Bibl. nat., L 31/10, in-folio
pour Tautre moitié, des prêtres qui se sont chargés d'instruire les enfants des citoyens dont ils ont déjà la confiance comme ministres des cultes. L'enseignement se borne aux principes de la lecture, de récriture et du calcul; il n'y a pas plus de oO instituteurs qui soient en état de former leurs élèves aux principes raisonnes de l'orthographe et de la grammaire. »
Indre : « Nulle part, pour ainsi dire, les écoles primaires n'ont été instituées; et celles qui l'ont été l'ont été si mal qu'autant aurait valu qu'elles ne l'eussent pas été ». Cependant le préfet constate que l'instruction est un peu plus répandue qu'autrefois : '( Le nombre des individus sachant lire et écrire, ditil, était en 1789 de 9 663, et en l'an IX de 10 310. Le nombre des individus dont les connaissances s'élèvent au-dessus des premiers éléments étaient en 1789 de 2 799, et l'an IX de 10 310. » Mais il est à craindre que cette statistique ne repose sur aucune donnée sérieuse.
Dans la Meurthe, il y a beaucoup d'instituteurs primaires, mais ils ne sont pas bons.
En résumé, dans ces statistiques, soit de lan IX, soit de l'an Xll, les préfets s'accordent presque tous à signaler le mauvais état de l'instruction primaire.
Les vœux des Conseils généraux, qui ont été publiés pour l'époque du Consulat ', ont pour i)oint de départ le même pessimisme.
Dans un rappout fait au Conseil d'airondissement de Cahors par un de ses membres, le 7 germinal
1. Bibl. nat., Lf 136/89, in-4. Des extraits en ont été cités par M. Albert Duruy dans son livre : L'Instruction publique et la Bévolulion, p. 496 et suiv., et par M. J. Guillaume dans le Dictionnaire pédagogique de M. Ferdinand Buisson, article Consulat (première partie, t. I, p. 514).
LE CONSULAT : l'eNSEIGNEMENT PP.IMAIRE 17
an IX, il est dit : « Vous le savez, le premier degré d'instruction est nul, et l'habitant des campagnes ne sait plus comment s'y prendre pour donner à ses enfants les éléments de la langue française, du calcul et de récriture * ».
Le 30 germinal an X, dans le discours qu'il prononça au Corps législatif comme orateur du gouvernement pour soutenir le projet de loi relatif à l'instruction publique, Fourcroy se déclara « effrayé de la nullité presque totale des écoles primaires et des suites que doit amener un état de choses qui laisse une grande partie de la génération dénuée des premières connaissances indispensables pour communiquer avec celles qui la précèdent et qui doivent la suivre ». Il est vrai que, le 4 floréal suivant, dans son rapport sur le même projet de loi, le tribun Jacquemont crut pouvoir dire : '* II n'est guère maintenant de commune rurale qui n'ait son maître de lecture et d'écriture ». Mais cette assertion se trouve contredite par tous les autres témoignages, y compris ceux de conseillers d'État envoyés en mission et dont M. Rocquain a publié les rapports -.
Il n'est pas douteux que sous le Consulat, en l'an X, l'état de l'instruction publique ne fût, sauf en quelques régions, déplorable.
Si la loi du 3 brumaire an IV échoua, en cette partie, soit sous le Directoire, soit sous le Consulat, c'est parce qu'on n'avait pas formé un personnel d'instituteurs. L'École normale de l'an III, établie pour cet
1. B. Pciuniès, Le Collège royal et les origines du Lycée de Caliors, 1907, in-8, p. 201.
2. F. Rocquain, État de la France au 18 brumaire, Paris, 1874, .in-8.
objet, fut détournée de son principe, et le projet qu'en Tan VI le ministre de l'Intérieur François (de Neufchâteau) avait annoncé, d'organiser une école normale primaire dans chaque école centrale S ne fut réalisé ni sous le Directoire ni sous le Consulat.
Quant à l'application de la loi du 3 brumaire an IV pour l'enseignement secondaire, organisé dans les écoles centrales, les renseignements sont si abondants, on a publié tant de monographies 2, dont plusieurs sont excellentes, la matière est si riche et si diverse, que c'est tout un volume qu'il faudrait pour tracer le tableau du développement de ces Écoles centrales sous le Consulat. Je me bornerai à un aperçu, avec quelques vues générales et quelques traits précis.
1. C'est dans un « ordre de travail de ses bureaux >■ (9 thermidor an VI) qu'il formula ce projet, en ces termes :
« Les écoles primaires manquent, en général, de bons instituteurs; il faut donc commencer à élever des maîtres. Les Écoles centrales se prêteront sans doute au dessein du ministre, de les faire servir à former des instituteurs, et à essayer les tableaux et les cartes élémentaires qu'il compte faire publier... » (Recueil des lettres circulaires du Ministre de l'Intérieur, t. I, p. 9. Bibl. nat., Lf 132/6, in-4).
2. Voir, entre autres, les études de M. Mosnier, sur l'école centrale de la Ilautc-Loire; de M. Tiffonnet, sur celle de la Haute-Marne; de M. Lhuillier, sur celle de Seine-et-Marne; de jM. Bénet, sur celle du Calvados; de M. E. Cheyiud, sur celle du Cantal; de M. Pellisson,sur celle de la Dordogne; de M. Créinieux, sur celle de l'Indre; de M. NicoUet, sur celle des Hautes- Alpes, et diverses monographies de collèges et de lycées, surtout VHistoire du collège et du lycée d'Angouléine, par MM. Boissounade et Bernard, Angoulème, 1893, in-8. On trouvera une bibliographie de ceux de ces ouvrages qui avaient paru en 1893 dans Charles Fierville, Archives et Bibliographie des lycées, Paris, 1893, in-4. Bibl. nat., 4" U. 1110. Voir aussi L. Liard, L'Enseignement supérieur en France, et Fr. Picavet, Les Idéologues.
La création des écoles centrales fut un mémorable effort pour établir un enseignement d'État national, laïque, à base scientifique, conforme aux théories philosophiques et pédagogiques du xviiic siècle, afin de former des citoyens, des républicains. « Le but de léducation, disaient les professeurs de l'école centrale de l'Aude en tôte de leur programme, est de préparer l'homme enfant à devenir l'homme social, et d'établir d'avance, dans l'exercice de ses facultés, une sorte d'harmonie analogue aux institutions sous lesquelles il doit vivre '. » Cette œuvre anticléricale et révolutionnaire fut ardemment combattue par l'Église catholique et par la coalition de toutes les forces du passé. Même détruite, elle fut insultée, rétrospectivement, par tous les écrivains rétrogrades.
Il y en avait une dans chaque département. C'était un externat. Le latin n'était plus la base de l'enseignement.
Trois sections se superposaient :
1° De douze à quatorze ans : dessin, histoire naturelle, langues anciennes, et aussi, selon les lieux, langues vivantes;
2° De quatorze à seize ans : mathématiques, physique et chimie;
3° De seize à dix-huit ans : grammaire générale, belles-lettres, histoire, législation.
Tous ces cours étaient facultatifs.
Chaque école centrale devait avoir une bibliothèque publique, un cabinet d'histoire naturelle, un cabinet de physique et de chimie, un jardin botanique.
1. Camille Bloch, L'instruction publique dans l'Aude pendant la Révolution, Paris, 1894, in-S", p. 45 (Extrait de la Revue internationale de l'enseignement des 15 janvier el 15 mars 1894).
Nommés par Tadministration de département sur la proposition d'un jury d'instruction, les professeurs des écoles centrales ne pouvaient être destitués que par un accord entre l'administration du département, le jury d'instruction et le Directoire exécutif. Ils recevaient un traitement fixe de 3 000 francs dans les villes au-dessus de 50 000 âmes, et de 2 000 francs dans les autres villes. Ils avaient en outre un traitement éventuel, consistant en une rétribution de 25 livres au plus, payée par chaque élève. Ils étaient ainsi égaux par le traitement aux plus hauts fonctionnaires du département *.
Comme exemple d'application, voici, à Angoulême, Técole centrale de la Charente, dont l'histoire a été racontée en détail par MM. Bernard et Boissonnade.
Chargée par la loi de la direction générale de l'instruction et, en particulier, de faire des règlements pour l'école "centrale, sous l'approbation du Directoire exécutif, l'administration du département de la Charente nomma, le 6 pluviôse an IV, six jurys d'instruction publique, dont l'un, celui du ci-devant district d'Angouléme, fut chargé de choisir et de surveiller les professeurs de l'école centrale ^. Renouvelé plusieurs fois, il fut toujours formé d'hommes instruits, d'opinions modérées, nuance 1789 3. Au-dessous du jury et à la tête de l'école centrale, il y avait un conseil
1. La loi disait même : « Le salaire annuel et fixe de chaque professeur est le même que celui d'un administrateur de département. >' Sous le Consulat, ce salaire fut réduit à 2 OOU et à 1 500 francs.
2. Sur les autres attributions de ce jury, assez nombreuses, voir Bernard et Boissonnade, p. 237.
;!. Voir leurs notices biographiques dans Bernard et Boissonnade, p. 233 et suiv.
d'administration, faisant l'onction de bureau de discipline, et composé de six professeurs, dont le bibliothécaire, membre de droit, qui était aussi une sorte d'économe.
La direction de l'école centrale d'Angouléme, ainsi partagée entre le jury d'instruction et le conseil d'administration, fut indécise et faible. Le jury luimême et plus tard le Conseil général du département émirent (mais vainement) le vœu que toute la direction fût confiée à une seule personne, sous le titre de directeur ou d'inspecteur.
Le personnel enseignant fut nommé au concours. Chaque candidat envoyait un programme raisonné avec des certificats, sans qu'il fût nécessaire qu'il se présentât en personne K On fit une large publicité dans les journaux. Le jury consulta les notabilités les plus compétentes, comme Ginguené, Lacépède, Daunou, le peintre David. La première année, les choix furent un peu difficiles, à cause de la simultanéité de l'organisation de tant d'écoles centrales. Plus tard, les candidats abondèrent, sauf pour la physique et l'histoire naturelle.
La loi prévoyait neuf chaires, en dehors des langues vivantes. Il ne fut pas pourvu à toutes tout d'un coup. Le l'^' frimaire an V, l'école centrale de la Charente s'ouvrit avec cinq professeurs : belles-lettres, grammaire générale, histoire, législation, dessin. Le 27 du même mois, on nomma le professeur de mathéma-
I. Loi du 1"' germinal au IV : ■■ Les jurys d'instruction établis par la loi du 3 brumaire dernier peuvent élire, malgré leur absence, les sujets que, sur la notoriété publique et les preuves antérieurement faites, ils jugeraient, en leur àme et conscience, être les plus propres à remplir les places de professeurs des écoles centrales ».
tiques; le 7 germinal suivant, le professeur de physique et de chimie (mais sa chaire vaqua aussitôt, parce qu'il n'y avait rien d'organisé pour cet enseignement, et son successeur ne fut nommé que le 27 nivôse an IX); le 25 nivôse an VII, le professeur de langues anciennes; le l^r nivôse an IX, le professeur dhistoire naturelle.
Sur onze professeurs qui furent successivement nommés, il y avait quatre ex-oratoriens', trois exprétres séculiers, abdicataires, quatre laïques, dont Lefèvre-Villebrune, ex-professeur de langues orientales au Collège de France. Le bibliothécaire fut d'abord un laïque, puis un ex-prétre.
La rétribution scolaire fut fixée, pour chaque élève, à 24 livres, mais on la réduisit à 12 livres pour les élèves qui suivaient les cours de mathématiques, de gra^nmaire générale et de physique. Le nombre de ceux qui furent exemptés de cette rétribution varia entre deux et huit. L'éventuel de chaque professeur varia entre 170 et 430 francs. Les professeurs furent payés très régulièrement, sauf en l'an VI 2. Les dépenses totales de l'école furent, sous le Directoire, d'environ 185 000 francs.
Quant au local, ce fut, de l'an V à l'an Vlll, l'ex-
i. Les hommes de la Révolution faisaient grand cas du mérite pédagogitjue de la Congrégation de l'Oratoire. Ainsi l'auteur du compte rendu de la séance de la Constituante du 9 juillet 1790 dans le Journal de Paris du 10, p. 772 (c'était probablement Garât), écrit : « S'il y a jamais eu des hommes qui, menant à peu près une vie monastique, ont prouvé qu'ils étaient capables de former des hommes et des citoyens, ce sont les religieux de l'Oratoire ».
2. On a dit souvent que les professeurs des écoles centrales étaient irrégulièrement payés. On voit que ce n'est pas tout à fait exact pour l'école de la Charente. Nous savons que les pro-
sacristie de la cathédrale Saint-Pierre, trop petite, puis la vaste ex-abbaye de Beaulieu.
Quels furent les programmes?
D'après la loi, le latin n'était enseigné que dans la première section, de douze à quatorze ans. Puis, interrompu pendant deux ans, il ne semblait pouvoir être repris que dans la troisième section, à propos des « belles-lettres ». A Angoulême, il y eut, en faveur de l'enseignement continu du latin, un mouvement d'opinion qui triompha sous le Consulat. Un règlement du 21 brumaire an X répartit cet enseignement, dans l'école centrale de la Charente, sur les six années sans interruption, de manière que, commencé en première et en seconde années, il fût continué en troisième année par le professeur de grammaire générale; en quatrième année, par le professeur d'histoire; en cinquième et en sixième années, par le professeur de belles-lettres.
C'est surtout les cours de dessin et de mathématiques qui étaient suivis. Il est probable que les élèves des institutions ou pensionnats particuliers de la ville allaient chercher à l'école centrale les enseignements qu'ils ne trouvaient pas ailleurs. L'enseignement secondaire était donc donné, à Angoulême, à la fois dans les écoles privées et à l'école centrale, et à des élèves qui semblent avoir été parfois les mêmes.
Ce qui rendait le recrutement des élèves difficile, c'est qu'il n'y avait que 30 écoles primaires dans le ci-devant district d'Angoulême et nul enseignement intermédiaire entre ces écoles primaires et l'école
fesseurs de l'école centrale du Cantal, à Saint-Flour, furent toujours payés, » sauf quelques retards ». (L'École centrale du déparlcinent dnCanlal, par Emile Gheylud, p. 24.)
centrale, où on n'était admis qu'à douze ans. Les enfants qui entraient au lycée ne savaient rien : d'où le peu de succès des cours de belles-lettres, d'histoire et de grammaire générale; le professeur de ce dernier cours se résigna à borner d'abord son enseignement aux éléments de la grammaire française.
Le cours de belles-lettres semblait surtout destiné à préparer les jeunes gens à l'éloquence politique. Les modèles étaient les anciens : Démosthène, Cicéron, et aussi les modernes, des hommes de la Révolution : Mirabeau, Thouret, Rabaut Saint-Étienne, Vergniaud.
L'enseignement de l'histoire était surtout philosophique et moral, à la manière de Montesquieu, de Voltaire, de Mably, de Raynal. On enseignait, en somme, ce que nous appelons l'histoire de la civilisation.
Sous le nom de législation, on donnait un enseignement civique supérieur, avec des sortes d'exercices pratiques sous forme de participation des élèves aux fêtes nationales, et on enseignait la morale, une morale indépendante « d'une croyance particulière ' », mais fondée sur le déisme.
Il y avait un bon programme scientifique, mais on n'eut pas assez d'argent pour bien organiser les laboratoires.
Le dessin était à la base de tout l'enseignement, selon les idées de Condillac,
C'est seulement sous le Consulat, en l'an VIII, que la bibliothèque fut organisée. Elle compta 24 000 volumes. Elle fut, comme le voulait la loi, publique.
II n'y eut pas d'internat officiel près de l'école centrale, malgré le vœu du Conseil général en l'an IX.