Paris sous le Consulat, par Aulard, t. IV, p
entraînantes de la musique, où rien ne manquait, pas même le cor et le chapeau chinois, il ne fallait pas, ces jours-là, que les cochers de fiacre, qui avaient la détestable habitude de filer ventre à terre, se permissent de couper la colonne ou de froisser en passant les élèves des roues de leurs véhicules. On [savait leur répondre, et de bonne façon ^ »
A partir de 1807, le proviseur laisse entendre à Fourcroy, dans ses rapports, que la discipline se relâche. Peut-être veut-il dire surtout que l'esprit des élèves devient moins bon. C'est cette année-là quon saisit entre les mains d"un élève de la classe de belleslettres des vers contre Bonaparte, 1' (( infâme usurpateur », où étaient pleures Moreau et le duc dEnghien. Cependant l'esprit patriotique et militaire fut ardent dans cette jeunesse, doù il sortit quantité délèves de l'École de Fontainebleau et de l'École polytechnique. En 1808, à la suite d'une visite de Napoléon au lycée et sur sa demande, vingt-huit élèves, dont un n'avait
1. Ce n'est pas seulement à Bordeaux que les lycéens avaient une attitude militaire. On lit dans Vllistoiri^ du lycée d'Angers par Élie Sorin, p. 11 (Angers, 1878, in-12, Bibl. nat., Inv. R. 51 557) : « Quand ils déniaient à travers la ville dans les jours de grande promenade, ils avaient les allures d'un régiment : la première division était armée de fusils; tous portaient un uniforme militaire, — l'habit bleu foncé à parements bleuclair, la culotte courte, les bas chinés, bleus et blancs, et enfin le grand tricorne pareil à celui des grenadiers de la République.
(( Hélas! le blocus continental vint troubler cette splendeur guerrière : la route de la mor et des colonies était fermée, l'indigo manquait, adieu les habits bleus! Alors parut l'habit gris à reveis rouges, la culotte grise, tout un accoutrement déplorable d'aspect, que rendait plus triste encore le majestueux tricorne des anciens jours. » Ce changement dans le costume avait eu lieu en vertu d'un arrêté du ministre de l'Intérieur du 6 septembre 1808. Cf. A. de Caumont. Dans le Livre d'or du Centenaire du lycée de Nanlcs, p. 80).
pas seize ans, s'engagèrent dans la Grande-Armée : quatre d'entre eux furent aussitôt nommés sergentsmajors, et douze furent nommés caporaux-fourriers. Le vue de la personne de lempereur les avait, comme on disait alors, électrisés.
Mais, ni au lycée de Bordeaux, ni, semble-t-il, dans les autres, il ne régnait aucun esprit de servile dévouement à Napoléon : c'était plutôt un esprit à la fois patriotique et libéral, plutôt l'esprit des hommes de 1789. Quant à la religion, quoique le personnel fût en partie recruté dans les rangs du clergé, elle n'était pas en honneur, et les exercices religieux étaient subis comme une corvée. Le proviseur du lycée de Lyon, Coster, convint lui-même, à la distribution des prix de l'an XIII, que ses élèves avaient « peu d'ardeur pour la religion ' ».
La bourgeoisie voyait donc dans les lycées des écoles d'irréligion, et elle y voyait aussi des casernes pour former des soldats. C'est pourquoi elle répugna à y envoyer ses enfants. C'est pourquoi les écoles secondaires libres furent si peuplées. C'est pourquoi les lycées échouèrent, non dans leur enseignement, mais dans leur recrutement. C'est pourquoi, enfin. Napoléon va créer l'Université impériale, avec la religion à la base, afin d ôter aux opposants leur principal grief, et avec le monopole, afin de peupler les lycées 2.