‹ Napoléon Ier et le monopole universitaire;Chapitre 76 sur 221 · Voir plus liaut. p. 22 el · texte numérisé non relu

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2. C'est celte unité que Burnouf, professeur de rliélorique au Lycée impériaL dans son discours latin à la distribution des prix

^du Concours général, en 181 1, célébra en ces termes : <■ Una jam

d:i8 FONDATION DE L UXIVERSITi: IMPERIALE

la visite quïl fit, en 1805, à l'Université de Turin, et il est certain que c'est de Turin qu'il envoya Tordre de faire l'inspection générale qui l'instruirait des possibilités d'un si grand changement K Ambroise Rendu, sous la Restauration, répondant à ceux qui reprochaient à l'Université d'être une nouveauté, une invention de l'usurpateur, disait : >< Au fond, l'Université n'est rien moins qu'une création de Bonaparte; elle doit sa véritable origine à Charles-Emmanuel 111, roi de Sardaigne : elle ne date réellement pas de 1808; elle remonte, pour le moins, jusqu'à 1771. En un mot l'Université de France n'est que la copie en grand d'un modèle déjà ancien, l'Université de Turin. On l'a dit plusieurs fois, on va en fournir la preuve ». Et il plaçait sur deux colonnes parallèles les statuts de l'Université de Turin et ceux de l'Université de France. Les ressemblances ne sont pas toutes si frappantes qu'il le croit. Cependant il y a des analogies curieuses. Ainsi le roi de Piémont institue, à la tête de l'Université, un magistrat de la Réforme assez analogue au futur grand-maître français, et sa juridiction s'étend à tous les États de terre ferme ; « 11 aura soin de faire observer nos présentes constitutions avec toute l'exactitude possible, comme aussi que l'on enseigne, dans l'Université et dans tous nos États de terre ferme, une doctrine saine, qui ne soit pas contraire à la religion, à nos droits et à ceux de la couronne. Il sera aussi attentif à maintenir la subordi-

surgit Universitas; sed suo vore digna nomine universa est. Omnes una complectilur imperii partes; ad urbes remotissimas visilliusperlinet; in humillimos viculos perrnanelat([ue influit. • {Almanach de V Université, année 1812, p. 306.) 1. Voir plus haut p. 148.

EXEMPLE DE L UNIVERSITE DE TURIN i:i9

nation entre les officiers de ladite UniversitcS et à ce que ses privilèges se conservent dans leur entier, sans aucune altération. » 11 a sous son autorité tous les collèges, écoles, y compris le collège des provinces (école normale). Cette autorité donnée au magistral de la Réforme ne s'étend donc pas à la seule Université de la ville de Turin, mais à tous les collèges et écoles de Piémont, qui sont ainsi rattachés à l'Université *. Et il est bien possible, après tout, que ce soit cet état de choses qui ait donné à Napoléon l'idée de l'Université unique pour toute la France.

Napoléon vit aussi, dans ces statuts de l'Université de Turin, l'idée du monopole réalisée, pratiquée : "■ 11 ne sera permis à qui que ce soit d'enseigner publiquement dans cette ville les sciences et les arts que l'on enseigne dans l'Université. Pour enseigner dans les provinces tant de ça que de là les monts et cols les dites sciences et les dits arts, de même que la rhétorique et les autres basses classes, il faudra non seulement avoir été approuvé pour professeur et pour maître, ou en avoir obtenu la permission du magistrat de la Réforme, il faudra encore être destiné pour telle ville ou telle terre que le magistrat de la Piéformc jniiora à i)ropos d'assigner-. »

1. Ambroise Rendu, Premier supplium'iil aux observations, etc. Paris, 1816, in-8. Bibl. nat., Lf 144/19*.

2. Ces rapprochements furent faits aussi, sous l'Empire même, dans un document officiel, le Rapport sur les établissements d'instruction publique des départements au-delà des Alpes, par Guvier, de Coiffier et de Balbo, qui les avaient inspectés en 1809 et en 1810. On y lit : « C'est par l'Académie de Turin que l'empereur a fait le premier essai de son grand plan de réorganisation des études, et a préludé en quelque sorte a la création de l'Université impériale; et il est à remarquer qu'elle appartenait autrefois à un système d'instruction très semblable eu

it;0 FONDATIOX DE L TNIVERSITE IMPERIALE

Mais revenons au projet do Fourcroy.

L'empereur n'en fut pas content. Sans doute que Fourcroy ne lui offrait pas ce qu'il ne voulait pas demander ouvertement. Il fit faire un autre projet, puis d'autres. Au total, il y eut neuf rédactions successives. Elles furent discutées au Conseil d'État, qui s'en occupa deux fois par semaine, sous la présidence de l'empereur, de février 1806 à la fin d'avril suivant'.

Nous n'avons pas le compte rendu de ces discussions, mais Pelet (de la Lozère), qui fit partie du Conseil d'État de l'an X à 1810, et qui semble avoir pris des notes au moment même, ou peu après, nous a conservé quelques « opinions » de Napoléon dans ces discussions.

Ainsi il aurait dit, le 1^'' mars 1806 : '^ Je veux former une corporation, non de jésuites qui aient leur souverain à Rome, mais de jésuites qui n'aient d'autre ambition que celle d'être utiles, et d'autre intérêt que l'intérêt public. Il faut que ce corps ait des privilèges, qu'il ne soit pas trop dépendant des ministres et de l'empereur; que les chefs, par exemple, soient sénateurs-nés; qu'ils aient une autorité capable de leur donner de la consistance; il faut réserver seulement à l'empereur la sanction des règlements les plus importants. »

Sans doute qu'un conseiller d'Etat proposa un enseignement pour les jeunes filles, car Napoléon dit, dans la même séance : « Je ne crois pas qu'il faille s'occuper

petit à celui de notre grand corps enseignant ». Us comparent le magistrat de la Réforme au Conseil de l'Université. {Bccueil de lois et règlement, t. iV, p. 230-231.)

1. Le fait est attesté, non seulement par Pelet (de la Lozère), mais par P'ourcroy, dans un rapport du l" février 1808, cité par Alexis Chevalier, les Frères des Écoles citrétiennes, p. 102.

PROl'OS DE NAPOLEON AU CONSEIL D ETAT 161

d'un régime dinstruction pour les jeunes filles; elles ne peuvent être mieux élevées que par leurs mères; l'éducation publique ne leur convient point, puisqu'elles ne sont point appelées à vivre en public ; les mœurs sont tout pour elles; le mariage est toute leur destination. »

Le 11 mars, à propos des congrégations enseignantes : « Je respecte, dit-il, ce que la religion respecte : mais, comme homme d'état, je ne puis aimer le fanatisme du célibat; c'a été un moyen par lequel la cour de Rome a voulu river la chaîne de l'Europe, en empêchant que les religieux ne fussent des citoyens. Le fanatisme militaire est le seul qui me soit bon à quelque chose; il en faut pour se faire tuer. Mon but principal, dans l'établissement d'un corps enseignant, est d'avoir un moj^en de diriger les opinions politiques et morales. Cette institution sera une garantie contre le rétablissement des moines; on ne viendra plus m'en parler; ils seraient sans cela rétablis un jour ou l'autre. Quant à moi, j'aimerais mieux confier l'éducation publique à un ordre religieux que de la laisser telle qu'elle est; mais je ne veux ni l'un ni l'autre. »

En faveur des Frères des écoles chrétiennes (21 mai 1806) : « On prétend que les écoles primaires tenues par les Frères ignorantins pourraient introduire dans l'Université un esprit dangereux; on propose de les laisser en dehors de la juridiction, ainsi que les écoles de la rive gauche du Pdiin qui dépendent des consistoires protestants. Je ne conçois pas l'espèce de fanatisme dont quelques personnes sont animées contre les Frères ignorantins; c'est un véritable préjugé : partout on me demande leur rétablissement : ce cri général démontre assez leur utilité. Quant aux écoles

NAPOLliON r;T Ll: MONOî'UI.E. t l

protestantes, elles subiront le sort commun : on les détachera de la puissance religieuse pour les faire entrer dans le corps civil... ^ »

La discussion traînait. 11 est évident que les vues du Conseil d'État ne s'accordaient pas avec celles de Napoléon. Fourcroy dira plus tard à l'empereur : « Neuf projets avaient été successivement présentés, et le développement autant que la divergence des idées sur l'organisme d'un corps enseignant avaient porté le dernier jusqu'à 122 articles. On sentit alors au Conseil que le temps ne permettait pas de mûrir ce grand travail, et Votre Majesté arrêta qu"il ne serait présenté au Corps législatif que la simple création du Corps enseignant sous le nom d'Université impériale-. »

Ce n'est pas seulement au Conseil d'État, c'est aussi dans son entourage plus proche que Napoléon rencontrait des objections. Portails fit une opposition décidée au projet du monopole dans une note où il disait : « Les mêmes principes qui autorisent les pères à faire élever leurs enfants dans leurs propres maisons garantissent à tous les pères le droit naturel de confier leurs enfants à tels instituteurs que bon leur semble. » Et il attaquait >< un système qui ne tendrait à rien moins qu'à détruire, sur un objet aussi délicat, les droits sacrés de la paternité ». Contre la création d'un corps enseignant unique, le ministre de l'Intérieur,

1. Pelel (de la Lozère), Opinions de Napoléon {18-33), p. 163 ■A 173. Bibl. nat„ Lb 44/246, in-8.

2. Rapport de Fourcroy du 1"' février 1808, cité par Alexis Chevalier, p. 162. M. Liard, L'enseignement supérieur en France, t. II, p. 84 à 91, a donué un aperçu de ces neuf rédactions successives pour ce qui touche l'enseignement supérieur, d'après le tome XIU du recueil factice d'imprimés intitulé : « Uecueil du Conseil d'État ».

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