Chapitre iv
^'^^ Arrivé à Memel le 10 octobre, il en reparlait le Iîî. Cf. pages 57-59.
Prussienne lui avaient été recommandés de la manière ia plus pressante En retour, on le cajola tant qu'on put. r^LL. MM. en prenant congé de M. le comte de Tolstoy, du séjour du([uel à Paris elles espèrent en grande partie leur salut, furent singulièrement émues. La Reine lit cadeau à cet ambassadeur d'un déjeûner de la plus belle porcelaine de Berlin avec son portrait en bas relief Au moment du départ, le ministre des Affaires Etrangères, le comte de Goltz, lui recommanda de faire un détour par Elbing et de dire au maréchal Soult la peine que les procédés des Français envers la Prusse faisaient à TEmpereur de Russie. On crut ({ue Tolstoy avait promis de continuer sa route, en passant par Elbing; car trois jours après Frédéric-Guillaume, plein de gratitude pour Alexandre du choix (|u'il avait fait d'un plénipotentiaire aussi zélé pour les intérêts de la monarchie prussienne, écrivait à son puissant allié : tt M. le comte de Tolstoy a bien voulu prendre sa route par Elbing pour y appuyer mes représentations auprès du maréchal Soult. Ce premier trait de son activité complaisante ne peut que me prévenir favorabb^nent sur celle qu'il doit déployer à Paris^^^. . . ». La vérité est (jue Tolstoy s'était bien gardé de passer par Elbing, sachant parfaitement que Soult se serait borné à lui répondre (ju'il n'avait à exécuter que les ordres de son chef.
Le i^"" novembre, au soir, Tolstoy était à Paris.
La cour était encore à Fontainebleau. Il s'y rendit, lit visite à Champagny, à Talleyrand ç^qui affichait d'écarter les affaires de la conversation??. L'Empereur le reçut le 6.
Tolstoy a raconté en ces termes au comte Romanzoff ce qui fut dit de la Prusse dans le long entretien que Napoléon lui accorda :
Après des protestations de franchise et de loyauté de part et d'auti e, il (Napoléon) me dit que les objets à discuter entre les deux puissances se ré-
Le baron Krudener au comte Romanzofî, 3o sept./ 12 oct. 1807. Frédéric-Guiilauine III à Alexandre I", i5 octobre 1807.
duisaient à trois points principaux : aux affaires de la Prusse, à celles de la Tru quie et à la guerre avec l'Angleterre.
Je répliquai (jue les vœux de mon souverain se bornaient à l'exacte exécution du traité deTilsit; que lui, l'ayant rempli scrupuleusement, ne pouvait voir qu'avec peine le peu d'empressement de sa part à faire jouir le roi de Prusse des avantages que lui assurait ce traité, et que j'étais chargé de lui demander de la manière la plus pressante l'évacuation des Etats prussiens. Il objecta que le traité de Tilsit ne renfermait aucune stipulation p)écise à cet égard , et que d'ailleurs les troupes Russes occupaient encore la Moldavie et la Valachie. Je revins encore au traité de Tilsit; j'observai que nous ne pouvions pas nous legarder en paix% tant qu'il n'était point fidèlement exécuté, c'est-à-dire tant (pie les pays restitués au roi de Prusse ne seraient point évacués par les troupes françaises. Je lui retraçai, dans les couleurs les plus vives, la malheureuse position de cet infortuné monarque, l'impossibilité où il était de satisfaii-e aux prétentions exorbitantes de la France.
Vous avez tort, reprit-il, de vous intéresser tant à lui, vous verrez qu'il vous jouera encore de mauvais tours.
Et qui. Sire, répliquai-je, osera nous en jouer tant que nous serons d'accord avec V. M. ff D'ailleurs, ajouta-t-il, j'évacue; j'ai même retiré déjà quel- «rques troupes; cela ne va pas si vite, on ne déplace pas une armée, comme ffon prend une prise de tabac . . t^.
De son côté, Napoléon fit connaître au général Savary, son ambassadeur près de la cour de Russie, la substance de cette conversation. Il fut bref. Au sujet de la Prusse, il écrivit simplement : «M. de Tolstoy m'a beaucoup parlé de Tévacuation de la Prusse. Je lui ai dit que je la désirais aussi , mais que les Prussiens ne finissent rien; que je m'^attendais que des arrangements allaient enfin avoir lieu^^^ »
Jusqu'à présent, toutes ces conversations ne concernaient que Texécution matérielle, en quelque sorte, de la convention de Konigsberg.
Tolstoy à RoDianzofl, 7 novembre 1 807.
Napoléon à Savary, 7 novembre 1807,
Mais, dans cet entretien , le problème de l'évacuation fut envisagé par Napoléon, d'un point de vue tout à fait nouveau pour Tolstoy, c'est-à-dire comme un facteur des relations politi([ues entre la France et la Russie.
A cette époque, en effet, par suite de circonstances (pi'il est iii. utile de rappeler, les armées du tzar, quoique les hostilités eussent cessé entre la Russie et la Turquie occupaient encore la Valachie et la Moldavie; Alexandre, il est vrai, avait promis, à Tilsit, de les évacuer rapidement ; mais Napoléon, (pii n'ignorait point le désir, a peine secret, d'Alexandre de les annexer, était prêt maintenant à lui en laisser la liberté, à condition qu'une compensation équitable fût doimée à la France en raison de l'accroissement de puissance que la Russie dcîvait en retinn*. Qu(»lle serait cette; compensation? Napoléon, après avoir hésité, parait-il, a en faire la confidence à Tolstoy, lui dit que ce serait la Silésie.
Dans la pensée de Napoléon , l'évacuation de la Prusse était donc maintenant subordonnée à deux conditions; il fallait : i° Que la Prusse payât sa dette de contributions , ainsi que l'avait prescrit la convention de Kônigsberg; Que la Russie évacuât la Moldavie et la Valachie, ainsi qu'il avait été convenu dans le traité francorusse de Tilsit, et ainsi que l'exigeait le pacte tacite d'équilibnî, (pii devait régler les rapports futurs entre la France et la Russie. Mais dans le cas où la Prusse ac(|uitterait sa dette et où la Russie garderait les principautés daimbiennes. Napoléon évacuerait la Prusse, excepté la Silésie, qu'il annexerait. Ainsi la partie la plus riche du territoire prussien allait laire contrepoids à la Moldavie et à la Valachie, dans un des plateaux de la redoutable balance dont les deux Empereurs prétendaient user pour se partager le monde, et l'évacuation de la monarchie, jusqu'à présent simple affaire de recouvrement de créance à régler entre la France et la
Article 21 du traité franco-russe de Tilsit.
Article 22 du même traité.
Prusse, allait par contre-coup devenir une affaire diplomatique à négocier entre Napoléon et Alexandre.
Effaré devant la grandeur et la dilïicuité du proJ)lènie imprévu que TEmpereur voulait examiner et résoudre avec lui — c'était la question d'Orient toute entière, — Tolstoy ne sut que dire; mais, le lendemain, il pria RomanzolT de le relever de ses fonctions.
En attendant une réponse aux messages qu'il venait d'envoyer à Saint-Pétesbourg, Tolstoy aurait désiré servir efficacement la cause de la Prusse; mais, à cette époque, ni lui ni Brockhausen ne pouvaient rien faire d'utile pour elle; l'Empereur venait, en effet, de partir pour l'Italie, accompagné de Ghampagny. l^es deux plénipotentiaires avaient de fréquentes entrevues. Brockhausen, dont Tolstoy se déliait au début de leurs relations communiquait exactement à son collègue toutes les informations (ju'il recevait de Memel et de Berlin. Quant à l'ambassadeur Russe, son principal souci était d'obtenir de Brockhausen qu^il empêchât Sack de rien conclure avec Daru et surtout de signer aucun arrangement qui permît à Napoléon d'occuper les forteresses de l'Oder, cette occupation étant, à ses yeux, un péril permanent pour la Russie. C'est
Cette défianco avait été éveillée chez Tolstoy par Romanzoïr lui-même, qui, on lui envoyant une note de Canicoff, lui avait écrit : rrVous observerez que Je baron de Brockliausen se trouve personnellement dans des dispositions très équivoques à ré[jai d de la Russie. Cette circonstance vous imposera l^obligation de le surveiller dans sa conduite politique à Paris...?) (Romanzoff à Tolstoy 6/18 novembre 1807.) — Dans la note d»; Canikoff, qui est datée du î2(j octobre, Tolstoy lut ceci ; frLe baron de Brockhausen qui a été à Dresde pendant quatre ans mon collègue. . , a de l'esprit et des connaissances, et je n'ai rien h dire contre sa probité; mais il offre en même temps tous les défauts d'un homme qui serait dépourvu de toutes ces qualités. Méfiant, présomptueux, envieux de tout mérite, etc.. . . Quant à ses principes et à ses penchants en fait de politique, les moins variables sont, je crois, sa haine et sa malveillance contre la Russie. Il manifeste surtout, dit-on, ces dispositions depuis la paix de Tilsit; on m**a conté qu'il avait parlé à cette occasion d'une manière aussi immodérée qu'absurde?^.
Alexandre de Humboldt, le célèbre naturaliste, qui fut attaché à la mission du
au cours de leurs eulrrtu^iis (ju(^ Tolstoy apprit de Bro( kliaus(*n , sous le sceau du secret le plus a])solu, la raison qui avait naguère déterminé le roi de Pusse à recommander a la (Commission de Berlin de conclure les négociations au plus vite, c'est-à-dire d'accepter le montant de la dette arrêté par Daru. Cette raison, inattendue et invraisemblable, c'était «les menées sourdes des agents français tendantes à porter les habitants des Etats prussiens à adresser à TEmpereur Napoléon le vœu de passer sous sa domination, leur promettant (jue l'émission de ce vœu serait le signai du départ de Tarmée française et le terme de leurs souffrances^*^??.
Peiulant que les deux diplomates devisaient ainsi à Paris, attendant le retour de Napoléon et l'arrivée du prince de Prusse, les négociations entre Daru et la Connnission Sack, si elles n'étaient point tout à fait interrompues, coniuK* le bruit en avait couru, ne portaient c[ue sur des objets ayant un rapport lointain avec l'exécution de la convention de Konigsberg. En efl<^t, en prenant tout à fait au hasard les actes d'une période de dix jours à cette époque ( 1 7-2 7 noveml)re ) , on trouve , par exemple , une note des plénipotentiaires prussiens : le l'y novembre, sur la saisie du dépôt de
prince Giiillauiiie de Prusse à Paris, a jugé très sévèrement Brockbausen. Le 1 février 1808, il écrivait à Sack : rrVous me demandez dans votre aimable lettre du 26 janvier mon avis sur le baron de Brockbausen. Il est tel que M. Le Coq Ta peint; s'il jouit encore de quelque réputation ici, c'est que personne ne le connaît et que la situation de la Prusse inspire un intérêt général dans une nation qui n'est pas insensilile aux malbeurs que jadis elle a éprouvés elle-même. J'ai eu beaucoup à soufl'rir de la part du baron de Brockbausen. C'est un mélange d'âcreté, de petitesse, de médiocrité et de mensonges. J'ai cru devoir à la chose publique d'en faire mon ami. Jugez ce que j'ai dii souffrira.
La Forest, à qui Champagny avait demandé son avis sur Brockbausen, n'est guère moins sévère que CanicofT et Humboldt (La Forest à Cbampagny, /i octobre 1807).
Les relations entre le prince Guillaume et Brockbausen furent souvent très tendues pendant le séjour du prince à Paris.
Tolstoy à BomanzofT, 07 décembre 1807.
charbon de rnsine de Kulzdorf; le i 7 , sur le remboursement au pair des billets du Trésor se trouvant dans les caisses de l'armée française: le 1 9 , sur le même objet; le 9 t , sur la saisie du charbon de l'usine de Kutzdorf; le 22, sur le remboursement des billets du Trésor; le 28, sur les plans du bailliage donné par l'Empereur à Masséna dans le département de Plock (duché de Varsovie); le 28, sur la ré(|uisition d'un bateau de charbon pour le fourrage de la cavalerie; le 26, sur une fourniture de 5 00 (juintaux de viande de bétail sur pied à faire par la Marche Électojale; le 97 novembre, sur diverses mesures prises par l'intendant de la province de Marienwerder,
De ces diverses questions , une seule offre encore de l'intérêt aujourd'hui à raison des arguments que les parties en cause produisirent l'une contre l'autre et aussi du ton que prit la discussion : c'est celle du remboursement des talers-papier, dont la politique de la Prusse altérait le cours, lûv (juestion fut sovdevée par Daru dans les circonstances suivantes :
Le roi de Prusse avait décidé, plusieurs années auparavant, l'émission de billets du Trésor {Tresorscheine) jusqu'à concurrence de 10 millions de lalers; en fait, il n'en avait mis -en circulation que la moitié. Tant que ces billets furent remboursables au Hauptcompioir et acceptés parles caisses publiques jusqu'à concmrence du quart de la somme à recevoir, leur cours se mainlienl à peu près à leur valeur nominale. Mais, au débul des hostilités, Stein, qui était Ministre des linances, ferma le Hauplcompioir ; la conséquence fut qu'à l'automne 1807, les talers-papier subissaient une perte de 90 7o ^i^^'ii'on.
Or, soit par suite de saisies de fonds, soit par suite de versements, il y avait alors dans les caisses de la Grande année des billets du Trésoi- prussien, ayant une valeur au pair de i,44g,4/i8 fr. 19. Au début de la conquête. Napoléon avait inter-dit d'accepter de tels billets, à moins que ce ne fût pour leur valeur de remboursement , c'est-à-dire pour leur valeur mar-
chande; un C(3rtain nombrn avaient néanmoins été acceptés an pair et Daru attendait, pour s'en débarrasser, que la forte dépréciation qu'ils subissaient eût disparu.
Mais, voici que, le octobre 1807, 1<* roi de Prusse rend un édit qui donne cours foiTe aux billc^ls du Trésor vis-à-vis des caisses publiques et les déclare libératoires entre particuliers; en même temps, cet édit décide que la valeur légale des billets sera déterminée, à Tavenir, par trois courtiers olficiellement désignés, qui la fixeront d'après la cote en bourse. Daru conclut tout natïirelbMuent de ces prescriptions qu(* de nouveaux billets allaiiMit être mis en circulation et, p(»rsua(lé qur ces émissions nouvelles feraient fléchir encoi'f* les cours, il crut devoir prendre* d(*s précautions pour protég(M* son encaisse de talers-papier.
Il lui sembla que, puisqur c'était le Gouvernement prussien qui ordonnait les mesures diminuant la valeur d(»s billets, il appartenait à ce gouvernement d(* prendn* intégralement a sa cbarge le montant de la dépréciatiou. Dani annonça ses intentions h Napoléon uiais, sans attendn* ses ordres, il signifia aux plénipotentiaires prussiens qu'il entendait vendre ses talers-papier et être couvert par la Prusse de la p(*rte qu'ils subiraient : qiM^ d'ailleurs, il acceptait tout mode de contrôle que proposeraient les plénipotentiaires pour constater cette perte exactement ^^^K
Sack répondit avec quelque hauteur L'édit, dit-il est «une suite naturelle des ordres du Gouvernement français et de la défense d'accepter des billets du Trésor dans les caisses de l'Etat. Il suit de là qu'il ne saurait être question d'un échangea en argent comptant des billets qui pourraient se trouver dans les caisses. Ce serait plutôt à la Prusse à réclamer indemnisation des pertes que les billets du Trésor ont essuyées par une suite de ce refus; elle aurait encore droit à être dédommagée des pertes que la monnaie a essuyées pc?r
Daru à Napoléon, i3 et 16 novembre 1807, Daru à Sack, 17 novembre 1807.
Sack à Daru, 19 novembre 1807.
la quantité prodigieuse de bilion que Ton continue de frapper. Les plénipotentiaires de S. M. le roi de Prusse se réservent de soumettre plus particulièrement un état de ces pertes aux lumières et à Téquité de S. E. le plénipotentiaire français. Ils lui abandonnent de décider si, d'après les résultats fâcheux que les ordres du Gouvernement français ont entraînés, il ne serait pas indispensable de révoquer ces ordres, d'ordonner que ces billets sur le Trésor soient acceptés et de défendre l'émission disproportionnée du bilion. La Commission prie S. E. de considérer que ce serait l'unique moyen de rehausser le crédit des deux espèces de monnaie??.
Cette réponse de Sack était autre chose qu'une explication; c'était presque une attaque, et vraiment bien imprévue de Daru, qui n'avait jamais songé que la Prusse pourrait réclamer une indemnité à la France, du fait que les intendants de la Grande Armée n'acceptaient pas dans leurs caisses les talers-papier. Mais, à cette époque, Sack croyait que les circonstances l'autorisai^mt à parler avec (pielque arrogance : Tolstoy, en effet, venait d'arriver à Paris, le prince Guillaumme était en route poin* s'y rendre, Daru allait, disait-on, quitter Berlin. . .
Daru répliqua le lendemain : il maintenait sa demande, conforme à l'ordre de l'Empereur prescrivant ce de ne recevoir les papiers qui seraient donnés qu'avec la différence de l'escompte , c'est-à-dire pour ce qu'ils rendront réellement??. Il ajoutait que, d'ailleurs, ce n'était pas l'Administration française qui était responsable de la baisse, mais le Gouvernement prussien qui s'était engagé dans une guerre sans raison et qui avait fermé les bureaux où s'échangeaient les billets '^^K
Sack n'accepta point cet argument. D'après les règlements antérieurs à la guerre, répondit-il en substance, les impôts et revenus du pays étaient acquittés, à raison de trois quarts en numéraire et un quart en billets. Napoléon ne pouvait s'attendre à recevoir
Daru à Sack, 20 novembre 1807.
f LE PROJET STEIN. 119
autre chose que ce que ces règiements, qui restaient en vigueur, prescrivaient; il n'avait donc pas Je droit d'interdire l'admission des billets prussiens. Puis, Sack essaye de démontrer que Tordre de l'Empereur s'applique aux j9«j92Vr5^ c'est-à-dire aux titres, coimme les obligations du Seebandlung ou les lettres foncières , mais non aux billets, qui sont une monnaie véritable. Avec une ironie lourde, il engage ensuite^ Daru, s'il ne veut rien perdre, à payer avec les billets qu'il possède les traitements et pensions des malheureux créanciers de l'Etat prussien, fût-ce en comptant ces billets pour leur valeur nominale. Il termine en disant qu'il a ce fait rapport, sans aucun délai, à sa cour sur une demande aussi inattendue?? et demande à Daru de suspendre la réalisation de ses billets
Six semaines plus tard, le 8 janvier 1808, au moment de faire une absence d'un mois à Gassel^^^, Daru réclama à Sack la réponse du Roi. Sack ne l'avait point; il répondit que l'Intendant général ayant fait aux pauvres de Berlin, pour soulager leurs misères, un don de 100,000 francs en billets prussiens, la Commission avait cru que la réclamation était abandonnée et, par suite, l'incident clos. Ce raisonnement signifiait que, puisque Daru avait trouvé que les talers-papier de Prusse étaient bons pour les indigents de Berlin , il avait certainement pensé aussi qu'ils n'étaient pas mauvais pour les intendants de l'armée française. D'ailleurs, ajouta Sack, l'édit du '2 2 octobre peut être considéré comme n'étant pas en vigueur dans les provinces occupées par l'armée française, puis-
Sack à Daru, 32 novembre 1807.
^-^ L'Empereur avait chargé Daru d'aîler à Casse! né^^ocier avec les pleDipotentiaires du roi Jérôme le règlement de l'arriéré des contributions du royaume de Westphalie (Champagny à Daru, 18 décembre 1807). En accusant réception de cet ordre le 3i décembre, Daru dit à Champagny : «rSi cette opération se fait à Cassai, je réclame d'avance l'indulgence de Votre Excellence pour l'interruption quo ce voyage occasionnera momentanément dans la correspondance relative aux affaires de Prusse. w A cette époque, Napoléon en raison de ses pourparlers avec la Russie au sujet des provinces Danubiennes et de la Silésie acceptait parfaitement l'idée d'une suspension des négociations relatives à l'évacuation de la" Prusse.
qu'il n'y i\ pns été promulgué olïicielkMiiout; il est vrai que les journaux de Berlin Pont publié; mais écrit Sack, ce n'était que et par manière d'avis??.
Je ne vois pas que Daru ait prolongé la discussion
D'ailleurs, le soir même il quittait Berlin.
Avant de partir, Daru eut Poccasion de causer avec Knobelsdorff qui, après Pinsuccès de sa mission à Paris, se rendait à Memel. Le général prussien voulait aller exposer à Frédéric-Guillaume combien élait pernicieux le système de temporisation qu'on Pavait con- Iraiiil a suivre. Il disait qu'à son avis les affiiires devaient se termin(*r à Berlin, sans retard el même sans contradiction. Daru conchil d(» ce langage que Knobelsdorff désirait être chargé de traiter avec lui à la j)lace de Sack; mais, prudemment, il se borna à rappeler au général la conduite qu'il avait invariablement tenue, à B<M*lin, depuis le début des pourparlers, c'est-à-dire les efforts (ju'il avait toujours faits pour aboutir vite et eut soin d'ajouter que, maintenant, il craignait beaucoup que la solution n<» fût éloignée, le \érilal)le négociatcMU- du roi de Pi'ussi^ élant parli pour Paris, et celui d<* l'Empereur restant à Berlin
Il semble que Knobelsdorff' ait changé assez vite d'idée et qu'au lieu de négocier à Berlin avec Daru il ait préféré être nommé -ministre en Hollande, d'où sa femme était originaire; car, avant de partir pour Memel, il proposa au général Zastrow de le désigner au roi comme tout à fait apte à terminer la négociation que la Commission Sack avait si mal conduite jusqu'alors. Nul doute que Zastrow, qui se vantait d(* l'estime que Napoléon avait pour lui, , n'ait ambitionné cette Ijaute fonction: car il désirait occuper dans l'Administration prussienne quelque emploi important qui lui permît, grâce à quelque complaisance envers l'Empereur, de recouvrer
ii- (1) Daru se borna à envoyer à Sack, de (lassel, une courte uote dans laquelle il maintenait formellement Topinion qu'il avait émise (() février 1808). Daru à Napoléon, 7 décembre 1807.
la fortune qu'il venait de perdre. Le Gouvernement prussien lui avait, en effet, donné en 1790 des biens séquestrés Tannée précédente dans le cercle de Posen sur le comte de Wihicki, un des insurgés de la noblesse polonaise. Pendant une douzaine d'années, Zastrow en avait joui avec sa nond)reuse famille (il avait wvwï enfants); il avait, d'ailleurs, remboursé les créances hypothéquées sur les domaines du comte polonais, réparé les bâtiments et amélioré les terres. Mais, par un décret du 5 juin 1807, Napoléon avait ordonné au Gouvernement provisoire de Varsovie» de remeltre Wibicki en possession dr son ancien patrimoine, cl In restitution avait eu lieu le 9/6 juillet.
Zastrow ne pouvait se consoler de cette perte: il avait supplié Napoléon, de la manière la plus basse, de lui rendre sa fortune (6 août 1 807 ). C'avait été en vain; aussi, depuis, le général prussien cherchait-il le moyen de rendre h TEmpereur quelques services politiques, persuadé que par ce moyen il obtiendrait de lui, sinon son ancienne fortune polonaise», du moins une compensation à sou désastre. Cet espoir fut déçu. Stein maintint Sack à la tête dr la Commission , jusqu'au moment où Daru le sortit de Berlin (l'expression est d(» Daru ^^^).
Le 3 janvier 1808, à 11 heures du soir, le prince Guillaume arrivait enfin à Paris.
Il avait quitté Memel le 6 novembre*, disant (lans son entourage qu'il se rendait à Hombourg, chez son beau-père. Il s'arrêta quelques instants à Bestrow, près de Berlin, qu'il tenait à éviter. Les autorités municipales vinrent le complimenter et douze jeunes filles lui présentèrent des fleurs. A ses sœurs, accourues pour le voir, il confia avec beaucoup de mystère que le but de son voyage n'était
Daru à Napoléon, 3i août 1808.
pas Hombourg, mais Paris; à quoi les princessses répondirent que nul ne l'ignorait.
Dans tout ce monde, on comptait sur une négociation rapide et heureuse ; on croyait même que le roi de Prusse rentrerait en possession de Berlin vers le i®"^ janvier; de Kônigsberg, Mellinet, le secrétaire du prince, avait écrit à sa femme le «y novembre : Notre séjour à P. (à Paris) nf; sera pas assez long pour que ta lettre puisse my tromer. J'espère te voir, chez toi, à la fin de Tannée
Le voyage ne se poursuivit pas sous des auspices aussi heureux. Il fut, en effet, retardé, par une cause à peine croyable. Quand le prince était parti de Memel, il avait compté recevoir en cours de route ses passeports, que le roi de Prusse avait demandés lui-même à Napoléon ^^^; mais Brockhausen, a qui la venue du prince ne plaisait point, ne transmit pas immédiatement le message royal à TEmpereur, sous prétexte que celui-ci était parti pour l'Italie; et ce n'est que le i^"^ décembre qu'il se décida à écrire à Champagny en Italie pour lui annoncer lo voyagf» du prince et lui demander les passeports nécessaires. Quoique Champagny, qui était à Milan, se fût empressé de les lui expédier ( i 9 décembre), il résulta de la négligence de Brockhausen cpie le prince ne les reçut à Hombourg que dans la nuit du 29 au 3o décembre. 11 y avait près de deux mois qu'il avait quitté Memel.
Le procédé vraiment singulier de Brockhausen eût dû , normalement, être sanctionné par son rappel. Le roi n'en fit rien; il continua en apparence de lui donner sa confiance ; mais il écrivit au prince Guillaume une lettre qui contenait cette recommandation surprenante : Je vous autorise, si vous apercevez que le sieur de Brockhausen contrarie vos démarches de quelque manière que ce soit , s'il ne les seconde pas de tout son pouvoir, en agissant à cet égard d'après vos intentions et dans un même esprit que vous; en
LeUre interceptée (Archives de la Guen^e)»
Frédéric-Guillaume à Napoléon, 4 novembre 1807.
un mot, s'il vous donne de justes sujets de mécontentement, à iui annoncer aussitôt, en mon nom, sa destitution de la mission qu'il occupe, sans lui rendre à lui-même le moindre compte de vos motifs. Il suHlra, pour cet effet, que vous iui produisiez, le cas existant, l'original de la présente, que vous garderez jusque-là par devers vous ^^K
La mission du prince se composait de divers personnages : le conseiller de légation Pierre Roux, le major comte de Goltz, Tadjudant-lieutenant Hcdeman, etc.; le plus illustre de tous était le naturaliste Alexandre de Hnmboldt; celui-ci n'était point un diplomate, c'était une gloire. Quoi qu'il avouât lui-même qu'il lui manquait certaines lumières «que l'on n'acquiert pas dans les bois de rOrénoque^'^^ ?î on l'avait adjoint à la mission, à cause du prestige qu'il lui conférerait et à cause des hautes relations qu'il avait dans le monde scientifique de Paris.
Quant au prince, c'était un jeune officier de 9/4 ans 1/2, d'un extérieur noble et agréable?? mais ayant ce peu d'assurance dans le débit ^^^??; il s'était marié avec une fille du landgrave Frédéric- Louis de Hesse-Hombourg. A Berlin, quand on apprit que le roi lui avait confié la conduite de cette ambassade extraordinaire, on fut assez surpris : on le trouvait trop jeune et bien peu expérimenté pour résoudre des problèmes aussi vastes et aussi complexes que ceux que posait l'évacuation de la Prusse. Le prince Ferdinand, paraît- il, ne cacha pas son étonnement «que le Roi, son neveu, eut confié une mission aussi importante au prince Guillaume qui ne connaît presque pas la langue française et qui même n'est pas reconnu pour un homme de génie ^^^^??. Après l'avoir fréquenté cinq semaines à Paris, Humboldt portait sur lui le juge-
Frédéric-Guillauroe au prince Guiliaume, xS décembre 1807. Humboldt à Goltz, 3 décembre 1807.
De Bray, ministre de Bavière, au roi Maximilien (17 nov. 1807). Rapport du 18 novembre 1807, annexé à une lettre de Daru à Napoléon, datée du même jour.
124 MISSION Di: PRINCE GUILLAUME À PARIS.
ment suivant : «Onanf au jeune prince, c'est un phénomène psychologique que je ne puis résoudre. J(^ nr lui connais aucun vice. Rien ne lui cause du plaisir ni chagrin; tout ce qu'on pourrait déployer d'amabilité est perdu vis-à-vis de lui. On pourrait le fâchcT, il serait dillicile de lui inspirer de l'intérêt; il ne fail rirn par lui-même, mais on ne h» porterait ])as à faire une action inmiorale. Il est excellent dans le rôle qu'il est forcé de jouer ; taciturne, mélancolique, ayant l'air animé et singulièrement attentif, il inspire l'intérêt le plus général ^'^^
Ce ([ui avait décidé Frédéric-Guillaume à charger son jeune frère de cette mission, c'était que son envoyé extraordinaire le général do jvnobelsdorlf n'a\ail licn ohteiui de Napoléon et de Champagny à Paris et qu'à Berlin Sack et sa commission de fonctioimaires n'étaient convenus dr ri('n axH* Daru. Il fallait tenter quelque chose : la nouvelle qu<s le i""' octobre, les revenus de Prusse seraient perçus pour Ir compte de iNapoléon, puis, que Daru insistait pour la signature de son projet de convention, précipita sa décision : il crut tttprunc* and^assade extraordinaire présidée» par lui prince du sang, envoyé avec pompe o{ éclat à Paris, produirait, peut-être, sans beaucoup de dilliculté, l'efK^t que jusqu'ici les insinuations et les représentations de ses employés et ministre n'ont pu produire » Et il chargea de cette and)assade son propre frère
Ce qualificatif, que l'on trouve dans le texte de la lettre reproduit par Hassel (Geschichte ^ p. ^^9), paraît tout à fait déplacé ici. Il y eût sans doute une erreur dans le déchiffrement qui fut fait à Berlin de la lottre de Huniboldt. D'ailleurs, cette lettre fut interceptée à Paris et les employés français du chifl're , au lieu de animé lurent // aiic, expression beaucoup plus adéquate et plus vraisemblable.
Humboldt à Sack, 12 février 1808.
Goltz à Knob<3lsdorfl', 12 octobre 1807.
Frédéric-Guillaume annonça a Alexandre I** dans les termes suivants la décision qu'il venait de prendre : çrDe mon côté, je ne néf;lige absolument rien de ce qui peut satisfaire l'Empereur Napoléon et me réconcilier avec lui; et, dans cette vue, je viens de prendre encore une résolution dont je veux, Sire, vous faire incessam-
Les instructions qu'il lui donna contenaient, ej)trc autres, les recommandations suivantes :
pfLe prince Guiilaume mettra tous ses soins à se concilier la confiance et rattachement personnel de rEmpereiu*. Il lui témoignera dans les termes les plus expressifs, aussi hien ([iiVi son ministre, que le Roi, en le cliargéant de se rendre à Paris , a principalement eu en vue de convaincre S. M. L de son amitié, de sa liante considération et du vif et sincère désir qui l'anime d'établir avec la Fiance les relations de la plus intime union et d'y rester fidèlement et invarialilement attaché; qu'il s'offre, poiu* cet effet, à conclure avec l'Empereur une alliance formelle offensive et défensive, par laquelle la Pi-nsse mellrait et tiendrai! à sa flisposition tel corps de troupes, proportionné à la faiblesse de ses moyens actuels, dont on tomberait d'accord; qu'il se flattait en retour (jue S. M. I. reviendrait envers la Prusse à ses anciens sentiments d'intérêt et voudrait bien non seulement se relâcher des prétentions tout-à-fait impossibles (pi'on met à sa cliai-ge, mais contribuer aussi à la ramener successivement à une situation où elle peut lui élre plus utile encore; qu'EHe pouvait compter avec la plus entière certitude sur la fermeté du Roi à ne se départir en cpioi que ce soit des engagements (pi'il aurait contractés; cpie son caractère et la persévérance même avec laquelle il avait porté juscju'aux derniers sacrifices à ses anciens rapports lui offrait la plus sure garantie de celle qu'il mettrait toujours dans Taccoïaplissement de ses promesses ^^^^.^
Puis les Instructions précisaient ainsi le but à atteindre : le prince devait conclure avec iNripoléon «une alliance formelle offensive et défensive??, se manifestant du côté de la Prusse par la mise à la disposition de la France de 3 0,000 lioinmes, et même Ao,ooo, si Napoléon l'exigeait; en retour de cet avantage poli-
meut la confidence. Le voyage que le Grand-Duc de VVurtzburg et plusieurs autres princes du preniier rang sont allés faire à Paris m'a fait naître l'idée d'y envoyer aussi mou frère 1(î prince Guillaume dans l'espérance que sa visite pourra produire un bon cll'et. Si je ne me trompe , vous approuverez cette démarche. Cependant , et pour être plus sûr de mon fait, j'ai commencé par sonder le terrain d'avance en ordonnant à Knobelsdorlf de demander les passeports. Tout ceci prouve à V. M. 1. que j'ai bien préparé et secondé son intervention. ( Frédéric - Guillaume à Alexandre i*"*, i5 octobre 1807).
'-^'> Les Instructions données au princç (juillaume sont datés du 5 novembre 1807. Le texte en a été publié par Hassel ( GeschiclUe ^ pages /la 3-^29).
MISSION Di; PRINCE GUILLAUME A PAHIS.
tique, rEinpcreiir étant désormais, ce pour tous les événements possibles, parfaitement sûr de la Prusse. . . , la France devait dès lors, pour son propre avantage, prévenir l'épuisement ultérieur, ou plutôt la ruine entière de cette monarchie, et lui tendre une main secourable pour Tarréter au bord de l'abîme
Les conditions de l'alliance étaient les suivantes : en premier lieu, la France diminuerait cda somme énorme des contributions que la Prusse doit encore?? et accepterait «les obligations du Roi et des Etats, liypotbéquées, soit généralement sur les provinces, soit sur tels domaines particuliers??; en second lieu, elle éviu uerait immédiatement les Etats prussiens, y compris les forteresses; pourtant, si jNapoléon insistait, on pourrait laisser une garnison française dans deux places de la Silésie; enfin la France attribuerait à la Prusse çc quelque indemnité , tant pour la Nouvelle Silésie et le cercle de Michelau, dont le Roi s'est désisté dans la délimitation avec le Grand-Duché de Varsovie, que, généralement, s'il est possible, pour les pertes énormes que la Prusse a éprouvées??.
Frédéric-Guillaume avait prévu dans ses instructions le cas où Napoléon n'accepterait pas l'alliance de la Prusse, et autorisé le prince à proposer l'accession dii royaume à la Confédération du Rhin.
Dans une lettre, qu'il lui adressa six semaines plus tard, le Roi indiqua de nouvelles offres à faire au sujet du payement des contributions : la moitié, soit 5o millions, serait acquittée en effets de commerce, payables dans le délai d'un an; à la place de l'autre moitié, la Prusse s'engagerait à fournir à la France, en cas de guerre, un corps auxiliaire de 3o,ooo à /iio,ooo hommes
Telles étaient les instructions remises au prince; elles avaient une apparence plus politique que financière et semblaient tendre plutôt à régler l'avenir qu'a liquider le passé.
Celles qui furent données à Brockhausen, au contraire, se rap-
Frédéric Guillaume 111 au prince Guillaume, i8 décembre 1807.
portaient uniquement à révacuation du territoire et au payement des contributions. Le Ministre de Prusse ies résuma dans une note à Champagny datée du 3i décembre. D'après cette note, le Roi se reconnaît une nouvelle fois débiteur des ibà millions fixés par Daru «espérant toutefois (jue riiumanité et la magnanimité de TEmpereur la diminueront dans la suite??. De cette somme, il y aura à défalquer les contributions payées depuis le 12 juillet 1807 et aussi les revenus saisis depuis le i'''' octobre. «Pour répondre aux intentions de S. M. L que les sommes soient acquittées dans l'espace d'un an, le Roi propose d'y satisfaire : 1° pour la moitié de la somme, en argent comptant ou en lettres de change de maisons commerçantes reconnues solides; 3° pour l'autre moitié, par des lettres foncières?? hypothéquées sur des domaines royaux, lesquels deviendraient la propriété de Napoléon, feinte de payement à l'échéance convenue. Gomme il n'était point question dans la Note de garanties militaires, Brockhausen avait soin d'y indi([uer «les motifs de parfaite sûreté?? que devait avoir l'Empereur : «Il suffira de rang(M% en première ligne, la parole sacrée d'un roi, dont la probité et la loyauté ont été constatées plus d'une fois, l'intérêt que nous avons à nous acquitter le plus promptemenl possible, et surtout la puissance de l'Empereur <*t Roi, qui peut faire valoir, à tout instant, les prétentions que S. M. L possède à notre charge??.
Des instructions données au prince et a Brockhausen, il résultait clairement que la Prusse chercherait à substituer à des obligations pécuniaires fermes des engagements politiques assez imprécis, à échéance mal déterminée, comme le sont, en général, les engagements de cette nature.
La diplomatie française, qui, depuis qu'elle subordonnait l'évacuation de la Prusse à celle des principautés danubiennes, n'avait plu§ grande hâte de régler l'affaire des contributions, ne devait pas se laisser prendre à ce stratagème ingénu. Le prince en fut averti tout de suite.
Chargé crune mission diplomatique officielle, il dut, suivant Fusage, faire visite au Mniislre des Relations extérieures avant d'être reçu par TEmpereur, S'élant donc rendu, dès le lendemain de son arrivée, chez Champagny, celui-ci lui déclara, de la manière la plus courtoise et la plus nette, que si sa commission n'était relative qu'aux arrangements à prendre pour Tacquit des contributions, elle était, pour ainsi dire, sans objet, attendu que TEmpereur entendait que ces arrangements fussent conclus à Berlin par l'Intendant général et les plénipotentiaires de Prusse, ainsi qu'il en avait été convenu à Konigsberg. Champagny confirmait ainsi au prince, en janAier, la déclaration qu'il avait faite, en novembre, à Brockliausen. Le iMinistre ne cacha pas, d'ailleurs, que la conduite de la Prusse vis-à-vis d(^ l'Angleterre et spécialement sa lenteur à exécuter l'article 27 du traité de Tilsit^^^ faisait douter l'Empereur de la sincérité de ses dispositions <uuers lui. L<' prince put répondre que la déclaration du i"""^ décembi'e témoignait chiin^ment de la bonne loi de la Prusse et de son attachement à la politicpie d(» Tilsit.
■^^ La Prusse s'était obligée par le traité de Tilsit à rompre toute relation coranicrciale et de navigation avec TAnglclerre : crJusqu'au jour de Téchange des ratilicatious du futur trailé de paix définitive entre la France et l'Angleterre, tous les pays de la domination de S. M. le roi de Prusse seront, sans exception, fermés à la navi|jatioiî <»t au commerce des Anglais. Aucune expédition ne pourra être faite des ports prussiens pour les lies Britanniques, ni aucun bâtiment venant de l'Angleterre ou de ses colonies être reçu dans lesdits ports?? (art. 27).
Frédéric-Guillaume III faisait tout ce qu'il pouvait pour différer l'exécution de l'engagement qu'il avait pris. Dès le kj juillet 1807, il avait écrit au baron de Jacobi-Klœst, son ministre à Londres : çrJe reculerai, tant que je le pourrai, la clôture effective de mes ports. Elle ne sera exécutée qu'à la dernière sommation péremptoire; mais s'il fallait enlin y venir, pourtant, j'espère que le gouvernement britannique ne prendrait pas les choses à toute rigueur, et qu'en adoptant môme des mesures de réciprocité il les bornerait à de simples démonstrations , soit à l'égard du blocus des rivières, soit à l'égard de la navigation en généralr). Le roi de Prusse, à la fin, dut s'exécuter; Napoléon l'obligea même à rappeler son agent diplomatique à Londres. Mais comme il ne prit ces deux mesures que tardivement et de mauvaise grâce, l'Empereur en éprouva de l'humeur et en conçut sur la franchise et la droiture do la Prusse des soupçons qu'il n'abandonna jamais.
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Napoii'on reçut le jeune prince le 8 janvier, à 9 heun^s du matin. Réception affectueuse, écrivit le prince Guillaume à son • frère. 1/Kmper(»ur dit qu'il exigeait simplement Texécution des traités, qui* les contributions devaient êtn» payées, que l'Autriche avait mis plus d'empressement à acquitter les siennes, etc. Quant a la proposition d'une alliance. Napoléon ne parut guère la goûter; il la regardait comme peu utile à lui, à cause de la faiblesse» du royaume, et puis il ne cacha pas qu'il n'aurait jamais dans la Prusse une confiance absolue. Le prince, sans doute pour l'apaiser, kii dit la conduite hostile que» la Prusse tenait vis-à-vis de l'Angleterre. Revenant, à la fin de son entretien, sur les contributions, l'Empereur lui dit : trOn s'arrangera w , a quoi le prince répondit que, si l'arrangemeMit tardait, le royaume» serait bientôt complètr»ment ruiné; mais l'Empereur garda le silence.
Le prince de Prusse, qui d'avance redoutait beaucoup ce'tte entrevue, s'en montra satisfait, peut-être un peu plus que de raison
Quarante-huit lieures après, l'ambassadeur russe était reçu par l'Empereur, a qui il avait a remettre une lettre autographe d'Alexandre. Cette lettre datée du 26 novembre-8 décembre était un message de remerciements pour les gracieux procédés de Napoléon à l'égard de raml)assadeur russe, pour des cadeaux envoyés à Alexandre, pour la promesse de céder 5 0,000 fusils à l'armée russe, etc.; elle se terminait ainsi : Avant de finir cette lettre, je crois de mon devoir de recommander à Votre Majesté le sort du Roi de Prusse. Elle connaît tout l'intérêt que j'y prends et je m'en remets à l'amitié de Votre Majesté avec confiance 7?. Tolstoy profita de l'occasion pour revenir à ses insistances en faveur de la Prusse; d'après son propre témoignage, il aurait dit à Napoléon ; ç^Tant que l'armée française ne se sera pas retirée derrière l'Elbe, je ne cesserai d'envisager les affaires de la Prusse comme celles de
Le prince Guillaume au roi de Prusse, 9 janvier 1808; Tolstoy à Romanzofl* 11 janvier 1808; io roi de Prusse au prince Guillaume, 37 janvier 1808.
la Russie. Comment voulez-vous, Sire, que nous ne soyons pas alarmés? nous sommes dans le même cas que le reste de l'Europe, rien r)'est fixe, rien n'est stable; tant que les troupes de Votre Majesté occuperont la Prusse et le duché de Varsovie , il est impossible que nous n'ayons pas d'appréhensions??. Napoléon répliqua qu'une partie des troupes françaises avait quitté le duché, que la Grande Armée avait déjà évacué une partie de la Prusse, que ce qui importait c'était une entente loyale entre la France et la Russie. Mais, aurait dit l'Empereur, t^je dois vous avouer que je crains encore la Prusse, je lui ai lait beaucoup trop de mal pour espéi'er qu'elle puisse l'oublier. Je ne saurais lui accorder les moyens de se rendre une armée; sans cela, je serais obligé d'augmenter mes forces pour en avoir à lui opposer...?? Puis Napoléon fît allusion encore à l'évacuation de la Moldavie et la Valachie, laquelle devait être effectuée sans délai, à moins que la Silésie ne fut donnée en compensation à la France ou à un autre ?? , c'est-à-dire évidemment au roi de Wesplialie. Et ïolstoy, en racontant cet entretien, ajoute mélancoliquement : «Ce ne sera donc qu'en sacrifiant tout à fait la Prusse que nous pouvons nous flatter d'obtenir les deux principautés... ?? C'est «parce que la Russie est encore seule en état de lui tenir tête qu'il (Napoléon) laisse ses armées en Prusse, qu'il exige les forteresses de l'Oder, la barrière de l'Empire de Russie ??.
Tolstoy eut des entretiens les jours suivants avec Champagny; il espérait de celui-ci des réponses moins rt évasives ?? que celles de l'Empereur, c'est-à-dire plus conformes à ses aspirations personnelles N'en obtenant rien, il prépara deux projets de convention : d'après l'un , Napoléon évacuait la Prusse, et Alexandre les principautés danubiennes; d'après l'autre, la Prusse cédait la Silésie à la France et la Russie s'annexait la Moldavie, la Valachie
Tolsloy à RomaDzoff 1 i j janvier 1 808.
Tolsloy à Romanzoff, 10, 11, l 'i et 10 janvier 1808.
LE PROJET SÏEIN.
et même la Bessarabie, le Danub(^ devant former la limite de l'Empire des tzars et de TEmpire ottoman. Dans ces projets, je ne retiens ici que ce qui concerne les contributions et ré>a(uiation de la Prusse. D'après l'article i du premier projet, Napoléon retire toutes ses troupes dans un délai a lîxer; il ne garde aucune forteresse; il accepte le mode de payement proposé par la Prusse dans la Note de Brockbausen à Champagny dcjitée du 3i décembre 1807, c'est-à-dire moitié en argent comptant et effets de commerce, moitié en lettres foncières Iiypotliéquées sur les domaines. D'après l'article 1 du second projet, la France évacue la Prusse dans les mêmes conditions, sauf la Silésie, mais fait rcunise intégrale de ce qui reste dû sur les contributions. Ainsi, d'après le premier texte de Tolstoy, la Prusse se libère aux conditions qui lui conviennent, et d'après le second, moyennant Fabandon de la Silésie, est exonérée de ses obligations pécuniaires. Vraiment, on avait raison, à Memel et à Berlin , de considérer l'ambassadeur russe comme un serviteur zélé des intérêts prussiens.
Ses deux projets envoyés à Saint-Pétersbourg^^^, Tolstoy résolut de faire. sans délai en faveur de la Prusse une tentative d'un genre tout différent. Ce fju'il voulait essayer, c'était de faij-e garantir la dette de la Prusse envers la France par la Russie; il était |)ersuadé ([ue cette garantie; donnée. Napoléon n'aurait plus aucune bonne raison d'occupei' la Prusse et en retirerait tout de suite son armée. Il s'en ouvrit à Brockbausen et au prince Guillaume. Brockbausen informa Sack et lui conseilla de sonder Daru : «Je crois, sauf meilleur avis, dit-il, que vous devriez déjà énoncer cette idée dans quelque entretien confidentiel avec le sieur Daru ^^^5?. Mais le message de Brockbausen n'était pas arrivé à Berlin que le prince Guillaume, poussé par Tolstoy, s'en allait demander à Gbampagny si l'Empereur accepterait la garantie de la Russie. Le Ministre
Le i5 janvier 1808.
Brockhausen à Sack, 22 janvier 1808.
des Relations extérieures répondit, séance tenanle, que la proposition était inace(»ptable : «Si vous ne payez pas, dit-il, et que la Russie ne paie pas pour vous, irons-nous lui faire la guerre? et si elle \enait à nous la faire, paierait-elle ? w Tolstoy, ayant fait la même démarche auprès de Ghampagny, en reçut la même réponse
Stein fut fort déçu de l'insuccès de ïolstoy; car, quand il avait connu ses intentions, il les avait chaleureusement approuvées et avait dit au roi : ^\\ faut qu'on sollicite la garantie russe avec la plus grande vivacité possible ». Mais, quand le premier Ministre signa la note qui contient cette phrase , il y avait déjà quinze jours que ridée de Tolstoy s'était heurtée au refus de Ghampagny.
Ce petit incident diplomatique eut un épilogue (|ui décèle bien la pensée» intime du Gabinet d<' Saint-Pétersliourg. Tolstoy avait fait coimaître le refus de Ghampagny dans une dépêche du 26 janvier; dans une autre du 3i, il avait reconim que la mission du prince» Guillaume et la sienne ayant échoué complètemr'ut, il ne restait plus au roi de Prusse qu'à accepter les conditions posées par Napoléon. Romanzoff trouva dans ces dépêches l'occasion de donner à la Prusse un témoignage platonique de l'intérêt que la Russie portait à cette puissance et il écrivit à Tolstoy le 3-i 5 mars : «L'Empereur (Alexandre), cédant aux impulsions de son amitié pour le Roi de Prusse, m'avait ordonné de vous charger de proposer sa garantie à l'Empereur Napoléon pour le paiement des contributions prussieimes, lorsque je reçus et mis sous les yeux de Sa Majesté la dépêche que vous m'avez fuit l'honneur de m'adresser n° 76 (c'est celle du 96 janvier)... Il ne me reste donc qu'à vous dire, Monsieur l'Ambassadeur, que je verrais avec plaisir que vous fassiez connaître au Ministre de Prusse, baron de Brockhausen, qu'à la vérité vous aviez reçu Tordre de proposer la
Le prince Guillaume au roi de Prusse, 26 janvier 1808. Tolsloy à RomanzoiT, a G janvier 1 808.
Avis (le Stein, 10 février 1808 (Hassei, Geschichle, document n" 137)»
garantie de Sa Majesté Impériale, mais que, la manière positive avec laquelle le cabinet des Tuileries s'était déjà prononcé contre un pareil arrangement ne vous laissait aucuri espoir de Vy faire accéder et que, dès lors, vous ne pouviez prendre sur vous de mettre cet ordre à exécution, sans risquer une démarche parfiutement inutile qui, loin de produire quelque soulagement aux maux qui pèsent encore sur la Prusse , ne ferait peut-être que les aggraver». En somme, Romanzolf, maintenant qu'il était sûr que Napoléon n'acceptait pas la garantie de la Russie, voulait que la Prusse crut que l'intention d'Alexandre avait été de l'offrir.
Ce qui donne un certain pi([uant à l'aventure, c'est que la Russie, qui faisait la généreuse envers la Prusse, lui devait encore à cette épo(jne plus de i i millions de francs (3 millions de talers), pour fournitures failes pendant la campagne» 1806-1807 et soulevait mille difiicultés en vue d'en différer le payement. On dut remarquer à Kônigsberg que TEmpereur de Russie était plus empressé à garantir les dettes d'autrui qu'à s'acquitter des siennes
Ainsi, Tun après l'autre, le jeune prince qui porte avec* lui tous les espoirs de sa patrie et le comte Tolstoy qui ne sépare point les intérêts de la Prusse de ceux de la Russie, ont plaidé le premier avec toute la flamme de sa jeunesse, le second avec la conviction entêtée d'un vieux soldat, la cause de la Prusse, et devant l'Empereur et devant son Ministre. En fait, ils n'ont changé en rien ni les résolutions du premic^r, ni les inclinations du second.
On ne s'en aperçut pas tout de suite à kônigsberg, oii la cour de Prusse venait de s'installer (16 janvier) et où l'on était sous
Goltz écrit, le 6 mars, à Kônigsberg, au prince Guillaume : <fNos dernières nouvelles de Pétersbourg ne laissent véritablement aucun doute sur rindifference avec laquelle le Ministère russe envisage la tournure de nos afl'aires. . . Il paraît qu'il n'est rien moins que fâché du refus de la France d'accepter la garantie de la Russie. Je mo persuade ainsi chaque jour davantage que nous n'avons rien de réel ou d'elFicace à attendre de ce côlé.?^
. . . Ce jeune prince, l'espoir de la patne.. . . v Humboldt à Stein, 26 janvier 1808.
rinllueiice de la dépêche un peu optimiste où le prince Guillaume avait raconté son entrevue avec Napoléon. Stein, avec son imagination ardente, semblait croire que les événements allaient désormais se dérouler au gré de ses désirs : il disait à Frédéric-Guillaume que si Talliance était conclue avec la France celle-ci devait faire remise de 5o p. o/o des contributions, le reste étant payable, moitié en obligations des provinces, moitié en effets de commerce; il ajoutait <|ue, si Ton ne s'entendait pas avec la France sur ralliance, la Prusse se libérerait en effets de commerce, en obligations des Etats, en obligations foncières (^pfandbriefe^ de particuliers, et en pfandbrwfe hypothéquées sur les domaines royaux, le tout payable en une année. D'autre part, avec une certaine ingénuité, il conseillait au Roi, pour capter la confiance de Napoléon, de charger le prince Guillaume de demander à l'Empereur ou à rimpératrice Joséphine d'être le parrain ou la marraine de l'enfant ([ue la ReiiK» de Prusse allait prochainement mettre au monde. Stein disait encore que, pour se concilier Napoléon, le Prince devait lui déclarer çrque le Roi veut donner une autre organisation à son pays et qu'il veut adopter les idées générales que l'Empereur a suivies dans toutes ses formations de gouvernement. . . I/Empereur se plait dans ces détails et son amour-propre sera flatté
Stein fut vite détrompé. Le 26 janvier, Alexandre de Humboldt, qui n'était point un diplomate, mais qui voyait clairement la situation , lui écrivait de Paris : Depuis la première audience c|ue le Prince a eue auprès de S. M. l'Empereur, nos affaires ne se sont améliorées en rien . . . Son Altesse Royale est traitée avec beaucoup de distinction à la Cour. . . Mais le Ministre des Relations extérieures continue à déclarer que l'on ne peut parler d'aucun arrangement politique avant que l'affaire des contributions ne soit finie, et que cette affaire ne peut et ne doit être traitée qu'à Rerlin
Avis de Stein sur ia dépêche du prince Guillaume , datée du 9 janvier ( 36 janvier 1808).
même??^^^. De son côté, le même jour, le prince Guillaume informait son frère qu'il avait sollicité les grandes entrées à la (lour impériale, etc., et qu'on ne lui avait pas encore répondu, (pioiqu'il eût pris l'engagement, qui lui était demandé, de ne pas parler le premier d'all'aires à l'Empereur, puis le Prince poursuivait : çrJe n'ai pas été dans le cas non plus d'avoir avec ce ministre (Champagny) une seconde conférence officielle. J'ai dîné chez lui, je l'ai plusieurs fois rencontré à la Cour et dans Je monde, et je n'ai laissé échapper aucune de ces occasions pour lui exprimer combien je souhaitais d'entamer la négociation dont Votre Majesté m'a chargé. Mais je n'ai pu tirer de lui que des réponses vagues ou évasives, et je dois craindre que, comme l'Empereur ne me dispense ses faveurs qu'avec modération et à de longs intervalles, il n'ait donné aussi à son ministre l'ordre de différer l'ouverture de ma négociation, ou si elle s'entame, d'en traîner la marche, parce qu'il ne veut s'expliquer sur votre alliance, Sire, qu'après la conclusion de l'affaire des contributions qu'il persiste à laisser entre les mains du sieur Daru??^^^.
Voilà ce qu'on écrivait de Paris^ à Kônigsberg. A Saint-Pélersbourg, Tolstoy envoyait les mêmes choses en termes peut-être encore plus nets : et Le prince Guillaume et le baron de Brockhausen, écrivait-il, n'ont rien obtenu, pas plus que moi. . . Les plénipotentiaires du Roi à Paris, après avoir donc tout épuisé et voyant que même les représentations que l'Empereur, notre auguste maître, a fait faire par mon organe ne produisent pas le moindre effet, désespèrent et remettent de nouveau l'aflaire entre les mains de la Commission de Berlin. Ils l'autorisent à se soumettre à tout, car le pays ne saurait supporter davantage cet état de choses et, quelque dures que soient les conditions que l'on impose au Roi, il doit y souscrire s'il ne veut pas voir sa monarchie ruinée
Humboldt à Stein, a 6 janvier 1808.
W Le prince Guiilaume au Roi, 26 janvier 1808.
MISSION DU PRINCE GI ILLAIjME À PARIS.
(le {'owd in\ comble sans jainnis avoir Tospoir (h' la pouvoir remettre?? ^^K
Tel fut le résultat des efforts combinés du prince Guillaume, du baron de Brockhausen et du comte ïolstoy pendant tout le mois de janvier.
ils ne turent pas plus beureux en février : les affaires de Prusse restent en effet étroitement dépendantes de la politique européenne de Napoléon, et, par suite, révacuation de la Prusse par l'armée française demeure subordonnée à celle des provinces danubiennes par Tarmée russe : çtll est bien temps, écrit Humboldt à Sack, de ne pas se cacber le véritable état des choses et de ne pas confondre les politesses personnelles que Ton fait quelquefois au Prince avec les sentiments d<' haine et de méfiance que Ton nous déploie à rha(|U(* instant rnvers la nation prussienne et surtout envers notre malbeureux souverain . . . Les offres d'alliance offensive et défensi>r. la prom<*sse de mettre un corps d'armée à la disposition de la France, b» désir d<* se rémiir au nouvt^au (lorps germanique, rien ne produit le moindre rllV»! , ptMit-ètre parce que Ton n'offn» que ce dont le conquérant est déjà sûr??
Si offres (4 promesses étaient écoutées d'une oreille distraite à Paris, ce n'était pas seulement, comme l'écrivait le savant Prussien, parce (jue la France avait la force d'(Mi exiger l'objet, c'était parce (jm* Napoléon savait que la Prusse promettait avec la volonté de ne pas tenir, et qu'au moment précis oii elle proposait ouvertement son alliance à la France, elle pactisait en secret avec l'Angleterre. Voici, à titre de preuve, un fcîit (jui se passa exactement au moment où écrivait Humboldt et qui explique* bien l'attitucb^ soiqiçonn<Mise de Napoléon.
Tolstoy à Romanzoff, janvier 1808.
f*^^ Hiimboldi i< Sack, 12 lV»vrier 1808
A louverturedu Parlement (at janvier 1808), Canning ayant prononcé quelques mots qui disculpaient l'agent diplomatique de Frédéric-Guillaume à Londres d'avoir fourni au Foreign Office des avis secrets sur les agissements de la France en Prusse, le (kbinet des 1\iil(MÛes trouva dans la courte déclaration du ministre britannique la preuve qu'il subsistait des intelligences et peut-être des complicités entre l'Angleterre et la Cour de Kônigsberg : «Les affaires de Prusse n'ont pas gagné par ce discours, dit Champagny à Brockhausen quelques jours plus tard. L'Empereur y a reconnu une» intimité et une amitié secrète entre la Prusse et l'Angleterre, ([ui lui inspirent la plus grande méfiance contre elle, et autant la présence du Prince a été utile, autant ces propos ont-ils nui au progrès de ses négociations. Il (l'Empereur) craint d'être sans garantie pour l'avenir. Il craint que vos ports ne deviennent l'entrepôt des marchandises anglaises ?5 La semaine suivante, Brockhausen avertit le Boi de cet état d'esprit de Napoléon : «Il y a quelcjues jours, l'Empereur est revenu sur les mêmes soupçons que 1<» sieur de Champagny m'a déjà articulés. Gomment, a-t-il dit, puis-je me fier au Gouvernement (prussien) après ce que j'ai vu? S'il revient à Berlin, il agira contre moi; ses ports seront ouverts aux Anghiis, et je ne peux pas avoir toujours une armée contre lui. . . Il a parlé de la nécessité de ne pas nous laisser tnitretenir une grande armée, qui serait toujours dirigée contre la France.. . Le même soir de cette audience, il a été plus poli et plus amical envers le Prince que précédemment et a demandé, probableuKMit à dessein, pounpioi il avait l'air mélancolique et triste
Brockhausen au Roi de Prusse, 5 février 1808. — En citant le discours de Canning, le Mamleur Univergel du 2 février 1808 annota le passage relatif au baron de Jacobi de ces menaces : Cette déclaration est bonne à recueillir; on en tiendra compte. Elle prouve Tintérêt que le Ministère prend à la Prusse et le désir qu'il a de la voir bientôt rétablie à Berlin. . . Loin de se plaindre de la Prusse qui vient de rappeler son ministre, le Ministère anglais prend la défense. Il désire que la Prusse soit évacuée par les troupes françaises . . n.
Brockhausen au Roi, 19 février 1808.
H n'y avait probablement pas dans ce que dit Canning tout ce que Von découvrit à Paris: mais, à cette époque, peut-être le jour même où Napoléon dit ses^ suspicions à Tégard de la Prusse et favorise le prince Guillaume de ses courtoisies, le baron de Jacobi, plénipotentiaire de Frédéric-Guillaume III à Londres, rappelé d'Angleterre sur les injonctions de bi France, se rend au domicile particulier de Canning, (4, là, après avoir exposé l'état désastreux de la Prusse, l'assure de toute bi confiance que son Roi place rcavec un abandon entier dans les bons offices que l'Angleterre voudra bi(m employer en faveur de la Prusse dans de futures négociations de paix, pour lui faire recouvrer son indépendance et la soustraire a son état actu(d vis-à-vis de la France?? Puis, comme la Russie et l'Autriche, ([ui avaient du rappeler de Londres leur représentation diplomatique sur l'invitation de Napoléon, y avaient installé çtdes correspondants secrets, de l'aveu du Gouvernement britannique Jacobi demande à Canning la permission pour la Prusse d'entretenir aussi un agent secret en Angleterre, promettant d'ailleurs de ne fixer son choix qu'après avoir obtenu l'agrément du ministre anglais. Que la Prusse établit ainsi en secret une entente permanente avec l'ennemi acharné de la France, il n'y a nullement lieu de s'en étonner: mais il ne faut point être surpris non plus si Napoléon, qui savait ou soupçonnait les machinations de la Cour de Prusse, se défiât de ses protestations de dévouement et de ses propositions d'alliance.
Cette défiance. Napoléon la conservait toujours.
Ainsi, vers la fin de février, le Prince obtient d'être reçu d(* nouveau par l'Empereur. Naturellement , l'entretien ne lui apprend rien : l'arrangement de vos affViires, lui répète Napoléon, tient sa place dans les grandes combinaisons de la politique générale qui sont à la veille de se développer. Ce n'est pas une affaire d'argent, mais de politique..., si bien cjue ce n'est pas quelques
Le baron de Jacobi au Roi, lo février 1808.
millions de plus ou de moins qui font la difficulté... Le traité de paix de Tilsit avec la Prusse dépend de celui signé avec les Russes... L'Empereur ayant dit ensuite que la Prusse ne devrait pas entretenir une armée de plus de /a 0,0 00 hommes, le Prince répli(jua dans un bel élan : ^cTout ce qui nous reste de troupes et ce que le Roi en tiendra sera toujours à votre disposition, Sire??. Mais, devant cette offre. Napoléon, énigniati(|ue et probablement incrédule, garda le silence comme il avait fait, lors de la première audience du Prince, quand celui-ci s'était servi de la ruine de la Prusse connue d'un argument. Plus libre naturellement avec ses ambassadeurs, l'Empereur écrivait à ce moment : «Rien n'égale la betise et la mauvaise foi de la Cour de Memelw^^^.
Cette conversation de la fin de février 1808 fit perdre au Roi son dernier espoir de rien conclure à Paris. A ses yeux, le seul rayon de salut qui suJ)sistât encore venait de Rerlin; il demeurait, en effet, persuadé que si Ton arrivait à terminer la négociation engagée avec Daru, c'est-à-dire si on résolvait la question des contributions, il recouvrerait rapidement, au moins une partie de ses Etats
Quant à Stein, il connut l'entretien de l'Empereur avec le prince Guillaume en arrivant à Rerlin oii il venait tenter de s'entendre avec Daru; il le trouva ç^bien affligeant 75 pourtant il persista à croire qu'on pouvait recueillir quelque fruit de négociations suivies à Paris même; aussi, craignant que le prince, dépité, ne rentrât en Prusse, il écrivit a la fois à Kônigsberg et à Paris qu'il était nécessaire que le royal plénipotentiaire prolongeât son séjour, même si l'Empereur devait s'absenter quelque temps de sa capitale. D'ailleurs, ajoutait Stein, r^pour éviter ou l'ennui d'une vie désœuvrée dans la capitale ou des inconvénients d'un autre
Le prince Guillaume au roi de Prusse, 26 février 1808. ^-^ Napoléon â Gaulaincourt , 6 mars 1808.
Le roi au prince Guiliaume , 1 3 mars 1 808.
Stein à Humboldt , 5 mars 1 808.
genre, il poiiiTait faire une tournée pour visiter quelques points intéressants v
Pendant que le prince Guillaume et le comte Tolstoy s'ingéniaient inutilement à Paris à faire dévier la diplomatie impériale de la ligne de conduite qu'elle s'était tracée, que se passait-il à Berlin, où là seulement, déclaraient Napoléon et Champagny, la grande affaire des contributions devait être réglée?
Daru ayant quitté, dans la nuit du 8 au 9 janvier, Berlin pour Gassel, Sack mit tout de suite à profit lYdoignement de Tlntendant général pour essayer de le faire rappeler définitivement en France. Le 9 janvier, il écrit au prince Guillaume : ^Get homme intraitable est toujours acharné contre nous. . . Le bruit de son rappel a couru il y a quelques semaines, mais ce n'est malheureusement qu'un bruit qui n'a pas eu de suite . . Je vous prie, Monseigneur, de mettre tout en œuvre pour faire rapp(»ler le Sieur Daru de manière que les affaires . . . soient traitées à Paris et que la Gommission ne soit ciiargée que de l'exécution.?^ L(* prince de Prusse n'écouta pas cett(^ prière. Gomme Sack, il aurait désiré que Daru fût remplacé par un plénipotentiaire plus accommodant, mais il ne dissimula point dans sa réponse au président de la Gommission de Berlin que ce serait se faire illusion que d'imaginer qu'on pût obtenir son rappel, Daru «ne jouissant que trop de la confiance personnelle de son souverain ^^U. Sack ne connaît
Stein à Golti, 6 mars 1808.
Brockhausen avait recueilli ce bruit à Paris. Napoléon, en désavouant Daru dans l'affaire des forteresses, avait évidemment donné de la consistance à cette rumeur. Le plénipotentiaire prussien en avait averti Sack dans une lettre strictement personnelle, datée du 10 novembre 1807 : rrLe bruit a couru ici que le S*^ Daru serait rappelé. Ses nombreux ennemis le souhaitent et travaillent en conséquence.?)
Le prince Guillaume à Sack, a6 janvier 1808.
LE PROJET SÏEIN.
pas encore l'effet de sa première suggestion sur ie prince, et, le 9 février, il lui écrit encore : te Si V. A. R. pouvait réussir peut-être à soumettre à l'Empereur cette légère esquisse du caractère de son Intendant général, je crois qu'il changerait d'opinion sur son compte, et qu'il consentirait enfin h le rappeler et à nous envoyer un homme plus traitabl<\ On a toujours espéré que M. Daru serait nMnplacé, et cet espoir s'était accru par son départ pour Cassel; nous nous flattions qu'il ne reviendrait pas, et qiw nous en serions enfin débarrassés, uiais il est atten<lu dans quelques jours et notre toiu-nient recommence. . J^^v.
C'est évidemment |)our mettre im terme à ce tourment qu<' Brockhausen, songeant à quelque moyen de corruption, écrivait le 7 mars à Sack, en langage chiffré : c^N(» pourrait-on rien faire pour regfigner le Sieur Daru à note cause? n'a-t-il aucun côté faible ^^^iS
Uaru garda la confiance dr TEnqjereur et resta à son poste.
En vue d'établir une concordance parfaite entre les négociations de Paris et celles de Berlin, Frédéric-Guillaume III avait, dans le courant de janvier, enjoint à Sack de communiquer à Daru les instructions données au prince Guillaume. Sack les lui avait fait connaître par une note du i8 jan\ier, envoyée par lui à Cassel, en même temps qu'une lettre invitant Daru à renouer sans délai avec lui les négociations sur la base des propositions que le prince était chargé de soutenir auprès de TEmpereur et que Brockhausen
Sack au prince Guillaume, 9 février 1808.
■-^^ Brockausen à Sack, 7 mars 1808.
N'est-ce pas à quelque autre tentative de corruption à Tégard de Daru que faisait allusion ie comte de Goltz, ministre des affaires étrangères de Prusse, le jour du mois de septembre 1809, où il paria au Ministre de France, M. de Saint-Marsan, ïrde rindignation du roi vis-à-vis d'un Juif de Breslau ([ui doit avoir offert à M. rintendant général Daru une opération pour le payement de la contribution moyennant un escompte 77. Dans cette conversation, Goltz donna l'assurance à Saint-Marsan que cette démarche avait été faite à l'insu du Gouvernement et que le Roi avait donné l'ordre de faire arrêter le Juif (Saint-Marsan à Champagny 38 septembre 1809).
avait notifiées le 3 i décembre a Champagny. Nous avons vu que ces bases étaient : payement du reliquat de la dette dans le délai d'un an, moitié en aigent comptant ou en effets des plus riches maisons de commerce, moitié en lettres ou obligations hypothécaires.
Daru (it remarquer à Sack que, dans ces propositions, il n'était question ni de cession de domaines à la France, ni de l'occupation de places fortes, ni de la restitution des capitaux que la Prusse avait enlevés, durant les hostilités, aux provinces cédées par le traité deTilsit^^^, etc.; il donna acte ensuite au plénipotentiaire prussien de l'engagement pris par le Roi de se libérer dans le délai d'un an; enfin, il le pria de lui dire, nettement, si l'intention de son gouvernement était que l'afïîiire fut traitée à Berlin ou à Paris.
Daru à Sack, 26 janvier 1808.
Voici l'origine de la réclamation relative aux capitaux. Au moment de Tinvasion française , le roi de Prusse avait fait emporter avant Tarrivéc des troupes tous les fonds et titres appartenant aux établissements publics et môme à des particuliers pour s'en servir, ou tout au moins pour qu'ils ne tombassent pas entre les mains du conquérant. La paix faite, les nouveaux possesseurs des territoires que la Prusse perdit en exécution du traité voulurent avoir ce qui avait été enlevé de ces territoires. Ils réclamèrent tout naturellement à la France qui occupait à peu près tout le royaume, — ou plus exactement à Daru à qui Talleyrand avait donné Tordre, dans ses Instructions du 28 juillet 1807, de subordonner l'évacuation des provinces prusiennes à la restitution des fonds, capitaux et valeurs quelconques qui avaient pu être pris par le roi de Prusse dans les territoires cédés.
Daru, conformément à cet ordre, prit note de toutes les réclamations, qui d'ailleurs n'étaient pas toutes justifiées. Dans un relevé qu'il en lit, en mai 1808, le total s'en élevait à la somme énorme de 135,798,^1 3 fr. 70, se répartissant ainsi :
Duché de Varsovie 110,910,113'^ 55"
Royaume de VVestphalie i3,36i,oii 93
Erfurt a 16,068 90
Bayreuth 4,^98, 91
Dantzig q,3/io,58o 33
Grand-Duché de Berg 4,673,216 08
Total i35,793./ii3' 70*^
( Daru à Stein, a a mai 1808.)
L'Intendant général mettait en même temps Napoléon au courant et de la note qu'il avait reçue de Sack et de la réponse qu'il y avait faite; demeuré hostile au payement en domaines, il ne négligea point cette occasion de rappeler à l'Empereur et les arguments qu'il avait déjà doimés contre ce mode de libération et les avantages qu'en comparaison il y aurait à accepter des lettres foncières : t^Si Sa Majesté, écrit Daru, ne veut qu'un capital, des revenus et des moyens d'exercer sa nnuiificence, elle les trouve dans les lettres foncières qu'on propose 7^ Si l'Empereur n'avait cherché que ce qu(^ Daru énumérait, il se fût rendu aisément à ses raisons; mais le domaine étrangtM- était pour l'Empereur un moyen d'étendre son influence politique, et, bien entendu, les lettres foncières ne le lui procuraient pas.
Daru rentra à Berlin le 1 1 février au matin. Quelques heures après, il était chez Sack; celui-ci était absent et Daru ne put le rencontrer que le surlendemain. Le plénipotentiaire français informa son interlocuteur que Napoléon et Champagny avaient reçu copie de la note prussienne envoyée à Cassel le 18 janvier; puis il ajouta, faisant allusion à la question qu'il avait posée à Sack le *j 6 janvier, que c'était par lui qu'il comptait apprendre si le centre des négociations était définitivement fixé à Paris ou à Berlin. Mais Sack garda le silence. Ce ne fut, en effet, qu'une dizaine de jours plus tard qu'il put donner l'assurance à Daru que la cour de Konigsberg consentait à renouer la négociation à Berlin sur tous les points de l'affaire. Il lui disait en même temps, d'une part, que la dation de lettres foncières en payement pouvait vraiment être considérée comme équivalente à la cession de domaines réclamés par Napoléon, et, d'autre part, qu'une seule place fortifiée à choisir suffirait comme garantie.
Mais ce que dit Sack à cette heure est sans intérêt; car le roi de Prusse, constatant que ses plénipotentiaires de Berlin n'ont
Daru à Napoléon, 36 janvier 1808*
rien obtenu de Daru, que la mission extraordinaii e qu'il a envoyée à Paris n*a reçu de Napoléon que de vagues paroles de simple courtoisie, qu(* les efforts de Tolsloy ne sont pas soutenus par sa cour, et que Napoléon n'accepte pas, du moins pas encore, de joindre le prol)lème financier des contributions au problème politique des relations futures de la Prusse et de PEmpire français, Frédéric-Guillaïune a décidé (fenvoyer sans délai, dans son ancienne capitale, son premier iVlinistre, le baron de Stein, négocier avec Daru.
Partj de konigsberg \r 9 y févrirj*. Stein arrivait à Berlin dans la luiit du 4 au 5 mars.
J imagine que Uaru vil apparaître le |)remier Ministre de Pi usse sans surprise. Il avait, rn efl'et, recueilli dans ses conversations avec Stein à la fin de septembre 1807 l'impression que celui-ci ne larderait pas à remplacer Sack et même la Commission toute entière. 11 en avait fait pai l à rKmpereur : ^Je m'attends qu'un de ces jours la Commission soit remplacée par un plénipotentiaire plus actif et moins incertain dans ses résolutions (que Sack). Je ne serais pas étonné que M. de Stein fut envoyé lui-même ici pour terminer cette affaire Et (pielques jours après, il écrivait encore : ç^Je joins ici une autn* lettre écrite par un député de la Cbambre de Custrin à ses conmiettants, parce qu'elle explique l'inconcevable inaction des plénipotentiaires prussiens. Ils ne suivent point l'affaire des contributions parce qu'ils ne reçoivent pas des autorisations de la Cour de Memel , et ces autorisations n'arrivent pas parce que M. Sack, le Président de la Commission plénipotentiaire , est brouillé avec M. de Stein , le nouveau ministre. Je juge que celui-ci voudrait venir en personne pour terminer cette grande opération; mais qu'il ne veut pas partir sans avoir des moyens suffisants et des pouvoirs absolus. C'est là probablement ce qui
Daru à Na})oléoi], 7 octobre 1807.
LE PROJET SÏEIN. 145
occasionne cette stagnation si étrange dans une affaire de cette nature
L'arrivée de Stein à Berlin, si bien prédite par Daru , ne devait point lui déplaire. D'abord, Tlntendant général pouvait être ([uelque peu flatté d'avoir à négocier avec le premier Minisire de Prusse. Ensuite, sachant que Stein avait, comme lui, grand hâte de terminer le litige des contributions, il pensait qu'il ne serait pas très difficile de s'entendre avec lui.
Les deux plénipotentiaires tinrent deux conférences, les 7 et 9 mars. A la fin de la seconde, l'accord était fait.
Ils prirent pour base de discussion le projet de convention du •jS octobre, que Daru avait élaboré, (jue la Connnission Sack avait un moment semblé accepter, puis ((u'elle avait rejeté ^-K
Stein renouvela l'offre qu'avait IVute Brockhausen à Champagnv, c'est-à-dire le payement moitié en argent comptant ou en traites commerciales, moitié en lettres foncières. Voici comment il se procurerait de l'argent comptant : d'abord il vendrait la vaisselle royale pour 7,^00,000 francs environ; ensuite, il engagerait en Hollande les diamants de la Couronne pour la même somme; enfin il proposerait une compensation de dettes : croyant, en effet, que Napoléon était sur le point d'acheter la flotte russe alors dans le Tage , Stein calculait que , puisque la Prusse avait une vieille créance de 1 1 millions de fournitures de guerre sur la Russie, compensation pourrait être laite, jusqu'à concurrencer de cette somme, entre la créance de la Prusse sur la Russie pour ces fournitures, celle de la France sur la Prusse pour contributions et celle de la Russie sur la France pour achat de navires, l^a Prusse pouvait, par ces trois moyens, obtenir 26 millions environ. Daru se contenta de dire ses doutes sur l'achat de la flotte russe par la France; il fut d'ailleurs bientôt reconnu que les renseignements
Daru à Napoléon ♦ l'j octobre 1807.
Voir l'analyse de cette convention, p 86-87, et le texte complet, p.; 829.
donnés à Stein sur cette opération étaient dénués de tout fondement.
Au sujet des effets de commerce (jue ie roi entendait donner en payement, Daru n'avait aucune objection de principe à formuler; il lui suffisait qu'ils fussent à courte échéance et souscrits ou endossés par des personnes solvables.
Quant aux lettres foncières que Stein tenait tant à substituer aux domaines ([ue Napoléon réclamait, elles devaient être hypothé(|uées sur des domaines publics ou privés. En vue de leur donner un très grand crédit, Stein proposait, d'une part, qu'elles fussent toujours remboursa])les à vue, moyennant un préavis de six mois, d'autre part, que la Banque de France les garantît et en assurât le service à Paris, c'est-à-dire en acquittât elle-même le capital et les intérêts sans frais. Daru n'était pas prêt à exprimer une opinion sur cette intervention imprévue de la Banque de de France et il demanda au Gouverneur de cet établissement ce qu'il en pensait. Je me figure qu'il devait souhaiter qu'elle fût possible. Daru, en effet, nous l'avons vu plusieurs fois, préférait le payement en lettres foncières au payement en domaines. L'inconvénient des lettres foncières, lesquelles devaient être données aux maréchaux et généraux français, c'est que la valeur en était incertaine à plusieurs égards : d'abord, le remboursement pouvait en paraître douteux, puisqu'il dépendait de la solvabilité de la Prusse ou de sa bonne volonté et aussi de la facilité à réaliser les gages hypothécaires; ensuite, le payement du capital et des intérêts à Berlin pouvait faire craindre aux porteurs des pertes de change. La proposition de Stein était évidemment extraordinaire, mais elle était habile, puisque, grâce à la garantie de la Banque de France et au service des lettres foncières à Paris, les titres prussiens prendraient presque l'aspect d'une valeur française.
Gomme garanties militaires, Stein avait pensé que Napoléon se contenterait de Stettin et de Kûstrin; le plénipotentiaire français lui dit qu'il fallait ajouter Glogau.
LE PROJET SÏEIN.
Au lieu des 6,000 hommes prévus pour chacune des places dans le projet du 9 3 octobre, Stein demanda qu'il y eut seulement 4,0 0 0 hommes à Stettin, 2,000 à Kûstrin et 3,ooo à Glogau, soit en tout 9,000, au lieu de 18,000. Il voulait, en outre, (pe« Glogau fut évacué après le payement du premier tiers, Kûstrin après le second, Stettin après le troisième, et enfin que Napoléon prît à sa charge la solde des troupes occupant les trois forteresses.
Daru ne fit aucune objection contre le mode d'évacuation en trois échelons, et crut qu'il amènerait Stein à accepter un effectif total de 1 5,000 hommes.
Stein ne remit pas en discussion , bien entendu , le montant de la dette prussi^mne arrêtée définitivement, nous l'avons vu, à i5/i,5o5,479 fr. 18 à la date du juillet 1807; mais il pria avec instance Daru d'admettre que les impôts et revenus encaissés depuis le i^"^ octobre pour le compte de l'Empereur, en vertu de l'ordre du i4 septembre, seraient considérés comme payés* par le roi de Prusse en déduction de sa dette. D'après les écritures de l'intendance, ces recouvrements au 5 mars 1808 s'élevaient à 10,49/1,405 francs. Daru n'accepta ni ne rejeta la demande de Stein; il lui dit seulement que, si le principe de la déduction était admis par les deux puissances, il fallait qu'en vue de prévenir tout différend ultérieur elles convinssent entre elles d'une somme fixée à forfait.
Stein demanda, enfin, à Daru de régler avec lui la question des créances prussiennes dans le duché de Varsovie.
Cette question, fort délicate à résoudre en droit et en fait, était d'un intérêt pécuniaire considérable; car, suivant qu'on adoptait telle solution ou telle autre, la Prusse gardait ou perdait plusieurs dizaines de millions. Comme pendant des années elle saisit, à propos des contributions, tous les prétextes pour faire prévaloir la thèse qui lui était la plus favorable, je suis obligé d'exposer, au
moins soinmairement, les données du difficile problème qu'elle s'obstina sans cesse à poser.
Le traité de Tilsit, en détachant de la Prusse la moitié de son territoire, avait maintenu expressément dans leur position juridique les créanciers des provinces cédées qui avaient des débiteurs en Prusse rt c(»lle des créanciers prussiens (|ui avaient des débiteurs dans les provinces cédées. L'article 26 du Traité, qui concerne les uns et les autres, avait fixé, en termes généraux, une règle de complète réciprocité; en fait, cette règle ne s'appliquait guère qu aux rapports entre des débiteurs polonais et des créanciers de Prusse, lescjuels étaient prescjue tous de grands établissements adnnnisfratifs et financiers : la Bancjue de Prusse, le Seeliandlungs-lnstitut , l(»s drvw (laissi^s des veuves (civile et militaire), rOrplielinat de Postdam . les maisons de correction, lf*s églises, les Universités, etc.
Voici le texte de cet article 26 : ^
crLes fonds et capitaux appartenant, soit à <les particuliers, soit à des établissements publics, religieux, civils ou militaires des pays (jue S. M. le Roi de Pj usse cède ou auxcpiels elle renonce par le piësent Traité, et qui auraient été placés, soit à la Banque de Berlin, soit à la caisse de la Société maritime, soit de toute autre manière quelconque, dans les Etats de S. M. le Roi de Prusse, ne pourmnt être ni confisqués ni saisis; mais les propriétaires desdits fonfis et capitaux seront li])res d en disposer, et continuei ont d en jouir, ainsi (]ue des intérêts échus ou à échoir, aux termes des contiats ou ol)ligalions passés à cet effet. Réciproquement, il en sera usé de la même manière pour* tous les fonds et capitaux que des sujets ou des établissements publics (pielconques de la monarchie |)i ussienne auiaient placés dans les pays que S. NI. le Roi de Prusse cède ou ;ui\(|Mels elle renonce [)ar le présent Traité.
L'objet général de cet article est aisé à définir; c'est la protection de la propriété privée, qu'elle soit en territoire cédé ou en territoire prussien.
Que fallait-il entendre par propriété privée?
D'après le texte, c'étaient les fonds et capitaux appartenant soit à (les particuliers, soit h des établissements publics. Pour I(»s fonds appartenant à di^s particuliers, il n'y eut pas de dilliculté et nous nVn parlerons plus. Le point litigieux (»ntre la Prussi^ et la France ne porta qu<* sur les fonds apparl(Miant à des établissements publics.
Dégagée d(* tout élément accessoire, voici quelle était la thèse française.
Les établissements p\d)lics sont des personnalités morales, généralement de caractère administratif, qui, en droit, s'opposent aux établissements d'Etat ou royaux, les pnuniers ayant a pourvoir à des intérêts spéciaux ou locaux, les seconds a des intérêts généraux ou nationaux. Prati([uement . c(» ([ui distingue ceux-ci de ceux-là, c/est la prépondérance» plus ou moins forl(» (jue Taulorité gouvernementale ou royale ex<»rce daiis l<Mir gestion. Si rétabliss(»ment public est, en fait, entre les mains d(» faulorité royab», il est une dépcMidance de 1 État et, quelle que soit sa dénomination, il ne peut être considéré comme une personne privée; en conséquence, ses créances ont pu être confisquér^s en vertu du (h'oil de* guerre. Si, au contraire, rétablissement publir est complètement ou presque complètement indépendant de l'autorité c entrale ou royale , il n'est point une dépendance de TEtat, et, quelb* que soit son appellation , il ne peut être considéré comme une autorité d'Etat ou royale; par suite, ses créances ne peuvent être confisquées, attendu que ce sont des propriétés privées, protégé(»s par rartide a 5.
(^ette distinction, facile à établir en tbéori(», n'était pas d'une application aisée. D'abord, en Prusse, Tautorité gouvernementale n'était pas encore sortie de la gangue féodale et les autorités ou établissements locaux ou spéciaux étaient comme inclus dans l'autorité gouvernementale. Ainsi la Banque de Prusse était constituée en société anonyme; mais elle n'avait qu'un seul actionnaire, qui était TEtat prussien. Le Seehandlungs-Institut, ou Etablissement du commerce maritime, faisait des opérations de banque, mais il
n'était qu'un départ einont de la Trésorerie prussienne. Dans ces deux cas, il était indiscutable que les créances hypothécaires que possédaient ces établissements pouvaient être confisquées comme dépendant du domaine public ou royal. Dans d'autres cas, il était beaucoup plus dillicile de déterminer si , dans la gestion des établissements, c'était la participation de l'Etat (jui était prépondérante ou celle des particuliers. Par exemple, la Caisse générale des Invalides n'avait guère comme revenus que des dons volontaires, de légères retenues sur la solde des troupes et les deniers de militaires décédés sans héritiers; c'était, en somme, des revenus d'origine privée. Mais la destination de l'établissement était de pourvoir à uik* obligation tout au moins morale de TEtat envers un grand service public, qui était l'armée prussienne; les prélèvements sur la solde avaient presque le caractère d'un impôt et c'était le Roi seul ([ui disposait des fonds, etc.
Quand on avait déterminé si un établissement était royal ou privé, il sYdevait une difficulté d'un autre genre, c'était de savoir s'il était le véritable créancier, attendu que, maintes fois, on s'était servi des établissements comme prete-noms, c'est-à-dire qu'ils avaient joué le rôle de personnes interposées. Daru a exposé clairement toutes ces difficultés : Quelque temps après que l'armée fût entrée en Pologne, écrivit-il dans un rapport., on apprit que le roi de Prusse, ayant prêté par lui-même ou par la Banque ou les autres établissements publics des capitaux assez considérables aux Polonais, se trouvait créancier de beaucoup de particuliers et que ces créances étaient hypothécjuées sur les immeubles de ceux-ci. — Pour parvenir, s'il était possible, au recouvrement de ces capitaux, je nommai des commissaires qui furent chargés de faire sur les registres hypothécaires le relevé des créances dues au roi de Prusse, aux établissements publics et aux particuliers prussiens. Ces relevés présentèrent une masse de 66 millions de créances sur la Pologne, mais il fallait séparer les créances appartenant au Roi, celles appartenant aux établissements publics et celles
LE PROJET vSTEIN.
qui n'étaient que des propriétés particulières. Cette opération n'était pas facile, parce que le Roi et les établissements publics s'étaient souvent servi de l'intermédiaire des banquiers ou même des juifs, de sorte que les créances étaient inscrites au registre des hypothèques en faveur de ces prête-noms. Pour découvrir et constater la vérité, il fallait compulser les livres des banquiers ou négociants que les n^gistres indicjuaienl comme les véritables prêteurs, afin de connaître s'ils avaient prêté leurs propres fonds ou bien ceux du Roi, de la Ban(jue, etc. Cette opération a été fêiite, et il en résulte que les fonds prêtés par le Roi ou les établissements publics s'élèvent jusqu'à présent à 3 8 millions. — Il est aisé de concevoir tout ce qu'une pareille opération a dû exiger de temps, puisqu'il a fallu se transporter de ville en ville , compulser les registres hypothécaires et ensuite aller chez chaque négociant, banquier ou juif, compulser ses livres de commerce ?>.
Telle était la thèse française et ses difficultés pratiques.
La thèse prussienne, plus simple dans son principe, était d'une application aussi malaisée.
Il fallait, suivant elle, considérer, non point la condition juridique des établissements prêteurs, mais l'origine des fonds prêtés, — c'est-a-dire que, si les fonds avancés par les établissement prêteurs provenaient des caisses royales, les créances constatant cette avance pouvaient être confisquées en vertu du droit de conquête; si, au contraire, les fonds avancés provenaient de particuliers, les créances constatant ce prêt n'étaient point saisissables, parce que, à raison de l'origine privée des fonds, elles constituaient des biens privés que protégeait l'article a 5. — Par exemple, les fonds prêtés par la Banque royale de Prusse aux Polonais provenaient de dépôts privés. D'après l'opinion prussienne, tant qu'ils étaient demeurés dans les caisses de l'établissement, ils étaient restés fonds
Daru à Champagny, 9 mars 1808.
Voir d"*autrcs exemples clans une Note du comte de t.ehndorfT, ministre de Prusse à Saint-Péterbourg , à l^omanzoff, datée du q3 février 1808.
privés, et, (juand la Haiiquc» les avait prêtés, ils étaient encore restés fonds privés, ou plutôt avaient donné naissance à une créance privée, c'esl-à-dire insaisissable. D'après la thèse française au contraire, cjuand la Banque royale empruntait de l'argent aux particuliers, fût-ce à litre de dépôt, elle devenait propriétaire de cet argent; si, ensuite, elle le prêtait à d'autres individus, c'était des fonds à elle qu'elle avançait; c'était elle qui était créancière de ces emprunteurs et non ceux qui avaient déposé leur argent à la Ban(|ue. Entre les prêteurs et les emprunteurs il y avait bien au fond un intermédiaire, la Banque de Prusse; mais, comme, d'un(^ part , cet intermédiaire agissait pour son propn» compte, ses créances faisaient partie son actif , et connue, «rautn» part, il était une véritabb^ administration royale^ son actif pouvait être confisqué, d'après les usages de la guerre.
Je ne sais quel sens les plénipotentiaires prussiens, au moment où ils mirent leur signature au bas du traité de Tilsit, donnèrent à l'article ^5; mais il n'y a aucun doute sur la portée que bii attril)ua Napoléon; car, près de deux mois avant le traité, il avait, par décret, mis 6 nuilions de créances prussiennes c\ la disposition du Gouvernement provisoire de Pologne.
En somme, les deux thèses étaient absolument contradictoires et nr fun»nt jamais conciliées; et, comme, la somme enjeu était considérable, la Prusse ne ci^ssa de réclamer ce (|ue la France ne cessa de refuser.
Sans donc s'arrêter aux protestations de la Prusse, Napoléon chargea le Ministre des Finances, Gandin, duc de Gaëte, de prendre possession des créances prussiennes.
Un inspecteur de l'enregistrement se rendit en Pologne et y releva plusieurs centaines de créances formant un total de ^3,/i66,90o fr. 5i, auxquels s'ajoutaient plus de U millions d'in* térêts arriérés. Il convient de dire tout de suite qu'après le récolement des réclamations s'élevèrent, qu'un certain nombre parurent
justes Pt (jue toliil lut iihaissé à /ii, 817,801 fr. 07; il sembla même alors que ce ehifîVe dut subir une réduction nouvelle de a millions (4 demi a 3 millions.
Le récoliMnent opéré, il fallait notilier par buissier à tous les débiteurs (|u'ils n'eussent à acquitter désormais capitaux et intérêts qu'entre les mains d'agents désignés par le Gouvernement français. Les avertissements furent imprimés et envoyés au Ministre de la Justice du ducbé, le Comte Lubienski, qui avait promis au résidiMil de France à Varsovie de les faire parvenir lui-mêm<» aux destinataires. Mais, au dernier moment, le Ministre bésita et déclara qu'il n'osait rien faire sans y être autorisé par le roi de Saxe, suzerain du duché. Il esl probable que s'il avait hésité c'est, parce qui% parmi les débiteurs, il en était ([u'il voulait ménager : tel un de ses parents, qui devait 110,000 francs, ou le prince Joseph Poniatowski, qui (»n (bnait /i/i 0,000. Mais, à Dresde, le Ministre de France insista lell(»in(»nl auprès du roi Frédéric- Auguste (jue celui-ci donna Tordre (h» notifier les sommations aux débiteurs
L'ordre royal n'était pas encore parvenu a Varsovie que, cédant aux réclamations pressantes de Davout, le comte Lubienski s'était résolu à faire les significations. Mais Davout ne se contenta point de l'accomplissement matériel de cette formalité, il voulut que la Gazette dr Varsovie la notifiât, en quelque sorte, au public. Les Ministres du duché t^urent beau alléguer (ju'il leur fallait l'autorisation de leur souverain pour faire cette publication , le maréchal passa outre et obligea le journal à inq)rimer l'avis suivant, qui porte la date du 18 janvier 1808 :
ffA la réquisition du Gouvernement fiançais, le département de la Justice notifie à tous les débiteurs du Roi de Prusse, de la Banque royale de Prusse ou de tout autre établissement roî/a/ de Prusse qu'il ne peuvent se libérer légalement, soit en principal, soit en intérêts, pour cause de dettes liypothé({uées sur ries terres situées dans le duché de Varsovie, ([n'entre dos
Bourgoing à Cliampagny, i3 janvier 1808.
mains (jui seront ultérieurement désignées par S. M. l'Empereur Napoléon ou par S. M. le Roi de Saxe ^^K n
Aux yeux de la cour de Prusse, ces mesures équivalaient a une confiscation. On s'en émut beaucoup à Berlin; Brockhausen protesta à Paris auprès de Ghampagny; LelindorfT, à Saint-Pétersbourg, remit à Homanzoff une note^^^ indignée» (jui est particulièrement intéressante, non seulement parce qu'on y voit le raisonnement que la cour de Prusse tenait pour dénier à la France le droit de s'emparer des créances de Pologne, mais encore parce qu'il y était annexé un avis, copié, disait-on, dans la Gazette de Varsovie et (jui n'était point conforme* au texte aulbenti([ue. Je ne relèverai qu'une discordance entrr les deux textes; mais elle est capitale : d'après la copie de Lehndorff, l'avis vise les dettes à payer au Boi , a la bancpie royale de Prusse ou à tel autre établissement prussien quelconque ^ or le texte que fit insérer Davout portait, comme on vient de le voir : tout autn* établissement royal de Prusse
L'affaire en était là quand Stein proposa à Daru de la régler séance tenante. Tous deux la connaissaient bien : Daru, parce qu'il l'avait, pour ainsi dire, suivie dans ses plus lointaines origines, c'est-à-dire avant même le traité de Tilsit; Stein, parce (ju'il avait dû l'étudier dès octobre 1807, (piand il avait essayé de faire admettre les créances en compensation de la dette des contributions. L'un n'avait donc pas à l'exposer à l'autre. C'est ce qui permit à Daru, malgré l'insistance de Stein, de l'écarter tout de suite, comme totalement étrangère à la négociation engagée entre eux ^^K
Bour^joing à Ghampagny, 9 et 96 janvier 1808. On remarquera la prudence de Davout dans rénuméraiion des créanciers : cette ënumération ne comprend que le Roi j la Banque royale et des établissements royaux. Cette note est datée du 28 février 1808.
Le texte de Lehndorff, que je cite, est celui qui a été inséré dans le Recueil de textes concernant la mission de Tolstoy à Paris publié par M. Schilder (p. ^65). Daru avait raison d'être prudent; car, k ce moment, Napoléon avait proba-
Cest au coui s de ces poiirparlcrs sur ios engagements financiers à prendre par la Prusse (pu» Stein proposa de donner à la France une garantie vraiment inimaginable : d(»s otages.
La proposition en avait déjà été faite à l'Empereur deux mois plus tôt. Au cours du premier entreti(»n de Napoléon avec le prince Guillaume, celui-ci, en effet, avait offert en otage lui et sa femme, tous d(ui\ devant garantir pour ainsi dire sur leurs têtes les obligations pécuniain^s de la Prusse. En apportant cette offre singulière, le prince avait tenu une promesse concertée en secret avec sa jeune femme avant le départ de la mission pour Paris. ATépoque, rien ne fut divulgué de la proposition faite à TEmpereur. Ni Napoléon en rendant compte de Tentrevue à Savary, ni \o prince* dans le récit détaillé (pi il m fit au roi de Prusse n'en din^it un seul mot; c'est dans un(* lettn» adn^ssée à Stiûn le 18 mars 1808, que le prince avoua pour la première fois le sacrifice auquel il s'était résolu. Si Stein avant (jue celte lettre lui fut parvenue ignorait qu'une offre explicite eût été faite» à l'Empereur, il savait tout au moins l'intention des jeunes princes; un billet de la princesse la lui avait révélée; c'est pounpioi durant les négociations des 7 et 9 mars, il put affirmer à Daru (|U(» le roi de Prusse, comme témoignage de ses sentiments envers l'Empereur et comme preuve de sa fidélité à ses engagements, consentait à laisser en gage son frère à Paris. A cette déclaration, flntendant général répli(jua avec quelque hauteur (pie l'EmpiMMun- (b^nandait des garanties, et non di^s otages.
Il paraît pourtant que Napoléon n'avait pas mal accueilli l'offre, quand le prince la lui avait f^ute en janvier; il se serait avancé vers lui, l'aurait embrassé, en lui disant : «C'est très noble, mais c'est impossible, v Si le fait est exact, il est à croire que Napoléon, ne pouvant se contenir, voulut dissimuler dans cet embrassement
blement déjà résolu de céder ses créances au Roi de Saxe , à un prix modéré, «pour i'amélioration des finances du grand-ducliéîi. On sait que la cession fut réalisée par la convention de Rayonne (10 mai 1808).
le sourire excité par l'étonnante randeur (Ui naïf et Ix^au j(nnie homme. Quand au prinre, fort ému, il ne vit clans C(* geste (jue bienveillance <»t courtoisie, car, quel(nies mois plus tard, pour décider l'Empereur à accepter le projet de Siein, il renouvelait sa proposition: et Veuillez donc, Sire, écrivait -il à Napoléon, accepter cette convention; daignez me procurer le bonheur d'avoir été utih» à ma patrie». Mais, si toutefois Votre Majesté peut douter encore de la sincérité du roi, je renouvelle l'offre de rester comme otage entre vos mains, juscprau moment oii une partie ou tontes les contributions seront acquittées t?.
La con< lusion des conferencrs (jue tinrent le^ deux plénipotentiaires l'ut un nouveau projet de convention. D'après ce proj(»t, la dette de la Prusse» au ta juillet 1807 restait fivée à i54,5o5,479 fr. 18. Pour déterminer ce qui serait dû, à la ratification de la convention, on déduirait de cette somme tous les à-comptes versés par la Prusse depuis cette* date, y compris le^s 1 o millions environ de» produits et revenus confisepiés par Napoléon.
(le reliquat, epii naturellement n'était pas indiepié , élevait être pavé M*^ en e»spèe*es; 2*" e»n lettres foncières hvpothéepiée»s sur les elomaines royaux; 3** ç^en obligations du Roi et eles Etats des provine es, payables à terme et souscrites par des bancpiiers ou propriétaires désignés ^'-^^ Nous avons vu f|ue» Ste^in avait aeH'eplé que le solde de la dette prussienne lut acejuitté moitié en le^ttiM^s foncières et moitié en argent comptant ou effets de commeMTe».
Comme sûreté des payements. Napoléon tiendrait garnison dans Stettin , Kûstrin et Glogau , ([ui seraient occupés par 9,000 hommes au plus.
Le prince GuîHaume à Napoiéon, 20 avril 1808.
Je reproduis ici le paragraphe 3 tel qu'il est rédi^jé dans le projet de Stein. Celte rédaction est d'ailleurs la même que celle» qu'avait adoptée Darn dans son projet du si6 octobre 1807 (art. 2, al.
Le terme du remboursement des obligations n'est pas imlicjué dans le texte.
Hormis ces trois forteresses, ia Prusse devait être entièrement évacuée dans le délai d'un mois après l'échange des ratifications.
I/examen des réclamations des provinces séparées de la monarchie prussienne était renvoyé à des négociations ultérieures.
lies plénipotentiaires prussiens s'étaient chargés d(^ la rédaction du projet.
En en adressant le texte à Daru , Sack l'accompagna d'une note d'envoi au nom de la commission dont, malgré la présence de Stein, il était resté le président. Cette Note déhutait ainsi <x7v/f conformité des derniers entretiens i\w h' Ministre d'Etat de Sa Majesté le Roi de Prusse, M. le haron de Stein, et le Président, soussigné, ont eu l'honneur d'avoir avec son Excellence M. l'Intendant général, plénipotentiaire de Sa Majesté l'Empereur et Roi, les Commissaires prussiens s'empressent de communiquer à Son Excellence :
^1*" Le projet d'une convention dressée conformément aux dernières conférences
A lire ce texte on croirait que le projet était l'expression d'une entente complète entre les pléiupotentiaires de France et de Prusse. 11 n'en était pas tout à fait ainsi. D'ahord Daru n'admellail (|ue sous réserve (jue la France fît rentrer dans le compte des versements faits par la Prusse les lo millions et demi encaissés depuis le i^** octobre, ce (ju'ordonnait l'article 6. Ensuite le projet ne stipulait aucun payement en domaines; or, si Daru était, comme nous l'avons vu, toujours demeuré personnellement hostile à ce mode de libération et se trouvait par conséquent d'accord avec Stein sur ce point, il avait de l'Empereur des instructions trop précises pour approuver une si grave omission. En somme, à son point de vue propre, Daru jugeait le projet acceptable; mais il n'aurait pu le signer s'il eût été autorisé à signer : sur
deux points capilaux, il était trop contraire aux intentions de TEmpereur.
Il est daté du 9 mars.
II fut envoyé immédiatement à Napoléon, au roi de Prusse et au prince Guillaume.
Si Sack, (}ui était à côté de Stein pendant tous les pourparlers avec Daru, en qualifia les stipulations de «conditions cruelles à Paris, les conseillers de la légation prussienne, Le Coq et Roux, en jugèrent tout autrement; dès qu'ils le connurent, ils écrivirent à Sack. Dans la situation où nous sommes, rien de plus heureux pour nous que de pouvoir conclure avec la France aux termes du nouveau projet de convention r>
Le 1 8 mars, le prince se rendit chez Ghampagny pour le sonder; mais il n'en recueillit aucune indication favorahle ou défavorahle: le ministre des Relations extérieures n'avait pu, en effet, prendre connaissance du projet, le courrier de Daru étant parti de Rerlin après celui des plénipotentiaires prussiens.
Le 39 mars, le prince eut une audi(Mice de Napoléon. ttElle a été fort courte, écrivit-il le lendemain au Roi, mais moins défavorable qu'aucune des précédentes. A peine eus-je commencé Tentrelien en disant à TEmpereur que, sans doute, son Intendant général Daru lui avait rendu compte du projet de convention proposé à Berlin par le ministre d'Etat baron de Stein et le conseiller privé Sack (ju'il m'interrompit pour me répondre : «J'ai vu ce rt projet, et il me paraît ({u'il renferme toutes les conditions Je lui témoignai ma joie de le voir satisfait des stipulations convenues, et j'ajoutai que sa générosité m'était un sûr garant que désormais ii ferait à son tour quehjue chose en notre faveur : çtNous verrons, rrnous verrons, répli(jua-t-il , en me souriant de la manière du <c monde la plus gracieuse». Le prince rappela à TEmpereur les points principaux du projet de Stein, puis tous les témoignages
Sack à Brockhausen, 8 mars 1808.
Le Coq et Roux à Sack, t6 mars 1808.
de loyauté donnés par la Prusse depuis plusieurs mois; mais ce fut en vain, l'Empereur demeura ferme; sa diM-nièn* parole fut : Il faudra voir. Ces trois mots ne signifîai(»nt absolument rien; mais ils furent dits si aimablement que le prince en conçut de grandes espérances.
Le prince-diplomate n'avait pas su discerner la vérité dans Tattitude courtoise et les paroles évasives de l'Empereur; la vérité, c'était que, depuis quarante-buit heures, un courrier était parti pour Berlin, qui emportait un refus d'approuver la convention.
L'arrivée de ce courrier permit à Daru, dès le 5 avril, de faire connaître à Stein l'accueil du Cabinet des Tuileries à son projet : Tout d'abord rEmpcreur n'accepte pas de déduire des contributions dues les di\ millions et demi d'impositions et revenus confisqués depuis le i""^ octobre 1807; le retard mis à régler l'affaire des contril)ulions, en effet. Ta obligé et l'oblige encore à faire de grandes dépenses en Prusse La proposition de donner en paiement une cinquantaine de millions en argent comptant ou en lettres de change, payables dans le délai d'un an (délai pendant lequel la France occuperait les places fortes), serait acceptable si Ton indi(juait les mesures que la Prusse a l'intention de prendre
Les dépenses d'occupation étaient, en effet, lourdes pour le Trésor impérial On peut en juger par ies lignes suivantes, empruntées à une lettre adressée à celte époque par Tlntendant général au Prince Vice-connétable (^6 mars 1808) :
trEn conséquence dos ordres de Sa Majesté et des dispositions contenues dans la lettre de Votre Altesse , je viens d'écrire au Payeur général d'effectuer le payement :
1° De tout ce qui est dit à MM. les officiers ainsi qu'aux employés de l'armée sur les exercices 1806 et iSoy ;
a° Des appoinlemenls et de la solde des officiers et soldais pour les mois de janvier, février et mars i8o8.w
Le mois précédent, Napoléon avait érrit au roi de Hollande, son frère : rrLa seconde demande que vous me faites est celle d'un emprunt de la à i5 millions. Si j'avais de l'argent, je vous les prêterais volontiers; mais je n'en ai point; par les comptes de mes finances qui vont être publiés, vous verrez que l'immensité de me^ armées, trois levées de conscription dans une année, l'achat de 60,000 chevaux, les dépenses de mes armées d'Espagne et de Dalmatie absorbent tout«. (Napoléon au roi de Hollande, 18 février 1808.)
pour en acquitter le moulaiil. Ji'Empereur refuse le paiement en lettres foncières et par suite maintient sa flemande en ce qui concerne les domaines. Quant à la flotte russe, Alexandre n(* songe nullement à TalieurM-; c\»st même une injure env(»rs lui qu(^ d'en faire la supposition.
Stein s'empressa de faire connaître à Daru les ressources sur lesquelles il comptait pour payer les 5o millions. C'étaient : la vaisselle et les diamants du roi; Targenterie empruntée aux particuliers; les épargn(»s faites sur le revenu d(* TEtat; le crédit des négociants; des emprunts à faire à l'étranger; quel([ues créances du roi sur la Russie et la Hollande
Cette éiunnération était intéressante^ mais ne pouvait rassurer cojnj)létement Napoléon; les versc^inents eux-mêmes, eussent-ils été eftV^ctués. n'auraient point, cmi rlfiM , modifié les conditions politiques au milieu desquelles il a\ait posé le problème de Pévacuation.
On rntretenait cependant à Konigsberg et à Berlin de grandes espérances au sujet de la convention. Pouvait-on douter de la ratification impériale», puiscpie les plénipotentiaires de France et de Prusse étaient, au fond, entièrement d'accord?
Daru mit à profit ces dispositions optimistes pour obtenir de Stein une comp<*nsation à la pei-U» (pie la dépréciation du billon prussien faisait subir aux caisses françaises.
Une crise grave sévissait, en eff'et, au début de i8oS, sur cette monnaie; elle était la suite inévitable de quatre principaux iaits.
D'abord, la (piantité en circulation s'était beaucoup accrue depuis le commencement delà guerre. A l'ouverture des hostilités, le stock monétaire de la Prusse était approximativement :
En or, fie 8,700,000 francs.
En argent, de 5 1,800, 000
Kn hilion, de 96,900,000
Total en cijculalion 151,700,000
Stein à Daru, 7 avril i8o8»
LE PROJET 8TËIN.
Ce stock s'augmenta beaucoup sous la domination française, les ateliers monétaires ayant fonctionné avec une activité très grande, en vue de réaliser le gros bénéfice qui résultait de la différence entre la valeiu- monétaire du billon et le prix du métal. En février 1808, on évaluait los fabrications nouvelb^s aux sommrs suivantes :
Or 2,802,010 francs.
Argent 9,99/1,58/1
Biilon i/j,4i8,6i3
Total 2 6, 5 1 5,^^07
Mais il convient ici de tenir compte dr vr ((u'une très grande partie de Tor et de l'argent avait été envoyée à Tétranger pour acquitter le prix de marcbandises ri denrées importées en Prusse.
Une seconde cause de la dépréciation du billon l'ut (pi'en principe Tadminislralion de Tarniée le refusait ru pavmjcnt des contributions.
Une troisiéuK» fut que le roi de Westpbali»* axait déclaré tout récemment qu'il n'aurait plus cours, dans son royaume, que pour les deux tiers de sa valeur nominale.
Enfin, le roi de Prusse venait de lui enlever toute valeur légale, en défendant de le recevoir dans les caisses publiques de la Prusse non occupée.
A la lin de Tbiver 1807-1808, b» bilbui, grâce a ces diverses causes, perdit près de f\o p. 100 de sa valeur nominale. 11 en résulta, d'une part, une bausse des prix qui excita à Berlin des troubles que l'autorité militaire eut à calmer et, d'autre part, dans les caisses de la Grande Armée qui contenaient 7, /i4 2,000 francs en billon, un déficit, dont Daru s'inquiéta. Des conférences (Mirent lieu entre les autorités françaises et les autorités prussiennes (^t, a la fin d'avril, il fut entendu que la valeur monétaire du billon serait fixée aux deux tiers de sa valeur nominale. Cette décision , si elle apaisa un moment les esprits, n'empécba point le billon d(î
162 MISSION DU PRINCE GIjILLALME A PVJUS.
baisser encore et, en tout cas, ne contribua en rien à couvrir la perte ijue subissait la caisse de la Grande Armée.
Daru evaniina la ([uestion avec Stein et le décida assez vite à reconnaître et à réparer \r préjudice causé a la France. Supposant (|ue la valeur du billon (|ue contenaient encore les caisses de la Grande* Armée était réduite alors à environ 3 millions, Stein offrit une indemnité d un million , payable au moment de Tarrangement définitif (ti 5 avril i8o8). En conséquence, la dette delà Prusse, fixée à i5^,5o5,479 fr. i8, fut, a partir de cette date , majorée d'un million de francs.
Il est à présumer (jue si Stein céda aussi rapidement, c'est que le plénipotentiaire français venait de se monti er extrêmement ferme vis-a-vis de lui, à propos d'une démarche fort déplacé(» (jue le j>remier ministre avait faite auprès des autorités judiciaii*es do Berlin. Le 5 avril i8o8, Stein avait, en effet, envoyé au Président Kircbeisen une note désapprouvant la jurisprudence du tribunal de cette ville sur les litiges engagés contre les débiteurs qui se libéraient en billets du Trésor. Aussitôt que rintendant Général en eut pris connaissance, il rappela rn t<^rmes vifs à St(Mn les ()l)ligations de sa fonction : «Il ne s'agit nullement, portait la note de Daru, de savoir si le tribunal a bien ou mal jugé, si l'opinion qu'a manifestée M. le baron de St<Mn est plus ou moins conforme au v lois et favorable aux divers intérêts. Le soussigné veut seulement établir que le Ministre de Sa Majesté Prussienne envoyé à Berlin comme plénipotentiaire pour y traiter avec le plénipotentiaire de S. M. l'Empereur et Boi n'a pas pu , sans s'écarter des limites que lui prescrivait sa mission, écrire au Président d'un tribunal pour blâmer son jugement; que ce magistrat, que le Tribunal n'ont pu faire aucun usage de cette lettre et (|iie cet acte tendrait à établir dans les provinces non évacuées un conflit d'autorité dont le soussigné sera obligé de rendre compte à sa cour?^^*^. Stein, pris en
Daru ù Stein, ii avril i8o8.
LK PKOJET STKIN. 163
faute, répondit tout de suite à Daru ((u'il ne serait donné aucune suite à la Note adressée au tribuiifd de Bc^lin^*^.
Tandis (jue les deux piénipotenliaires, leur projet de eon\ention expédié à leurs gouvernrnu'iits respectifs,» sV)ccupai(Mit à Bei lin de régler diverses affaires adnilnistrativ<»s, telles (jue celle du hillon et celles de rinnnlxtion de Stein dans les affaires judiciaires, il se préparait à Pai is un (»ffort j^énéral des envoyésde Prusse et de Russie, soutenus par un message personnel d'Alexandre P"^ a Napoléon, pour faire acci^pter ce projt^t, préalablement allégé de ce qui aurait été trop onéreux à la Pruss(».
D'une part, en effet, le -2b mars, Romanzoff, ipii connaissait les conditions convenues entre Daru Stein par li^ Ministre russe, li^ comte de Slok(db(Mg, invite Tolstoy à fain» toul c<» ([u'il pourra pour en obtenir de meilleures (MU*ore, «ce (pii plairait beaucoup à S. M. l.v dit-il, ou tout au moins, pour parvenir à l'approbation pure et simple de la convention. Le courritM-, cbargé des instructions de Romanzoff, arrive à Paris le i5 a\ril; b? 23, Tolstov fait par>eiiir a Ciiampagny, alors à Rayonne a\ec TEmpereur, une Note très pressante en vue d obtenir I assentiment de Napoléon
Stein à Daru, 1-2 et 1/4 avril 1808.
''^ Voici le texte de celte note :
trLes représentations que les ordres de ma (Jour m'«mt lait renoiivelor si souvent auprès do Votre F]xcellence , attestent le vif désir de TEmperour, mon au^juste maître, de voir allé[jer ies maux qui accablent toujours la monarchie prussienne. Les liens qui unissaierit le Roi à S. M. I. ne se sont (jue resserrés encore davantaf^e par les malheurs qu'il a éprouvés. Elle n'a pu se défendre d^'un sentiment de peine en apprenant la teneur du projet de convention arrêtée le 7 (sic) mars entre M. l'Intendant général Daru el M. le baron Siein. Elle n u pu qu'y voir un dernier sacrifice arraché à la sensibilité de cet infortuné monarque par le besoin de soulager ses sujets et l'espoir de le soustraire immédiatement à un état de soullrances qui est à. son comble et dont le poids s'étend déjà sur le Roi et sur toute sa famille. Dans cette circonstance malheureuse, mon auguste souverain me prescrit d'en appeler de nouveau aux sentiments généreux de S. M. I. et R. Il verrait avec une vive satisfaction apporter quelques adoucissements aux stipulations onéreuses du projet précité- En elVet Toccupiition prolongée des Etats prussiens par les armées françaises, en
16/1 MISSION DU PRINCE (iMILLAUME À PARIS.
De son côté, \r prince Guillauiue rédige un Mémoire tendant an même résultai
(jette note cl ce mémoire sont destinés à Champagny.
Quant à Napoléon, c'est l'Empereur de Russie lui-même qui s'est chargé de l'amener a ses vues par une lettre autographe, arrivée à Paris en mêm(» temps (jue les instruction de Romanzoff à Tolstoy.
Le roi de Prusse comptait beaucoup sur la convergence de ces efforts: Toute mon attention et tous mes vœux, écrivait-il le 16 mai au prince Guillaume, se concentrent sur l'effet que produira peut-être sur l'esprit de l'Empereur. . . l'arrivée» pres(|ue coïncidiMite (h» >otn» mémoire à ce souverain , des derniers rapports du sieur Daru, des représentations du comte Tolstoy et surtout de la lettre autographe si pressante de l'Empereur de Russie, jointe à la position actuelle des affaires générales??.
Mais, en fait, tout cela n'aboutit à rien. Napoléon avait quitté Saint-Cloud le 2 avril et s'occupait activement à Rayonne de régler les affaires d'Espagne. D'autre part, les armées russes continuant d'occuper les provinces danubiennes, l'évacuation du territoire prussien par les armées françaises ne lui paraissait pas bien urgente. Enfin, il venait de se passera R(*rlin un incident sérieux cpji n(; pouvait incliner l'Empereur à la bi^Miveillance : le 8 mai,
achevant d'épuiseï* les t'ail»les moyens d'existence qui lui restaient, semblerait motiver de la part de S. M. 1. et H. une réduclion sur le montant des contributions arriérées et des termes de payement plus lonjjs et plus analo{jues à la situation désastreuse du pays. Cet acte de générosité attesterait à la fois la grandeur de son cœur et Tctendue de l'amitié qu'elle porte à mon auguste souverain. Si cependant des considérations <|ue S. M. I. ne saurait prévoir, devaient empêcher le développement des intentions magtianimes de son auguste allié, elle espère, au moins ^ qu'elle ne se refusera pas à faire signer et exécuter la convention du 7 mars. Sa Majesté prend trop de part aux calamités de la monarchie prussienne, pour ne pas mettre toute sa persévérance dans ses ellbrts en faveur d*un souverain dont elle ne saurait abandonner les intérêts,
A renvoi de ce mémoire, qui est daté du ao avril, (Champagny répondit par un simple accusé de réception.
LE PROJKT STEIN. 165
sur rinjoncfiôn Dnni, Sack était expulsé do Berlin et même rie la Prusse occupée.
Voici le fait (jui avait motivé cette mesurr extraordinaire Le mars 1808, Napoléon avait tait cloinier Tordre an maréchal Victor, gouverneur de Berlin, ainsi qu'à Soult , Davout i4 Mortier de préparer tout ro (jui était nécessaire pour cprau premier signal leurs corps campass(»nt par divisions, Victor transmit cet ordre à Tintendant général^*^ lui demandant de réunir sans délai la quantitc* de poutres et (\r planches pour et harratpier '10,000 hommes à côté d(» Berlin ri toutes h*s subsistances nécessaires à leur entretien. Cette concentration offrait de grands avantages au point de vue de la discipline et (h» rentraîmmient des troupes. Elle on présentait peut-être de plus précicMix encore au point de vue de leur approvisionnement, le(|uel était parfois si difficile dans les contré(*s pauvres, cpi'il était advenu que, (|uoi(pie le traité de Tilsit et la convention de Kônigsberg enssent stipulé que Tannée d'occupation vivrait aux dépens du pays, les intendants avaient (hi recourir aux magasins de Tarmée. Le maréchal Victor, à qui Ton ne pouvait reprocher de méconnaître Tappauvrissement de la Prusse, considérait la concentration, dont Napoléon avait seulement prescrit la préparation , comme si urgente qu'il insista auprès de lui pour (pTil en ordonnât l'exécution
L'intendant général fit les ré(piisitions nécessaires auprès des autorités locales; mais, chos(* inattendue, elles furent sans aucun résultat; partout on alléguait la détresse du pays; c'était, à la vérité, une raison valable; mais Daru sentait que la résistance générale oi absoUu» (pi'on lui opposait devait avoir une autre caust». 11 se demandait quell(* pouvait en être la nature, cjuand le baron Bignon, Administrateur général des Finances et des Domaines, eut connaissance d'une lettre, datée du 1/4 avril, que» Sack venait d'adress(»r à la (Chambre et au (lomité des Etats de la province de
Le A avril 1808.
*^ Le Maréchal Viclor au major fifénéral Berthior, 11 avril t8o8.
166 MISSION ])l PRINCE (il ILLAIJME À PAHIS.
Berlin, et diuis Ia<|iioHe ii interdisait à ces autorités, en termes nienarants, de concourir en ([uoi (jue ce fut a Texécution des réquisitions des Fraiu;ais. Voici la première partie du message : frLa (ionunission inuiiédiat(» ^'^ osi informée des démarches qu'ont faites la Chambre de la Marchi^ Electorale^, le Comité des Etats et le (Comité administratif pour détourner l'établissement d'un camp français. Un rapprochement rapide de c(* ([ui est nécessaire pour rétablissement d'un camp a>ec Tétat misérable dans lequel se trouve la province conduit à la conviction que Tidée est inexécutable, et toute autorité prussienne qui pourrait se résoudre à y donner les mains se chargerait de la plus terribif» responsabilité; car on poiuTait lui faire avec raison le reproche (pje ce serait elle qui aurait précipité la ruine totah» des sujets confiés ii ses soins, et quiaiu'ait irrité h» désespoir qui cou>e déjà çà et là en silence. Une pareille conviction doit porter tout homme de bien, tout fidèle serviteur de l'Etal, à la résolution d(* s'oppos(M* à rétablissement du camp, de laisser aller la chose, s'il est nécessaire, à l'extrémité et de sacrifier plutôt sa persoiuie et ses biens (jue de se décider lâchement à favoriser une telle opération, de se déshonorer par là, et d'attirer sur soi la malédiction des sujets, en même temps que la vengeance de son souverain. ^
(]et invraisemblable message était-il authentique? Etait - il possible (|u'un plénipotentiaire, chargé de veiller à l'exécution d'un acte diplomatique qui obligeait les fonctionnaires publics à faire entretenir une armée d'occupation , leur ordonnât de s'y opposer et leur enjoignît même, s'il était nécessaire, de sacrifier leurs biens et leurs vies plutôt que d'y contribuer?
On fit une enquête.
L'Intendant de la Moyenne Marche se rendit à la Chambre de la Guerre et des Domaines et demanda communication des lettres qu'elle avait reçues de la (Commission Sack au sujet de la formation
C'est la Commission des plénipotentiaires prussiens que présidait Sack.
PRO.IKT STKIN.
du camp. On lui donna lo dossi^T : il nVn contenait aucune. Interpellés successivement , les membres de la Chambre donnèrent leur parole d'honneur ou (pTils ne se souxMiaient d(» rien ou qu'ils n'avaient rien reçu à propos de cette affaire. Procès-v(»rbal fut dressé de leurs déclarations et signé : Président d(* Gerlach, Grothe, de Winterfeldt, de Wiesinger et Meyer^' .
Daru montra a Stein la copie de la l(*ttre de Sack. Stein la lut devant lui et fit montre d'une» telle surprise que Daru le crut incapable d'avoir approuvé Pacte de démences aucpiel s'était livré le président de» la Commission prussienne. Daru se trompait, ou plutôt était trompé par le premier ministre de Prusse. Celui-ci ne pouvait, en effet, désavouer sincèrement Sack : n'avait-il pas donné lui-même secrètem(Mit des instructions semblables à celles de Sack? N'est-ce pas lui (pii a signé un ordre au Président de la Chambre de Breslau dont la substance tient tout(» entière dans cette phrase : Les ré(piisitions des Français, lesquellps ne (hirent point être exécutées^ finiront bi<Mi par céder devant une ténacité réfléchie ?•» Mais Daru ne connaissait pas toutes les manœuvres de Stein pendant son séjour à Berlin aussi, quand celui-ci lui dit qu'il avait fait à Sack les reproches les plus vifs, le plénipotentiaire français ajouta-t-il foi sans hésiter à cette invraisemblable affu^mation.
Sur l'invitation de Stein, Sack alla trouver Fintendant général pour e\pliqu(M* sa conduite : ^ \[. Sack, raconta Daru, vint avec un
Procès-verbal du 'i mai 1808.
V Forderungen , die nicht zu erfûllen sind , nèùsuen einer nherlegten Standhaf* hgkeit doch endiich weichen.n (cité par Max Lehmann , Freiherr vom Stein, tome 11 page 2 5^4.)
^•^^ Au début de son séjour à Berlin, mais après la conclusion du projet de convention, Stein avait écrit à la reine de Prusse (10 mars 1808) : rr J'espère que mon séjour ici aura convaincu les personnes avec qui j'ai eu à négocier que la duplicité n'est pas dans mon caractère et que je concentre tout mon zèle, pour linir cette affaire et pour fonder des rapports durables avec la France. r> Quelle est l'interprétation exacte de cette phrase naïve ou cynique ?
MISSION m PRINCE Cl ILLAUME A PARIS.
<»vtrême embcirras; il \oïilut d abord me Hin» (ju'ii iir se souvenait pas d'avoir écrit cette leltre; ensuite, il en mit les expressions déplacées sur le compte du traducteur; et enfin, il é(MMvit une justification, dont j'ai l'honneur d\»nvoyer une copie à V. M . Je lui déclarai que je ne pouvais plus voir en lui un plénipotentiaire du Hoi, (jue sa conduite m'autorisait peut-être à le faire arrêter; mais (|ue j'exigeais qu'il (juittât h' territoire occupé parles armées de V. MJ^Kv
Sack partit immédiatement ( 8 mai 1808)^^^.
Les explications écrites de Sack ( U mai 1808) sont si caractéristiques que je crois devoir en douner le texte intégrai :
îtS. K. M. Daru, Intendant général et plénipotentiaire de S. M. I. et 1^. m'a>ant demandé une explication sur une lettre écrite le 1^1 avril par moi à la Chambre électorale de Berlin, sur Taflaire du campement des troupes françaises , je dois observer que dans ce temps-ià , il m'était tout à fait inconnu qu'il était sur Tordre de S. M. TEmpereur que ce campement devait avoir lieu. Ni S. K. M. le maréchal Victor, ni S. K. M. Daru n'avaient fait une ouverture pour cela.
-I^ bruit courait seulement qu'on était d'intention d<» rassembler toutes les troupes françaises dans ie voisinage d«' Berlin; et comme il est très certain que le pays n'était pas eu état de fournir les choses nécessaires sans une ruine totale, je croyais alors devoir fixer l'attention de la Chambre sur une affaire aussi impor> tante . J'avais principalement en vue la considération (jue le manque de fournitures en nature engagerait le comité des États de la province pour faire des contrats avec des fournisseurs sur le crédit des banquiers; mais comme celles-ci étaient déjà au terme de leurs forces, j'ai eu la crainte ^ue ces banquiers pouvaient culbuter et qu'alors aussi les promesses ne pouvaient être réalisées cju'ils ont pris sur eux pour acquitter les sommes dues encore à S. M. l'Empereur et Boi.
crj'ai donc fait premièrement le 16 avril à M. Daru une représentation verbale, et comme S. E. a pris des autres mesures qui ne regardaient pas directement le comité des États et les banquiers, je ne m'ai («te) pas mêlé de cette affaire. Avant cette entrevue avec S. E. M. Daru, je ne connais ni l'intention qu'on avait eue du campement, ni les mesures pour l'exécuter. Si j'ai donc parlé contre cette entreprise, je l'ai fait en termes généraux et sans être assez instruit. En tous cas, je ne puis croire que les expressions sont conçues ainsi qu'on les a pris dans la traduction exhibée; car personne plus (jue moi a eu au premier commencement plus au cœur une harmonie entière entre les autorités françaises et celles du pays.» Daru à Napoléon, 8 mai 1808.
Lorsque l'évacuation de la Prusse fut sur le point d'être réalisée en vertu de la convention du 8 septembre 1808, Sack revint à Berlin. Le maréchal Davout, avant
Je ne sais ce (jue Napoléon pensa de l'incident; il n'en dit rien à Daru. Le *j i mai. il adressa bien deux lettres à l'Intendant général : dans l'une, il lui donnait des instructiolis sur certaines affaires du Duché de Varso\ie; dans l'autre, il lui reprochait d'avoir lait camper les corps d'armer cns(*nd)l<*, au lieu dr les avoir fait camper par divisions, etc.; mais dans aucune, il ne fit allusion à 1 affaire Sack. On peut cependant conjecturer aisément ses sentiments d'après l'avertissement menaçant (pu* Champagn\ adressa à Brockhausen et où il disait : ^ Des provocations semblables à celles qui viennent d'avoir lieu dans un pays encore occupé par les troupes françaises pourraient porter les choses au point que S. M. 1.^ justement offensée, regarderait b' traité d<* Tilsit comme rompu. De quelle n*sponsabilité s(^ trouveraient alors chargés ceux qui auraient appelé de nouveau sur leur pays la guerre et tous les maux qui en sont la suite Le Ministre
de Prusse répondit suivant son habitude par dr»s protestations de loyauté et de dévouement Quant au prince Guillaume, lorsqu'il eut connaissance des faits, il écrivit à Napoléon une lettre dans laqu<dle il se contenta de dire la «douleur profonde qu'il avait ressentie du mécontentement que des représentations inconsidérées» avaient causé aux administrateurs français en Prusse
de quitter ia viile, «rlit venir chez lui Tune après l'autre toutes les personnes à qui il crut devoir des marques de son mécontentement. Militaires, ministres, employés, gens de lettres , ecclésiastiques , tout comparut devant son rigoureux tribunal. Après avoir, de sa propre autorité, mis aux arrêts M. Sack. il le lit appeler et lui dit sans détour que, comme probablement la cour de Berlin ferait des sottises, les Français reviendraient ici dans six mois et qu'alors, s'ils le trouvaient encore à Berlin, ils le feraient pendre, car il ne valait pas la peine d'être fusillé. . . 11 est à croire qu'il y a de l'exagération dans ce récit, que je trouve dans une lettre au comte Stadion adressée par l'Ambassadeur d'Autriche près la Gourde Prusse le i3 décembre i8o8. (Alfred Stern, Abhandlungen und Aktenstûcke zur Geschichie der preuêsischen Refm^mzeit, iSoj-iSîô, Leipzig, i885, page
Champagny à Brockhausen, a 2 mai 1808.
Brockhausen à Champagny, 3i mai 1808.
Le prince Guillaume à Napoléon, 10 juin 1808. Le prince profita de la circonstance pour solliciter discrètement une audience de l'Empereur : crQue ne puis-
170 MISS[0\ DU PUlfVCK Gl ILLAl ME \ PARIS.
A Kônigsherg, la lettre de Champagny à Brockliausen fit de IVffet, surtout la menace quVHe ( ontenait de la rupture de la paix; l'émotion fut d'autant plus (pu» Brockhausen v<»nait
d'avertir sa cour cpie le bruit rourait à Paris (pie le Duché de Varsovie^ et le Royaunie d(* W(»stphalie allaient être agrandis au détriment du territoire de la Prusse. Mais si l'on fut ému des conséquences de la faute de Sack, on ne songea pas à en punir Tauteur. Frédéric-Guillaume, manifestement sous l'inlluence de Stein et trompé par lui, la jugea ainsi : II nv paraît évident que les clameurs contre Sack et Rou\^*^ sont des prétextes pour montrer de l'humeur, et (ju'on nous cherche qu(*relle à tout propos, pour différer ou éluder notre arrangc^ment ». L'opinion du roi sur la conduite de Sack étant telle, il ne faut point être surpris si celuici, revenu à Konigsherg, fut pres([U(* tout de suite chargé des fonctions de secrétaire du Cabinc^t du roi , en remplacement de Beyme, ni si, quand, ([uelques semaines plus tard, Frédéric-Guillaume III créa des conseillers d'Etat, il fut un des trois premiers qui furent choisis pour recevoir ce grand honneur
je, dit-il à la fin de sa lettre, être l'interprète de ces sentiments auprès de son \uguste personne, détruire Je dernier germe de méfiance qui éloigne l'époque du bonheur de ma patrie. t» A Rayonne, on fit la sourde oreille.
Roux élait un attaché à la légation de Prusse â Paris, que Najwléon venait de faire renvoyer. Sa correspondance avait été étroitement surveillée et ce qu"*on y avait lu avait beaucoup déplu à TEmpereur.
Sack fut remplacé à la présidence de la Commission prussienne par le Ministre d'État comte de Voss qui d»'vait apporter, dans ses relations avec les autorités françaises, singulièrement plus de mesure et de tact que son prédécesseur: dans certains milieux prussiens, on craignit peut-être qu'il fut faible vis-à-vis d'elles; car, dans son journal, Hardenberg, notant la nomination de Voss (laquelle avait pourtant été conseillée par Stein), la désapprouve formellement.
Voss fut nommé par un ordre du cabinet en date du 16 mai 1808. 11 communiqua ses pouvoirs à Daru le 3o suivant.