‹ Napoléon Ier et le monopole universitaire;Chapitre 73 sur 221 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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l'union des lumières, du patriotisme et de la tolérance. » 11 serait possible de réunir une cinquantaine dOratoriens, on confierait trois ou quatre lycées à la congrégation rétablie, qui serait sous la surveillance du gouvernement, et qui, du reste, aurait le droit d'établir un nombre d"écoles secondaires double ou triple du nombre des lycées gouverné par elle. Les supérieurs, élus par la congrégation, seraient confirmés par le premier Consul, à qui ils proposeraient les candidats aux chaires. » Dans ce système, disait Chaptal, le vœu des parents sera rempli, et les instituteurs les plus capables d'exercer une influence resteront dans la main du gouvernement. On fera tourner ce mouvement naturel des choses au profit des établissements nationaux. On aura un point de comparaison utile, un moj^en d'émulation puissant pour les autres lycées. On aura utilisé des éléments précieux qui survivent, mais qui restent disséminés et inutiles. Enfin, on obtiendra une économie sensible, un enseignement garanti par Texpérienco et surtout une éducation morale'. >-

Ce plan, qui aboutissait plutôt à la concurrence qu'à Tunité, fut aussitôt abandonné, et Fourcroy en élabora un autre, où les trois corporations de l'Oratoire, de la Doctrine et des Bénédictins de Saint-Maur étaient réorganisées en une seule association, « absolument soumise au gouvernement », recevant de lui u les plans d'éducation, les méthodes d'enseignement

1. .)/. Ainbroise Rendu et VUniversilé de France, par Eugène Rendu. Paris, 1861, in-8, p. 23 et 24. Cet ouvrage, fait avec les papiers d'Amljroise Rendu, qui fut le collaborateur inlimo de Fontanes, est important pour notre sujet. Il contient des documents et des faits qu'on uo trouve pas ailleurs.

PREMIERS PROJETS D LNIVERSITK IMPERIALE 1 't7

et tous les règlements intérieurs et extérieurs qu'il juge convenables », travaillant « sous la surveillance du ministre et des inspecteurs généraux des études ».

Le premier Consul consulta le troisième Consul, Lebrun, qui, dans une note écrite, fit observer que « les philosophes n'y verraient que le retour d'une espèce de monachisme », que, « quoique les congrégations de l'Oratoire, de la Doctrine et de Saint-Maur eussent moins qu'aucun autre établissement religieux un esprit particulier, cependant elles n'avaient pas non plus cet esprit national, cette indépendance d'opinions qui caractérisent les instituteurs dune grande société ». Lebrun préférait donc « des hommes nouveaux », c'est-à-dire des laïques.

Devenu empereur. Napoléon no se hâta pas de réaliser un projet qui était encore si vague dans son esprit. La chose lui semblait dii'ficile : il n'y voyait pas encore bien clair, il tâtonnait. C'est dans sa note sur les lycées, du 27 pluviôse an XIII (15 février 1805), que je vois formulée pour la première fois son idée d'un corps universitaire :

Peut-être, dit-il, le temps arrivera-t-il bientôt de s'occuper de la question de savoir s'il faut former un corps enseignant. Ce corps, ou cet ordre, doit-il être une association religieuse, faire vœu de chasteté, renoncer au monde, etc.? Il ne parait pas qu'il y ait aucune connexité entre ces idées.

L'enseignement se compose, dans Tétat actuel, de proviseurs, de censeuis, de professeurs. Il y aurait un corps enseignant si tous les proviseurs, censeurs, professeurs de l'Empire avaient un ou plusieurs cliei's, comme les .lésuites avaient un général, des provinciaux, etc.; si l'on ne pouvait être proviseur ou censeur qu'après avoir été professeur; si on ne pouvait être professeur dans les hautes classes qu'après avoir professé dans les basses; s'il y avait, enfin,

I'i8 FONDATrOX DE l'uNIVERSITÉ IMPÉRIALE

dans la carrière de l'enseignement, un ordre progressif qui entretînt l'émulation et qui montrât, dans les différentes époques de la vie, un aliment et un but de lespérance. Il faudrait qu'un homme consacré à l'enseignement ne pût se marier qu'après avoir franchi plusieurs degrés de sa carrière; que le mariage fût, pour lui comme pour tous les hommes, un terme placé en perspective où il ne pût atteindre qu'apiès avoir assuré sa considération cl sa fortune par une place dont la rétribution suffirait pour le faire vivre comme chef de famille, sans sortir de Tétat auquel il serait livré. Ainsi la condition de l'enseignement serait la même que celle des autres carrières civiles.

Ce corps aurait un esprit. L'Empereur pourrait en proléger les membres les plus distingués, et les élever par ses faveurs plus haut dans Topinion que ne l'étaient les prêtres lorsqu'on considérait en eux le sacerdoce comme une sorte de noblesse. Tout le monde sentait l'importance des Jésuites; on ne tarderait pas à sentir l'importance de la corporation de l'enseignement, lorsqu'on verrait un homme, d'abord élevé dans un lycée, appelé par ses talents à enseigner à son tour, avançant de grade en grade, et se trouver, avant de finir sa carrière, dans les premiers rangs de l'État.

De toutes les questions politiques, celle-ci est peut-être de premier ordre. II n'y aura pas d'état politique lixe, s'il n'y a pas un corps enseignant avec des principes fixes. Tant qu'on n'apprendra pas dès l'enfance s'il faut être républicain ou monarchique, catholique ou irréligieux, etc., l'État ne formera point une nation; il reposera sur des bases incertaines et vagues: il sera constamment exposé aux désordres et aux changements '.

Le génie réaliste de Napoléon voulut, avant de rien décider, se rendre compte de l'état exact des choses. En floréal an XIII, do Turin, il prescrivit à Fourcroy de faire une inspection générale des lycées, avec l'assistance de l'inspecteur général Lefèvre-

\. Correspondance, t. X, p. 117.

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Gincau, d'im sous-iiispectcui' aux revues et d'un capitaine ou adjudant-major. Faite dans les mois de floréal, prairial, messidor et thermidor au XIII, cette inspection ne semble pas avoir procure à l'empereur les faits et idées dont il avait besoin pour son grand dessein. Le rapport de Fourcroy, au point de vue de l'état de l'opinion, ne lui signala ({uo ce qu"il savait, à savoir que la forme militaire de la discipline lycéenne déplaisait à la bourgeoisie :

En général, disait Fourcroy, le ianibour, lexercice et la discipline militaire empèclient les parents, dans le plus grand nombre des villes, de mettre les enfants au lycée. On profite astucieusement de cette mesure, dans laquelle j'ai reconnu néanmoins la plus heureuse influence sur la bonne conduite et sur la discipline des élèves, pour persuader aux pères de famille que lEmpcreur ne veut faire que des soldats. Toutefois je suis persuadé qu'en méprisant ces bruits ridicules et sourds, l'opinion publique se déclarera fortement pour cette institution qui, en exerrant le corps des élèves, les habitue à la subordination, à l'obéissance, à la confiance dans leurs chefs. J'ai vu presque partout les jeunes gens obéir sans murmure et sans réflexion à des caporaux et à des sergents plus jeunes et plus faibles qu'eux, élevés à un grade mérité parleur sagesse et leurs progrès.

Dans ce rapport, dont nous ne connaissons que ce passage', mais qui semble avoir été un peu insignifiant ou teri'e à terre, Fourcroy ne touchait pas, semble-t-il, à la question de l'éducation morale, qui était la principale pour Napoléon, soucieux de former le Français à l'aimer et à lui obéir. Cette question,

1. Nous le connaissons par M. Eugène Rendu, ouvrage ciU', p. 26.

IHO FONDATION DE L UNIVP:RSITE IMPEUIALE

M. de Champaguy y toucha, peu après, dans une note dont on a publié ce passaye ' :

Le vice radical du système actuel, disait M. de Champagoy, c'est de n'avoir lien fait pour léducation. On n"a presque rien l'ait, ni dans les règlements ni dans la direction donnée; on n"a presque rien fait pour la surveillance, ni surtout pour le choix des chefs... On peut affirmer sans exagération qu'une forte moitié des chefs ou des professeurs est, au point de vue moral, dans la plus complète indiilerence. et qu'un quart, par leurs discours, leur conduite, leur réputation, déploie le caractère le plus dangereux sous les yeux de la jeunesse. En A-ain, un proviseur, un censeur croiront en avoir conservé le secret à leurs amis. Il n'y a point de secrets semblables dans un lycée... Les idées religieuses déterminées sont la seule garantie certaine de la moralité des hommes. Dans une nation et sous un gouvernement qui professent le christianisme, il n'y a point d'éducation, si l'on ne forme des élèves chrétiens.

Ce n'est pas seulement en attachant à un lycée un aumônier qui y dit la messe le dimanche qu'on atteindra le but. La religion doit être profondément gravée dans le cœur et dans la raison des élèves. Elle ne le serajamais, si le lycée n'a un esprit religieux, si les chefs n'y portent delà chaleur et du zèle. Or, deux ou trois lycées à peine oll'rent ce spectacle. De là cet éloignement des parents, que l'on attribue à des préjugés politiques; de là la rareté des pensionnaires payants ; de là le discrédit des lycées et cette situation contrainte et incertaine qu'ils présentent. L'opinion publique est unanime à cet égard.

La victoire d'Austerlilz et la paix de Presbourg (2 et 26 décembre I8O0) donnèrent à Napoléon assez d'autorité sur l'opinion pour qu'il osât aboutir enfin. C'est au commencement de 1806, et non dans l'été de

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