‹ Napoléon Ier et le monopole universitaire;Chapitre 190 sur 221 · Ambroise Rendu, par Eugène Rendu, p · texte numérisé non relu

Ambroise Rendu, par Eugène Rendu, p

laïques pieux qui avaient fait partie de la haute Université. Mais c'était la politique de Napoléon d'introduire ces prêtres ou ces cléricaux dans son Université, justement pour les rendre moins dangereux, pour leur inculquer l'esprit de corps, l'esprit d'un corps la'ique. S'il n'y réussit pas, si quelques-uns de ces hommes servirent plutôt la religion que l'État, c'est qu'il avait trop compté et sur Fontanes et sur l'ascendant de son propre génie. Mais ce n'est pas qu'il eût voulu cléricaliser l'Université; tout au contraire. Oui, au fond, il n'est pas faux de dire qu'il voulait que l'enseignement national échappât à l'Église romaine; oui, c'est à quoi il visait, et un de ses moyens, c'était de prendre à cette Église ses serviteurs les plus distingués pour en faire des fonctionnaires de son Université d'État.

J'ai dit plus haut que certaines formes de l'U'^niversité impériale contredisaient l'esprit de la Révolution : elles le contredisaient plus qu'elles le contrariaient. Quand j'ai entrepris cette étude, jugeant l'Université impériale sur ses « bases » catholiques, sur le dessein de Napoléon d'en faire un instrument de despotisme, sur les polémiques des partisans de la liberté de l'enseignement, je n'y voyais que réaction contre l'œuvre de la Révolution.

Aujourd'hui, après examen des textes et des faits, il me semble que, si les idées de la Révolution ont subi une déformation dans la grande entreprise scolaire de Napoléon, elles s'y retrouvent cependant, quoique masquées, mais, si on va au fond des choses, avec leur vivacité et leur force, ou, comme diraient les adversaires de l'Université, avec leur venin.

J'ai cru, moi aussi, comme tant d'autres, que la sub-

stitution des lycées aux écoles centrales avait été un triomphe de la réaction catholique. Je vois que je me trompais. Les contemporains n'ont vu dans cette substitution qu'une amélioration du système des écoles centrales, une simplification de ces écoles, une adaptation de l'enseignement nouveau aux besoins, aux mœurs, aux préjugés du temps- Alors, en 1803 comme en 1808, étant donnés ces besoins, ces mœurs, ces préjugés, on ne pouvait peut-être établir un meilleur enseignement secondcaire que celui des lycées, ni surtout un enseignement plus dégagé de l'influence de l'Église catholique.

Sil y eut insuffisance dans le régime de l'Université impériale, c'est pour l'enseignement supérieur; si il y eut réaction, c'est pour l'enseignement primaire. Mais il n'y eut ni insuffisance ni réaction pour l'enseignement secondaire, le seul qui parût important alors, puisqu'il n'y avait que la bourgeoisie qui comptât dans la société et dans l'État.

L'Église catholique ne s'y trompa pas, ne fut pas dupe des « bases » religieuses, ni de l'établissement des aumôniers, ni de la nomination de tant de prêtres. Ses publicistes, on la vu *, dénoncèrent aussitôt le caractère satanique de l'Université, et elle la considéra, alors et depuis, ù tous les moments, comme une ennemie.

Quant au monopole, au début, on n'essaya même pas d'en faire une réalité. Il ne semble pas qu'une seule école privée ait été fermée, quand l'Université impériale s'établit. Le monopole consista surtout dans le fait qu'une redevance fut payée par chaque école

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