Ambroise Rendu, par Eugène Rendu, p
peu à léglise et prétexte sa santé. On soupçonne que lamour-propre l'en éloigne, n'ayant pas de quoi se vêtir comme il le voudrait. On ne dit rien contre ses mœurs. »
A Saint-Cirq, ■• M. Julial Raymond (au lieu de Quoi- '|ue), paysan sur son bien, qui tient au parti des illuminés (on appelle ainsi les ennemis du Concordat). Depuis peu de temps, à la sollicitation des parents, il lionne quelques courts principes de religion, mais il icfuse d'employer le nouveau catéchisme. 11 ne veut point de diplôme, et il continue son enseignement malgré les avis du maire. » Encore à Saint-Cirq :
M. Lacoste, voisin du précédent, soldat retiré et prélV>rant loccupation plus douce de maître d'école à celle de laboureur. On doute qu'il soit instruit. Il se conduit bien d'ailleurs, et n'a que 4 écoliers. » Dans ce iliocèse, il y a, d'après les rapports de l'évéque, quelques instituteurs protestants.
Dans le diocèse de Sées, arrondissement d'Alençon, commune de La Lacelle : >< Bouteville. Bon maître, ayant de la religion , mais buvant quelquefois au-delà des ])ornes de la tempérance ' ».
On a vu que Fontanes avait promis aux évêques que leurs indications seraient scrupuleusement suivies, et on a vu aussi qu'en les consultant il était d'accord avec Xapoléon. Mais comme, dans la querelle avec le pape, la plupart des évêques prirent le parti du pape, Napoléon changea de sentiment à l'égard du clergé, sa confiance tomba, et l'épiscopat ne fut plus aussi écouté ni consulté dans les affaires d'enseignement. Les évêques n'eurent pas toujours, tant s'en faut,
I. Arch. nat., pf i 943. On y trouve aussi des notes pour les diocèses d'Autun, de Gahors cl de Dijon.
2o2 ENSEIGNEMENT PRIMAIRE
linlluencc prépondérante dans le choix des instituteurs primaires à diplômer, cest-à-dire à autoriser.
Voici, par exemple, ce qui se passa à Rueil, près de Paris.
A Rueil. en 1809. il y avait deux instituteurs : 1" Un nommé Louis, ex-instituteur à Rouen, protégé et recommandé par le curé de Rueil, l'abbé Brocbi.^r. Il avait été nommé, le 14 germinal an XI, instituteur à Rouen par le préfet de la Seine-Inférieure. Le maire de Rouen lui avait donné un bon certificat. En août 1809, il avait adressé au grand-maître une pétition apostillée du curé et du maire de Rueil, en vue dêtre autorisé à exercer à Rueil. Le grand-maître l'y avait autorisé, le lo septembre 1909. 2° Un nommé Bouvin, qui alors, depuis quatre ans, exerçait les fonctions d'instituteur, et était en règle, puisque (letti'e du préfet de Seine-et-Oise au grand-maître, du 23 décembre 1809) le grand-maître, par arrêté du 13 décembre 1808, avait autorisé toutes les pensions, institutions et autres établissements d'instruction publique à continuer provisoirement, jusqu'au moment où les inspecteurs généraux de l'Université auraient achevé leur tournée.
Louis se vit refuser par le maire l'indemnité due à l'instituteur pour le logement : en apostillant sa demande, le maire n'avait pas du tout entendu l'établir à Rueil ;\ l'exclusion de Bouvin, Alors Louis demanda au grand-maître c|u'on expulsât Bouvin. Le curé écrivit aussi au grand-maître pour appuyer cette demande. Bouvin ne va jamais aux offices, « de sorte, dit le curé, que je ne connais point sa religion et que je suis fondé à croire que la catholique n'est pas la sienne ». Il ne sait pas chanter, et il faut que l'instituteur chante à l'église. L'évéque de ^'ersailles écrivit,
l'enseignement primaire et les ÉVÊQUES 2o3
à l'appui, que Bouvin « ne mérite aucune confiance ». Lettre du préfet : excellents renseignements sur Bouvin, ancien employé dans l'administration du département; le maire lui a délivré un très bon certificat. Le H novembre 1809, le Conseil municipal nomma instituteur de la commune Bouvin en remplacement du titulaire, décédé. Le grand-maître nosa pas donner raison à l'évêque et au curé : il diplôma et maintint à Rueil les deux instituteurs, le protégé de l'évéquc et le protégé du maire '.
Mais voici un autre incident, fort instructif au même point de vue et à d'autres, où Fontanes montra plus de complaisance envers le clergé.
Le 18 août 1809, le maire du Bourget transmit au grand-maître le dossier du sieur Rémy, « instituteur de profession - : >■ Comme ledit dénommé, dit le maire, est bien connu dans notre commune, dont il est bien estimé, nous demandons, s'il est possible, de l'avoir pour maître d'école primaire, et, avant ((uil ait obtenu son pouvoir, de permettre qu'il puisse enseigner, afin que les enfants ne restent point oisifs ». Quelques jours après, le grand-maître l'eçut une lettre (sans date) de Claude Bienfait, desservant de la paroisse du Bourget, qui « représente humblement qu'ayant eu jusqu'à présent la douleur de voir l'éducation des enfants de sa paroisse confiée à des maîtres d'école dont la conduite était peu régulière, les enfants des pauvres, qui sont en grand nombre, restant dans l'ignorance, demande d'être chargé seul de l'instruction des enfants et le prie instamment de lui accorder un diplôme qui l'autorise à exclure de
t. Ar.'h. nat.. F'" 1761.
254 KXSEIGXEMEXT PRIMAIRE
linstruction ceux qui voudraient contrarier son entreprise ». « Il se propose d'instruire ou faire instruire gratis ceux qui seront d'état de payer, ce que lui accordant, il fera les vœux les plus sincères pour la conservation do Son Excellence... » En même temps labbé Bienfait se fit appuyer par le vicaire général de Tarchevêque de Paris, d'Astorg, qui écrivit au grand-maître (2 septembre 1809), pour lui dénoncer Tinstituteur Rémy, que labbé Bienfait accuse d'ivrognerie : « Le seul témoignage de M. Bienfait, ajoutet-il, ne m'aurait pas suffi dans cette circonstance : vous en savez les raisons. Mais je reçois par écrit celui de deux autres curés, dont l'un surtout mérite toute confiance. Celui-ci m'écrit que le sieur Rémy a été renvoyé de sa commune à cause de son inconduite, et qu'à Boulogne, où il était antérieurement, il n'avait joui d'une meilleure réputation. L'autre curé me dit pareillement que M. Remy fut renvoyé de sa commune pour sa mauvaise conduite et son incapacité; et que le maire et lui, curé, sont d'accord pour ce renvoi. » Que fait Fontanes? Il accorde au curé du Bourgel l'autorisation d'enseigner, disant (11 septembre) qu'il verra « toujours avec plaisir MM. les desservants s'occuper de joindre l'enseignement aux autres fonctions de leur ministère », mais il se refuse à rendre cette autorisation « exclusive », se réservant d'approuver le choix que pourra faire la commune du Bourget d'un instituteur, s'il lui semble digne de sa confiance. En même temps, aveuglément créduh; aux dénonciations cléricales, il écrit au maire du Bourget (19 septembre) qu'il apprend que l'instituteur Rémy s'est fait renvoyer, par son inconduite, de la commune où il résidait, et qu'à Boulogne, où il était
l'enseignement primaire et les évêques 2:;5
anlérieurement, il ne jouissait pas d'une meilleure réputation. » « La conliance que je dois à ces informations, qui me sont données par des fonctionnaii'es publics d'une classe distinguée, ne me permet pas d'accorder au sieur Rémy l'autorisation que vous me demandez pour lui, et je vous invite à me proposer un autre sujet. »
Mais Rémy est installé et exerce provisoirement. Furieux, l'abbé Bienfait le dénonce (8 octobre) au grand-maître : « Tandis que cet homme restera dans la commune, il ne sera pas possible au curé d'y faire aucun bien. Il attend de votre crédit, de votre autorité et de votre justice que vous l'en délivriez. » Averti par le grand-maître, le préfet de la Seine charge le souspréfet de Saint-Denis de faire fermer l'école du sieui- Rémy. Le maire la ferme, le 15 novembre 1809, et il écrit, le 24, au sous-préfet : « Il est bon, monsieur, de vous observer que, lorsque nous avons reçu le sieur Remy pour maître des petites écoles, il était muni de bons certificats, à lui délivrés par les autorités où il a été maître d'école ; il est anciennement bien connu de la majeure partie des habitants du Bourget; dans toute la commune, il n'y a qu'à Monsieur le desservant à qui il ne convient pas; il instruit les enfants dans la religion chrétienne, et fait apprendre aux enfants à lire et à écrire de manière que les pères et mères en sont satisfaits. » Les habitants les plus notables du Bourget protestèrent aussi contre cette mesure. En transmettant pièces et renseignements au grand-maître, le préfet de la Seine lui dit (18 décembre 1809) : » Il paraîtrait que Votre Excellence a été induite en erreur par de faux renseignements sur le compte du sieur Remy, du moins si Ton
en juge par les pièces dont je vous adresse des copies. Comme je ne puis rester étranger à tout ce qui intéresse le bien-être de mes administrés, je prie Votre Excellence de vouloir bien se faire rendre compte de cette affaire et de me mettre à même de tranquilliser les habitants du Bourget sur les craintes qu'ils ont conçues relativement à l'instruction de leurs enfants ^ »
Le dossier de cette affaire, aux Archives nationales, ne nous apprend pas si Fontanes revint sur sa décision. Il est vraisemblable qu'il la rapporta. Mais on voit quelle indulgence et quelle confiance il avait accordée aux évidentes calomnies du clergé, et on voit aussi cju'en cette affaire, comme en bien d'autres, le préfet et le sous-préfet répugnent à se mettre ainsi aux ordres du clergé.
C'est probablement à la suite d'incidents comme ceux dont on vient de lire le récit que Xapoléon se décida, par le décret du 13 novembre 1811 (art. 191 el 192), à rendre aux préfets, sous-préfets et maires la surveillance des écoles, dont néanmoins le grand-maître continuait à instituer les maîtres : le ministre de l'Intérieur lui ferait un rapport sur les moyens à adopter pour concilier cette surveillance avec celle que l'Université pourrait aussi exercer.
Ces incidents ne nous font pas voir seulement les inlluences politico-religieuses qui s'entre-choquaient è propos des nominations d'instituteurs primaires, mais nous renseignent aussi sur la manière dont se faisaient