LA CONVENTION DE PARIS ET LA REVISION DERFURT
(8 septembre et octobre 1808.)
(5 novembre 1808.)
r Notre cause est encore juste devant Dieu et dcNant le monde; ie cœur de i'Ktat prussien est pur, son honneur intact. La rupture d'un traité conclu avec la pensée de le rompre serait une tache sur nos ailles q\ie rien ne saurait eiïacer et empoisonnerait sans retour les sources ra<^mt^*s de notre aclivité.-n
(Scharnhorst, GneisoDau, Schon, olc, k Stoin, lU oct. 1808.)
Slein, ias d'attendre à Berlin le règlement des afliiires de Prusse, eVst-à-dire radhésion de Napoléon à son projet, était retourné à Kônigsberg : sa position personnelle était devenue assez délicate dans Tancienne capitale de la monarchie, et le roi désirait sa présence dans la nouvelle d'ailleurs, si le sort de la Prusse devait être décidé prochainement quelque part, ce n'était certes plus à Berlin.
A la vérité, à cette date, c'est-à-dire en juin 1808, la Prusse ne peut plus guère compter que sur un hasard heureux pour la délivrer de l'occupation étrangère. Sack, en effet, n'a pu convenir de rien avec Daru, sinon du chiffre de la dette; Stein s'est h peu
Frédéric-GuiHaumo à Sleîn, i5 mai 1808.
près arrangé avoc lui, mais on i\v sait si leur quasi accord sera jamais ratifié par rEmp<»rour; 1rs soiiicitalions du princo Guillaume auprès do Napoléon dr Cliampagny n'ont abouti a rien; 1(* zèle excessif r! indiscret du comte Tolsto\ a <mi , à Paris, un effet médiocre t»t plutôt opposé à celui (pfil chcMchait trop passionnément; rEmp<*n»ur de Russir agit ])i(»n en fav<*ur de la Prusse, mais avec mollesse et circonspection, et par suite, sans efficacité.
Le hasard heureux , dont la Prusse attendait sa libération , ç'avait été longtemps une nou>rl|e guerre entre la France et TAutriche, unr trllr lutte* devant, rn rlTrt . contraindre Napoléon à retirer ses troupes du territoire prussien. A ^lemel, puis a Konigsberg, on nourrit longtemps cettt» espérance» (pravivaient à la fois certains bruits (jui circulaient avec persistance» à Paris et les grands préparatifs militaires que* faisait TAutriche. Au milieu de* Tannée» 1808, à la cour de Prusse, on ne* doute plus que* les hostilités ne soient prochaines : on se demande seule*me»nt si , epiand elles seront ouvertes, il sera préférable de garder la ne»utralité entre TAutriche et la France». e)u de s'allie»r à la première eontre la seconde. Prudent, toujours hésitant, le» roi voulait continuer sa politicpie* habituelle, qui consistait à apaiser, amadouer Napoléon, qu'il redoutait, — e»t a temporiser. Au contraire, Stein et le parti militaire que représentaie*nt Scharnhorst , Gneisenau , Grolemann, etc., étaient partisans résolus d'une guerre conc(»rtée* ave*c r Au triche contre Napoléon.
C'était, dans ce parti, une attitude nouvelle. Jusqu'à la fin du printemps 1808, il avait, e*n effet, partagé les sentiments du roi et cru qu'il fallait avant tout s'arranger tant mal que bien avec Napoléon pour mettre fin à l'occupation; le territoire libéré, on aurait vu ensuite quelle conduite* tenir. Mais, tout à coup, par ses succès en juin et surtout en juille*t, rinsurre*ction espagnole apprend à ce parti comme»nl on peut briser la puissance nulitaire de* Napoléon. Ce* fut un trait elr lumière*. 11 ne» songe» plus qu'à
persuader le roi (|u'il iaul organiser en Prusse, et même en Allemagne, un soulèvement populaire contre TEmpereur, tandis (jue l'armée régulière coo|)érera avec les forces de TAutriche et de l'Angleterre .
Cette tactique est exposée* tout au long, avec une n(»ttt»té et une franchise étonnantes, dans deux documents souvent cités : un mémoire de Scharniiorst à Stein du 8 août 1808 et un mémoire adressé par Stein au roi \r 1 1 août. Le général et le ministre estiment tous deux (jue, poui* s(» préparer à faire la guerre à la France avec des forces régulières et des moyens insurrectionnels, il faut d'abord endormir ses soupçons, et pour y parvenir, le mi»illeur moyen est de s'allier avec <*lle, en l\ii promettant un corps d'armée, ([ui bien entendu au cours des hostilités, trahira à un signal convenu. Pertz, dans son ouvrage sur Stein, a inséré en entier le mémoire du 1 i août et le professeur anglais Seeley en a cité de longs extraits dans le sien^*^. Je ne donnerai ici que trois lignes où cette trahison est prévue et formellement recommandée à l'approbation du roi; Seeley, très hostile à Napoléon et à la F'rance, ne les a pas reproduites, et probablement n'a pas osé les reproduire. Parlant des conditions de l'alliance avec la France, Stein écrit : «On (lui) donne aussi un corps d'armée, mais (|ue l'on peut c(»pendant diriger de telle manière qu'à un moment donné il se réunisse à l'Autriche, et opère contre l'ennemi commun v Stein avait conscience de l'immoralité de sa proposition et essayait de la justifier : et Serait-il permis a l'Empereur Napoléon seul, disait-il un jour, de mettre le bon plaisir à la [)lace du droit, le mensonge à la place de la vérité ?^^^?^
Frédéric-Guillaume ne suivit point tous les conseils de Stein et
J. U. Seeh^y, Lije and times oj Stein, part. IV, chap. l.
^ Lberlâssl man auch ein Truppen-Corps ^ so kann nian e» dock sn einfeitenj dass es ztir beslimmten Zeit mit Oestein'eich ëich vereinige, und gegen den allgemeinen Fetnd wûrke.n G. H. Pertz, Da» Leben des Minialers Freiherrn vorn Stein,
Max Lehmann, Freiherr vont Stein, tome II, page 556.
de ses amis. Suivant son liabitiide, il ateniioya. Cependant, le 1 août, sachant, d'une part, (pie Napoléon rencontrait en Espagne des difficultés niilitain^s graves (quoique ignorant encore la capitulation de Baylen)^*^, constatant, d'autre part, que de tout ce qui avait été proposé et discuté au sujet de Tévacuation et des contributions, ricMi n'était décidé, Frédéric-Guillaume envoya à Paris a son frère un ensemble de propositions définitives à soumettre à rEnq)ereur La base en était une alliance offensive et défensive avec ta France, la Prusse devant fournir un corps auxiliaire de troupes de 0,000 hommes; la France évacuerait \r territoire prussien inunédiatement , en totalité ou on grande partie; l'Empereur abandonnerait sa créance de contributions, ou tout au moins accorderait de longs délais pour la portion des contributions dont il ui' ferait pas remise; l'article q5 du traité de ïilsit relatif aux créances dans le duché de Varsovie, serait exécuté suivant l'interprétation (pie la Prusse lui avait toujours donnée.
Le prince Guillaume n'çut les instructions do son frère le ti8 août. Il no pnt en faire usage : des événements graves venaient de les rendre sans objet.
La capitulation du général Dupont à Baylen est du î^a juillet; la nouvelle olïicielle n\m arriva à Berlin que le 36 août.
^"^^ En faisant cette démarcht», écrivait le roi, j'ai un triple but : «rd'abord, d'amener une décision de notre sort, car si même l'Empereur refusait encore de s'expliquer et s'enveloppait dans le silence et dans des n'ponses vagues et dilatoires, nous n'en saurons pas moins à quoi nous en tenir. Dès ce moment il ne reste qu'à renoncer à toute espérance d'un arrangement prochain et à en prendre son parti. En second lieu, j'ai voulu saisir le moment actu(»l , peut-être plus favorable qu'aucun des précédents, pour arriver, s'il se peut, à un arrangement et pouvoir du moins me rendre à moi-môme et envers la nation le témoignage de ne l'avoir pas négligé. Enfin je veux m'en servir pour me justifier envers la Russie , qui n'a ccîssé de conseiller la plus étroite union avec la France, et pour la convaincre dans tous les cas qu'il ne me reste plus rien à faire. De plus, il m'a paru essentiel de hâter la démarche, parce qu'il se peut véritablement que l'état critique des affaires d'Espagne et les plans contre l'Autriche disposent l'Empereur k se rapprocher sérieusement de nous 75.
Après inoir passé près de (juatre mois à Bayomic, eonsarrés à régler les desllnées de rEs[)agii(», Napoléon \enait de décider son retour à. Paris. H avait obtenu de Charles IV et dr» Ferdinand leur renonciation au trône cfFlspagne, et, tandis (jue , de tous côtés, dans la péninsule, la population se soulevait contre les Français, il avait par décret, nommé roi d'Espagne et des Indes son frère Joseph et organisé une parodie de Coitès qui, convoquées à Bayoïuie , y avaient éhiboré une nouvelle Constitution du rovaum(\
li'Euqjrreur arriv<» a Pau le juillet; de là, il gagne Tarbes, Auch, puis Toulouse, AgcMi. C'est à Bordeaux (pi'il apprend le désastre de Baylen. Son imagination, partout pi*ésent<», en voit tout de suite les consé(|uences en Europe : Des événemcnits d'une telle natun^ exigent ma présence à Paris, écrit-il à Joseph, L'Allemagne, la Pologne, l'Italie, etc., tout se lie^^^,?? et il donne au i*' (»t au 6^ corps et à deux divisions de dragons de la Grande Armée Tordre de se concentrer sur Mayence, d'oii ils seront dirigés sur Bayonne. C'est le commencement de l'évacuation de la Prusse. H signale «j Clarke Turgence de ces mouvements : Je vois plus de rapidité dans l'évacuation (de la Prusse) que je ne l'aurais cru^-^.?? Le lendemain, il insiste» encore auprès de l'InfcMidant général, sur la célérité qu'il est nécessaire de déployer : rt S'il est possible, écrit-il à Daru, ([ue toute mon infanterie marche en poste, de manière a faire trois journées d'étapes dans un jour (il faudrait payer tout comptant); cela me ferait grand plaisir, car j'ai grand besoin de mes troupes. — La cavalerie et l'artillerie pourraient avoir quelques séjours de moins et brûler (pielques étapes. Concertezvous avec le Maréchal Victor pour tout cela. Pour faire le moins de sensation possible à Berlin, on pourrait faire le premier rassemblement pour aller en poste, à deux ou trois jours de cette
Napoléon à J oseph- Napoléon , roi d'Kspagne, o août 1808 (Correspondance de Napoléon, n° i^i,îi43).
Napoléon à Giarko, 5 août 1808.
ville ^'^.-^^ En même temps, il donne l'ordre de concentrer à Perpignan, rrpour pousser vigoureusement la guerre d'Espagne^, une division de troupes italiennes et une division de troupes françaises séjournant en Italie Cha(jue jour , se suivent des ordres semblables.
Si Napoléon retire des troupes de Prusse et d'Italie, s'il appelle celles des princes de la (Confédération du Rhin pour les envoyer en Espagne, il continue de prendre en même temps des précautions contre TAutriclie. H a lui-même parfaitement décrit sa position et révélé ses intentions dans une lettre du â3 août qu'il adressa à Davout, commandant alors l'armée de Pologne et de Silésie : rr L'Autriche armi», dit-il, mais elle arme par peur; nos relations sont au mieux avec cette puissance; mais enfin elle arme, et j'ai commencé par lui demander des explications assez vives Je suis sûr de la Russie, ce qui nTempêche de rien craindre de TAutriche; cependant, il faut se tenir en règle et avoir les yeux ouverts. Mon intention <»st d'évacuer la Prusse et d'exécuter le traité de Tilsit. Je crois que la convention en s<»ra signée» dfMTiain ou après et, avant le mois d'octobre, je vais rapprocher mes troupes du Rhin. Je garderai Stettin , kùstrin et Glogau jusc[u'à ce que tout soit entièrem(»nt li(juidé. Des régiments d(» march<» s<* mettent aussi en mouvement pour renforcer le corps du maréchal Soult. Toutes les troupes de la Confédération sont sous les armes, et, au moindre signal de préparatifs menaçants que ferait rAutriche , elles seraient en marche -^^ r>
I/évacuation de la Prusse étant connnencée et devant être continuées, il n'y avait plus qu'à traiter.
Napoléon à Daru, 0 août 1808.
Napoléon à Eu^jène Napoléon, vice-roi d'Italie, lu août 1808.
Allusion au long entretien de Napoléon avec Metternich , le i5 août 1808, Taudience du corps diplomatique et à la lettre» adressée le 16 par Champagny à TAmbassadeur français à Vienne, le général Andréossy.
Elle le fut le 8 septembre, mais les conditions en furent arrêtées déûnitive ment le a 5 août.
Napoléon à Davout, !î3 août 1808.
Tandis (|ue l'Empereur, poursuivant son voyage de retour, s'arrête à Rochefort, à Nantes, Ghanipagny rentre tout droit à Paris. Aussitôt arrivé, il reprend les pourparI(M*s aver Brorkhausr^n (8 août). Il lui dit, d'abord, ([u'on ne s'occup(M'a de Talliance politique entn» la France et la Prussi^ que quand l'entente sera faite sur les autres points; puis, prenant pour bas(* de discussion la convention Stein, il lui déclare (pie l'Empereur est décidé à y apporter trois modifications importantes : i"* il n'admet pas que les impôts et revenus levés en Prusse par ses intendants depuis le 1*"*^ octobre 1807, c'est-à-dire dont il a décidé la confiscation, viennent (»n déduction de la dette prussienne; q"" il estime que les eftectifs prévus pour occuper Stettin, Kiistrin et Glogau sont trop faibles (le projet Stein indif[ue seul<Mnent 9,000 hommes); o"* il entend que l'armée prussienne ne dépasse pas '^5,ooo honmu»s.
Ces conditions étaient assez dures et le plénipotentiaire prussien dut les appnMidre avec peine. Cependant, rimiuense joie (pTil éprouvait de voir ses ennemis à terre, ou tout au moins devenus presque solliciteurs, semble avoir dominé en lui tout autre sentiment. On peut en juger par la description saisissante qu'il fil de l'attitude de Champagny durant ces derniers pourparlers : C'est à cette tournure presque désespérée (des événements d'Espagne) que nous devons ce changement surprenant dans le langage du sieur de Champagny et cet empressement de finir avec la Prusse* au plus vite. Quelle différence dans le ton, les manières et les intentions ! Il me pressait, il m'engageait à lui fournir au plus vite mes observations pour les porter tout de suite à la connaissance de l'Empereur. J'avais besoin de toute ma dissimulation diplomatic[ue pour ne pas montrer trop de sérénité et pour cacher le trop vif empressement de terminer h tout prix^^^.
On se souvient que la Convention Stein n'avait pas prévu le payement en domaines et que cette omission avait été une des
Brockhausen au Roi, 11 août 1808.
raisons pour lesquelles Napoléon l'avait rejetée. Maintenant TEnipereur paraissait n'y plus songer, et si Ghanipagny en parla, ce fut pour y renoncer. Ainsi, ce mode de libération, (jui avait été si longtemps et si âprement discuté Tannée précédente entre les plénipotentiaires de France et de Prusse, était abandonné comme un outil bors d'usage. Personne n'en dira plus rien, si ce n'est, qui l'eût imaginé? le roi de Prusse lui-même. Vers la fin de l'année suivante, en effet, en faisant part à Napoléon des difficultés qu'il éprouvait à trouver de l'argent, Frédéric-Guillaume écrira que, faute de numéraire en Prusse, la vente des domaines royaux n'a produit que bien peu de chose, «ce qui, dit le roi à l'Empereur, m'a souvent fait regretter, Sire, de ne pas avoir accepté, dans le temps, la proposition que me fit votre Intendant général Daru de lui céder une partie de ces biens à titre de payement Mais ce n'est là que l'expression d'un regret. En août 1811, Frédéric- Guillaume enverra à Paris une sorte d'agent financier, chargé d'acquitter le reste de sa dette envers la France et, parmi les modes de payement qu'il lui indiquera, il y aura la vente de biens domaniaux
Quoi qu'il en soit, Brockhausen adressa sans délai, dans une note à Champagny, ses observations sui* les aggravations de charges que l'Empereur voulait introduire dans la convention. Son argumentation est d'ailleurs assez friible. — Tout d'abord , au sujet de la confiscation des revenus, il rappelle que Napoléon ne l'a décrétée cju'à cause de la lenteur des négociations entre Sack et Daru et en vue de les accélérer; or les atermoiements n'étaient point imputables à la Prusse, dit-il; car, rtnous ne voulions promettre que ce qu'il était humainement possible de remplir ?n Puis le plénipotentiaire prussien fait allusion à la lenteur mise par Napoléon à approuver la convention Stein qui pouvait être signée en avril; or est bien prouvé, écrit-il, que les derniers quatre mois ont
Frédéric-Guillaume à Napoléon, 18 octobre i8oy. Voir pages 399 et 3oo.
coule à la Prusse un capital de 60 millions de livres; et pourtant rien de plus clair que nous sommes innocents de ce nonvc^au retard — Quant aux garnisons des trois forteresses, estime Brockliausen, 9,000 hommes sullisent, si L'on envisage Toccupation comme une sûreté de payement; mais si Ton prétend que ces garnisons doivent être assez fortes pour se défendre elles-mêmes au milieu de la Prusse, cette exigence est vraiement bien superflue; car n'est-ce pas la puissance même de la France qui les protège? — Enfin, Brockliausen fait observer que la limitation des effectifs de Tannée prussienne à 3 5, 000 hommes est mie précaution inutile : «Le gage de nos intentions futures, dit-il, est, en partie, dans notre excessive impuissance et dans cet épuisement qui fera saigner encore longtemps les plaies de la Prusse. . . Il existe encore un autre gage de nos intentions à Tégard de l'Empire français et de ses alliés; c'est la détermination bien ferme du Roi de ne s'écarter en rien d'un système agréable et utile à l'Empereur « Pendant que Brockliausen rédigeait cette note insignifiante, le prince Guillaume s'en allait causer avec Cliampagny des déclarations que celui-ci avait faites i'avant-veille au ministre de Prusse. Ghampagny lui fit un accueil particulièrement gracieux. Le prince avait beaucoup tenu à protester contre la limitation des effectifs à •j 5,000 hommes et à rappeler qu'en janvier l'Empereur avait parlé de les fixer à /i 0,000 hommes. Voici en quels termes le prince a raconté comment Ghampagny lui donna satisfaction : ce Je demandai à combien l'Empereur désirait donc que notre état militaire fût fixé? — A 3 0,000 hommes, me répondit-il; mais lorsque je lui observai que, dans une de mes audi^mces, S. IVL L avait déjà admis le nombre de /i 0,000 hommes de troup(*s réglées il ajouta en se
Note de Brockhausen à Ghampagny, to août 1808.
Le prince remit à Champajjny une Note analogue à relie de Brockliausen ; cette note est datée du 1^1 août. Le prince, qui, depuis plusieurs mois, ne s'entendait guère avec Brockliausen, se plaignit beaucoup d'avoir été devancé de quelques jours par son subordonné.
^"-^ Cf. Audience du 93 février 1808. Voir page 139.
reprenant : ttOn bien /io,ooo hommes» et prononça ces mots du ton d'un homme qui cède sur un point de contestation qui lui semble d'une médiocre importance »
Tolstoy, mis au courant par Brockhausen de cette reprise précipitée des négociations, s'en fut trouver Ghampagny (16 août)*et, sur un ton assez haut, lui demanda et des réponses bien claires et bien précises >? mettant fin à l'incertitude où l'on était depuis trop longtemps sur les affaires de Prusse. Le ministre répondit un peu vaguement que le règlement définitif en était proche. Mais l'ambassadeur russe, ayant insisté trop lourdement, Ghampagny lui répliqua que c'était avec la Prusse qu'il avait à traiter l'affaire dans ses détails, et non avec la Russie. Tolstoy reprit : Gomment! vous prétendez ne pas traiter avec moi des intérêts de la Prusse! Avez-vous donc oublié qu'ils constituent une des bases du traité de Tilsit? Me dire que je n'ai plus le droit de m'en occuper, c'est annuler le traité, comme si l'état de paix devait cesser entre nous^^^!??. Les deux interlocuteurs étaient calmés avant la fin de l'entretien, lequel fut remarquable moins par les paroles qui y furent dites que par le silence qu'observa Ghampagny sur l'occupation des principautés danubiennes. G'était, en effet, la première fois que le Ministre des relations extérieures traitait de l'évacuation de la Prusse sans la faire dépendre de celle de la Moldavie et de la Valachie.
Napoléon rentre à Saint-Gloud le ik août.
Le 1^, après-midi, au cours d'une conférence avec le prince et Brockhausen, Giiampagny leur conuxiunique le texte qui exprime les volontés de l'Empereur. Napoléon entend recevoir de la Prusse 1 54,600,000 francs, n'admettant sur ce chiffre aucune déduction d'aucune sorte, ni payements en nature, ni même les payements en argent effectués depuis le 1 juillet 1807. Il semble qu'à ses yeux la somme qu'il réclame maintenant est une contribution nou-
Le Piince Guillaume au Roi, 11 août 1808.
Tolstoy à Romanzoff, 18 août 1808.
velle se rattachant a la fois aux contributions ordinaires et extraordinaires levées pendant la dernière guerre et aux avantages politiques stipulés au profit de la Prusse dans le texte impérial; en d'autres termes, les i54,5oo,ooo francs paraissent comprendre, d'une part, le solde des contributions encore dues en août 1808 et, d'autre part, la valeur pécuniaire de la convention politique projetée. — Les créances prussiennes dans le duché de Varsovie restent définitivement cédées à l'Empereur, qui, on Ta vu, les avait rétrocédées au roi de Saxe , en tant que duc de Varsovie. — L'armée prussienne ne devait pas dépasser 4 9,000 hommes. — Suivaient d'autres stipulations relatives à l'alliance franco-prussienne contre l'Autriche, a l'évacuation, etc.
Quand les plénipotentiaires prussiens eurent entendu ces conditions, ils se récrièrent sur le poids des charges qu'on imposait a leur pays. Sans doute, en ce qui concerne le montant de la contribution au 19 juillet 1807, ils ne contestaient point le chiffre de i5/i,5oo,ooo francs accepté irrévocablement depuis le 18 octobre suivant, mais ils ne pouvaient comprendre que Napoléon ne déduisît point de cette somme les acomptes que depuis lors la Prusse avait versés dans la caisse de la Grande Armée, — d'autant moins que, dans le projet de convention élaboré par Daru le 9 3 octobre 1807, dans le projet élaboré par Stein le g mars 1808 et approuvé presque sans réserve par le plénipotentiaire français, il était stipulé que l'on défalquerait de la dette les versements partiels opérés. Et cela, d'ailleurs, était entièrement conforme à la Convention de Kônigsberg. L'affaire était importante, car ces acomptes égalaient à peu près le tiers de la dette prussienne, laquelle à l'époque s'établissait de h\ manière suivante :
Dette au 12 juillet 1807 i54, 605,479 18
Indemnité pour la perte sur le hillon ^^K 1,000,000 00
Total i55, 506,479 18
Situation établie par Daru le 3 septembre 1808. Voir pages iGo-iGa, l'origine de cette indemnité.
Payements effectués par la Prusse :
1** Acomptes versés sui- les contributions extraordinaires 88,58/1,270 /io
9^ Impositions et produits perçus par les autorités françaises du i3 juillet au 3o septembre 1807, et imputés
au compte des contributions arriéré. 9,^115,094 77 Total à déduire /i 7,999,865 17
Ainsi, incontestablement, d'après la Convention do Kônigsberg, strictoment applicpiée, environ 107,800,000 francs seulement restaient dus par la Prusse r\ non i56,5oo,ooo francs que récbnnait Napoléon.
D'autre part, les plénipotentiaires de Prusse demandaient, non seulement (jue l'on tînt compte de toutes les réquisitions régulières oii non fait(»s par l'armée française s'élevant, prétendaient-ils, à 35 millions environ, mais encore que les revenus et produits confisqués par l'Empereur, à titre de pénalité, depuis le i^*" octobre 1807, fussent admis en déduction de l'arriéré; or le montant de ces revenus et produits atteignait près de ao millions (19,27/1,790 francs).
Enfin, ils protestèrent contre rarticle à du projet impérial, qui sanctionnait définitivement la cession à la France des créances prussiennes dans le duché de Varsovie.
Tels sont les points principaux au sujet desquels le prince Guillaume et Brockhausen élevèrent séance tenante les protestations les plus vives.
Il convient d'ajouter qu'ils firent aussi des représentations au sujet de Tétat de la future armée prussienne dont Teffectif ne pouvait dépasser 4 9,000 hommes pendant dix ans et qui ne devait comporter aucune milice durant la même période. Brockhausen demanda notamment que le roi eût le droit ^ d'entretenir indépendamment de ces /i 2,000 hommes un corps de 20,000 hommes
(le milices, maréchaussée et gendarmerie, pour la garde des côtes et le maintien de la police dans l'intérieur du pays^'^??. Les envoyés de Prusse demandèrent encore ([ue le délai accordé au Roi pour fournir un corps auxiliaire fût prolongé.
Champagny écouta, parut à ses interlocuteurs parfois ébranlé par leurs objections mais ne promit aucun changement au texte arrêté par TEmpereur.
Le lendemain (a G août), le prince réunit Brockhausen, Humboldt et Le Coq pour préparer des contre-propositions. Les ayant soumises à Champagny, les plénipotentiaires prussiens crurent que le ministre de l'Empereur les agréait et ils se reprirent à espérer.
Mais, le 93 , Brockhausen sortant de chez Champagny apporte la nouvelle que l'Empereur, non seulement rejette presque tous les changements demandés, mais n'admet même aucune déduction sur les 1 54,5 00,000 francs. Le prince, ému, est sur le point de notifier son refus d'accepter le payement d'une si grosse somme, quand il reçoit, le 28, un l)illet dans lequel Champagny l'informe qu'il a causé avec l'Empereur et qu'il est autorisé à accepter quelques modifications à la convention. Le prince se rend tout de suite chez le Ministre avec Brockhausen. En arrivant, ils apprennent avec grande satisfaction que Napoléon admet que Ton déduise des i54,5oo,ooo francs les sommes que Daru reconnaît avoir été acquittées par la Prusse. Ils discutèrent encore sur divers points; puis, pour en finir, Champagny promit de leur envoyer sans délai un texte nouveau.
Le prince reçut, le soir même, ce projet, que, dit le prince luimême, tous les propos du ministre devaient me faire envisager comme un ultimatum??. Les plénipotentiaires de Prusse essayèrent bien encore le lendemain d'y faire introduire quelques changements; mais Champagny n'en admit qu'un seul : c'est que l'intégrité du territoire prussien qui était garantie par un article secret
Le prince GiiiHaume au Roi de Prusse, 9 septembre 1808.
le serait dans un des articles patents; le prince Guillaume avait pensé en effet, que la divulgation publique de cette garantie fortifierait beaucoup le crédit de la Prusse. Tout étant ainsi bien convenu et «attendu les ordres réitérés, positifs et pressants?? du Roi de Prusse, il ne restait plus qu'a signer : les trois plénipotentiaires prirent rendez-vous le 9/1, à heures du soir, au ministère des Relations extérieures.
A riieure dite, le prince et Rrockhausen sont au rendez-vous; à leur stupéfaction, Ghampagny, au lieu de leur demander de signer, leur déclare que l'Empereur estime que c'est a 180 millions que s'élève la dette de la Prusse, et qu'il ne peut la réduire au-dessous de i5o. Les diplomates prussiens se retirèrent, déconcertés.
Le lendemain 2 5 , Napoléon l'ayant abaissée à 1 /io , Rrockhausen essaya, dans une conférence qui se tint, le a6, chez Champagny, de discuter encore ce chiffre, offrant de payer d'abord too millions, puis 1 15 ; mais Champagny fut inébranlable. Rien, en effet, ne pouvait désormais changer la volonté impériale.
Le 2 septembre, le prince adressa à Konigsberg une longue dépêche où il racontait toutes les péripéties de ses d(*rnières négociations. Il en considérait naturellement les conditions financières comme une calamité pour son pays. Quant à la partie politique de l'arrangement, il la jugeait favorablement : ^La partie politique de la convention projetée, écrivit-il au Roi, me paraît remplir toutes Vos vues et nous valoir des avantages dont il y a deux mois [([ue] nous n'eussions guère pu nous flatter. Point de cession territoriale, point d'expropriation des domaines, point d'accession à la ligue du Rhin. Votre Mtijesté obtient, au contraire, une garantie précieuse de l'intégrité de Son territoire et une alliance qui, en Lui assurant pour le présentie degré d'indépendance possible. Lui ouvre plus d'une perspective pour l'avenir et ne Lui impose d'autre obligation que la prestation d'un secours de 1 6,000 hommes, borné pour la première année à 12,000 hommes, contre la seule
maison d'Autriche. En offrant à TEmpereur un corps auxiliaire plus nombreux pour l'engager à se relâcher sur d'autres points, je craindrais beaucoup de réveiller en lui le soupçon qu'il existe
chez nous des ressources dont il ne se doute pas w Puis, le
prince fait allusion à la possibilité, tout en ayant une petite armée permanente, d'exercer beaucoup d'hommes au métier des armes, de manière à disposer d'une armée nombreuse en cas de guerre : «... Une organisation au moyen de laquelle Votre Majesté ferait annuellement sortir de l'armée par congé ou par semestre 1 9 à 1 5,000 individus, qui seraient remplacés par autant de nouveaux sujets, Vous mettrait à même, Sire, d'exercer successivement toute la population de Vos Etats au métier des armes, et de faire marcher par la suite, en cas de besoin, une armée bien plus considérable et toute nationale??. Et, comme pour compléter le système militaire, le prince insinue au Roi l'idée de constituer tout de suite, avant la signature de la convention, une milice : J'observe, au reste, à cette occasion, que le 3^ article secret, qui n'exclut qu'une levée extraordinaire, ne serait point applicable , du propre aveu du comte de Champagny, à une milice déjà existante lors de la conclusion du traité, ce qui ne laisse pas de donner quelque latitude à Votre Majesté, au cas qu'Elle jugeât à propos de procéder de suite à la création d'un corps pareil. . . ??
En somme, le 2 septembre, le prince Guillaume estime que si les clauses financières du projet impérial sont très onéreuses, les stipulations politiques en sont fort acceptables.
Le lendemain, les deux plénipotentiaires étaient de nouveau convoqués chez Champagny.
Le Ministre des Relations extérieures leur signifia la résolution définitive de l'Empereur d'exiger i/io millions, payables dans les conditions fixées dans le dernier projet qui leur avait été communiqué. Ils mirent dans leurs protestations beaucoup d'énergie et de solennité. Champagny les écoutait en silence; puis, à un moment donné, sans mot dire, il tira lentement d'un tas de papiers deux
pièces; c'étaient des lettres officielles saisies sur un assesseur nommé Koppe, arrêté le fî5 août comme espion à Doberan, dans le Aïecklenburg-Schwerin. L'une d'elles, adressée à M. Delin, banquier à Altona, contenait le refus d'avances d'argent que ce banquier avait proposées au Trésor prussien; le motif du refus était que le service du Trésor était assuré jusqu'en février 1809. Dans l'autre lettre, on conseillait, à mots couverts, au prince de Sayn-Wittgenstein, qui en était le destinataire , d'entretenir le mouvement insurrectionnel qui se dessinait contre les Français dans certaines régions de l'Allemagne. Ces deux messages étaient importants : du premier, on était fondé à conclure que la situation (inancière de la Prusse était bien moins mauvaise qu'on ne le soutenait à Paris; le second prouvait que, sous des dehors conciliants et en dépit des protestations de dévouement à l'Empereur, on cherchait, en Prusse, à ruiner par une rébellion l'autorité française en Allemagne. Mais ce qui faisait de ces documents, surtout du second, de véritables pièces d'accusation, cVst qu'ils étaient signés — chose incroyable — par le baron de Stein lui-même.
Quand Champagny les montra au prince et à Brockhausen, ceux-ci, tout confus, tentèrent de mettre en doute la signature du ministre prussien; mais il ne pouvait y avoir aucune hésit^^tion sur Tauthenticité. Le Ministre des Relations extérieures, après en avoir fait la preuve, avertit les deux plénipotentiaires que l'affaire comportait trois conséquences immédiates : la première (que le prince et Brockhausen déclarèrent absolument humiliante pour la Prusse) allait être l'insertion dans les clauses secrètes à annexer à la Convention d'un article qui interdirait au roi de conserver à son service des sujets appartenant aux provinces cédées; c'était l'exclusion du service de la Prusse de Stein, qui était Hessois; la seconde, c'est qu'il était inutile de discuter le chiffre de lUo millions, attendu que l'Empereur avait déclaré que, s'il avait eu connaissance plus tôt des lettres de Stein , il ne se serait pas départi du chiffre de 180 millions; la troisième, c'est que dans les a 4 heures
ou dans les 1x8 heures, les plénipotentiaires prussiens devaient avoir répondu par un ouï ou par un non à la proposition (jui leur était faite une dernière fois d(* signer la eonvention tell(» (juVlle était rédigée.
Il fallait s'incliner. Pourtant, le à , Brorkhausen envoya encore une note à Champagny dans laquelle il faisait ressortir ce qu'il y avait de particulièrement désobligeant dans l'obligation imposée au roi de congédi(M' de son service ses anciens sujets, tel Stein.
Le 6, il retourna chez Champagny, qui se borna à lui déclarer que, maintenant, il fallait signer ou rompre.
Le 8, à midi, il revenait encore. Après une discussion de deux heures, il dit qu'il était prêt à signer, mais ([u'il voulait revoir le prince; puis il demanda une copie de la lettre de Stein. Champagny lui tendit le Moniteur qui venait de paraître et qui, en première page, en publiait à la fois le texte allemand, la traduction française en regard , et un commentaire d'une violence inouïe.
A U heures, Brockhausen était de retour, accompagné du prince.
A 5 h. i/a, après bien des gémissements, les deux plénipotentiaires signèrent enfin.
Pendant que Brockhausen était allé chercher le prince Guillaume, le comte de Tolstoy était venu supplier une dernière fois Champagny çtde ne pas imposer à la Prusse des conditions qu'elle ne pouvait pas remplir^^^
La Convention du 8 septembre contient i 6 articles patents auxquels ont été annexés 5 articles secrets
Des i6 articles patents, les /i premiers règlent les questions financières en litige.
Champagny à Napoléon, 8 septembre i8o8.
C'est le projet qui devait être signé le a 4 août (et sur lequel on avait d'avance inscrit cette date en toutes lettres) qui a servi de minute pour la rédaction du texte
«Le montant dos sommes dues par les Etats prussiens à Tarmée française, tant pour la contribution extraordinaire que pour arriéré de revenus, est fixé à i4o millions de francs w (art. i ).
Plusieurs observations peuvent être faites sur ce texte :
D'abord , sur le cbiffre même de la dette qui est sans rapport avec les stipulations de Kônigsberg. En appliquant celles-ci, la Prusse aurait dû non pas i^o millions, mais loy.Boo.ooo francs, même en ne tenant pas compte des 1^.27/1.790 francs de produits et revenus versés dans la caisse impériale du i*""^ octobre 1807 au jour de la convention.
On remarquera ensuite que in dette de 1/10 millions est a la charge d(*s Etats prussiens et non à la charge du royaume de Prusse. La raison en est, sans aucun doute, que les contril)utions extraordinaires décrétées par Napoléon frappaient les provinces ou Etats et non le royaume, et que les impositions et produits étaient de même fixés forfaitairement et levés par provinces.
Enfin, il est assez intéressant de noter que le texte porte que les sommes à paver étaient dues, non à la France, mais à l'armée française*
définitif de la convention. Les changements apportés au projet furent d'ailleurs pou nombreux.
Les deux premiers alinéas de l'article 1 furent remplacés par un alinéa fixant à 1 '10 millions la somme à payer par la Prusse. Le premier des alinéas supprimés arrêtait cette somme à i5^.5oo,ooo francs; le second autorisait la Prusse à imputer sur elle les contributions qu'elle avait acquittées depuis le rétablissement de la paix.
La reconnaissance de Joseph et de Jérôme comme souverains , qui était insérée dans les articles secrets du traité , fut transportée parmi les articles patents.
Deux changements furent apportés dans les articles secrets : l'un avait pour objet d'y introduire l'engagement du roi de Prusse de ne pas conserver à son service les sujets des provinces cédées par lui; d'autre part, on interpola dans la dernière phrase de l'article 5, où une Querre contre l'Autriche est prévue, celte proposition incidente : wce que les relations amicales entre la France et l'Autriche ne donnent nullement lieu à croire??.
(Archives de» Affaires étrangèi^esy correspondance politique de Prusse, supplément, volume i3, folio 202.)
Les ±ào millions devaient être versés dans les vingt jours, une moitié étant acquittée, ou en argent comptant ou en lettres de change endossées par le Trésor prussien et payables à raison de G millions par mois, et l'autre moitié étant payée en lettres foncières, hypothéquées sur les domaines royaux et remboursables dans le délai d'un an à dix-huit mois; délais de livraison ou de payement couraient de l'échange des ratifications de la convention.
D'après l'article 2 , les revenus de la Prusse appartiennent à l'Administration française jusqu'au 8 septembre, et, après ce jour, au roi de Prusse. Cette clause réglait ainsi au profit de Napoléon la question tant débattue au sujet des produits et revenus confisqués depuis le 1^" octobre 1807.
L'article 3 concerne ççles créances que S. M. le roi de Prusse avait sur les particuliers du Duché de Varsovie?^ et déclare que ces créances sont, rtaux termes du traité de Tilsit, cédées sans aucune réserve??.
Quant à l'article ^1, dernier des clauses financières, il se rapporte aux réclamations que ne cessaient d'adresser au roi de Prusse, — et surtout à l'Empereur — les provinces démembrées de la monarchie prussienne à propos des fonds et valeurs emportés, au moment de l'invasion, par le roi de Prusse. Il fut décidé que «tout ce que les provinces démeml)rées de la monarchie prussienne auraient à réclamer du gouvernement prussien sera l'objet d'un arrangement particulier^*^??.
Les articles 5 à l^ règlent les conditions de l'évacuation de la Prusse et celles de Toccupation temporaire des trois forteresses de l'Oder.
Le royaume de Prusse doit être évacué par les troupes françaises dans un délai maximum de 3o a /lo jours (art. 5), hormis les places de Stettin, Kûstrin et Glogau qui restent au pouvoir de l'armée française jusqu'à l'entier acquittement des lettres de change
Cet arrangement ne fut jamais conclu.
et billets fonciers donnés en payement de la contribution. Toutefois, Glogau sera restitué au roi de Prusse quand la première moitié de cette contribution aura été acquittée, Stettin et Kûstrin ne devant Têtre qu'après Textinction totale de la dette (art. 6).
La garnison française de Stettin sera de 8,900 hommes, celle de Kûstrin de 9,800, celle de Glogau de 3,3 00, soit en tout 1 0,000 hommes (art. 7).
La solde de ces garnisons sera payée par l'administration française; mais le logement, l'indemnité de logement, les vivres, fourrages, chauffage et lumière seront fournis par Tadministration prussienne , en se conformant aux tarifs établis par les règlements français (art. 8).
Pendant l'occupation des trois places par Tarmée française , l'administration des revenus et celle de la justice appartiendront au roi de Prusse; mais la police sera entre les mains du commandant français (art. 11). Aucune troupe prussienne ne pourra approcher des places occupées à une distance d'une journée d'étape (art. 12).
L'article i3 prescrit rétablissement de chemins militaires de Stettin a Glogau, par Kûstrin, de Stettin à Stralsund, de Stettin à Dantzig, de Stettin à Magdebourg, puis de deux chemins allant l'un de Glogau à Kalisch, l'autre de Glogau en Saxe, ces diverses voies étant destinées à satisftiire à tous les besoins des garnisons françaises dans les trois places réservées.
Enfin, l'article lU prévoit une rectification de frontière dans le voisinage de Magdebourg.
Les clauses politiques de la convention sont contenues dans les articles i 5 et 16 et dans les li articles secrets.
Par l'article lo, rtS. M. l'Empereur et Roi garantit à S. M. le roi de Prusse l'intégrité de son territoire, moyennant qu'il reste le fidèle allié de la France??.
Par l'article 16, le roi de Prusse reconnaît Joseph comme roi d'Espagne et Murât comme roi des Deux-Siciles.
C'est dans les articles secrets que sont inscrites les précautions prises par Napoléon contre une offensive ou une trahison de la Prusse.
En premier lieu, le roi de Prusse «voulant éviter tout ce qui pourrait donner de Tonibrage à la France^ prend rengagement de n'entretenir pendant ioans,à compter du i""** janvier 1809, que :
10 régiments d'infanterie, avec un effectif maximum total de 2^j,ooo hommes
8 régiments de cavalerie , comprenant au plus. . . 8,000
Un corps d'artilleurs, mineurs et sapeurs, au plus
de 6,000
El la garde royale, au plus de 6,000
Soit, un total maximum de /19.000
D'autre part, pendant ces dix ans, le roi de Prusse ne pourra faire rt aucune levée extraordinaire de milice ou de gardes bourgeoises ni aucun rassemblement tendant à augmenter la force ci-dessus spécifiée?? (art. 8).
A partir du i^*^ janvier 181g, la Prusse recouvrera la faculté d'entretenir le nombre de troupes qui lui conviendra (art. a).
D'après l'article /i , le roi de Prusse «s'engage à ne conserver à son service aucun sujet appartenant aux provinces qu'il a cédées??. En insérant cette clause, Napoléon ne visait pas seulement Stein , qui n'était pas Prussien : il faisait une application de ses doctrines politiques. Nous en avons déjà parlé, lorsque le comte de Schulenbvu'g dut refuser d'être plénipotentiaire de Prusse parce qu'il était originaire d'un pays qui, par l'efTet du traité de Tilsit, avait cessé d'être prussien. D'ailleurs, quelques mois auparavant, Napoléon avait donné l'ordre à Cbampagny d'inviter les rois de Saxe et de Westpbalie à rappeler leurs sujets servant dans l'armée prussienne
Napoléon à Champagny, 25 mai 1808.
En retour de la garantie territoriale donnée par la France à la Prusse dans l'article i5 de la convention «et comme caution de Talliance contractée avec la France r», Frédéric-GuillaunK? III promet de faire cause commune avec S. M. l'Empereur des Français, si la guerre vient à se déclarer entre lui et l'Autriche, et, dans ce cas, de mettre à sa disposition une division de 16,000 hommes, tant infanterie que cavalerie et artillerie??. Cet engagement de la Prusse, qui était valable pendant 10 ans, ne l'était pas en 1808, «le roi de Prusse n'ayant pu encore former son état militaire r», et, en 1809, l'importance du contingent à fournir était limitée à 1 'j,ooo hommes.
En résumé, la Prusse doit verser lUo millions et, à la sûreté de ce payement, elle donne en nantissement à la France Stettin , Kûstrin et Glogau.
D'autre part. Napoléon garantit à la Prusse son intégrité territoriale, tant qu'elle sera «alliée fidèle??; mais, pcMidant 10 ans, l'armée prussienne ne pourra avoir un effectif dépassant 4^,00 0 hommes, et, s'il y a guerre entre l'Autriche et la France, la Prusse mettra à la disposition de celle-ci un corps qui sera de 12,000 hommes en 1809 et de 16,000 hommes les années suivantes.
lia convention du 8 septembre ne procède pas directement du traité de Tilsit ni de la situation politique qu'il a créée, comme en découlaient et la convention de Konigsberg et les projets d'arrangement qui furent élaborés à Berlin, en octobre 1807 et en mars 1808, pour son exécution. Elle dérive uniquement de la situation européenne à la fin de l'été 1808. C'est un acte de novation, diraient les juristes.
La convention de Konigsberg avait pour objet exclusif de régler l'évacuation d'un territoire militairement occupé. Nous avons vu que l'article 9 8 du traité de Tilsit , qui en avait prescrit la conclusion , avait spécifié que son objet serait de régler le mode et l'époque
ET LA REVISION D EHFl RT. \\):\
de la reniiso des piaces à évacuer, ainsi que ies détails de Tadministratiou civile et niilitaire des pays à restitu(M-; rien de plus. A l'époque où ell<» tut signée , on la désignait souvent sous le non) dr convention milîtatre, pour la distingu<M' du traité politique conclu à Tilsit. Le départ des troupes françaises était bien subordonné à Texécution de conditions d'ordre pécuniaire; niais ces conditions avaient été déterminées avant la cessation des hostilités, et (»lles n'avaient aucun caractère politique.
La conv(*ntion de Paris contient des dispositions hirn pJiis nombreuses et bien plus inqiortantes : ellr rrér nue alliance politi(pir entre la France r\ la Prusse, celle-là garantissant ir territoire d<' celle-ci; elle ét a 1)1 it . entre les deux puissances, une alliance militaire dirigée contre TAutriclK»; elb' stipule la n*connaissance par la Prusse des nouveUes dynasties françaises instaurées en Espagm* r\ dans les Deux-Siciles; elle oblige la Prusse à limiter son état militaire à /i2,ooo bonmies de troupes; elle autorise la France, après l'évacuation du territoire prussien, à tenir garnison dans trois forteresses de rOder, comme garantie du pavement de la contribution de guerre: enfin, elle fixe cette contribution de guerre à lào millions, c'est-à-dire à un chiffre qui ne correspond en rien aux bases sur lesquelles plénipotentiaires français <»t prussiens ont étayé depuis plus d'un an leurs calculs, etc.. La convention est donc un pacte général qui détermine, dans leurs traits principaux, les rapports politiques, militaires et financiers qui doivent désormais exister entre la France et la Prusse.
Si la Prusse avait accepté, sans discuter interminablement, le chiffre de sa dette arrêté par Daru à i5/i,5oo,ooo francs dès le 2g août 1807, chiffre qu'elle finit par accepter le 18 octobre; si, d'autre part, Napoléon n'avait pas exigé que la Prusse s'acquittât en domaines jusqu'à concurrence de 5o millions — exigence qu'il finit par abandonner — , la Prusse aurait été évacuée dès 1807, le roi serait immédiatement rentré en possession paisible de ses Etals, et aurait ensuite dirigé son administration intérieure et sa poli-
tique extérieure suivant les circonstances, comme il lui aurait convenu.
Mais des deux côtés, on s'obstina; des semaines, des mois passèrent, et révacualion de la Prusse, opération militaire pouvant être entièrement achevée en trente^ ciiuj ou quarante jours, et le pavement des contributions, ipii était bien loin de présenter les diliicultés que les plénipotentiaires de Prusstî étalaient, devinrent subordonnés à la politique européenne.
La responsabilité n'en incombe point à Napoléon seul.
Frédéric-GuillauuK» v contribua beaucoup lui-même. D'abord, tout au début, il eut recours aux bons offices d'un tiers, qui était une grande puissance politicjue , la Russie ; il croyait (ju' Alexandre P% son allié dans la guerre qui venait de finir à Tilsit, obtiendrait aisément de Napoléon un allégement aux charges pécuniaii*es acceptées par la Prusse, P]nsuite, il chercha, et réussit à la longue, à transporter à Paris, la grande capitale politiipie dr l'Europe, le centre des négociations administratives et financières que la convention de Kônigsb<M-g avait établi à Berlin. Enfin, il sollicita une réduction du chiffre des contributions, en ofiVani, rn compensation, des avantages politiques, notanmient son alliance.
Quant à Napoléon, si l'évacuation de la Prusse devint, à ses yeux, au bout de (juelques mois affaire de politicpie européenne, ce fut pour mi motif tout à fait étranger à la politique prussienne : ' la Russie contiuuant, en effet, d'occuper, en dépit du traité de Tilsit, les provinces danubiennes qu'elles voulait sans doute annexer, Napoléon déclara ([u'il ne retirerait ses troupes de la Prusse que si Alexandre retirait les siennes de la Moldavie et de la Valachie, étant entendu que si Alexandre incorporait ces principautés à son empire, Napoléon annexerait la Silésie au sien. Pendant six mois, cette double conquête sembla possible; quand elle fut jugée irréalisable, la simultanéité du rappel des troupes russes de la péninsule balkanique et du rappel des troupes françaises de la Prusse parut encore nécessaire durant quelques mois. Mais au
milieu de 1808, Napoléon n'insiste plus sur révcicualiou d(' la Moldavie et de la Valacliie; par suite, celle de la Prusse cesse cPélre une affaire politi(|ue européenne et redevient ce qu'elle était au début, afl'aire à réglei* rntre la France et la Prusse seules.
Mais entre temps, TAutriche est devenue inrpiiétante par ses armements et TEspa^^^ne est devenue alarmante par l'énergie de sa résistance : Napoléon peut donc avoir l)esoin d'une foi'ce alliée contre la première et il faut ([u'il envoie contre la seconde les troupes qui séjournent encore en Prusse. D'autre part, pour soutenir la guerre qui vient et la guerre déjà engagée, il lui faut de Targent. C'est dans ces circonstances nouvelles (jue la convention du 8 septembre fut conclue : (^lle pronK^ttait à Napoléon l'alliance (Ir la Pruss(» contn» l'Autriche; elle lui laissait trois fort<*r(»sses sur rOder; <»llt» p<M'm(*ttait l'envoi en Espagne d(* l'armée d'occupation; ell<» apportait d(* l'argiMit.
Ainsi s'explic[ue la différence de caractère qu'il y a entre la convention de Kônigsberg et celle de Paris : l'une, avec les arrangements de détail qu'elle impliquait, est une conséquence des événements d'où est issu le traité de Tilsit; l'autre est le résultat naturel des événements nouveaux qui se sont produits p(Midant les (piatorze mois qui ont suivi le traité; l'une était destinée à régl(»r le passé; l'autre à régler l'avenir. C'rst dire, en sonuno, (pie la différence outre les pactes de Kônigsberg et de Paris correspond à la différence des situations en juillet 1807 et en septembre 1808.
Le contraste» centre elles se manifeste d'une manière particulièrement frappante quand on compare le montant des contributions dues en vertu de la convention d'évacuation et celui de l'indemnité convenue dans le pacte d'alliance. En juillet 1807, ce que Napoléon réclame, c'est purement et simplement la fraction des contributions décrétées pendant la guerre, et non acquittées à la conclusion de la paix. Ce qu'il exige en septembre 1808, c'est une somme forfaitaire, correspondant à la fois à cet arriéré et aux charges et risques nouveaux (ju'il assume dans la convention de
LA CONVENTION
Paris. La premièir somme s'élevait à i54,5oo,ooo francs au 19 juillet 1807; Pi'usse ayant versé , depuis cette date jusqu'en septembre 1808, 57,869,000 francs^*^ le reliquat dû n'était donc plus que de f)6,f)/i 1 ,000 francs. Or, le 8 septembn» 1808, Napoléon réclama 1 ^10 nnllions. après avoir songé à t'U exiger 180. Si le montant de l'obligation était changé, c'est parce que la came de l'obligation s'était transformée.
La Prusse s'est j)lainte amèrement de cette élévation de sa dette. En causant avec Stein à Berlin, vers la fin de septembre 1807, Daru avait averti celui ([ui quebpies jours plus tard allait être premier ministre : les traités exécutés le plus <»xactement dans bnu* lettre et dans leur esprit sont ceux i\\ù h' sont b' phis rapidement.
La (ionvention est signée. Dans cpiels sentiments va-f-on I exécuter ?
Nous savons ceux de Napoléon ; le prince Guillaume en a recueilli l'expression de la bouche même de TEmpereur au cours de son audience de congé^^^ : et Lorsque je lui dis, raconta le prince à son frère. . . que je ne voyais pas comment, attendu le grand épuisement des ressources de la Prusse, on accpiitterait Ténorme contribution imposée à mon malheureux pays, d'autant plus (ju'elle devait être payée dans un si court espace de temps, il (Napoléon) m'interrompit et me demanda , jugeant sans doute à propos de faire semblant de Tignorer, combien de temps on nous avait donné. Lui ayant articulé les conditions du traité : t^Eli bien, répliqua-t-il , si ftvous montrez de la bonne volonté, vous me paierez dans deux ttou trois ans: je ne veux nullement vous gêner . . L'Empereur
t*) Y compris les 19, •376, 000 fraucs de revenus que Napoléon avait confisqués depuis le 1" octobre 1807, à titre de pénalité de retard.
'^'^ L^audienre eut lieu le 1 U septembre à Sainl-Cloud. La lettre où le prince en rendit compte au roi de iVusse fut écrite le lendemain.
DE BERLIiN.
me répéta alors, et à plusieurs reprises, cpi'il mettrait l)eau(*oup de facilité (Jaus le payement des contributions, pourvu toujours que nous montrassions de la bonne volonté, et il nTassura que dans ce cas il évacuerait même les trois forteresses avant le temps déterminé, peut-être déjà après le payement du premier tiers de la contribution. . . S. M. I. ne ci'ssa de m'exprimer son intention ferme et sérieuse de se réconcilier francbement et pour toujours avec la Prusse , mais aussi son attente de voir les mêmes sentiments renaître et exister désormais invariablement dans le cœur des Prussiens, du patriotisme et de Tattacliement desquels à la famille de leur souverain il lit les plus grands éloges, (x La Prusse, continua TEm-
pereur, est maintenant à peu prés (bins la même* situation où elle se rt trouva lorsque Frédéric II monta sur le trône. Si elle est gouyertrnée avec sagesse, et que, sinqjlitiant son administration intérieure
beaucoup trop conq)li(pié<» , l'on suive dans toutes les branches de
celle-ci les principes d'une économie bien calculée, elle pourra rtdans peu d'années se former uu nouveau trésor et se procurer les
moyens d'entretenir, sans gêne, une armée de 5o à 60,000 homr^mes. . . 75 Et le prince d'ajouter: ^ie crois. Sire, à la sincérité des dispositioiïs que vient de me manifester TEmpereur, et ma croyance se fonde sur la force des circonstanciés (jui l'obligent à revenir siu* ses pas. Son propre intérêt commence* à lui commander des ménagements pour la Prusse, et il pourra en résultei* des chances très avantageuses pour nous; mais du caractère dont est Napoléon , toute ratification de notre traité (|ui ne serait pas pure et simple détruirait absolumcMit, à mon avis, Teffet de ces mêmes dispositions...??
En somme Napoléon réglera sa conduite sur celle de la Prusse; il sera bienveillant, si elle est loyale et franche*; il laisse espérer des délais, de longs délais de payement; il évacuera peut-être même les forteresses avant le moment stipulé dans la convention; il fait entrevoir une Prusse régénérée, ayant une armée assez forte pour se placer et se maintenir ^ au quatrième rang entre les puissances de TEuroper». Voilà ce qu'il dit et laisse entendre; mais , à travers
LA CONVENTION
toutes SOS paroles, on sent de la défiance, une défiance qu'il éprouvait (léjii à Tilsit, (|ue les événements qui se sont produits depuis n'ont point diminuée (^t qu'il gardera toujours.
Le texte de la convention du 8 septembre ne parvint à Kônisgsberg que le 9 i au malin. L'émotion y fut vive. Stein offrit sa démission, qui ne fui pas acceptée, puis il rédigea sur la convention un court rapport (pi il remit le soir au Roi. Il y exprimait le ferme espoir (pTAlexandje P*^ obtiendrait de Napoléon, qu'il allait rencontrera Erfurl, de nouveaux délais de payement et aussi une réduction de la dette, qu'il évaluait à 10 millions de talers (87 millions de francs): ne me sembb* pas croyable, écrivait-il, (jue, pour Napoléon, ramilié de la Russie ne vaille pas plus que ces 10 millions de talers??, et il conclut que si l'Empereur de Russie n'obtient rien, ni t<Mnps ni argent, on promettra ce qui est exigé , on ratifiera même la convention; mais après, on et tiendra ce (pi'on pourra
Que Stein dût faire des difïicultés sur la ratification de la convention et surtout sur son exécution, personne n'en fut moins surpris (pie Daru. Le premier ministre de Prusse nVn a pas encore entre les mains le texte que Daru a deviné ses intentions secrètes et les a dites à Napoléon. Le 3 septend^re, en effet , rintendant général sait déjà que TËmpereur a résolu d'exiger 1 Uo millions et, conjecturant l'avis du premier Ministre de Prusse sur cet énorme payement, il écrit: te Je doute qu'il le conseille, s il n'a pas quelque espoir de s'y soustraire^^^. v
En vérité, il était naturel que Stein fît moins de difficultés que d'autres pour accepter ce qui était exigé, puisqu'il se réservait, après avoir promis ce qu'ion lui demandait, de tenir ce qu'il pourrail, c'est-à-dire rien, s'il était possible; il était même bien résolu
Gulachien Stein' g , ri i septembre 1808 : «r.. ...«o bleibt kein Mittel mehr ubrifTy ah zu untei^schreihen utid zu halten wass man kann.j) La Prusse tiendra un raisonnement semblable après la signature de la convention Beguelin du 3 5 février 1812. Cf. pages 3 j o-3 1 1 .
Daru à Napoléon, 3 septembre 1808.
DE BERLIN
à faire le contraire de ce qui aurait été promis. En voici deux preuves qui émanent de lui-même. On se rappelle que l'article 5 des Articles secrets obligeait la Prusse, en cas de guerre entre l'Autriche et Napoléon, à faire cause commune avec celui-ci. Or Stein , ayant en mains cet engagement depuis quarante huit heures, écrivait confidentieHement à un de ces agents : ?ç Quant à la conduite que nous avons à observer, elle me paraît très simple. Si IWutriche commence la guerre, il fiiudra y prendre une part vigoureuse (sous entendu : contre la France) et former des troubles et des insurrections; en attendant, il faut que nous évitions tout ce qui peut donner des soupçons aux Français, qui nous surveille*ront maintenant avec une grande exactitude Trois semaines plus tard, quand Stein apprend que le roi a donné a Goltz Tordre de ratifier la convention, il conseille à Frédéric-Guillaume de se soustraire, a la première opportunité, aux rigueurs de cet acte: rtSi Votre Majesté, lui écrit-il, contresigne le traité, pour le rompre à l'occasion et, en tous cas, si une guerre éclate avec TAu triche. Elle ne fera quVmplover la ruse contre la scélératesse et la violence ^ et il insinue directement que la Prusse a bien le droit, elle aussi, d'user, pour se défendre contre Napoléon, de l'arme du niensonge ^^K
Tels étaient les sentiments de Stein au moment d'appliquer la convention.
Quant au Roi, qui avait un autre caractère, le jour même où il Stein à Goetzon , aS septembre 1808.
Stein venait d'envoyer au roi le rapport qui exprimait ses sentiments (19 octobre) quand il reçut une supplique de ses amis, Gneisenau, Scharnhorst, Schon, etc., lui demandant de tout faire pour éviter la ratification (ils ignoraient qu'elle était donnée). Dans cette supplique, on pouvait lire : w Notre cause est encore juste devant Dieu et devant le monde; le cœur de l'État prussien est pur, sou honneur intact. La rupture d'un traité conclu avec la pensée de le rompre serait une tache sur nos âmes, que rien ne saurait effacer, et empoisonnerait sans retour les sources mêmes de notre activité. 75
G. Cavaignac (La formation de la Prusse conteni'poraine , t. l, p. A 65).
LA CONVENTION
donna à Goltz Torcln* i;i ratifier, il écrivit à Napoléon (jne la Prusse était hors d'état de Texécuter, qu'elle ne pouvait payer I /io millions en 18 mois, qu'il espérait que TEmpereia' des Français en adoucirait la rigueur : ç^Si vous y consent(^z. Sire, dit le Hoi. moi-même, ma famille, tous mes sujets, élèveront a Votre Majesté Impériale des autels de gratitude au fond di» leurs cœurs pénétrés.
En somme, le souverain, tout en donnant Tordre de ratifier la convention, le premier ministre, sans conseiller formellement de ne pas la ratifier, pensaient, run,quela Prusse était incapable de lenii* ses promesses, Tautre (piVUe devait s'v soustraire^^'.
Frédéric-Guillaume s'inspira d'abord de Tavis de Stein : Goltz, qu'il envoya à Erfurt, ne fut pas chargé de ratifier la convention, ni de la rejeter: il devait chercher seulement à obtenir, sous l'égide de I empereur de Russie, des conditions moins rigoureuses. Mais le Roi se ravisa vite. Huit jours après avoir donné de telles instructions, il fit parvenir a Goltz — a l'insu de Stein — Tordre de signer la convention purement et simplement Ce qui avait déter-
' La comparaison des cours, à ia honrso de Berlin, au 3o août et au 3o septembre montre clairement comment ie monde des affaires jugea ta conclusion de la conv<*ntion de Paris :