Ibid
LES LYCEES : OP.GANrSATION GÉNÉRALE 81
11 était remédié aussi au vice anarchique des écoles centrales par l'institution d'un proviseur à la tête de chaque lycée, et, pour ce qui est de la coordination des établissements entre eux et de leur subordination au pouvoir central, par une inspection destinée à surveiller sans cesse les professeurs et les proviseurs. « Trois inspecteurs généraux, dit Fourcroy, nommés par le premier Consul, revêtus de la force et de la dignité nécessaires à leur importante mission, parcourront les lycées, les visiteront avec beaucoup de soin, et éclaireront le gouvernement, dont ils seront en quelque sorte l'œil toujours ouvert dans les écoles, sur leur état, leurs succès ou leurs défauts. Cette nouvelle institution sera la clef de la voûte... » Ce que Fourcroy n'ajoute pas, c'est qu'un seul homme était le vrai chef de l'instruction publique, à savoir le conseiller d'État chargé de la surveiller et de la diriger (aujourd'hui Rœderer, demain Fourcroy lui-même) : il n'y aura qu'à développer et à préciser les pouvoirs de ce fonctionnaire pour en faire un grand-maître; il n'y aura qu'à mieux lier les diverses parties de l'instruction publique pour en faire l'Université impériale.
Dans le débat au Tribunal, ce projet d'organisation des lycées, qui avait grande allure, et allure philosophique, fut loué presque par tous les orateurs. Selon le tribun Jacquemont, rapporteur, des esprits cultivés par un enseignement aussi large posséderont « les lumières sur lesquelles la liberté est fondée »; ils auront « toutes les données suffisantes pour juger sainement les avantages d'une constitution libre », et « toutes les idées dont la clarté, la simplicité et la force ont prévalu dans la masse de la nation sur les obstacles puissants que l'intérêt personnel opposait à
la Révolution ». Il se félicita aussi de ce que renseignement « des arts utiles et agréables » fût donné dans le lycée : ^ Les uns, dit-il, ajoutent à la puissance des hommes; les autres entretiennent l'harmonie qui les rapproche, et pour laquelle les sages voulaient qu'on sacrifiât aux Grâces '■ ». Le tribun Siméon prédit que tout se réunirait « pour faire des nouveaux lycées le temple des arts et la véritable école des bonnes mœurs » "-. Le tribun Duvidal se réjouit de ce que le gouvernement relevât ainsi « les temples de linstruction publique, renversés par l'amour désordonné des innovations » ^, montrant une admiration peu éclairée pour un projet qu'évidemment il croyait rétrograde. Jard-Panvillier vanta cette « institution vraiment libérale d'un grand nombre délèves nationaux^ », et regretta seulement que les lycées ne fussent pas plus nombreux.
11 n'y eut de critique sérieuse que de la part de Duchesne, qui, fidèle à ses opinions démocratiques, regretta que les pauvres se trouvassent exclus des bourses nationales, par le fait que les boursiers étaient recrutés dans les écoles secondaires s, et de la part du tribun Daru, qui se plaignit qu'il ne fût fait « aucune mention des idées de religion à donner aux enfants ». Ce silence lui parut « impolitique ». Si on n'enseigne pas la religion dans les lycées, on n'aura « probablement qu'un très petit nombre d'élèves ». Il suppose que tous les parents voulaient que leurs enfants eussent une religion : « Puisque nous voulons, dit-il, inspirer