‹ Napoléon Ier créancier de la PrusseChapitre 7 sur 34 · COURS · texte numérisé non relu

COURS

3u AOrT. ^^O SEPTEMBRE.

Billets dn Trésor 3/i 07

Obligations de la Banque 60 1 /a 76

Obligations du Sechandlungs-Institnl 40 1/3 58

Obligations de la Ville de Berlin /17 61

Obligations de ia Marche Klectorale 39 &7 V '-^

Obligations de la Nouvelle Marche 58

Lettres foncières : Poméranie 78 83

Lettres foncières : Marche Électorale 68 75

Lettres foncières : Prusse occidentale 5i '61

Lettres foncières : Prusse orientale 61 7A

LeUres foncières : Silésie 60 80

Les premières instructions du roi sont dat*'*es du 1 septembre, les secondes

du r>().

DE BERLIN

miné ce revirement dans l'esprit du Roi, c'étaient, d'abord, les conseils de l'Empereur de Russie. Celui-ci venait, en effet, de passer trois jours à Konigsberg, se rendant à Erfurt et avait répété à Frédéric-Guillaume ce qu'il lui disait ou faisait dire depuis un an, c'est-à-dire (ju'il fallait que la Prusse s'arrangeât avec Napoléon, subît ses exigences, Tadoucît, H même s'alliât avec lui, pour obtenir l'évacuation; à cette heure précise, le conseil signifiait : ratifier la convention. Ce qui avait encore plus contribué à changer la décision du Roi, c'étaient les lettres qu'il venait de recevoir de Paris, dans les([uelles le prince Guillaume et Rrockhausen, racontant leurs entrevues avec Napoléon , dépeignaient celui-ci comme pouvant devenir un ami et un prot(^rteur poiu* la Prusse, si elle était fidèle à ses engagements

A son arrivée à Erfurt, Goltz fut assez mal accueilli par Alexandre, mécontent que la convention ne fût pas encore ratifiée: mais le plénipotentiaire prussien eut la satisfaction d'entendre le Tsar déclarer qu'aussitôt qu'elle le serait, il chercherait, d'une manière ou de l'autre, à alléger les charges de la Prusse.

Les ratifications furent échangées, le 8 octobre, dans le délai prévu.

Alexandre ne voulut pas se séparer de Napoléon sans avoir obtenu de lui quelcjues faveurs nouvelles pour la Prusse. Il désirait évidemmcuit les offrir, comme présent à la Reine, quand il repasserait à Konigsberg. Elle les avait sollicitées en termes qu'elle croyait louchants : r Depuis mardi (*2j septembre), jour de votre entrevue h Erfurt, lui avait-elle écrit, mes idées ne vous quittent

plus // (/e Roi) ratifie le traité. Il faut le ratifier, crainte des

suites incalculables que le contraire pourrait avoir pour nous. Mais nous sommes dans l'impossibilité de réaliser le traité, vous le savez aussi bien que nous, mon cher cousin; c'est pourquoi je vous prie, avec toute Yinsistance que le plus affreuv malheur peut

Le roi de Prusse à Goltz, 9.<) septembre 1808; la reine de Prusse à Alexandre l*""^, septembre 1808.

LA CONVENTION

inspinM-, de trouver des remèdes à ce mal et de faire tous les cliangeinents en noti-e faveur que votre tendre et constante amitié vous dictera, ainsi (|ue Aotre intérêt personnel. Je n'ose point vous répéter que les trois forteresses en font un point essentiel . . . Vous êtes attendu ici avec une impatience indescriptible par le Roi et moi avec quelque chose qui est plus tendre que Timpatience^*^??.

Alexandre entendit cet appel de détresse fait à sa tendre et constante amitié et à son intérêt personnel. I^e jour où les deux Empereurs prirent congé Tun de Tautre, c'est-à-dire le i /i , il demanda à Napoléon d'abaisser la contribution prussienne de i iîio à i oo millions r»t de prolonger les délais de payement.

Napoléon consentit une réduction, non pas de iio millions, mais de âo millions. Quant au délai, Vlexandre comprit que Napoléon s'engageait à le porter a trois ans. C'est du moins ce qu'il écrivit à Frédéric-Guillaume le jour même où l'accord se fit entre les deux Empereurs. Mais Napoléon ne voulut pas paraître avoir pris un engagement aussi ferme envers Alexandre; car, dans la lettre (pi'il lui adressa ce même jour, il dit négligemment que çtles termes de pavement et autres conditions dont les plénipotentiaires français et prussiens sont convenus seront spécifiés et arrêtés de manière que chacun sache à quoi s'en tenir En fait, le délai extrême de payement, fixé à i8 mois par la convention du 8 septembre, fut porté à 3o mois par l'arrangem^Mit qui suivit l'entrevue des deux Empereurs.

Napoléon ne fit pas ces sacrifices de temps et d'argent sans compensation.

Il avait été stipulé dans un des articles secrets du traité francorusse de Tilsit^^^^, que si Napoléon, lors de la paix avec l'Angle-terre, réunissait le Hanovre au royaume de Westphalie, le Roi de Prusse recevrait, sur la rive gauche de l'Elbe, un territoire ayant

La Reine de Prusse à l'Empereur de Russie, 99 septembre 1808. Napoléon à Alexandre, lU octobre 1808.

('^î Pour ie texte de cet article voir page 66 note 2.

DE BERLIN

trois à qualn* cent millo hahitants. Nous avons vu que Frédéric- Guillaume III avait été très sensible à l'insertion de cet article dans le traité et en avait beaucoup remercié Alexandre. Napoléon, pour balancer le sacrifice pécuniaire qu'il faisait à la Prusse, obtint de l'Empereur de Russie qu'il déclarerait nr plus prendre aucun intérêt à la clause du traité relative au Hanovre et éventuellement n'en exigerait pas l'exécution ^^K

On voit que si la Prusse gagna, à Erfurt, un capital de 9.0 millions de francs et une prorogation des termes de payement, elle perdit l'espoir de recouvrer ce qu'elle avait entrevu dans le traité franco-russe de Tilsit, c'est-à-dire probablement le ducbé de Magdebourg. En tout cas, en plaçant sa confiance dans Alexandre, Frédéric-Guillaume ne s'était point trompé sur l'efïicacité de sa protection. 11 faut, d'ailleurs, ajouter que si l'évacuation de la Prusse, la réduction de sa dette, la prolongation des délais de payement étaient trois mesures fort utiles à la Prusse, comme il devenait de moins en moins douteux qu'un jour peu éloigné le territoire prussien serait le bastion avancé de la défense russe, Alexandre put les considérer comme trois moyens de fortifier son empire.

De même que la convention du 8 septembre, les arrangements d'Erfurt furent accueillis à la bourse de Berlin par une forte hausse des valeurs. Les spéculateurs, toujours à faffût des nouvelles politiques, l'avaient prévue et, parla même, déterminée. ttLes Juifs, négociants de cette ville (Berlin), dit un rapport de police adressé à Soult le 3 G septembre, ont envoyé à Erfurt des commis et agents, pour y surveiller les conférences entre les deux Empereurs, non pas dans une vue politique, mais mercantile; s'ils ont quelques espérances que la Prusse sera évacuée par les armées françaises et que le Roi revient à Berlin , ils enverront des estafettes à leurs maîtres pour qu'ils achètent sur la place tous les billets du trésor

Exactement i5 mois plus tard, le Hanovre était incorporé auj royaume de Westphalie ( 1 /i janvier 1810).

LA CONVENTION

et les obligations. Ce sera une spéculation et une voie sûre pour gagner des sonmies considérables dans l'espace de quinze jours, v Daru nota, en ces termes, le résultat de cette spéculation : «Ce (|ui a transpiré des arrangements pris à Krfurt pour l'évacuation de la Prusse a occasionné une hausse considérable sur les papiers de TEtat. Les billets du Trésor ont augmenté de i5 à ^^o p. i oo et les autres effets publics en proportion ^'^w.

La convention du 8 septembre ne pouvait plus, à raison des modifications arrêtées dans leur principe à Erfurt, être exécutée, sans cjue la France et la Prusse s'ontcMidissent sur quelques mesures (Tapplication.

Pour établir cet accord , Napoléon maintint à Daru les pouvoirs qu'il lui avait donnés, le 8 octobre, pour exécuter l'article i**" de la convention du 8 septembre, cVst-ii-dire pour veiller au payement des i^o millions. Goltz représenta la Prusse. lies négociations eurent lieu à Berlin.

En ce qui concerne mode d(* payement . il s(»mble que les plénipotentiaires soieni tombés vite d'accord.

La Prusse accepta de payer 5o millions <»n (^IFels de commerce rt -yo millions en lettres foncières. Mais connue i <»s derniers titres ne pouvaient être livrés immédiateuK^it parce qu'il fallait un (certain lenqis pour évaluer les domaines qui les garantiiaient , pour accomplir l<*s formalités d'affectation liypothécain» et aussi pour les confectionner, un délai de six mois fut accordé à la Prusse pour les verser dans les caisses du ReceAeur général des Contributions de Tarmée. Comme garantie que ce versement serait effectué le Gouvernement prussien déposa 70 millions d'obligations provisoires des provinces entre les mains du Receveur général.

Lettres de change et lettres foncières devaient êtrf» acquittées en monnaie de France ou en monnaies étrangères évaluées en francs.

Darn à Napoléon, i>ctohro i 8f»8.

DE BERLIN. 205

moitié à Paris, moitié à Mag(l<»boiirg, ou dans toute autre place convenue entre les parties.

Entre les deux plénipotentiaires, il nV <mH (\r dissentiment sérieux que sur deux points : Tuii était le délai de payement des 1*^0 millions, Tautre l'intérêt des lettres foncièn^s à donner en garantie.

Dans leurs pourparlers préliminaires d'Ei furi , Goltz ri Daru avaient été d'avis de ûwv à à millions par mois ce cpie la Prusse aurait à payer, la dt»tte totale» restant arrêtée à tUo millions. Napoléon approuva la proposition (pTils en firent et Champagny notifia olliciellemenl a Daru ipj'il était autorisé à Taccepter au nom de la France La période d<' rend)oursem(mt se trouvait donc s'étendre sur trente-cin(| mois. Mais à peine cet accord était-il établi (jur Napoléon réduisit à i-jo millions sa créance sur la Prusse. Gomme rien de nou\rau n'était convenu au sujet des payements mensuels, Daru soutint que le chiffre de à millions était maintenu. Goltz prét<mdit, au contraire, qu'il devait être diminué en proportion de la réduction de la dette totale et, par suite, abaissé à 3,^1138,571 francs. La question n'était pas dépourvue d'intérêt, mais elle n'aurait pas mérité rimj)ortance que la Prusse y attacha alors, si cette Puissances avait eu Tintention d'acquitter rapidement sa dette, f^a question se posait en sommr» ainsi : les ii^o millions doivent-ils être remboursés par trente payements de à millions ou par trente-ciiKj payements de 3, 41^8,571 francs? Daru maintint ferme son raisonnement et finalement l'emporta.

L'autre question était d'un tout autre ordre.

Dans la convention du 8 septembre, il n'avait point été dit que les lettres foncières porteraient intéi êt. Daru exigea qu'un intérêt

Cliampagny à Daru, lU octobre 1808. — D"*après cette entente, la Prusse aurait payé tes l 'io millions ainsi :

I** novembre : ^8 millions en lettres de change;

i5 novembre : a a millions en b'itres de change; puis, 70 millions de lettres foncières à verser dans le délai d'un mois.

206 LA CONVENTION

fût stipulé dans l'arrangement qu'il élaborait a\ ec Goltz. Le ministre prussien subit cette exigence, mais avec une réserve formelle. A la tin (le l'alinéa ^ de l'article i*** de l'arrangement, il est, en effet, porté que ^de plénipotentiaire de Sa Majesté le roi de Prusse se réserve de faire auprès de Sa Majesté l'Emperem- et Roi ses représentations pour en obtenir la dispense de payer les intérêts ci-dessus stipulés??.

L'arrangement fut signé à Jierlin par Daru et Goltz, le 5 novembre 1808.

Cinq jours avant, Goltz avait fait verser les lao millions dus a la France, sous la forme convenue.

C'était d'abord 5o millions de lettres de change, à Tordre du receveur général des contributions, et dontAoici Torigine :

I. Berlin, — Les maisons Schickler frèi es , Benecke frères , Lippiiiann Meyer Wolf, Salomon Moses Levy, en

avaient souscrit ensemble pour 12,000,000'

IL Breslau. — Les négociants de Breslau et (les auti*es villes commerçantes de la Silésie en avaient souscrit ensemble, pour 10,000,000

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