‹ Napoléon Ier et le monopole universitaire;Chapitre 22 sur 221 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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r.2 REGIME DE LA LOI DE FLOREAL AX X

d'amende, les parents à envoyer leurs enfants à Técole, comme on les forçait autrefois d'aller euxmêmes à la corvée «. Et, parlant devant le Corps législatif, il se moqua de « ces romans philanthropiques », où on envisage « la nécessité de s'instruire à l'égard de celle de se nourrir ». Fourcroy n'objecta que les difficultés financières, mais les objecta avec force : « Quel est le gouvernement, dit-il, qui peut soutenir ou qui soutient ce fardeau? Si cela n'existe nulle part, excepté dans quelques pays resserrés et d'une très faible population, c'est quïl n'est pas dans la nature des choses que cela existe; c'est qu'il est hors de la limite du possible qu'une pareille organisation soit établie chez un grand peuple. » Il faudrait vingt millions, ou an moins dix. Supposé qu'on les trouvât, le fait que les instituteurs seraient salariés par l'État, et non plus seulement par leurs élèves, ce serait « une sorte de prime pour la négligence, l'inertie, l'insouciance ». « Quelle différence entre ce mode qui, supposé possible, ne serait peut-être pas digne d'être adopté, et celui d'abandonner aux magistrats de la famille l'établissement de cette institution domestique! Elle est le besoin de tous; elle doit être la première affaire de tous. Laissez chaque commune s'arranger avec un instituteur; laissez-lui le choix d'un homme dont les mœurs pures et l'instruction leur soient bien connues. » u N'exigez pas des moyens coactifs là où la persuasion est seule nécessaire. »

Ce régime de l'enseignement primaire n'était en somme que la continuation du régime précédent, peu modifié. L'application ne différa pas, c'est-à-dire que le gouvernement continua à s'en désintéresser.

Cependant, dans les instructions que Fourcroy

donna aux inspecteurs généraux le 13 brumaire an XI, il leur recommanda, en même temps qu'ils s'occuperaient des lycées et des écoles secondaires, de visiter les écoles primaires : ils lui communiqueraient tous les renseignements, non seulement statistiques, mais qui pourraient servira l'organisation de ces écoles '. Mais nous n'avons pas les rapports où les inspecteurs généraux donnent les résultats de cette enquête.

D'après les Rapports, états et tableaux relatifs à l'instruction publique, que Fourcroy fît imprimer en février 1806 ', les écoles primaires étaient ! encore « peu avancées », les instituteurs peu capables, ou réduits à la pauvreté, beaucoup de communes ne pouvant leur fournir ni le logement ni une indemnité qui leur en tînt lieu. On les tint parfois dans une situation humiliée, on leur imposa de souner les cloches, de balayer léglise '.

Il y eut au moins un département où rinstruction primaire rétrograda sous le régime de la loi de l'an X : ces! celui de lAin, dont le préfet, Bossi, écrivait en 1808^ :

Je n'ai presque rien à dire des écoles primaires : leur nombre a beaucoup diminué depuis 1801 ; à peine peut-on en compter trente dans toute l'étendue du département.

1. Ces hisliuctions ont été reproduilos dans le Manuel de l'ins- [raclion publique pour l'an XIII, p. 142 à 100.

2. Paris, Impr. impériale, 27 février 1806, in-4" de 162 pages. Arcli. nat., ADviii, 23.

3. Voir, par exemple, la délibération par laquelle le Conseil municipal de Saint-Thierry (Marne), le 31 mai 1807, nomma instituteur le sieur Joachim Tanneur, « après avoir examiné sa capacité ». (P. Despiques, Une école primaire au débat du XIX' siècle, Saint-Thierry, Marne. Reims, 1896, in-8).

4. StalixUque du département de l'Ain, 1808, in-4. Bibl. nat. L 31/14.

bi REGIME DE LA LOI DE ELOREAL AN X

Dans les villages, un instituteur qui n'a point d'autre état ne peut trouver qu'une existence pénible et précaire. Le projet de réunir les fonctions de secrétaire des communes à celles de maître d'école n'a pu avoir lieu dans ce département; d'abord, dans la plupart des communes, on n'aurait pu trouver des liommes sachant assez lire et écrire pour enseigner les premiers éléments; il y a même plusieurs villages où il faut absolument avoir recours au curé pour savoir ce que contient la lettre d'un conscrit qui écrit à sa famille.

L'insouciance des gens de la campagne, par rapport à l'instruction à donner à leurs enfants, a toujours été portée dans cette contrée h un point étonnant. Elle est aujourd'hui dans un état encore plus affligeant. Les instituteurs se trouveraient sans élèves, et par conséquent sans rétribution, et les communes, sansauti-es ressources que leurs centimes additionnels, déjà insuffisants pour les dépenses de l'administration, ne pourraient fournir un traitement ni un supplément de rétribution indispensable pour la subsistance de l'instituteur.

Ainsi je ne suis pas surpris que, malgré les progrès que font chaque jour les sciences, l'instruction élémentaire soit presque nulle dans ce département. A Péronnas, commune distante de Bourg d'un kilomètre et peuplée de 304 habitants qui pourraient aisément profiter de l'enseignement de la ville, on ne compte que deu.x individus sachant lire et écrire. Il parait que l'ignorance des habitants de la campagne irait dans une progression toujours croissante, si les villages qui. par défaut de ressources. n'ont pu se procurer des instituteurs, ne trouvaient quelquefois dans le zèle de leurs desservants des ressources pour les premiers degrés de l'enseignement. On en compte déjà treize dans le département qui ont donné cet e.vemple louable, que beaucoup ne tarderont pas à suivre.

Mais c'est aussi l'époque oîi reparaît l'enseignement primaire congréganiste, surtout l'institut des Frères des écoles chrétiennes.

L ENSEIGNEMENT PRIMAIRE oo

Ils n'élaicnt pas impopulaires : au contraire, on les estimait, on les aimait; c'est par une familiarité amicale, et nullement par dédain, quon les appelait alors Ignorantins, d'un nom qu'ils s'étaient donné eux-mêmes par humilité. On n'avait pas perdu le souvenir des services qu'ils avaient rendus sous l'ancien régime. Ils avaient, surtout au temps de leur fondateur J.-B. de La Salle, à la fin du wii^ siècle, représenté le progrès contre la routine, et contre la routine ecclésiastique. L'Église les avait même combattus, persécutés, comme novateurs, et aussi comme laïques, car ils ne faisaient partie (sauf leur fondateur) ni du clergé régulier ni du clergé séculier. Instituteurs urbains, plutôt que ruraux, ils avaient progressé pendant tout le xviii« siècle. En 1789," ils formaient une association d'environ raille individus, répandus en cent seize maisons, dont deux en Italie et une en Suisse '.

Quoiqu'ils eussent refusé le serment civique-, c'est à regret que l'Assemblée législative les comprit dans la loi du 18 août 1792, qui supprimait toutes les congrégations, « même celles qui, vouées à l'enseignement public, ont bien mérité de la patrie », même les « congrégations la'iques », comme la leur. « Lorsqu'elle sera dissoute, disait le rapporteur Gaudin, on doit accueillir ceux de ses membres qui voudront se dévouer aux mêmes services -^ » Un article spécial de

1. D'après un mémoire de l'abbé Jaufiret (1804), publié par Alexis Chevalier : Les Frères des Écoles chrétiennes, Paris, 1887, in-8. p. 111.

2. Voir l'ouvrage intitulé : Annales de L'Institut des Frères des Écoles chrétiennes, Paris, 1889, 2 vol. in-8. Bibl. nat., Ld 28/111.

3. A. Aulard, La Révolution franniise et les congrégations. Paris, 1903, in-iO, p. 226.

la loi accorda aux Frères un traitement de 900 livres au maximum.

Les Frères se dispersèrent, sauf à Laon et à Valence, où ils restèrent formés en deux petites communautés '. Les autres émigrèrent et se reconstituèrent à Rome, où, à l'époque du Consulat, résidait leur supérieur général, le Frère Frumence ^.

En Tan VIII ou en Tan IX, une petite communauté de Frères se reconstitua à Reims. Le 23 nivôse an XI, le conseil municipal de Reims leur confia ses écoles primaires, non comme à une congrégation, mais comme à une société libre. Même chose advint, peu après, à Saint-Germain-en-Laye, à Nogent-le-Rotrou, à Soissons, à Chartres, à Valence. Dans cette dernière ville, le Frère Evariste « n'avait pas cessé, même pendant la Terreur, d'exercer renseigneme,nt sous les habits laïques ». A Paris, ils s'installent au Gros-Caillou, aux frais d'une fondation particulière ^ A Lyon, la municipalité et les trois maires leur confient tout l'enseignement primaire, pendant que les sœurs de Saint-Charles enseignent les filles, et c'est, pour les garçons comme pour les filles, la gratuité complète, systématique, qui coûte à la ville 32 650 francs par an ^.

Protégés par le cardinal Fesch, ils furent l'objet d'un rapport élogieux de Portails (10 frimaire an Xll), où il disait que, « rétablis sous le gouvernement actuel, ils inspiraient à la génération naissante l'amour

1. 11 resta aussi, à Auxerre, pendant toute la Révolution, un petit groupe de cinq frères, comme cela fut constaté en 1809, par Joubert, inspecteur général. (Ambroise Rendu, par Eugène Rendu, p. 53.)

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