Chabot et Gharléty, p
2. G. Eniond, Histoire du collège Louis-lc-Grand. Paris, 1845, ia-8. Bibl. nat., Inv. R. 35 041.
Il n'y eut d'abord d'autres exercices écrits que la version latine et le thème latin, et, à partir de la seconde, les vers latins. Mais, <.<■ à dater de 1806, la narration latine remplaça le thème en première ». Le discours latin ne l'ut introduit qu'au temps de l'Université impériale.
Dans la classe de belles-lettres, tout l'enseignement fut donné en vue de l'exercice du discours français, avec une « brève histoire des beaux-arts », et un « cours d'histoire littéraire », où le professeur, nommé Fitte, donnait une grande place à l'éloquence, et, à côté des orateurs grecs, n'hésitait pas à placer un contemporain, Servan.
L'histoire ne fut enseignée qu'à partir de 1805, mais <c réduite à des notions très sommaires et à des anecdotes souvent suspectes ». Toutefois, en 1807, l'ex-maître d'études Migneret, devenu professeur de cinquième, fit à ses élèves un cours d'institutions romaines, dont le programme est fort intelligemment tracé. La géographie fut mieux enseignée, surtout par le naturaliste Villers.
Quant à ces notions d'histoire comparée des religions, annoncées dans les programmes officiels, on se borna à faire apprendre par cœur un abrégé de mythologie en vers techniques.
Un cours de grec, organisé en 1807. fut suivi par huit élèves. Mais on le supprima l'année suivante, nous ne savons pourquoi.
A la demande de plusieurs pères de famille, le proviseur aurait voulu, en 1803, créer un cours de philosophie, qui aurait été professé en latin. Mais le Conseil général du département, sollicité, se borna à émettre un vœu, qui n'eut aucune suite.
L'enseignement des mathématiques semble avoir été donné, à Bordeaux, selon les programmes, avec rigueur et précision. Mais l'enseignement de la physique, delà chimie, de l'histoire naturelle, mal outillé S fut incertain, comme le programme même, et la qualité en varia selon le mérite des professeurs.
Tout l'enseignement du lycée de Bordeaux était comme couronné par des exercices publics, analogues à ceux des anciens collèges, et où brillaient les élèves, non seulement en répétant ce qu'ils avaient fait en classe, mais par des pièces de vers français de leur façon.
L'arrêté du 19 frimaire an IX avait prescrit la formation, dans chaque lycée, d'une bibliothèque de 1 500 volumes, dont la liste, qui devait être partout la même, fut fixée, on l'a vu, par une commission. Au lycée de Bordeaux, cette bibliothèque fut formée de volumes distraits de la bibliothèque de la ville, alors elle-même en formation dans un dépôt provisoire. Ces volumes ne furent d'abord qu'au nombre de 546, et et aucun fonds ne fut alloué au lycée pour compléter ce commencement de bibliothèque.
Il ne faut pas se représenter cet enseignement, au lycée de Bordeaux, comme coordonné avec l'exactitude que l'on voit aujourd'hui : « Les classes, dit M. Courteault, étaient en réalité des cours, où les élèves étaient groupés suivant leur force. Les deux séries n'étaient pas non plus sépai'ées par des cloisons étanches : tel brillant élève de belles-lettres était inscrit en même temps dans la classe de première et deuxième mathé-
1. Le lycée n'eut d'abord pas de ('abinet de physique. Le préfet réquisitionna celui de l'ancienne école centrale, qui appartenait au pharmacien Cazalet, professeur à cette école.
matiques et suivait le cours de sphère en quatrième et ti'oisième mathématique. Les classes d'histoire naturelle, de langues vivantes ', d'histoire et géographie étaient composées d'auditeurs d'âge et d'origine très divers. La rigidité du système n'était donc qu'apparente. Au lycée de Bordeaux, du moins s'il faut en juger par les listes d'élèves qui participaient en fin d'année aux exercices publics, l'organisation ressemblait plus à nos cours de Facultés, suivis par des auditeurs volontaires, qu'à nos lycées, où commencent timidement à s'établir des cours facultatifs. Cette liberté était un souvenir des écoles centrales. »
L'enseignement, dans ce lycée de Bordeaux, était donc à la fois, comme le fait remarquer sou historiographe, très traditionnel et très moderne, s'inspirant peut-être encore plus des écoles centrales, bien que ses professeurs de lettres n'en sortissent pas, que des collèges de l'ancien régime. 11 n'en fut pas de même partout. Ainsi à Lyon, où cependant le personnel enseignant provenait en majeure partie de l'école centrale du Rhône, les programmes officiels furent restreints, à partir de 1805, comme pour un retour à l'ancien régime. « Les douze classes de six mois chacune (six mois de latin, six mois de mathématiques), qui conduisaient à deux classes de deux ans (belles lettres et mathématiques transcendantes), furent supprimées. Les cours furent désormais d'une année. Trois classes de latin (6% 5", 4") amenaient les élèves à la 3", où ils commençaient l'étude des mathématiques, tout en
1. 11 n'y avait au lycée de Bordeaux qu'un seul professeur de langues, nommé P.-O. Mariaval, qui enseignait également l'anglais, l'allemand et l'italien. II ne faisait pas partie du cadre, et était payé par les élèves (tandis que le maître de danse recevait de l'État un traitement de 1 500 fr.).
poursuivant celle du latin. De la 3^ ils passaient dans les deux classes d'humanités (2° et l'"''), qui terminaient le cours d'études. La classe de mathématiques transcendantes était réservée aux candidats aux écoles. C'était, cette fois, revenir tout à fait au régime des anciens collèges. »
La discipline, au lycée de Bordeaux, fut fort rigoureuse, surtout au début, les punitions très sévères, entre autres les « salles de discipline », où on était au pain et à Feau. Les prescriptions militaires et monacales des arrêtés semblent avoir été suivies à la lettre. On lit dans la Gazette de France du 17 thermidor an XI : (( Les exercices des élèves des lycées devront se faire ou être indiqués au son du tambour; le général Mathieu a autorisé le proviseur du lycée de Bordeaux à choisir parmi les conscrits de l'an VII ou de l'an VIII un jeune homme qui sût battre de la caisse. Ce service lui tiendra lieu de service militaire. Il sera en outre logé, nourri, chauffé, éclairé, blanchi, habillé et payé par le lycée i. » Les sorties particulières n'existaient presque pas. Aussi ces enfants, dans les cours de récréation, se livraient-ils au jeu avec une fougue bruyante et brutale. Les exercices militaires et l'équitation tenaient une grande place dans leur vie. Quand ils sortaient en corps, le jeudi et le dimanche, « vêtus de leur coquet uniforme, habit, veste et culotte bleue à boutons jaunes de métal, collets et parements bleu céleste, chapeau français en tête, flanqués de leurs sergents galonnés dor fin, précédés d'un tambourmajor à grandes bottes qui, de sa canne, réglait les batteries du chef tambour, alternant avec les marches