Recueil de lois et règlements, t. V, p
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tique qui consistait à introduire la religion dans les lycées pour la mieux sui'veiller. C'est d'ailleurs ainsi que le règlement disait (article 34) : « L"aumônier est chargé, soas la surveillance des proviseurs, de tout ce qui a rapport à la religion ».
C'est cette surveillance qui intéressait Napoléon. Le grand-maître, lui, s'intéressait davantage aux progrès de Tesprit religieux dans les lycées, et il attira là-dessus l'attention la plus vigilante des inspecteurs généraux.
Dans leur tournée de 1809, quand Budan et Petitot arrivent à Lyon, c'est avec les autorités ecclésiastiques qu'ils confèrent tout d'abord : « MM. les vicaires généraux de §. A. E., disent-ils, sont venus nous voir; nous avons dîné deux fois chez eux : à l'un de ces repas, où se trouvait une grande partie du clergé de Lyon, la santé de Votre Excellence a été portée, et tout le monde a fait des vœux pour le succès de l'établissement dont la direction vous est confiée. »
Au lycée de Rouen, Guéneau de Mussy et A. Ampère sont contents de la discipline religieuse : (( L'enseignement de la religion y obtient toute limportance qu'il mérite. L'aumônier, M. Bréhaut, ancien supérieur du séminaire, réunit aux vertus de son état beaucoup d'expérience dans la conduite de la jeunesse. 11 est aidé dans ses fonctions, et particulièrement pour l'instruction des jeunes gens qui se disposent à la première communion, par deux autres ecclésiastiques, à qui les maîtres procurent toutes les facilités désirables, et qui trouvent dans les élèves des dispositions consolantes; c'est ainsi que s'est exprimé M. le cardinal. Xous avons vu les élèves à l'église : leur mainlien est modeste et décent. Le proviseur, le censeur
et le procureur-gérant, en grand costume, assistent régulièrement, avec eux, aux offices du dimanche. La prière du soir et du matin se fait en commun suivant le règlement. La prière avant et après le repas se fait avec la môme exactitude. Le ton de cette maison est loin d'être irréligieux. »
Mais le lycée de Rouen est exceptionnel à ce point de vue. Au lycée de Poitiers, la religion est peu en honneur : « L'aumônier, disent les inspecteurs généraux, est un homme à la fois plein de zèle et de lumières et, par son ascendant sur les élèves, très propre à comprimer les passions dune jeunesse effervescente; et cependant, dans ces mêmes élèves, pas la moindre apparence de recueillement ou de ferveur; tiédeur au contraire, indifférence même pour la religion ». Il est vrai que l'instruction religieuse, « base de toute autre », avait reçu dans ce lycée de « cruelles atteintes » : « Un aumônier hypocrite et déhonté, qui avait surpris la confiance de ce qu'il y a de plus respectable dans la ville, avait, dans sa dépravation, perverti l'innocence et répandu le germe de la plus hideuse
et la plus infâme corruption Son successeur, le
vertueux M. Ricquc, a fait déjà d'utiles efforts pour arrêter le cours de la plus funeste contagion, et travaille sans relâche à extirper le mal jusque dans sa racine. Quelle que soit la sollicitude de son zèle, il lui reste encore beaucoup à faire pour rétablir parmi les élèves la pureté des mœurs et les rappeler à l'amour de la religion, qui en est la sauvegarde. Nous avons remarqué que les élèves prenaient des attitudes peu convenables pendant les prières et les offices, et qu'avant dêtre sorti de l'église, le tambour mettait irrespectueusement son chapeau sur sa tête. Nous
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avons charge le censeur de rappeler cet élève au respect et à la décence. »
Et cependant, au lycée de Poitiers, tout était mis en œuvre pour l'éclat de la religion. Il fallait qu'un élève lût fait ses pâques pour obtenir des vacances. Mais (■'■s vacances même, disaient les inspecteurs généraux, tournaient au détriment de la foi par les exemples •■ peu édifiants ».
Au lycée d'Amiens, l'instruction religieuse est faite nvec soin, mais les résultats ne satisfont pas les inspi'cteurs généraux : « L'instruction religieuse est confiée à un homme respectable, pénétré de l'esprit de son état et de limportance de ses fonctions; il les remplit avec zèle et a tous les moyens de les bien remplir : talents distingués, estime générale dans la ville et dans le lycée. Il fait des instructions deux fois la semaine, et fréquemment le catéchisme, qui est celui de l'Empire. Les maîtres d'études sont chargés de le faire répéter aussi deux fois la semaine, dans leurs salles respectives, parce qu'il est impossible que l'aumônier interroge tous les élèves. Cependant ceux-ci n'ont pas satisfait à nos questions; ils entendent la messe le dimanche, les jours de fête et le jeudi, la plupart sans livres, presque toujours assis et dans un silence qui annonce plus l'ennui que le respect. Quelques élèves, pourtant, nous ont paru véritablement recueillis; plusieurs se confessent, sans y être obligés. La prière commune se fait exactement matin et soir; on commence aussi et l'on finit la classe par une courte prière; celle qui précède et suit les repas n'est faite à haute voix que par le lecteur. )>
Au lycée de Douai, « l'aumônier, qui est estimé dans la ville, se plaint et a raison de se plaindre de n'avoir
point assez de temps pour l'instruction religieuse des élèves, qui n'en reçoivent jamais en classe, si, dans certaines, ils n'en reçoivent pas de contraires. Il ne lui a pas été permis de dire la messe au lycée le jour des Cendres. Le censeur, plus aimé qu'il n'est craint, et quelques maîtres d'études secondent de tout leur pouvoir les bonnes intentions de l'aumônier. )> Les inspecteurs généraux ont assisté à la messe sans qu'on les attendît. « Si, disent-ils, des rapports qu'on nous avait déjà faits n'eussent combattu un sentiment auquel nous nous serions livrés avec plaisir, nous aurions été édifiés du recueillement des élèves; ils lisaient ou paraissaient lire attentivement dans leur livre de prières (La Journée du Chrétien); il est vrai qu'il avait pour eux le mérite de la nouveauté ; il sortait de chez le libraire. Plusieurs élèves satisfirent au devoir pascal. Après l'évangile, l'aumônier fit une instruction qui nous parut solide, mais peu adaptée à l'âge et aux besoins des élèves. A quelque perfection qu'il puisse atteindre dans ses instructions, elles seront toujours insuffisantes, si les maîtres et les professeurs ne la fortifient de leurs discours et de leurs exemples. Un des professeurs ne put dissimuler sa surprise en nous voyant commencer l'examen par la prière '. »
S'il s'en fallait de beaucoup, on l'a vu-, que le personnel enseignant des lycées eût été recruté tout entier dans le personnel des écoles centrales, cependant il y avait dans les lycées un certain nombre de ces professeurs d'école centrale. Ils étaient bien obligés de cacher leur incrédulité, ils s'inclinaient par ordre devant les autels, mais en souriant, et en lais-