‹ Napoléon Ier et le monopole universitaire;Chapitre 145 sur 221 · Recueil de lois cl rcjlcinciUs, t. V, p. 3'J et · texte numérisé non relu

Recueil de lois cl rcjlcinciUs, t. V, p. 3'J et

2. Voir dans le Livre d'or du Cenlenalrc du lycée de .\untcs, p. 71, le programme des cours pour l'année scolaire 1812-1813. Ou y lit : « Cours de philosophie. Professeur, M. Poirrier. Le cours de philosophie se fera en latin : le professeur puisera sa doctrine principalement dans les ouvrages adoptés par le Conseil de l'Université. Cependant, pour abréger les dictées, il fera usage de temps en temps de la Philosophie de Lyon, que les élèves devront en conséquence se procurer. -• Cette » Philosophie de Lyon », alors fort connue, était un manuel anonyme en latin : Philosophia lugduncnsis ad usuin scholarwn, publié en 1782. <• Nous y voyons exposée, dit Paul Janet (Victor Cousin et son œuvre, p. 270), à la suite de la morale religieuse, toute la théologie catholique, et cela non pour les séminaristes, mais pour les laïques... Dans le corps même du cours le dogme théologique est partout présent. Nous y voyons enseignée, par exemple, VAngélologie ou la théorie des anges, la doctrine de rélernité des peines, la doctrine de la loi divine positive, c'est-à-dire l'autorité des lois ecclésiastiques. » — Disons en passant que la liberté laissée aux professeurs de faire leur cours en latin ou en français, à leur choix, fut abolie en 1822, lors de la suppression de l'École normale, et rétablie en 1828, par M. de Vatimesnil. C'est Victor

Pour l'application de ce programme, il nous manque les rapports des inspecteurs généraux, puisque ceux que nous avons sont de 1809, postérieurs à la mise en activité du nouveau régime, mais antérieurs aux programmes. Toutefois il n'est peut-être pas sans intérêt de savoir qu'au lendemain de l'établissement de l'Université impériale, au lycée de Caen, qui avait chaque année des élèves reçus à l'École polytechnique, l'enseignement scientifique est bon, tandis que « les classes de latinité sont un peu faibles ». Il en est de même au lycée de Poitiers, au lycée de Douai. Cependant il semble que, par le plus grand nombre des professeurs, par la surveillance même dont ils furent l'objet, l'enseignement, tant des lettres que des sciences, alla en s'améliorant dans TUniversité impériale.

Ajoutons que, comme dans les collèges de l'ancien régime, l'émulation fut un des moyens les plus employés et les pins goûtés. Le concours général, déjà rétabli à Paris sous le Consulat, donna lieu, chaque année, à une cérémonie solennelle, dont le Moniteur rendait compte. Il y eut aussi un concours général dans certaines académies, par exemple dans lacadémie de Poitiers '.

Parlons maintenant de ces bases religieuses, ces « préceptes de la religion catholique », sur lesquels le

Cousin qui, sous Louis-Philippe, lit abolir l'usage du laliii dans l'enseignement de la philosophie.

1. Le Collège de Niort eniSIO, par M. Marcel Nesi, p. 13. Déjà, en 1807, le préfet des Deux-Sèvres avait établi un concours entre les collèges de ce département. {Ibid.)

LES LYCEES : RELIGION 281

décret du 17 mars 1808 avait assis l'enseignement universitaire. Il semble qu'une telle concession eût dû satisfaire l'Église. Tout le clergé cependant ne fut pas satisfait. Un catholique anonyme, dans un pamphlet clandestin imprimé alors*, se plaignit amèrement qu'on eût écrit : les préceptes de la religion catholique, au lieu d'écrire : la doctrine, comme si on avait voulu distinguer la morale, qui est la même dans toutes les sectes chrétiennes, du dogme, qui varie parmi ces sectes. Il se plaignit qu'on eût parlé des idées libérales, « dont l'effet nécessaire est d'anéantir la religion catholique », qu'on tendît à former des élèves pour VÉtat, au lieu de dire : pour Dieu, pour sa gloire, pour le ciel, qu'on s'engageât à former des citoyens attachés à leur religion, comme si toutes les religions se valaient. Ces griefs sont d'ailleurs bien conformes aux enseignements des papes. Pour contenter l'Église catholique, il aurait sans doute fallu que l'Université impériale adoptât comme maxime fondamentale cet article du règlement de l'ancien collège Louis-le-Grand : « Tous ceux qui seront reçus dans le collège, maîtres, écoliers ou domestiques, feront profession de la religion catholique. La jeunesse y sera formée, avec le plus grand soin, à la connaissance et à la pratique de cette sainte religion, ainsi qu'au respect et à l'obéissance dus à l'Église, aux premiers pasteurs, particulièrement au souverain pontife, à la personne sacrée du roi et à son autorité 2... » Sans doute, le règlement

1. Arch. nat., F'' 8 20.3. — J'ai reproduit la plus grande parlic de ce pamphlet dans la revue La Révolution française, n" du 14 novembre 1910.

2. Règlement du collège Louis-le-Grand, 20 août 1707, titre IX, article 1, dans le Recueil de lois et règlements, t. I, p. 92.

de police pour les lycées, du 19 septembre 1809, annonça lintention de rétrograder jusqu'à Tancien régime, par cet article 74 : « On se conformera pour l'enseignement et les exercices de religion, autant qu'il sera possible, aux usages suivis dans les anciens collèges de l'Université. Une instruction particulière sera envoyée, à cet effet, par le grand-maître aux recteurs des Académies, » Mais cette instruction ne fut pas, que je sache, envoyée, et l'article 36 établissait formellement dans les lycées, sinon toute la liberté de conscience, du moins la liberté des cultes : (( S'il y a dans le lycée des élèves non catholiques, le proviseur laissera aux parents toute facilité pour leur faire apprendre et pratiquer leur religion ».

Le grand-maître, le Conseil de l'Université, les inspecteurs généraux prirent fort au sérieux les bases religieuses de l'enseignement. Dès 1809, de sa propre initiative (semble-t-il), le proviseur du lycée de Rouen avait mis entre les mains des élèves, dans toutes les classes de latin, « l'Évangile en latin et en français^ )>. Le Conseil de l'Université, le 17 septembre 1811, ajouta cet article au règlement des lycées : « Les élèves apprendront dans toutes les classes, chaque jour, deux ou trois versets du nouveau Testament, savoir : en français ou en latin dans la classe élémentaire ou dans la classe de première année de grammaire; en latin, dans la deuxième année de grammaire et la première d'humanité; en grec, dans la deuxième d'humanité et dans la rhétorique - ». Ne nous hâtons pas de dire, avec notre langage d'aujourd'hui, qu'on voulait ainsi cléricaliser les lycées. Non : c'était toujours cette poli-

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