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elle fut encore plus reslreinte dans la pratique. Elle subsistait néanmoins en droit; elle subsistait partiellement en fait, et môme l'État était impuissant, quelle que fût sa surveillance, à établir dans les écoles privées son autorité morale, ses doctrines, sa méthode.
Le monopole universitaire ne fut donc i)as une conception personnelle et brusque de Napoléon : il sortit, en quelque sorte, dune lente et vive leçon de choses; il ne fut que l'application d'un principe élaboré sous l'ancien régime, et qui avait été en faveur au début et à la fin de la Révolution.
Comme l'État était alors personnifié en Napoléon, c'est au profit personnel de Napoléon, c'est au service de son ambition que l'Université impériale fut créée sous la forme dune corporation enseignante, étroitement unie et hiérarchisée sous un chef qui serait luimême dans la main de l'empereur. La religion serait introduite dans cette L^niversité, non pour y dominer, mais pour y être contrôlée et dirigée en tant qu'enseignement, pour devenir chose universitaire, chose dépendante de l'empereur. Par le pape et le concordat, il croyait avoir rangé à son obéissance la conscience des adultes. Par les aumôniers à sa nomination et subordonnés aux proviseurs, aux recteurs, au grand-maître, il mettrait son empreinte sur la conscience des enfants.
Ce rêve ne semblait pas réalisable avec le régime scolaire de l'an X, qui sans doute avait remédié à la diversité presque anarchique dont on avait vu les excès sous le régime de Tan IV, et, grâce à Fourcroy, établi une certaine harmonie entre les éléments, mais qui n'avait pas lié entre eux ces éléments de manière i\ en former un corps. C'est ce lien que forma l'Uni-
PIÎEMIKRS PROJETS D l'XIVERSIïK BrPERI.VLE 14")
vorsité impériale, ou plutôt 1" Université impériale ne fut que ce lien, non pas pour la destruction de 1 édifice existant, mais pour le couronnement de cet édifice, comme il sera dit, en 1808, par le gouvernement lui-même, dans l'Exposé de In situation de l Empire^. Et ridée de ce lien, quoique réalisée dans une vue despotique, ne fut pas l'improvisation d"un despote : beaucoup de Français éclairés connaissaient cette idée par le « plan d'éducation et de correspondance des universités et des collèges » que le président Rolland avait présenté au parlement en 1768 -.
Toutes ces vues seront plus claires, si nous montrons comment et quand le projet de lUnivcrsité impériale fut conçu, formulé, puis réalisé.
La première trace de ce projet que nous rencontrions, c'est à la fin du Consulat, en 1804, quand Bonaparte se fit proposer par son ministre de l'Intérieur, Chaptal, de reconstituer la corporation de l'Oratoire, dont on a vu que les hommes de la Révolution appréciaient le mérite pédagogique '■- : » II appartient au génie, dit Chaptal, de puiser dans les souvenirs du passé tout ce qui peut s'allier avec les créations nouvelles. L'Oratoire, tout particulièrement, a offert
1. « En couronnant ainsi le fait du majestueux édifice de l'instruction publique, élevé par six années de travaux non interrompus, le gouvernement n'a pas dédaigné de descendre dans les détails de ce vaste monument. » (Exposé de la siluation de l'Empire, 2 novembre 1808, p. i'J. Bibl. nal., Le 30/286, in-8.)
2. Voir le Recueil de plusieurs ouvra<jes du présidenl Rolland, déjà cité.