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V Enseignement supérieur en France, t. II, p

Comme les Facultés des sciences, les Facultés des lettres étaient établies en principe auprès de chaque lycée chef-lieu d'académie *. Le décret qui organisait rUniversité les composa chacune « du professeur de belles-lettres du lycée et de deux autres professeurs ». Le règlement sur l'enseignement des lycées édictaquc le professeur de philosophie du lycée en ferait aussi partie. L'adjonction du proviseur et du censeur, présentée comme obligatoire pour les Facultés des sciences, fut facultative pour les Facultés des lettres : « Le proviseur et le censeur pourront leur être adjoints ». De même qu'aux sciences, ils furent adjoints comme examinateurs.

Il y eut 27 Facultés des lettres : Paris, Amiens, Besançon, Bourges, Bruxelles, Caen, Cahors, Clermont, Dijon, Douai, Gênes, Genève, Grenoble, Limoges, Lyon, Montpellier, Xancy, Nimes, Orléans, Parme, Pau, Poitiers, Rennes, Rouen, Strasbourg, Toulouse, Turin. Il devait y avoir, dans chaque Faculté des lettres, trois enseignements : belles-lettres, philosophie, histoire, mais l'enseignement des belles-lettres « pourrait être divisé en plusieurs cours dans quelques académies, d'après les besoins et ressources - ;>.

Il n'y eut que trois Facultés des lettres où cette division ne fut pas opérée et qui ne furent composées que de trois chaires : Nancy. Pau et Rouen.

1. Les Facultés des lellres et des sciences de Paris étaient établies auprès du Lycée Impérial (Louis-le-Grand).

2. Statut des Facultés des letLres et des sciences, articles t et 2.

LKS FACULTKS DES LETTRES 331

L'enseignement des belles-lettres fut divisé en deux chaires : littérature française et littérature latine (ou littérature latine et grecque) dans dix Facultés : Bruxelles, Caen, Cahors, Douai, Genève, Limoges, Lyon, Parme, Poitiers, Toulouse, qui comptèrent ainsi quatre chaires.

Le mémo enseignement fut divisé en trois chaires : littérature française, littérature latine, littérature grecque, dans treize Facultés : Amiens, Bordeaux, Bourges, Clermont ', Dijon, Gênes, Montpellier, Nimes, Orléans, Pise, Rennes 2, Strasbourg, Turin, qui comptèrent ainsi cinq chaires, à l'exception des Facultés de Grenoble et de StrasJjourg, qui eurent en plus chacune un professeur adjoint, et des Facultés de Pise et de Turin, qui eurent en plus, celle-là une chaire de langues orientales et de littérature italienne, celle-ci une chaire de langues orientales.

Jusqu'à quel point le personnel enseignant des Facultés des lettres fut-il le même que celui des lycées? Ujic statistique complète, à ce sujet, serait vraiment fastidieuse par sa complication. Voici, à titre d'exemple, la composition en 1812 de deux Facultés, Amiens et Besançon :

Faculté des lettres d'Amiens : doyen et professeur de littérature française : M. Gorin, proviseur du lycée ; histoire: M. de Maussion, recteur de l'Académie (sup\)léant : M. Crépin, professeur de rhétorique au lycée); littérature grecque: M. Thil)ault; littérature latine : M. Dijon

1. A Clermont, la clinire de lillérature laline, en 1811 et 1812, fut réunie a relie de littérature française. Cette Faculté compta donc d'abord 5 chaires, puis 4.

2. A Rennes, au lieu d'une ciiaire d'histoire, c'est une chaire d'iiistoire naturelle qu'indiquent VAlmanach de l'Université de 1810 et celui de 1S12. Est-ce une faute d'impression?

i Jean-Baptiste); philosophie : M. Flotte, professeur de philosophie au lycée (il était en même temps secrétaire de la Faculté).

Faculté des lettres de Besançon : doyen et professeur de philosophie : M. Ordinaire, recteur de l'Académie (suppléant : M.Demoyi); littérature française : M. Laboissière, en même temps secrétaire ; littérature latine : M. Simon; histoire : M. Debilly.

Ainsi, à Amiens, le proviseur et deux professeurs du lycée faisaient partie de la Faculté des lettres, tandis qu'à Besançon aucun des professeurs du lycée n'en faisait partie. A Amiens, le proviseur du lycée était doyen de la Faculté, tandis que le recteur n'y était que professeur ; à Besançon, le recteur était à la fois professeur à la Faculté des Lettres et doyen de cette Faculté.

A Lyon, à Nimes, à Poitiers, le recteur de l'Académie était en même temps, comme à Amiens, professeur à la Faculté des lettres; à Bordeaux, à Bruxelles, à Cahors, à Clermont, à Douai, à Limoges, à Nancy, à Orléans, à Pau, à Rennes, à Rouen, le recteur était à la fois doyen et professeur à la Faculté des lettres. Ces recteurs se firent bientôt suppléer dans leurs fonctions de professeurs à Amiens, à Besançon, à Cahors, à Douai, à Limoges, à Lyon, à Nancy, à Orléans, à Rouen, mais en restant titulaires de leurs chaires et en conservent leurs fonctions de doyen.

De même, dans les académies de Dijon, de Liège, et de Metz, le décanat de la Faculté des sciences fut confié au recteur.

1. C'est Tex-abbé de Moy, qui, député de Paris à la Législative, avait été un des premiers à demander la séparation des Églises et de l'État. Voir mes Études et Leçons sur la Révolution, 4^ série, p. 145 à 151.

L'institution de ces recteurs-doyens fut sans doute inspirée par une pensée d'économie •. Ces doubles emplois firent que les Facultés ne coûtèrent presque rien. Elles les empêchèrent aussi, et c'est sans doute ce que Ton voulait, non seulement d'aspirer à la moindre autonomie, mais même de prendre une personnalité distincte. Elles parurent, surtout les Facultés des lettres, se confondre presque avec les lycées et avec l'administration rectorale, comme par un souvenir de l'ancienne Faculté des arts, qui n'avait pas d'existence personnelle et ne consistait que dans les collèges de l'Université.

vSi les Facultés des lettres furent tellement plus nombreuses que les Facultés des sciences, c'est que, le grade de bachelier es lettres étant plus recherché, parce qu'il ouvrait plus de carrières, on eut besoin d'un plus grand nombre de jurys pour le conférer. Pas plus alors qu'aujourd'hui l'examen du baccalauréat n'exigeait de connaissances supérieures. Il suffisait de « répondre surtout ce qu'on enseigne dans les hautes classes des lycées ». La licence n'exigeait pas qu'on suivît les cours de la Faculté. 11 suffisait d'être bachelier depuis un an. On n'avait, comme en rhétorique, qu'à « composer en latin et en français sur un sujet et dans un temps donné ». Enfin le doctorat même ne supposa aucune connaissance acquise en dehors du lycée : les deux thèses qu'on demanda, l'une sur la rhétorique et la logique (écrite et soutenue en latin), l'autre sur la littérature ancienne, ne furent d'abord que le développement de lieux communs classiques. Voici, par exemple, trois doctorats de 1812 :

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