roi écrivit au marécljal de Kalckreuth (|ue son intention était de faire à la nation française la réparation la plus éclatante, et il lui donna Tordre d(^ faire informer sur cette affaire par un conseil de guerre, le commandant français de Konigsberget deux officiers devant être présents et à Tinstruction et au jugement. Je ne sais comment tout cela finit; mais il est à présumer que l'incident fut vite ramené par les enquêteurs aux proportions qu'avaient indiquées Daru . c'est-à-dire à celles çcd'un événemcMit d^* peu d'importance t^.
Il n'était pas encore clos qu'il s'en produisait deux autres à
. Voici la leUre de Champagny (9 sept. 1807) :
ïfS. M, l'Empereur et Roi a bien voulu me communiquer, Monsieur, ia lettre que vous lui avez écrite sous la date du â8 août.
çrLe fait rapporté dans cette lettre et arrivé au théâtre de Konigsberg a excité Tindignatîou de Sa Majesté. Si les ofliciers prussiens, qui s'en sont rendus coupables, ne Teussent été qu'envers elle, sa grandein* d'âme lui eut fait mépriser Tinjuro. Mais l'armée française, mais la France ont été outragées avec autant de lâcheté que de fureur. C'est un attentat qu'il n'est pas au pouvoir de Sa Majesté de pardonner. Elle vous charge, en conséquence. Monsieur, d'adresser aux Commissaires du Roi de Prusse une note pour demander qu'il soit fait des auteurs de l'attentat une justice exemplaire.
«La note doit présenter ia conduite des olîiciers prussiens sous ses véritables couleurs et l'insulle qu'ils ont osé faire comme un crime d'autant plus grand que beaucoup de guerres ont eu des causes moins légitimes et moins graves.
«Vous direz que les sentiments du Roi sont trop connus pour que les auteurs de cet attentat puissent attendre de lui une indulgence contraire aux intérêts de ses peuples*
«Vous ajouterez que la réparation demandée doit précéder l'évacuation des provinces prussiennes et que cette réparation ne sera considérée comme satisfaisante qu'autant que deux des principaux coupables auront été punis et que la grandeur de la peine égalera la grandeur de l'outrage.
Daru répondit assez longuement à cette lettre, cherchant visiblement a apaiser le i:ourn>ux de l'Empereur ( Daru à Napoléon, âi sept. 1807).
Kônigsberg : Tun , où l'on vit une insulte a h\ Légion (rhonneur, eut lieu au théâtre; l'autre, que Ton tint pour un outrage à Tannée française, se passa dans un bal, auquel venait d'assister le maréchal de Kalckreuth. Daru, qui ne prenait pas facilement les choses au tragique, (mi fit à l'Empereur le récit suivant -J^^
«IJn acteur ayant paru sur le théâtre avec la décoration de la Légion d'honneur, uu officier prussien parut choqué de la préférence que ce comédien donnait à la décoration française, ce qui occasionna un petit nuirmure qui, au reste, n'interrompit pas le spectacle.
(rUn employé di» l'administration française avant été insulté dans un bal par un officier prussien, il s'ensuivit un rendez-vous auquel le Français se trouva, accompagné de quatre autres Français sans armes, et l'officic^r prussien avec une trentaine de ses camarades. Plusieurs mirent le sabre à la main, et lui imposèrent la condition de ne pas se servir de la pointe du sien dans le combat, attendu que ce n'était pas Tusage chez eux, le menaçant, s'il s'en servait, de lui passer leurs sabres à travers du corps. Cette scène avait lieu dans un jardin dont on avait fermé les portes. Un officier supérieur français, qui se trouvait dans le voisinage, se fît ouvrir les portes et fit cesser ce tumulte. M. le Maréchal de Kalckreuth a mis onze de ces officiers en prison 7? Napoléon jugea, sans doute, la peine suffisante, car l'affaire en resta là.
Un peu plus tard, parmi les officiers se livrant à ces fcinfaronnades ou à ces impertinences , on trouvera le jeune prince Auguste de Prusse, qui, fait prisonnier à Preuzlow^ et emmené en captivité à Nancy, puis à Soissons, avait ensuite séjourné a Paris jusqu'à la conclusion de la paiv. Revenu à Berlin , il y tenait depuis son arrivée, des propos inconcevables??. «Ce jeune prince, disait Napo-
Daru tenait la nouvelle du commissaire des guerres à Konigsberg, Anglès^ qui lui avait adressé un rapport à ce sujet le 98 septembre. Darii à Napoléon, 8 octobre 1807.
léoiK est aussi fanffiron (|ne plusieurs officiers de sa nation et aussi peu corrigé par les événements.
Les Prussiens évidemment n'étaient pas corrigés par les événements Ce peuple, vieux de deux siècles, possédait une armée qui , n'ayant jamais été battue avant léna , se croyait encore ,
Celte appréciation de Napoléon est empruntée à une îeUre assez curieuse qu*il adressa de Venise à Maret, ministre secrétaire d'Etat, îe 6 décembre 1807 : rrFailes mettre (dans les petits journaux) écrit l'Empereur, que le prince Auguste de Prusse, qui a 6ié fait prisonnier à Prenziow, qui a demeuré longtemps à Nancy et à Soissons, et on dernier Heu à Coppet, où W faisait la cour à M"** de Staël, parait avoir puisé à Coppet de fort mauvais princip<^s. Les propos qu'il tient depuis son arrivée à Berlin sont inconcevables. Ce jeune prince est aussi fanfaron que plusieurs officiers de sa nation et aussi peu corrigé par les événements. 11 accuse le prince deHohenlohe» le duc do Brunswick, le général Blùcher, l'armée prussienne, le roi; tout le monde a niaf fait, excepté lui. Tout ce qu'on sait de lui, c'est qu'il a été pris dans un marais. Il n\Y a ni esprit ni générosité, jeune, sans expérience, sans avoir de preuves, à déclamer contre de vieux militaires victimes de circonstances impérieuses de la guerre, ^ous sommes loin de blâmer que le prince Auguste ail été fait prisonnier; c'est un sort qui arrive au plus brave; mais, lorsqu'on survit à un tel malheur sans qu'on ait reçu aucune blessure, on est en situation de se justifier, et non d'accuser et de parler à tort et travers sur des choses qu'on ne sait pas et qu'on n'entend pas. Ce jeune prince aurait encore besoin des conseils de son respectable père et de sa digne mère: ils lui seraient plus profitables (jue les leçons des mauvais esprits qu'il a vus à Coppet, et que les mauvais propos (ju'il y a entendus. w
Le prince Auguste, qui n'avait alors que dix-sept ans, était le fils d'Auguste- Ferdinand de Prusse et de Ironise de Brandobourg-Schworin.
^- T^e 1*' juin 1808, alors que la Prusse était occupée presque tout entière par l'armée française depuis dix-huit mois, le maréchal Victor, qui était gouverneur de Berlin, écrivait à l'Empereur : rrLa classe nombreuse des hommes incorrigibles désire une nouvelle guerre, les leçons sérieuses (ju'elle a reçues n'ont changé ni son esprit ni ses desseins; il est vraisemblable qu'il faudra lui m donner encore pour la soumettre à la docilité. >5
Le mois suivant, dans un rapport adressé à Berthier ( 38 juillet) , le général Lauer commandant de la police à Berlin, écrit : wlls (des officiers prussiens) font courir de faux bruits en abondance tant à Berlin qu'en Silésie. Le soussigné a reçu quatre lettres tendant à ime insurrection, adressées à quatre officiers prussiens, qui euxmêmes les ont de suite remises à la gendarmerie. Les ordres sont donnés pour faire des recherches rigoureuses sur les auteurs anonymes. . . 11 existe beaucoup d'armes parmi les habitants de cette ville. Le soussigné estime qu'il serait prudent d'ordonner un second dé'^armement.r
quoique vaincuo, invincible; aussi , apr^îs ses défaites, et malgré le démembrement du royaume, gardait-elle Torgueil des victoires et des conquêtes passées, comme si elle eût pressenti des triomphes prochains.
Cet état d'esprit, avec ses manifestations plus ou moins arrogantes ou ergoteuses, avait rinconvénient non seulement de froisser l'Empereur victorieux, mais encore celui d'inciter le gouvernement prussien à ne pas exécuter un traité qui supposait sa défaite. Les conséquences s'en firent sentir rapidement.
Agacé de la lenteur des plénipotentiaires et de Tinsolence des militaires. Napoléon décida d'employer à l'égard de la Prusse lui moyen de contrainte énergique. On sait qu'en vertu de l'article 5 i]o la convention de Kônigsb(»rg, les revenus et impositions du royaume étaient depuis le jour de l'échange des ratifications versés au compte du roi, c\»st-à-dire , en atténuation de sa dette envers la France. Le 9.1 septembre, Daru reçut de l'Empereur l'ordre d'informer la commission Sack que si, au i***^ octobre, tout c<» qui était relatif aux contributions n'était pas réglé, il considérerait comme nul l'article 5, c'est-à-dire qu'à titre de pénalité de retard il confisquerait les revenus du royaume, comme pendant la guerre; car, écrit l'Empereur, et quoique ma nombreuse armée soit nourrie en Prusse, cependant cet état de choses m'empêche de désarmer et me porte à de grandes dépenses.
C'était une décision grave.
Elle produisit un effet considérable sur les plénipotentiaires prussiens :1e 28 septembre, ils déclarèrent avec solennité que la
Napoléon à Daru, 1/4 septembre 1807.
Craignant évidemment de mal exprimer les volontés de l'Empereur, Daru reproduisit presque mot pour mot dans sa note du ai septembre les termes de la
mesure prescrite par l'Empereur était arbitraire, attendu que le traité ni la convention ne l'avaient prévue, mais, que, puisque le plénipotentiaire de la France ne voulait point réduire le montant des contributions qu'il avait fixé, la Commission n'avait plus «d'autre ressource que de soumettre Taffaire à son souverain et de demander son autorisation pour la signature delà somme demandée». Ils ajoutèrent avec humilité et résignation : cr La grandeur d'ame de l'Empereur donne l'espoir fondé qu'il ne continuera pas à traiter le roi et ses infortunés sujets d'une manière aussi dure. La Prusse met son sort entre ses mains, t)
Cette protestation faite, Sack se souvenant peut-être de recommandations de Stein, notifiait à Daru , quaranle-huit heures après, que la Commission acceptait le chiffre de i54 millions. Mais cette acceptation n'était pas pure et simpl<\ La Commission la subordonnait, en effet, d*abord à l'approbation royale qu'elle avait sollicitée et attendait sous quelques jours; ensuite, à des modes de paiement manifestement inadmissibles et sur lesquels nous reviendrons. Quelque grave que fut cette double réserve, Daru considéra
lettre impériale du lû. Le rapprochement des deux documents montre à quelles précautions un des plus hauts fonclionnaires de T Empire se croyait tenu.
Lettre du i4 septembre 1807. Note du îii septembre 1807.
Monsieur Daru , laites connaitre aux plé- Le, soussigné, plénipotenhaire de S. M.
nipotentiaires prussiens que si, au i**^ oc- l'Empereur des Français, roi d'Italie, m
tobre, tout ce qui est relatif aux contribu- reru l'ordre de faire connaitre à MVL les
tions n'est pas stipulé et les affaires arran- plénipotentiaires de S. M. le roi de Prusse
gées, l'article de la convention qui porte que si le i*"^ octobre tout ce qui est relatif
que les revenus seront perçus par le roi de aux contributions n'est pas stipulé et les
Prusse à dater de la signature de la paix afVaires définitivement arrangées, l'articlè
sera annulé, et que je m'emparerai des de la convention du 12 juillet qui porte
revenus courants; car, quoique ma nom- que les revenus du pays seront perçus pour
breuse armée soit nourrie en Prusse , ce- le Roi , ne pourra être considéré que comme
pendant cet état de choses m'empêche de non avenu; attendu les dépenses considé-
désarmer çt me porte à de grandes dé- rables que l'état actuel des choses occa-
pénses. sionne à Sa Majesté l'Empereur et Roi.
NAPOLKo^. Daru.
Cf. une lettre à TEmpereur où Daru constate que depuis le 12 juillet, les revenus du roi sont perçus pour les Français et ne suffisent pas à Tentretien de l armée.
romnio un sik < es crUp adhésion conrliiionneH(» de la Commission au chiffre qu'il avait proposé
H fallait maintenant attendre le retour du courrier prussien qui devait rapporter do iNIemel la sanction royale.
Le 1*"* octohre, le courrier n'étant pas rentré, Daru donna Tordre qu'à compter de cette date les impositions du royaume fussent i*ecouvrées pour le compte de l'Empereur.
L'ordre fut exécuté, non sans vives protestations de la part aussi hien de la Commission que des autorités provinciales.
Phis de deux semaines s'écoulèrent encore avant que Sack reçût de la Cour de Prusse le courrier attendu. Enfin , le i 8 octobre, la Commission, (expressément autorisée par le roi, accepta, à titre définitif le chiffre qu'elle avait admis le 2 5 septeml)re à titre provisoire.
Des trois questions sur lesc|uelles les Commissaires prussiens et français avaient à établir un accord, la plus difficile, la fixation du montant de la dette prussienne, était ainsi résolue. Je raconterai plus loin les efforts faits pour résoudre les deux autres, c'est-à-dire la détermination du mode de paiement à employer et celle des garanties à fournir. Mais, avant de le ftiire, je dois dire les trois causes politiques qui, outre la pénalité pécuniaire appliquée le 1*** octobre, déterminèrent le roi de Prusse à accepter le compte du plénipotentiaire français.
D'abord, deux beaux et longs rêves que la Cour de Prusse avait
Daru à Champagny, a 5 septembre 1807.
rrS. M. le roi de Prusse, en ne considérant plus comme une affaire de calcul, mais comme une affaire de politique, la somme de i54,5o5,/i79 fr. 18 exigée par S. E. M. le plénipotentiaire français , pour les contributions arriérées n'a pu renoncer en même temps à l'espoir qu'il plairait à S. E. d'accorder quelques remises sur tme prétention si disproportionnée à la misère publique, à l'épuisement total de la monarchie et à la ruine des particuliers.?^ (Sack à Daru, 18 octobre 1807.)
commencés aussitôt après le désastre de THsit et qu'elle avait caressés tout l'été, venaient de se dissiper, Tun dans les ])rumes de la Seine, l'autre dans celles de la Néva : le premier, c'était le succès de la mission du général Knobelsdorff, à Paris; le second, celui d'une intervention efficace du tzar auprès de Napoléon.
Alexandre, ayant accompli à Tilsit une sorte de prodige, en obtenant de Napoléon que la Prusse ne serait qu'à demi détruite, Frédéric-Guillaume III crut que l'événement miraculeux qui s'était produit pour le territoire de sa monarchie se renouvellerait pour les contributions qu'il devait. 11 nourrit de longs mois cette illusion; ses plénipotentiaires la partageant naturellement, les premiers pourparlers à Berlin s'échangèrent entn* les deux parties mollement et sans hâte, du côté prussien, comme si l'on eût été dans une période d'attente et comme si le peuple et son roi n'eussent pas été pressés de voir l'armée française évacuer le territoire.
Quand Frédéric-Guillaume connut la convention que le maréchal de Kalckreuth a\ait signée le i ^ juillet, il fut eflVayé par les charges qui allaient peser sur le pays, et envoya tout de suite à Napoléon un de ses généraux, le comte de Knobelsdorff, imaginant que celui-ci, par des supplications et des raisonnements, réaliserait le double miracle souhaité, c'est-à-dire une diminution du montant des contributions et de longs délais pour les acquitter.
Le général partit, le 16 juillet, pour Dresd(% ou l'Empereur s'était arrêté cinq jours pour régler les affaires du duché de Varsovie; mais quand il parvint en Saxe, Napoléon était sur le point d'en partir; pour accomplir sa mission, Knobelsdorff dut le suivre en France; il arriva le U août à Paris.
Le y , Napoléon indiqua à Talleyrand ce qu'il fallait lui dire :
Monsieur le Prince de Bénévent, faites connaître h l'envoyé du roi de Prusse, dans un entretien , que mon armée n'évacuera point, jusqu'à ce que les contri tentions aient été pavées; que cela est stipulé dans le traité; que les contributions ne m'appartiennent pas, mais à mon armée, et que, si
elles n*ëtiûenl pas payées, je serais obligé d'en faire sortir la valeur de mon Irésor; que je n'ai pas voulu la destruction de la monarchie prussienne, puisque j'ai rendu au l oi les trois quarts de ses provinces; que je suis fâché qu'après avoir rétahli la Prusse, on dise que j'ai voulu l'anéantir; que, si le roi de Prusse eût été à Paris, il ne se fut pas con(kiit de même; que, relativement au payement'de la contribution, j'ai donné tous les pouvoirs à M. Daru pour s'enten(h-e avec les agents du gouvei'nement prussien et leur donner les facilités (pi'il sera j)ossible d'accorder. — Je désire que vous ay(»z cet entretien demain, alin (pie cet envoyé fasse paitir sur-le-champ un courrier ])our donner connaissance de cela à sa cour et empêcher qu'on ne s'y flatte de fausses espérances. . .
[i'enlrrtit'ii nrui pas liru \r lendemain : Talleyrand quitta, en elfet, h^ Ministère des relations extérieures le jour même oii Napoléon lui ordoiniait de recevoir KnobelsdorlT. Ce fut donc, son successeur, le couite de* Champagny, qui eut à notilier au général prussien les instructions impériales.
Il ne le fit qu'après que Napoléon eiil donîié audience à Penvoyé extraordinaire de Prusse. Cette audience, impatiemment attendue par Knobelsdorft*, eut lieu le 20 août; elle fut sans résultat; le prince héréditaire de Bade et Cambacérès étant présents, KnobelsdorlV jie put plaider connue il Paurait souliaité la cause dont il était chargé. Clianq)agny le reçut le lendemain. Vprës avoir discuté la délimitation du territoire de Danzig, Penvoyé de Prusse, voulut aborder la fixation des contributions et le mode de leur payement; mais Champagny se déroba; il insinua que Knobelsdorff nouait pas des pomoirs suffisants pour traiter cette allaire; il ajouta (|ue, d'ailleurs, au sujet des arrangements à prendre poui' exécutei* la convention de Kônigsberg, PEmpereur avait donné à Daru pleins pouvoirs, de môme que le roi de Prusse à ses commissaires
' (lorrcspoudance de Napoiéou 1*", 9 août 1807.
Le Coq à Frédéric-Guillaume III, 26 août 1807. Knobelsdorff avait bien qualité pour traiter. D'après son pouvoir daté du iG juillet 1807, il était envosé auprès de TEmpereur 'rpour conveuir de ce qui est relatif aux contributions de guerre impo-
Cette mission de Knobelsdorff à Paris inquiéta toujours Daru; la raison en est que les Prussiens fondaient sur elle de grandes espérances et que la Commission Sack trouvait en elle un prétexte de ne rien décider. Le ati août, Daru avertissait Napoléon : t^Les négociations avec les Commissaires prussiens n'avancent pas aussi i-apidement que je le désirerais : cela tient, d'abord, au caractère national qui est temporiseur. . . et, surtout, à Tespérance que M. de Knobelsdorff' obtiendra quelques modifications du traité. L'Empereur le rassura tout de suite : t^Vous pou>ez assurer les Prussiens que M. (leKnobelsdorir n'a rien obtenu et n'obtiendra rien; et s'ils veulent voir évacuer leur pays, ils se dépêcheront de payer ?? Néanmoins Daru demeure anxieux. Autour de lui circulent toutes sortes de l umeurs qui annoncent que Napoléon vient de réduire ou va réduire le montant de la dette de la Prusse. 11 a beau aflirmer que les résolutions de l'Empereur sont immuables, que Knobelsdorff ne les changera pas, il ne parvient pas h dissiper complètement ces mauvais bruits, qui affaiblissent son autorité. Le 1 6 septembre, il prie Champagny de lui envoyer une lettre qu'il montrera comme pi-euve de ses assertions. Le Ministre lui adresse immédiatement un papier, où les plénipotentiaires prussiens purent lire ceci : ce Les intentions de l'Empereur (à l'égard des contributions). . . sont invariables, et si Sa Majesté n'a voulu recevoir M. de Knobelsdorff que comme général au service de la Prusse et non comme envoyé de cette puissance, c'est uniquement parce que sa mission avait rapport aux contributions , c'est-à-dire à un objet qui ne doit être traité qu'à Berlin et avec vous, v ^'^^
Daru venait de recevoir ce message ou allait le recevoir, quand , le 3 octobre, le contrôle postal décacheta à Berlin, une lettre dans laquelle les députés de Breslau écrivaient à leurs commettants :
sëes... avant la paix heureusement rétablie tî. Mais, il faut bien convenir que la Commission de Berlin présidée par Sack avait les mêmes pouvoirs.
Napoléon à Daru, 3o août 1807; (if. Napoléon à Champagny, -j'i août 1807,
Champagny à Daru, a5 septembre 1807.
«]\ous vîmes hier soir, M. Nagel (un des plénipotentiaires prussiens) qui nous dit (|ue les négociations de M. de Knobelsdorlï' étaient renouées et que, le à octobre, on attend un courrier du roi chargé de dépêches d'une grande importance. Cette information au sujet des négociations de Knobelsdorff à Paris était bien peu vraisemblable. Daru la transmet néanmoins à l'Empereur et, après lui iwoiv dit que le courrier qu on attendait de Memel était sans doute celui qui devait apporter Tapprobation définitive du compte de i54 millions, il ajoute, faisant allusion à la Commission Sack : Si on espère quehjue chose des négociations de M. de Knobelsdorff , on ne terminera rien avec moi. v Napoléon le calme encore une fois et Tédilie sur la position et Tautorité dont jouit le général prussien à Paris : «(Juantà ce qu'on dit de M. de KnobelsdoHf , il n'est point Ministrr d<* Prusse, on ne l'écoute pas. Il est vrai qu'il a proposé à M. de Champagny, il y a sept ou huit jours, de payer 19 millions pour l'évacuation de Berlin. On lui a ri au \\v/A^Kr>
Ainsi finit la mission Knobelsdorff.
Un des rêves de Memel était achevé.
L'autre, plus merveilleux encore, le beau rêve russe, venait aussi de s'évanouir.
Depuis c[u un certain équilibre de forces s'est établi entre les grandes puissances de l'Europe, il se trouve presque toujours, après toute grande guerre, quelque puissance qui vient offrir ses bons oflices au vaincu, en vue de reformer l'équilibre rompu au profit du vainqueur, — c'est-à-dire qui cherche à détruire ou à diminuer la prépondérance que la victoire menace d'assurer au vain(|ueur.
Il en fut ainsi après la paix de Tilsit. Six belligérants avaient pris part à la guerre qu'elle termina ^^^^ mais en fait, il n'y eut
Napoléon à Daru, 13 octobre 1807.
Les quatre autres belligérants étaient : l'Angleterre et la Suéde qui, à proprement parler, ne prirent pas part à la lutte, la Saxe et la Russie qui, quoique
guère c|a'un vain(|iieur : rEinpereur Napoléon, et (|a'un vaincu : ie Roi de Prusse. Quand les hostilités furent finies et la coalition dissoute, ce fut la Russie, qui, alarmée de la puissance de Napoléon, chercha à rajuster la balance des pouvoirs en Europe et vint au secours du vaincu
Elle ne révéla pas tout (h* suite ses intentions. Elle était d'ailleurs dans une position un peu ambiguë. Officiellement alliée et amie de la France, il lui était interdit de soutenir ouvertement et fermement les intérêts de la Prusse : c'eût été combattre ceux de la France. D'autre part, elle ne pouvait abandonner la Prusse. Dans la guerre cjui venait de finir, la Prusse n'a>ait-elle pas été son aHié(*? et puis, n'était-il pas simplement décent (jue la Russie qui, à Tilsit, s'était rnrichie d'une partie de ses dépouilh»s, appuyât les réclamations du malheurenv souverain, dont les Etats étaient occupés par les uniombrables armées de l'ennemi et ([ui, réfugié à Memel, tout près la frontièn», l'imploiait de la manière la plus pressante et la plus humble? D'ailleurs, en secourant la Prusse, Alexandre 1" iw céderait pas seulement à un sentiment de courtoisie apitoyée, il obéirait aussi aux principes de la politique suivie par 1rs derniers Romanoil*. Grâce aux célèbres con\(Mitions (|u'elle avait conclues axM* Frédéric II en avril 176/1, Catherine 11 avait trouvé de grands profits en s'alliant avec la Prusse. En ralfermissanl cette union, Alexandre n'en recueilleraitil pas, à son tour, d'aussi abondants? car, si la Prusse, réduite comme elle l'était, n'ayant plus une existence pleinement indépendante à cause de sa faiblesse, ne pouvait en aucun cas être gênante pour la Russie, n'était-elle pas néanmoins en position de
battues militairement , gagnèrent à Tilsit , Tune le duché de Varsovie et Tautre , le district polonais de Bielistock.
Alexandre 1**^, expliquant au comte de Tolstoy la conduite de la Russie en 1806, dit : rr Voyant la ruine progressive des bases sur lesquelles reposaient depuis tant de siècles ie repos et le bien-être de TEurope , j'ai senti qu'il était du devoir et de la dignité du souverain de la Russie de ne point rester spectateur oisif de ce .bouleversement totale. (Instructions du i^-a6 sept. 1807).
lui être fort utile? ne formait-elle pas, comme son avant-garde sur le front occidental? Suivant l'occasion, ne pouvait-elle, d'une part, Taidi^r à contenir ou à combattre TAu triche, et, d'autre part, la protéger contre les ambitions de l'Empire napoléonien? En venant à l'aide de la Prusse, la Russie ne contribuerait donc pas seulement à reconstituer récpiilibre européen; elle étaierail un de ses propres contreforts.
La Prusse, de son côté, aspirait de toutes ses forces à l'alliance russe, comme» elle l'a toujours fait avant Tilsit, — et (le|)uis. N'étant séparée de la Russie par aucune frontière naturelle, elle a toujours redouté ce vaste empire quasi asiatique, qui pou\ait autrefois la submerger en quelques jours sous les Ilots de son innombrable cavalerie : dans cette appréhension, les rois de Prusse ont été obligés de ménager les empereurs de Russie, d'entrer dans leurs vues, de s'allier avec eux, de s'en faire des amis, afin de se prémunir contre leur malveillance, c'est-à-dire de se protéger contre leurs armes.
Après sa défaite, le roi de Prusse se tourna donc d'instinct vers l'Empereur de Russie; il lui semblait d'ailleurs qu'Alexandre P% devenu l'allié de Napoléon, était en bonne situation pour obtenir de lui une atténuation à la rigueur des traités. Le 3o juillet 1807, faisant appel au cœur et aux intérêts de son puissant voisin, il lui écrivit :
Je m'empresse, Sire, de renouer notre correspondance, très décidé à conserver dans toute leur force nos anciennes relations intimes. . . Votre Majesté n'ignore pas. . . le fardeau efljayant des contributions et réquisitions imi)osées à mes Etats. Elle sait que j'ai pris le parti d'envoyer à l'Empereur Napoléon le général de KnobelsdorfF, afin de lui demander une diminution de ces contributions et des payements à terme. Je vous ai prié. Sire, d'interposer vos bons offices dans ce sens et j'ose vous répéter mes instances à cet égard. Veuillez aussi encore inteicéder pour tous les autres objets qui m'intéressent en général . . . Toute ma confiance est placée en vous, Sire, car si je ne doute pas que vous ne tjouviez dans votre cœur et dans vos sentiments d'amitié des puissants motifs pour vous intéressera mon
sort, j'ose encore cioire que l'intérêt et l'esprit de votre politique m'assurent des droits à votre intervention en faveur du maintien de mon indépendance.
Une dizaine de jours plus lard, ayant reçu d'Alexandre le traité que la Russie avait conclu à Tilsit avec la France, Frédéric- Guiilaume le remercie de cette communication et lui redit sa détresse : ce Je vois au moins, avec sensibilité, par l'article 5 des articles secrets du traité de Tilsit, que Votre Majesté Impériale a travaillé à me ménager quelques chances rassurantes pour l'avenir . . . Ma position devient tous les jours plus embarrassante , — j'ose dire plus accablante. La note que mon chargé d'aflaires a ordre de remettre à votre ministère, Sire, vous présentera de nouveaux exemples bien affligeants des vexations, des interprétations arbitraires des traités et des injustices criantes dont les autorités françaises se permettent le libre exercice, — j'ose dire, dont cdles se font un devoir. 5?
Ces messages plaintifs étaient cori*oborés par les Notes que le comte de Lehndortf, chargé d'affaires de Prusse à Saint-Pétersbourg, remettait au premier ministre de l'Empereur. Quoique peu précises et écrites en un français parfois difficilement intelligible, elles impressionnaient vivement les diplomates et les cercles politiques russes, alors si mal disposés pour la France que le général SaAary crut, un jour, devoir a\ertir le cabinet des Tuileries «que l'Empereur Alexandre et son ministre, le comte de Roumanzoff*, étaient les seuls vrais amis de la France en Russie
Si vives qu'elles fussent, ces adjurations et ces plaintes ne causaient probablement pas beaucoup d'émotion à Alexandre ni à son
Frédéric- Guillaume III à Alexandre 9 août 1807.
Art. 5. rrSi, lors de la paix future avec TAngleterre, le Hanovre vient à être réuni au royaume de Westphalie, un territoire formé de pays cédés par Sa Majesté le roi de Prusse à la rive gauche de l'Elbe, et ayant une population de trois à quatre cent mille âmes^ cessera de faire partie de ce royaume et sera rétrocédé à la Prusse. r>
Savary à Cliampagny, 0 décembre 1807.
premier ministre; en tous cas, elles ne modifiaient point apparemment leur conduite. Après la signature de la paix, en effet, le principal souci d'Alexandre ne fut pas l'évacuation delà Prusse ni la diminution de ses contributions; ce fut de ne pas exécuter les articles par lescpiels il s'était engagé à retirer son armée de la Moldavie et de la Valachie, — c'est-à-dire, en termes plus simples, ce fut d'annexer ces provinces Or, pour s'affranchir d'une obligation aussi précise, il fallait se ménager l'assentiment de Napoléon , lui témoign(*r des complaisances et des courtoisies , endormir un peu sa vigilance, et surtout ne point contrarier ses desseins dans le règlement d'affaires aussi mesquines (pie cell(*s de Prusse, qui n'étaient, après tout, qu'affaires d'argent. Pour un temps indéterminé Alexandre fut donc obligé de sacrifier les intérêts de son ancien allié à ceux de son empire, — c'est-à-dire de préférer le vainqueur au vaincu.
Pendant les trois mois qui suivirent le rétablissement de la paix^ la Russie n'ayaitt point de représentant diplomati([ue à Paris ^ Alexandre ne pouvait intercéder en faveur de la Prusse i(|u'en écrivant personnellement à Napoléon, ou en chargeant l'ambassar deur français à Saint-Pétersbourg de recommandations pour son maître.
Je ne connais pas de lettre adressée par Alexandre à Napoléon, à cette époque, où il ait été question de l'évacuation de la Prusstj et de la diminution de ses contributions.
Traité du 7 juiiiet entre ia France et la Russie :
fr ART. 22. Les troupes russes se retireront des provinces de Valachie et de Moldavie, mais lesdites provinces ne pourront être occupées par les troupes de Sa Hautesse jusqu'^à Téchan^e des ratifications du futur traité de paix définitive entre la Russie et la Porte ottomane.
«Art. 23. S. M. TEmpereur de toutes les Russies accepte la médiation de S. M. l'Empereur des Français, roi d'Italie, à Tcffet de négocier et conclure une paix avantageuse et honorable aux deux Empires. Les plénipotentiaires respectifs se rendront dans le Heu, dont les parties intéressées conviendront, pour y ouvrir et suivre les négociations. tî
Mais Alexandre en causa avec Tambassadeur de France. La première fois, ce fut, après dîner, à Péterhof, le 3 août : «L'Empereur Napoléon , dit-il à Savary, sait tout l'intérêt que je porte à un prince qui fut mon allié, et qui est à plaindre. On me dit qu'on tourmente beaucoup son pays pour le payement des contributions extraordinaires. Je ne veux pas, Général, que vous parliez à l'Empereur de ceci; il est occupé de trop grandes choses pour que je veuille le distraire; mais, vous-même, ne pourriez vous pas écrire ou faire écrire aux maréchaux et aux intendants qui sont restés (mi Prusse, pour tâcher d'arranger tout cela, sans rien brusquer et avec tous les ménagements qui sont possibles ^^^? ?5
Malgré cette gracieuse défense, Savary s'empressa de mettre Napoléon au courant de la demande extrêmement discrète d'Alexandre. Napoléon, en répondant, se borna à rappeler à Savary comment se posait la question prussienne ^'-^ : On ne manquera pas de vous parler.... des Prussiens : ils continuent a ne savoir ce qu'ils font; il est faux qu'on leur ait imposé aucune contribution nouvelle; mais, par la convention passée à Kônigsberg avec le maréchal Kalckreuth , toutes les contributions doivent être payées avant l'évacuation , celles seulement dont le pays aurait eu connaissance avant la paix. J'ai, au reste, donné des facilités pour leur payement; mais ce sont des gens qui se plaignent toujours et ne savent prendre aucun parti».
Alexandre parla, une seconde fois, à Savary de la situation de la Prusse dans la conversation qu'il eut avec lui an commencement de septembre, à propos de l'affaire soulevée par Rapp à Danzig. Napoléon, en effet, ayant blâmé le langage tenu à l'Empereur de Russie par Savary, celui-ci pour se disculper, dit qu'il ne regrettait pas d'avoir provoqué l'entretien, car il avait amené Alexandre a dire qu'il t^ne gardait plus qu'un souvenir» à la Prusse , c'est-a-dire que , pour Alexandre , l'évacuation de la Prusse
Savary à Napoléon, 6 août 1807.
Napoléon à Savary, a5 août 1807.
demeurait une affaire de sentiment , mais n était plus une affaire politique
L'Empereur de Russie entretint encore une autre fois Savary des affaires de Prusse (lo octobre). Celui-ci, en adressant à Napoléon la substance de cette conversation, met les paroles suivantes dans la bouche d'Alexandre : Quant à la Prusse, dont l'Empereur (Napoléon) vous parle, dites-lui ce que je vous ai déjà dit. Ce n est plus mon affaire. Je vous en parle d'amitié, mais n'y mets rien d officiel. Je pense que l'Empereur est pressé d'en finir avec eux, et je ne conçois pas ce qu'ils gagnent à prolonger ce séjour de l'armée qui va les ruiner, y) Savary, ayant au cours de cette conversation réfuté les arguments que les Prussiens apportaient à la cour de Russie , ajouta , s'adressant à Alexandre : Votre Majesté voit par la lettre que lui écrit l'Empereur Napoléon qu'il lui tarde d'en finir avec la Prusse et qu'il peut avoir besoin de son armée... mais que le roi n'espère pas en être débarrassé avant de s'être exécuté !>5 A quoi Alexandre répondit simplement: t^Je conçois cela et je ne m'en mêle plus
On voit, d'après ces paroles, avec quelle prudence, à cette époque, l'Empereur de Russie sollicitait en faveur de son ancien allié la bienveillance de Napoléon et quel soin il prenait de ne pas blesser celui-ci par des instances inopportunes.
Nous avons remarqué l'attitude suppliante de Frédéric-Guillaume devant Alexandre à la fin de juillet et en août. Considérant qu'elle ne lui rapportait rien, le roi de Prusse, sans s'en départir d'ailleurs, demanda en toute simplicité à l'Empereur de Russie quelle conduite il devait tenir vis-à-vis de la France: «J'en appelle encore
Savary à Napoléon, U nov. 1807 : «c J'éprouverais des regrets d'avoir fait expliquer l'Empereur Alexandre sur les événements de Prusse et de Dantzig, si je n'étais convaincu qu'il n'a pas été indifférent à Votre Majesté d'apprendre qu'il ne portait plus qu'un souvenir à cette puissance, mais aucun intérêt d'office. Cela m'a mis bien à mon aise depuis.»
Savary à Napoléon, ai octobre 1807.
une fois à votre amitié et je viens iui demander de nouveaux conseils. Faut-ii tenir ferme et protester contre toute prétention abusive, dans Tespérance que les bons offices de V. M. I. produiront un heureux succès? Ou bien faut-il céder sur tous les points et tout accorder dans Tattente d'un dédommagement que son intervention m'aiderait a obtenir ??5
Avant de répondre à cette question , Alexandre avait à accuser au roi de Prusse réception di^s lettres que celui-ci lui avait adressées le 3 G juillet et le g août. Il le fit en termes très bienveillants. Evidemment il ne parle pas a Frédéric-Guillaume de la situation de la Prusse dans les mêmes termes que ceux dont il se servait dans ses conversations avec Savary. Il est même permis de trouver que la différence entre les uns et les autres est un peu trop grande. Sa lettre est datée du 22 septembre : ^Ld conduite arbitraire que tiennent les autorités françaises en contravention des stipulations passées entre Votre Majesté et TEmpereur Napoléon et dont elle se plaint à si juste titre n'a pu qu'exciter en moi les sentiments les plus pénibles.... Dès le lendemain de la réception de votre première lettre, Sire, du 3o juillet, j'ai parlé moi-même avec instance au général Savary et depuis j(» suis revenu encore plus d'une fois sur ce sujet. Les lettres que ce général a écrites à ma demande et qu'il m'a communiquées ont été telles que je pouvais les désirer. Mon ambassadeur va revenir à la charge avec plus d'insistance et Votre Majesté peut être convaincue de la part sincère que je prendrai constamment à tout ce qui la regarde; mon attachement et mon amitié pour elle ne finiront qu'avec la vie??.
Je ne sais à quelles lettres de Savary Alexandre fiiit allusion. A ma connaissance, ce ne peut être qu'à celle du 6 août que j'ai citée plus haut ; il est à croire qu'elle fut telle que l'Empereur de
Frédéric-Guillaume III à Alexandre P% i5 septembre 1807. Alexandre fait allusion au Comte Tolstoy, qui allait partir pour Paris, où il ne devait arriver que le i*"^ novembre.
Russie la désirait, puisqu'il le déclare ; mais elle aurait moins satisfait le roi de Prusse, s'il l'eût connue.
Quant à la question précise posée le i 5 septembre par Frédéric- Guillaume sur la conduite à tenir par la Prusse vis-à-vis de la France, Alexandre y répondit le 2/16 novembre : «Éviter avec soin, dit-il, tout ce qui peut donner ombrage à la France, et amener par tous les moyens possibles la prompte évacuation de vos Etats, Sire, telle est, à ce qu'il me semble, la ligne de conduite à tenir dans les circonstances présentes
Ainsi la Russie abandonnait la Prusse à son destin.
Quand la lettre d'Alexandre parvint à Memel, c'est-à-dire à la fin de novembre, il y avait déjà plusieurs semaines que Frédéric- Guillaume, averti par ses agents de Saint-Pétersbourg, et notamment par le major de Scbôler, savait le conseil que donnerait le tzar Cet abandon de la Russie, qui ruinait une des espérances les plus chères de la Prusse, est une des raisons qui expliquent que, dès la première quinzaine d'octobre, Frédéric-Guillaume, se sentant isolé, céda assez brusquement à la principale demande de Daru, c'est-à-dire donna à la Commission Sack l'ordre d'accepter le chiffre de i54 millions.
Ainsi finit le rêve, le beau rêve caressé à Memel, que la Prusse sauvée de la mort par Alexandre à Tilsit, allait rapidement grâce
Dans les Instructions données au Prince Guillaume de Prusse le 5 novembre 1807, au moment où il partit pour Paris, le roi de Prusse a jugé en ces termes l'appui de la Russie : <t.... On ne peut se flatter d'^aucun secours étranger pour r (la Prusse) aider efficacement à se tirer de sa pénible situation. On ne se fait plus d'illusion à ce sujet. Quant à la Russie en particulier, son ancienne alliée , à laquelle elle a porté le dernier sacrifice de ses derniers moyens , le Roi a la certitude qu'il ne saurait compter sur aucune assistance réelle de sa part. La loyauté personnelle de l'Empereur Alexandre a du moins fait connaître à S. M. où elle en est à cet égard. — Il lui a conseillé lui-même de céder à la France, en avouant son impuissance à la servir autrement que par de bons offices. Ceux-ci encore puisque la Russie ne peut ni ne veut les soutenir avec vigueur, ne promettent pas grand effet. Cependant on ne peut négliger cette ressource, quelque faible qu'elle paraisse n.
à lui rentrer en possession de son roi, alléger ses charges de guerre et revenir à son ancienne prospérité.
D'après ce que j'ai dit plus haut de Tentrevue de Stein avec Daru à Berlin , on pense bien qu'une des principales raisons qui décidèrent le roi à accepter quasi subitement le chiffre de la contribution proposé par Daru fut Tarrivée du premier ministre de Prusse à la cour de Memel On a vu quelles idées il avait sur la conduite à tenir envers les Français et combien, en causant avec l'Intendant général à Berlin, il s'était montré débiteur conciliant, cherchant moins à discuter le montant de la dette réclamée qu'à obtenir des délais, de très longs délais, pour l'acquitter, (le n'était pas une opinion de circonstance; car il l'avait déjà exprimée, d'une manière très laconique d'ailleurs, dans la lettre qu'il avait adressée au roi en août pour accepter les fonctions de ministre, çt En ce moment, avait-il écrit, ce qu'il y a de plus pressant, c'est de donner satisfaction aux réclamations des fonctionnaires français v ^^K H est vrai qu'un débiteur décidé à ne point s'acquitter n'aurait pas tenu un langage sensiblement différent de celui de Stein; car, après tout, c|u'importe la somme, à qui ne veut pas payer ?
Céder sur le montant de la dette pour obtenir des délais, tel était le moyen, tel était le but de Stein. Je crois bien que Niebuhr, qui était le financier du Ministère, n'en avait point d'autre; mais comme il était déjà le romaniste qui a fait' la célébrité de son nom, il conseillait , pour obtenir de ]\apoléon de longs délais de payement , de recourir à un argument emprunté à l'histoire romaine ; cet
Stein, arrivé à Memel le 3o septembre, eut le lendemain son premier entretien avec le roi ; cVst une dizaine de jours après que celui-ci accepta le chiffre de Daru.
^-^ Ignorant la réor^janisation de la Commission des plénipotentiaires opérée en août, Stein proposait aussi dans cette lettre de remplacer Schulenburg par le comte de Reden et d'adjoindre à la Commission Niebuhr, en raison de sa compétence financière et de sa connaissance de la langue française.
argument, c'était que les Romains répartissaient sur une suite d'années, souvent longue, les contributions dues par les Etats qu'ils avaient vaincus. Si informés et si curieux que fussent Napoléon et Daru de la conduite des Romains après leurs victoires, je doute que cet antique précédent les eût déterminés à ajourner l'échéance de la dette prussienne.
Stein avait une autre raison d'accepter le chiffre dé Daru.
Il arrivait à Memel avec l'idée de grandes réformes intérieures. Là, il trouva entièrement élaboré le célèbre Acte d'émancipation, dont on ne cesse de lui faire honneur et auquel il ne participa que par sa signature, apposée 5 jours après son entrée en fonctions Mais cet édit, qui contient une grande réforme sociale, ne réalisait point ce que Stein entendait faire dans h» domaine administratif et dans le domaine militaire. Or la première condition nécessaire à toute réforme, quelle qu'elle fût, était l'évacuation, et comme l'évacuation était subordonnée à l'arrangement à conclure au sujet des contributions on peut croire que Stein était tout disposé, comme il l'avait écrit au roi, à donner satisfaction aux demandes des Français.
Il n'eut sans doute pas grand'peine à convaincre Frédérir- (iuillaumelll décéder et d'accepter le chiftVe de i5/r,5oo,ooo fr. Sensiblement plus âgé que lui, beaucoup plus intelligent et infiniment plus expérimenté, Stein exerçait sur le roi, durant les premiers mois qui suivirent son retour aux affaires, une autorité très grande. Il n'exagérait probablem<Mit pas, quand au commencement de décembre, il écrivait à Hardenberg : et Le roi m(^ témoigne jusqu'ici de la confiance, et je ne puis que me louer de la manière dont il me craint » Soit confiance , soit crainte , Frédéric-Guillaume suivit l'avis de son ministre, qui put écrin»
L'édit d'émancipation fut signe le 9 octobre par le Roi ; Stein avait été nommé le U ; l'avis qu'il donna au roi sur i'édit est daté du 8.
Stein à Hardenberg, 8 déc. 1807, (Max Lehmann, Frexherr vom Stein, tome 11, p. 1 i/i.)
aussitôt : L'essentiel est maintenant Téloignement des Français du pays. J'ai conseillé de ne point faire de difficultés sur les sommes à payer, pourvu qu'on accorde des facilités sur le mode de payement 5? ^^K
Quand la Prusse eût admis que sa dette fût arrêtée a i54 millions et demi, Daru écrivit à Napoléon : te Les résolutions du Cabinet prussien sont le résultat du soin que Votre Majesté a pris d'interdire à M. de Knobelsdorff toute espérance de succès, et l'effet du changement qui vient de s'opérer dans le Ministère yy ^"^K Pour que l'assertion fût complète, il aurait fallu que l'Intendant général indiquât comme causes de l'acceptation de Frédéric- Guillaume, non seulement l'échec de Knobelsdorff à Paris et l'arrivée du baron de Stein à Memel, mais encore la confiscation des impôts prussiens à partir du i^*^ octobre et le conseil de céder venu de Saint-Pétersbourg.
Stein à Hardenberg, i4 octobre 1807, (/W. , p. 162.) Daru à Napoléon, 19 octobre 1807.