Arch. nat., F
NAl-OLÉON ET LE MONOPOLE. 21
322 ENSEIGNEMENT SUPEIUEUR
de médecins furent au nombre de sept : Paris, Gênes, Montpellier, Parme, Pise, Strasbourg, Turin. Elles firent, pendant la durée de l'Empire, I4u6 docteurs en médecine et '62 docteurs en chirurgie.
Le même rapport général du « Bureau des Facultés » nous donne quelques renseignements sur leur fonctionnement.
Au premier rang des Facultés de médecine, le bureau place celle de Paris, « qui, dès le principe, s'est montrée jalouse d'appartenir à l'Université et de se conformer aux nouvelles dispositions prescrites par les décrets impériaux ou les délibérations du Conseil. » (■ La Faculté de médecine de Montpellier, un peu déchue, peut-être, de son ancienne célébrité, mais dont Fexistence est encore très honorable, a paru vouloir opposer dabord une sorte de résistance à l'introduction des nouvelles formes; mais la fermeté de Son Excellence a bientôt réduit au silence des réclamations qui n'étaient justifiées ni par les raisons, ni par le ton dont elles étaient accompagnées. La Faculté, sans reconnaître ses torts, s'est soumise à ces formes, et la nomination de son doyen au rectorat' sera sans doute pour elle un motif de s'attacher de plus en plus à l'Université. » Celle de Strasbourg, « née au milieu de nos dissensions civiles, en a, pour ainsi dire, porté le germe et pendant longtemps a été exposée à des discordes intestines qui ne pouvaient que nuire à son développement. Depuis quelques années elle vit en paix avec elle-même; mais, outre qu'elle n'a pas encore pu former sa réputation de celle de ses professeurs,
1. En effet, le recleur de IWcadéinie de Montpellier était Dumas, doyen de la Faculté de médecine et professeur d'anatomii^
quoique, en général, dignes de leur place, elle a trouvé dans sa position et dans la guerre deux causes qui devaient nuire essentiellement à ses progrès. En attendant que la paix générale puisse la faire prospérer et développer tous ses moyens, qu'alors le nombre de ses professeurs, dont deux n'ont pas été remplacés, soit complété, elle n'en mérite pas moins d'être soutenue dans ses efforts. Les Facultés de médecine de Turin et de Gènes ne sont guère connues encore que sous le rapport des diplômes de grades. En attendant leur incorporation académique dans l'Université, on peut dire que celle de Turin, composée de professeurs distingués, mais dont l'esprit d'opposition a besoin sans cesse d'être réprimé par la sagesse et la fermeté de M. le recteur, cl que celle de Gênes, bien moins favorisée sous le rapport de la science et de la dotation, n'offrent pas de grandes espérances. » Le Bureau fait ensuite remarquer « que la loi sur l'exercice de la médecine, proposée par deux professeurs, l'un dans la Faculté de Montpellier, l'autre dans celle de Paris, semble avoir été spécialement faite en faveur de ces deux écoles. « En voulant y appeler tous les élèves et ne former que des docteurs autorisés à exercer dans toute l'étendue de l'Empire, on a livré l'art de guérir, non seulement dans toutes les communes rurales, mais dans la plupart des grandes villes, aux officiers de santé, dont la réception n'exige presque aucune étude, ou est beaucoup trop facile, et dont l'incapacité nuit autant à l'art qu'au bien qui devrait en résulter. » Le Bureau pense qu'il faudrait" établir, non seulement deux nouvelles Facultés pour les départements de l'Ouest et du Midi de l'ancienne France, mais encore dans chaque département, excepté dans
ceux OÙ résident les Facultés, une école secondaire pour les études et la réception des officiers de santé ; enfin rétablir les trois grades et prescrire le grade de bachelier pour pouvoir exercer dans une commune de deux ou trois mille âmes, celui de licencié dans une commune de six mille, et celui de docteur dans une commune de vingt mille habitants. ■> c Déjà quelques écoles de médecine ont été fondées. Deux seulement, celle de Toulouse et celle de Mayence, ont été renvoyées à l'Université par le ministre de llntérieur; les autres sont encore considérées comme dépendantes de ce ministère, parce qu'elles sont attachées à des hospices. Tout rentrera sans doute dans l'ordre, lorsque l'on pourra s'occuper d'une nouvelle organisation dans l'enseignement de l'art médical. Les trois écoles de pharmacie, attachées aux Facultés dont le ministre a fait le renvoi à TUniversité, n'ont encore donné aucun signe de vie. Leur existence, assez obscure en effet, pourrait être rendue beaucoup plus utile, et on ne doit pas dissimuler que cette partie de l'art de guérir réclame aussi, peut-être plus impérieusement que les autres, de grandes améliorations. En attendant, on a pris les mesures convenables pour soumettre les réceptions de ces écoles au visa et aux droits de secours prescrits par le décret du 17 février dernier. » Enfin le Bureau estime « que ces établissements exigent, peut-être plus que les autres, une inspection spéciale, qu'il est à désirer que cette inspection soit en pleine activité et qu'il n'y a pas apparence que deux inspecteurs généraux puissent y suffire, surtout lorsque les parties de ce grand enseignement seront coordonnées ensemble et complètement déterminées. »
La vraie nouveauté, en matière d'enseignement supérieur, dans l'Université impériale, c'étaient les Facultés des sciences et les Facultés des lettres. Instituées, comme les autres Facultés, « pour les sciences approfondies et la collation des grades », elles n'étaient point des écoles spéciales préparant à diverses carrières ou professions. Les médecins étaient préparés par les Facultés de médecine; les juristes, avocats, magistrats, par les Facultés de droit; les ministres des cultes, par les Facultés de théologie : les Facultés des sciences et des lettres ne préparaient à aucune carrière, pas même à celle de l'enseignement. En réalité, comme l'a très bien remarqué M. Liard, la collation des grades était leur fonction essentielle, l'enseignement n'était que leur fonction accessoire.
Établies « auprès de chaque lycée chef-lieu d'académie », les Facultés des sciences et des lettres n'étaient que le prolongement des lycées. L'article l'='"du statut du 16 février 1810 était ainsi conçu : « Les cours des Facultés des lettres et des sciences sont la suite et le complément des études des lycées ». Et on lisait dans l'instruction du 5 avril 1810 : u En général, les cours des Facultés ne peuvent avoir lieu aux mêmes heures que les classes des lycées. Sans cette disposition les élèves des lycées déjà avancés dans leurs études ne pourraient suivre les cours des Facultés ^» Le premier professeur de mathématiques des lycées faisait nécessairement partie de la Faculté des sciences. En fait