‹ Napoléon Ier et le monopole universitaire;Chapitre 88 sur 221 · CENTRALE · texte numérisé non relu

CENTRALE

1. Lo grand-inaitre : exclusion de Fourcroy. — II. Fontanes grand-maitre. Sa demi-trahison. — III. Le chancelier, lo trésorier, le secrétaire général, les bureaux de l'Université. — IV. Le Conseil de l'Université. — V. Los inspecteurs généraux, les recteurs.

On a vu que la création do l'Université impériale ne fut vraiment une nouveauté que par le lien qui fut établi entre les diverses parties du régime de Tinstruction publique existant, de manière à en former un corps, et par la subordination de ce corps à un chef, le grand-maître, qui devait être lui-même Ihomme de l'empereur.

Le choix de ce chef était donc dimportance capitale pour le succès de 1 oeuvre.

Fourcroy ne semblait pas mettre en doute que ce ne fût lui qui dût être nommé grand-maître. Son exposé des motifs de la loi de 1806 se termine par ces mots : « Quant à moi. Messieurs, après avoir, pendant trente

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années, consacré ù lias traction publique le peu de lumières que létude et l'amour des lettres et des sciences m'ont permis d'acquérir, je m'applaudirai toute ma vie d'avoir concouru à réorganiser l'éducation et l'instruction publiques, d'après les vues du grand homme qui, non content d'avoir illustré son siècle et fait le bonheur de ses contemporains, prépare de hautes destinées à la génération qui doit nous succéder. » C'est ainsi qu'avec modestie et sécurité il semblait annoncer sa prochaine élévation.

Cette élévation, d'ailleurs, eût été plutôt un changement de titre qu'un changement de fonctions. Fourcroy n'avait-il pas déjà, sous le régime de la loi de l'an X, sinon tous les pouvoirs, du moins une partie du rôle du futur grand-maître? Tout ce qui concernait l'instruction publique passait par ses mains, était réglé par lui. Quoique la direction dont il était chargé formât un des services du ministère de l'Intérieur, sa qualité de conseiller d'État le rendait, en fait, presque indépendant du ministre, et il travaillait avec l'empereur, qui n'avait pas à se plaindre de lui. C'avait été un directeur zélé, consciencieux. Cuvicr, qui l'avait vu à l'œuvre, l'en loua en ces termes, après sa mort et sous le règne même de Napoléon : « ...On ne peut, sans l'avoir vu, se faire une idée de ce que lui ont coûté de peines tant d'établissements dans un pays où il fallait relever jusqu'aux édifices, reci'éer tous les genres de ressources, surmonter dans chaque lieu des résistances intéressées, chercher de tous côtés des maîtres et jusqu'à des élèves, tant l'exemple du passé inspirait de défiance. Infatigable dans son cabinet comme dans son laboratoire, M. de Fourcroy passait les jours et une grande partie des nuits au travail; il

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ne se reposait en entier sur aucun de ses subordonnés, et les moindres règlements qui sortaient de ses bureaux avaient été conçus et mûris par lui-même. 11 voulait connaître personnellement les meilleurs instituteurs; et il a parcouru plusieurs parties de la France pour s'assurer du progrès des écoles et juger de plus près les talents des maîtres '. »

Napoléon, à ce qu'il semble, le trouva, en toute circonstance, docile. On vient de voir que lui-même se vantait davoir travaillé « d'après les vues du grand homme », et, à ce propos, Cuvier dit, non sans malignité : « Si les vues que M. de Fourcroy avait à exécuter n'étaient plus entièrement les siennes, c'était toujours son activité qu'il mettait à les faire réussir. » Quand le cardinal Fesch avait obtenu que les préceptes de la religion catholique servissent de base à l'enseignement de l'Université, nous avons reproduit une note attestant que Fourcroy n'avait l'ait aucune objection. Sa philosophie s'était donc pliée à la politique religieuse de Napoléon.

Son républicanisme s'était de même plié à l'empire. 11 désavouait la Révolution, non seulement du bout des lèvres, mais dans des notes autobiographiques, où il ne se contente pas, comme c'était bien naturel, de protester contre la légende qui lui reprochait d'avoir laissé périr Lavoisier, son ancien protecteur : il y rougit de son rôle sous la Révolution -.

11 n'était pas d'un commerce désagréable. Un con-

\. Cuvier, Éloge historique du comte Fourcroy, Paris, 1811, in-4. Bibl. uat., Ln 27/29973.

2. Ces notes ont été publiées par le naturaliste Palisot de Beauvois, dans son Élogi: historique de M. Fourcroy, s. d. (1811), in-4. Bibl. nat., Ln 27/7827.

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