‹ Napoléon Ier et le monopole universitaire;Chapitre 75 sur 221 · Fontanes avait rapporte ces i>ropos à Ambroise Rendu · texte numérisé non relu

Fontanes avait rapporte ces i>ropos à Ambroise Rendu

Quoique cette semonce ne put «adresser qua Fourcroy, puisque Fontanes était connu pour ses sentiments chrétiens, c'est cependant Fourcroy que l'empereur chargea de lui préparer un projet de loi.

J.e rapport cl le projet de Fourcroy, imprimés, sont datés de 1806 '.

Voici le début de ce rapport, qui sinspire de la note de Napoléon sur la question de TUniversité à fonder :

Sire,

Votre Majesté m'a ordonné de lui préparer et de lui soumettre, pour l'époque à laquelle nous sommes arrivés, un travail sur l'établissement et rorganisalion d'un corps enseignant.

De toutes les questions politiques (ce sont les propres expressions de Votre Majesté), celle-ci est peut-être du premier ordre. Il n'y aura pas d'État politique fixe, s'il n'y a pas de corps enseignant avec des principes fixes. Tant qu'on n'apprendra pas dès l'enfance s'il faut être républicain ou monarchique, catholique ou irréligieux, etc., etc., l'État ne formera point une nation : il reposera sur des bases incertaines et vagues; il sera constamment exposé aux désordres et aux changements.

Outre les hautes considérations politiques qui appellent une pareille institution, l'établissement d'un corps enseignant est encore le seul moyen de sauver l'instruction publique elle-même d'une ruine totale. Les débris des anciennes corporations enseignantes ont suffi jusqu'à présent

lequel les rapporta plus tanl à son fil^ l^ugêne, qui les publia dans son livre sur son père, p. 2S.

1. Lugène Rendu se trompe dom-. ([uand il dit. p. 30 : ■• le projet (lu décret, projet de 1805, ([u'un \euille liicn ne pas oublier la date... »

RAPPORT ET PROJET DE FOURCROY (I8O6) li>3

pour soutenir rédifice; mais ces ressources s"épuiscnt chaque jour; et si l'on trouve encore des maîtres capables, il est à craindre qu'il ne s'en trouve bientôt plus. Presque toutes les places, dans les lycées et écoles secondaires, sont occupées par des vieillards ou des hommes qui touchent à la vieillesse, et on voit peu de jeunes gens qui se destinent à l'enseignement. Une corporation, telle que celle dont Votre Majesté a conçu la pensée et tracé le plan, peut donc seule régénérer l'instruction publique et en assurer lo prospérité.

La nécessité d'un corps enseignant une fois reconnue, il s'agit de savoir si ce corps ou cet ordre doit être une association religieuse; s'il doit l'aire v(eu de chasteté, renoncer au monde, etc.

Votre Majesté a jugé elle-même qu'il n'y avait aucune connexité entre ces idées. « Il y aurait, a-t-elle dit, un corps enseignant, si tous les proviseurs, censeurs et professeurs de l'Empire avaient un ou plusieurs chefs, comme les Jésuites avaient un général, des provinciaux, etc.; si l'on ne pouvait être pioviseur ou censeur qu'après avoir été professeur ; si l'on ne pouvait être professeur dans les hautes classes qu'apiès avoir professé dans les basses ; s'il y avait enfin dans la carrière de l'enseignement un ordre progressif qui entretînt l'émulation et qui montrât, dans les différentes époques de la vie, un aliment et un but à l'espérance. On a senti, avec Votre Majesté, l'importance de la corporation des Jésuites; on ne tarderait pas à sentir l'importance d'un corps enseignant lorsqu'on verrait un homme, d'abord élevé dans un lycée, appelé par ses talents à enseigner à son tour, avançant do grade en grade, se trouver, avant de finir sa carrière, dans les premiers rangs de l'État '. »

Des moyens aussi puissants, fondés sur l'honneur et l'intérêt, suffisent, sans doute, pour donner une grande

1. Quoique nous ayons déjà donné plus liaut (p. 147) la note de Napoléon (jue Fourcroy prend pour point de départ, nous avons cru devoir maintenir les extraits que Fourcroy en donne ici, afin de ne pas tronquer son important rapport, dont cette répétition facilitera la lecture.

consistance au corps enseignant, et faire de la carrière de renseignement un état important; dès lors, les premiers talents ne dédaignent plus des fonctions que relèvent l'opinion publique et, aux yeux de ceux qui les exercent, la protection spéciale du souverain. Une louable émulation anime tous les corps, et tous redoublent d'efforts pour mériter l'estime publique et concourir aux vues du gouvernement.

Si l'on jugeait qu'il fût important que les fonctionnaires et professeurs du lycée ne fussent pas mariés, on pourrait arriver à cet état de cboses facilement en peu de temps.

Votre Majesté a dit à ce sujet ; (c II faudrait qu'un homme consacré à renseignement ne put se marier qu'après avoir franchi plusieurs degrés de sa carrière; que le mariage fût pour lui, comme pour tous les hommes, un terme placé en perspective, où il ne put atteindre qu'après avoir assuré sa considération et sa fortune par une place dont la rétribution suffirait pour le faire vivre comme chef de famille, sans sortir de l'état auquel il se serait livré: ainsi la condition de l'enseignement serait la même que celle des autres carrières civiles ».

Il serait peut-être difficile d'assigner à l'avance le degré où il faudrait qu'un homme consacré à l'enseignement fût parvenu pour être libre à se marier. Le meilleur moyen d'obvier h tous les inconvénients serait de faire une loi du célibat pour tous les membres du corps enseignant, excepté pour les professeurs des écoles spéciales et des lycées, et pour les inspecteurs: le mariage, dans ces places, ne présente aucun inconvénient. Mais les directeurs, professeurs et maîtres d'études des collèges, dont il sera parlé ci-après, ainsi que les agrégés et répétiteurs des lycées, ne pourraient se marier sans renoncer à leurs places. Quant aux proviseurs, censeurs et procureurs gérants actuels qui ne sont pas mariés, ils ne pourraient pas contracter de mariage sans une autorisation spéciale du gouvernement. Ceux, au reste, des fonctionnaires et instituteurs ci-dessus désignés qui sont aujourd'hui mariés conserveront leurs places, à la charge de se conformer aux règlements qui

UAl'POKT ET PROJET DE FOURCHOY (I8O6) loo

interdisent aux femmes l'entrée dos lycées, et qui leur ilcfendent de demeurer dans les bâtiments destinés aux (■lèves.

Sans être lié par des vœux, le corps enseignant pourrait n>n être pas moins religieux. Qu'il y ait, pour les exercices de religion, des règlements auxquels chacun soit astreint; iiue les places supérieures soient données de préférence à ceux qui joindront aux lumières et aux talents une conduite irréprochable, et la religion sera en honneur dans les établissements d'instruction publique.

Fondé, soutenu, encouragé par le prince, le corps enseignant ne peut manquer de lui être dévoué, et d'élever la jeunesse dans les principes dont il sei'a pénétré lui-même pour le gouvernement monarchique.

IvO corps enseignant étant un, l'esprit qui l'animera sera nécessairement un; et, sous ce rapport, le nouveau corps enseignant l'emportera de beaucoup sur les anciennes corporations. Celles-ci, en elîet, formaient pour ainsi dire, autant de sectes jalouses les unes des autres, etplutôtennemies que rivales. Chaque école avait sa doctrine et ses principes, qu'elle s'efforçait de graver dans le cœur de ses élèves. Ceux-ci rapportaient dans la société les opinions qui divisaient leurs maîtres, et l'esprit de parti devenait une source de haine et de dissensions souvent funestes au , repos public. On pourrait même ajouter que, dans ces diverses congrégations, l'esprit national 'était toujours subordonné à l'esprit particulier du corps. Ici, l'esprit sera le même partout : il sera à Turin tel qu'à Paris ; à Bruxelles ou à Mayencc, tel qu'à Marseille ou à Bordeaux; il sera éminemment français, c'est-à-dire que tous n'auront qu'un but, celui de former des sujets vertueux par principes de religion, utiles à l'État par leurs talents et leurs lumières, attachés au gouvernement et dévoués à son auguste chef par amour et par devoir '.

1. Suit l'analyse de ce projet. On trouvera ce rapport aux pages il7 et suiv. de l'imprimé intitulé Rapports, étais et tableaux relatifs à f instruction publique, Paris, de l'impr. impériale, 27 février" 1800, iii4. Arcti. nnt., ADvui, 23.

IbO FONDATION iJE L UNIVEUSITE IMPERIALE

Le projet qui suivait ee rapport créait une " grande Université impériale », englobant tous les établissements d'instruction, divisés en deux classes : 1° écoles spéciales, lycées, écoles secondaires communales (collèges), où l'enseignement serait donné par l'Université; 2'' écoles secondaires, pensions et écoles primaires, soumises seulement à la surveillance de l'Université. Mais nul ne pourrait diriger une école ou ouvrir un i)ensionnat s'il n'avait obtenu de l'Université un diplôme de capacité ou des lettres de maître es arts. Sur les pensions ou rétributions que payent les élèves des divers établissements, il serait fait, au profit de l'Université, un prélèvement du vingt-cinquième au plus. La grande Université serait partagée en sept divisions ou Universités : Paris, Bruxelles. Rennes, Dijon, Toulouse, Monti)ellier, Turin. A la tète, un directeur général de l'instruction j)ublique, conseiller d'État, assisté non seulement d'inspecteur généraux, mais d'un « Conseil de l'Université ». Dans ce i)rojet de Fourcroy, il n'était pas question de religion.

On revenait donc à ce mot (.V Université, que l'ancien régime avait rendu odieux et que la Révolution avait proscrit. Mais il ne s'agissait ni des Universités d'autrefois ni de celles d'aujourd'hui.

Ces Universités célèbres, dont celles de Paris et de Bologne avaient été les types, ainsi appelées parce qu'on y enseignait, en une même ville, toutes les études, toutes les disciplines d'alors, qu'il fallait auparavant aller chercher en plusieurs villes, étaient d'origines religieuses, souvent fondées par un pape, et souvent en vue du salut de la république chrétienne, comme on le voit au préambule du slatut de la

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Faculté des arts de l'Université de Paris, dans l'édit de Henri IVde 1598 : Cuni omnium regnoramet populoram félicitas, tiim maxime reipuhlicse christianœ salas a recta juventiitis institutione peudeat... Ce n'étaient donc pas des œuvres nationales, mais internationales en tant que religieuses, des puissances dans l'État, presque des États dans l'État, à force de privilèges.

Cependant les Universités d'avant la llévolution n'étaient pas, comme aujourd'hui, rien que des établissements d'enseignement supérieur, et même tout l'enseignement supérieur n'y était pas donné. Ainsi, dans l'Université de Paris, il n'y avait ni Faculté des lettres ni [Faculté des sciences, mais une Faculté des arts, qui consistait uniquement en des collèges d'enseignement secondaire.

C'est en cela, c'est-à-dire en tant qu'elle contenait l'enseignement secondaire, que l'Université impériale imita les anciennes Universités.

Quant au monopole, que d'ailleurs le projet de Fourcroy n'établissait pas complètement, les anciennes Universités n'en jouissaient pas entièrement. Ainsi, au xvi° siècle, les Jésuites avaient pu fonder, en dehors de l'Université de Paris, le collège de Clermont; mais ils lavaient fondé malgré l'Université, qui revendiqua toujours le monopole, notamment après l'expulsion des Jésuites sous Louis XV et sous l'inlluence des parlementaires '.

Quant à l'idée d'une Université unique pour la France- , on dit qu'elle fut inspirée à Napoléon par

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