Biojjruphie nouvelle des contemporains
FONTANES GRAXû-MA ITRE 199
Pourquoi donc Napoléon ne nomma-t-il pas Fourcroy grand-maître, ei pourquoi lui préféra-l-il Fontanes?
A en croire Villemain, il aurait dit à .M. de Narbonne, en 1812, qu'il voulait avant tout que l'Université fût « fortement lettrée » : <> ...Aussi voyez comme, pour organiser mon Université, j'ai préféré Fontanes à Fourcroy, qui pourtant m'était aussi bien dévoué, et à qui cette disgrâce a fait grand mal, je le crains; mais, dans un chef d'empire, pas de faiblesse humaine*. » Mais l'authenticité de cette conversation n'est pas du tout prouvée. Des témoignages authentiques montrent an contraire que Napoléon préférait les sciences aux lettres, comme instrument d'éducation. Si donc il nomma Fontanes grandmaître, et non Fourcroy, ce n'est pas parce que celui-là était littérateur, celui-ci chimiste : c'est pour d'autres motifs, mais nous ne pouvons que les conjecturer.
Si modérantisé ou repenti que fût Fourcroy, c'était un homme de la Révolution, c'était un des organisateurs de l'œuvre scolaire de la Révolution, c'était un philosophe sympathique au protestantisme 2, ce n'était pas un catholique. Or Napoléon voulait avoir un catholique à la tête de son Université, pour les
1. Villemain, Souvenirs contemporains d'histoire et de littérature, l. I, p. 147.
2. Voir un de ses rapports dans Rocrjuain, Éldt de la France au dix-huit brumaire, p. 154.
mêmes raisons qui lavaient décidé à fonder l'enseignement de cette Université sur les préceptes de la religion catholique, c'est-à-dire, comme dans l'affaire du Concordat, pour mettre la religion au service de son pouvoir. Un penseur libre comme Fourcroy, quelque zèle qu'il eût apporté à cette besogne délicate, aurait pu effaroucher les catholiques. 11 fallait donc à Napoléon un catholique ; il le lui fallait vraiment croyant, mais point fanatique; il le lui fallait dévoué à sa personne, lisant dans sa pensée, assez élégant de manières pour ne point faire l'effet d'un courtisan, ayant la confiance des autres catholiques, ayant du prestige par son talent, enfin intéressé à soutenir le régime napoléonien.
Fontanes remplissait bien ces conditions.
A peine nommé grand-maître, il inspira confiance au clergé. L'abbé Émerylui écrivit : « ...Dès que l'Université devait avoir à sa tête un homme du monde, j'ai regardé comme un trait singulier de la providence de Dieu sur cet Empire que le choix de l'empereur fût tombé sur votre personne K »
lî avait célébré le religion en vers et en prose. Sa poésie : Le jour des morts dans une campagne, son amitié pour Chateaubriand, sa campagne contre les philosophes dans le Mercure, étaient inspirées par une foi sincère, mais non fanatique. Son grand-père, son père étaient protestants, sa mère catholique. Elle exigea que ses enfants fussent catholiques 2. Élevé dans la religion catholique, il ne rougissait pas de ses origines protestantes. L'Académie française couronna