Ibid., p
3. Gti. Jourdain, Lu Budget de l'instraclion paLlicjue, p. 175.
leurs succès dans renseignement qui leur est confié. On remarque que les enfants de la classe du peuple qui suivent leurs écoles acquièrent d'excellents principes de religion, se distinguent par leur décence et leur douceur, et savent très bien lire, écrire et compter. Le vicaire général n'a qu'une influence bornée sur l'organisation et la tenue des écoles. La haute surveillance est confiée à lautorilé ecclésiastique et à l'autorité municipale. La première veille à ce que les enfants remplissent exactement leurs devoirs de religion et en apprennent les principes dans le catéchisme de l'Empire. L'autorité municipale, qui se compose du maire et d'un bureau formé parmi les personnages les plus distingués et les plus riches de la ville, entre dans tous les détails de l'administration. Il y a toujours deux visiteurs en exercice, qui parcourent souvent les écoles, veillent à ce que les enfants soient proprement vôtus, les interrogent sur lobjet de leurs travaux, distinguent ceux qui se conduisent bien en les encourageani par de petites gratifications. A la fin de Tannée les bons élèves de chaque école sont récompensés. On les admet ensuite à un concours général, et l'on paie l'apprentissage des deux meilleurs. Cet encouragement porte les parents à seconder les maîtres; ils trouvent leur intérêt à ce que les enfants se distinguent par leur assiduité et leur bonne conduite. Nous avons fait une visite au vicaire général, et les renseignements que nous avons reçus de lui nous ont confirmés dans la bonne opinion que nous avions de cette institution. M. le maire insiste beaucoup sur la conservation de ce mode d'administration; bien entendu cependant que le recteur et les inspecteurs d'académie auront la haute main sur ces établissements . Nous croyons
devoir appuyer ce vœu, parce; qu'il nous paraît qu'il serait impossible au rectcurct aux inspecteurs d'entrer dans un aussi grand nombre de détails*. >-
Les communes payaient les Frères, mais il fallait un décret impérial pour approuver cette dépense et la régler. Ce décret était rendu sur la proposition, non du grand-maître, mais du ministre de l'Intérieur, attendu que le règlement des budgets municipaux était dans les attributions de ce ministre. Cependant il arrivait que le grand-maître intervînt aussi.
Voici, par l'exemple de la ville de Blaye, comment il arrivait que les choses se passassent.
Le 13 mai 1811, le Conseil municipal de cette ville, « vivement affecté de la grande immoralité qui règne dans la classe du peuple la plus indigente et la plus nombreuse, ne pouvant l'attribuer qu'à l'oubli de tous les principes moraux et religieux que le système anarchique s'était efforcé de détruire, est persuadé que la régénération des mœurs peut seule assurer la subordination dans l'ordre naturel et civil des pouvoirs, rendre les enfants obéissants à leurs parents et donner au souverain des sujets soumis et fidèles, pense qu'une éducation sévère et gratuite doit remplir par la suite le but qu'il se propose ». « .Sérieusement occupé de cet établissement, le maire a obtenu de M. l'archevêque de Bordeaux deux sujets pris dans une corporation toute dévouée à l'instruction des pauvres, connue jadis sous le nom de Frères ignorantins. Ce respectable prélat, dans sa lettre du 5 février dernier, écrite à M. le maire, fixe comme suit les frais de cet établissement, savoir : pour le logement 300 francs;
1. llîipport des inspecteurs généraux Budan et Petitot, Lyon, le 11 avril 1809. Arcli. nat.. F'' 1 -360.
pour le traitement annuel 1200; et pour frais extraordinaire de premier établissement 2 900; total ; 4400. » Le Conseil municipal, dans la vue d'obtenir ledit établissement, vote cette somme pour 1812, savoir
I 500 francs aux dépenses ordinaires et 2 900 francs aux dépenses extraordinaires. Le maire (Deluc) transmet cette demande au grand-maître de lUnivcrsité, par lettre du 27 juin 1811, où il dit : « 11 est plus que temps d'extirper jusque dans ses racines les germes de corruption que notre Révolution a produits dans les mœurs. Renonçant à guérir les blessures que l'immoralité a faites dans les personnes adultes, il faut cherclier à préserver l'enfance des maux que la génération présente leur laisserait pour héritage. ).
Soit dit en passant, on voit dans cette lettre que la corporation des Frères, à Bordeaux, u est assez nombreuse pour fournir des sujets à toutes les villes de ce département ".
Réponse de Fontanes, du 5 août 1811 : il fait observer qu'on a oublié de pourvoir, dans la délibération, à des dépenses qu'exige l'institut des Frères : « Ce sont les frais de route des Frères, et une indemnité est accordée, pour chacun d'eux, à la maison de l'Institut à Lyon ».
II va s'occuper de fixer cette somme, et soumettre le tout au Conseil de l'Université. Mais, finalement, ce n'est pas ce Conseil qui décide, et c'est le ministre de l'Intérieur qui fait signer le décret impérial du 2 octobre 1813, pour la fixation du budget de la ville de Blaye de 1813, par lequel le traitement des deux frères est fixé à 500 francs pour chacun, au lieu de 600, Et, au lieu de 2 900, le décret n'accorde provisoirement que 1 500 francs. Le préfet verra s'il n'y a pas {)Ossibi-
lité de réduire, pour 1814, le chiffre de 2 900 francs '. Il semble que le but principal de renseignement primaire, alors comme autrefois, ce soit d'enseigner au peuple la religion catholique : doù la faveur accordée aux Frères. Les inspecteurs généraux laissaient aux recteurs des instructions où on lisait : < Partout où il se trouvera des Frères des écoles chrétiennes, ils seront présentés de préférence à d'autres- ». Tédenat, recteur de l'Académie de Nimes, dans un rapport qu'il adressa au grand-maître en 1812, demanda qu'on multipliât leurs maisons : « Un établissement formé de quatre Frères, dit-il, suffit pour élever plus de trois cents enfants, tandis que ce nombre occuperait au moins six ou huit instituteurs ordinaires. Ils leur apprennent les principes de la morale et de la religion, tandis que la plupart des autres regardent comme au-dessous d'eux de leur parler du catéchisme et de les conduire à la messe les dimanches et fêtes. » Et il ajoute : « L'éducation religieuse dans les campagnes est plus essentielle qu'on ne le pense communément. Les enfants des gens de travail, livrés à eux-mêmes dès leur enfance, n'ont que trop l'occasion de prendre l'habitude du vice; ils ont besoin d'être ramenés à la pratique de la vertu par les leçons et les exemples d'un instituteur sage et éclairé, qui les accoutume de bonne heure à la pratique des devoirs de leur religion. II est rare que les instituteurs ordinaires veuillent s'en donner la peine, tandis qu'il est dans l'institution même des frères de la Doctrine de s'acquitter de ce devoir. Mais toutes les communes n'ont pas les moyens pour doter de pareils établissements; il n'y a que les grandes villes qui