Arch. nat., F
comme maître écrivain, et lui-même il avait obtenu, le 18 brumaire an XIII, de monsieur le préfet du département de la Seine, un diplôme de maitre décnture. J"ai été satisfait des examens que je lui ai fait subir : son écriture a beaucoup de pureté et de correction, il connaît Torthographe, et il a résolu sans peine les questions les plus difficiles de l'arithmétique. Outre le diplôme de monsieur le préfet de la Seine, le sieur Saintomer est muni de certificats qui attestent ses bonnes mœurs. Je pense donc que sa demande peut être accordée et qu'il a toutes les connaissances nécessaires pour devenir un instituteur primaire distingué.
Voici deux rapports défavorables :
1° Paris, le /o août 1810. — J'ai reçu la demande du sieur David, qui m'a été renvoyée par monsieur le chef de la l''* division, et qui a pour objet d'obtenir de Son Excellence le grand-maître de l'Université l'autorisation d'annoncer, par des affiches, un cours permanent de lecture par échos.
Le sieur David est un des plus faibles instituteurs primaires de son arrondissement, tant sous le rapport du nombre de ses élèves que sous le rapport de leur instruction. Les plus forts de ces élèves lisent mal, n'écrivent qu'avec beaucoup de peine sous la dictée, n'ont pas une idée d'orthographe, et le plus âgé n'a pu faire une soustraction simple. Le sieur David lui-même, quoiqu'assez instruit, peut-être, pour être instituteur primaire, ne parait pas avoir une idée bien nette de la lecture par échos, dont il fait cependant usage dans son école; il n'a pu répondre que d'une manière fort obscure à plusieurs des questions que je lui ai proposées sur ce sujet.
En conséquence, j'ai tout lieu de craindre que le but du sieur David ne soit bien moins d'étendre et de faciliter l'instruction que d'associer publiquement son nom à la méthode de lecture par échos' et au nom de l'Université
1. Sur cette méthode de lecture, voir, dans le Dictionnaire de pédagogie de M. F. Buisson, 1"= partie, l'arlicle Lecture, rédigé par .M. J. Guillaume.
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impériale, afin de s'attirer, par cette petite charlatanerie, quelques écoliers de plus. Je pense donc qu'il ne résulterait aucun bien pour l'instruction en accordant au sieur David sa demande.
2'^ Paris, 27 août ISIO. — La demande adressée à Son Excellence le grand-maitre de l'Université par le sieur Payen, pour être autorisé à ouvrir une école primaire dans la division de Bondy, m'ayant été renvoyée par les bureaux de la l'"° division, jai examiné le sieur Payen sur les matières qu'il se propose d'enseigner, et je l'ai trouvé d'une faiblesse extrême sur tous les points. Il est très vraisemblable que c'est un honnête homme, qu'il a du zèle, qu'il aime ses élèves : il a des certificats honorables qui l'attestent; mais il ne sait ni lire ni écrire de manière à enseigner à lire et à écrire à d'autres. Il n'a aucune idée d'orthographe, et il connaît fort peu le calcul.
Je crois en conséquence que le sieur Payen n'est point assez instruit pour être instituteur primaire.
Enfin voici un autre rapport de l'inspecteur d'académie Cuvier, défavorable au début, indulgent à la fin, qui montre dans quelle incertitude la médiocrité générale des sujets jetait l'examinateur :
Paris, 12 août 1810. — Le sieur Bonnard sollicite de Son Excellence le grand-maitre de l'Université un diplôme d'instituteur primaire, et l'autorisation d'acquérir des héritiers de feu Basin l'école que tenait autrefois cet instituteur.
Le sieur Bonnard a obtenu, en l'an X, de monsieur le préfet du département de la Seine la permission d'ouvrir une école dans le IX° arrondissement, et il est muni d'un certificat du maire de cet arrondissement, qui atteste ses bonnes mœurs. Depuis, il a quitté son école pour prendre la place de caissier du déparlement de Rhin-et-Moselle, et il a obtenu dans cette nouvelle place des attestations qui ne laissent aucun doute sur son honnêteté. Enfin, monsieur le maire du III^ arrondissement et M. le curé de Sainte-
Elisabeth lui ont accordé de nouveaux certificats de bonnes mœurs.
Mais, si ces certificats garantissent la bonne conduite du sieur Bonnard, ses examens ne lui ont point été favorables sous le rapport de ses connaissances. Il ne lit point comme une personne à qui la lecture est familière, et il ne sait point l'orthographe. L'arithmétique est ce qu'il connaît le mieux et la seule chose qu'il puisse enseigner avec quelques succès.
Relativement à l'école de feu Basin, la veuve de cet instituteur en a chargé un particulier qui doit, au premier jour, entrer dans un bureau et qui, n'ayant aucun intérêt à la conservation de cette école, la dirige assez mal.
Il résulte des faits que nous venons de rapporter que le sieur Bonnard inspire de la confiance pour ses bonnes mœurs, mais qu'il manque des connaissances nécessaires à l'état qu'il veut embrasser. S'il ne s'agissait que de le comparer aux instituteurs primaires actuels, il aurait à l'exercice de cet état autant de droits qu'un très grand nombre de ceux que j'ai déjà examinés. Mais si, comme il est vraisemblable, le but de Son Excellence le grand-maitre est de rendre quelque considération à cette classe d'instituteurs, je crois qu'on doit mettre à l'avenir plus de sévérité dans leur admission qu'on ne l'a fait jusqu'à présent, et, pour cette raison, la demande du sieur Bonnard ne me semble point devoir être accordée.
Si cependant, en considération des certificats honorables dont le sieur Bonnard est porteur et du diplôme d'instituteur qu'il a obtenu, en l'an X, de monsieur le préfet de la Seine, S. Exe. le grand-maitre jugeait convenable de l'autoriser à ouvrir une école primaire , on pourrait, sans inconvénient, lui permettre de traiter avec les héritiers Basin. En faisant sa propriété de l'école sur laquelle ces héritiers croient avoir des droits, il ne pourrait, qu'apporter des changements avantageux à la tenue de ses élèves et à l'ordre de son institution.
Malgré toutes les prescriptions, il arriva que plus
d'un instituteur tint école sans diplôme ni autorisation. Des circulaires des 24 et 30 novembre 1812, en constatant le fait, invitèrent les préfets, les souspréfets et les maires à dénoncer, à réprimer ces abus.
Quels résultats donna, pour linstruction primaire, le régime de l'Université impériale?
Comme on ne forma pas de nouveaux maîtres, le personnel enseignant ne s'améliora en rien : « Dans la plupart des communes rurales, écrit le recteur de l'Académie de Nimes en 1812, les maires ont confié les écoles à leurs créatures; l'ignorance s'y est tellement multipliée qu'à peine trouve-t-on quelque instituteur qui sache lire et écrire; on en trouve peu qui connaissent passablement le calcul décimal et pour ainsi dire aucun qui soit en état de l'enseigner... Dans ces derniers temps le manque d'ouvrage dans les villes et les campagnes a singulièrement multiplié le nombre des instituteurs. Ceux qui ne peuvent gagner leur vie dans leur métier ordinaire se font instituteurs pour dernière ressource : le nombre en augmente tous les jours; on en trouve deux, trois et quatre dans des communes où un seul aurait de la peine à vivre ; ils y restent un ou deux mois, et vont ensuite porter ailleurs et leur inutilité et leur ignorance. Il résulte de cet exposé, qui est très exact, que tout est encore à faire dans cette partie de l'instruction publique, et qu'il ne sera pas facile d'éloigner kî grand nombre d'instituteurs inutiles qui vont se trouver dans l'indigence; celui des instituteurs instruits est bien au-dessous du besoin qu'on en a, et
l'on sera olDligé d'en former de nouveaux, ou il faudra employer la plupart de ceux qui auront été jugés incapables d'enseigner'. »
A Lyon, d'après les inspecteurs généraux Budan et Petitot, mais qui sont très partiaux contre les laïques, « des gens de toute espèce, des ouvriers de manufactures dégoûtés de leur état ou manquant de travail ont ouvert une multitude de petites écoles. Ces établissements, qui n'ont aucune solidité, et qui varient souvent, sont inconnus, même à l'autorité municipale. Les garçons et les filles y sont quelquefois confondus; l'enseignement y est mauvaisi la discipline y manque cependant il ne nous est point parvenu qu'il s'y passât rien contre les mœurs. Il serait à désirer que ces petites écoles fussent fermées, en donnant plus d'extension aux écoles chrétiennes'^. »
Dans l'enquête de 1810-1811, publiée par i\I. Charles Schmidt, les préfets parlent peu de l'enseignement primaire. Cependant le préfet de la Nièvre dit que « l'immense majorité des communes rurales est privée d'écoles primaires ». Il n'en est pas de même dans l'Oise, dont le préfet dit : « Cette partie de l'enseignement a éprouvé une amélioration sensible. Les instituteurs, appelés à des leçons normales données sur différents points du département, ont ensuite été examinés par un jury, tant sous le rapport de l'instruction que sous celui des mœurs et de leur attachement à nos institutions. Des livres élémentaires ont été composés exprès pour les élèves ; on aura soin d'y insérer, par la suite, des faits tirés de l'histoire glorieuse de la 40 dynastie. ■' Dans les Pyrénées-Orientales, « les