Antoine Rendu, par Eugène Rendu, p
2. Notice de Sainte-Beuve, en tète des Œuvn-s do Fontanes. Paris, 1839, 2 vol. in-8. Bibl. nat., Inv. Z. 49030.
FONTAXES GRAXD-3.[AITRE 201
en 1789 son Discours en vers sur l'cdit en faveur des noncatholiques où il disait :
Moi, ué d'aïeux errants, qui, dans le dernier âge, Du fanatisme aveugle ont éprouvé la rage, Puis-je ne pas chanter cet édit immortel Qui venge la raison sans oiïenser l'autel?
Modéré par lompéranionl , monarchiste constilutionnel, il avait rédigé, au commencement de 1790, le journal Le Modérateur K Membre de l'Institut à la première formation, professeur à l'école centrale des Quatre-Nations, il fut fructidurisé comme rédacteur du journal royaliste Le Mémorial, où écrivait aussi La Harpe, échappa à la déportation, se retira à Londres, où il connut Chateaubriand, revint à Paris après le 18 brumaire et écrivit à Bonaparte, le 12 nivôse an Vlll : « Je suis opprimé, vous êtes puissant, je demande justice -. » Flatté par ce ralliement d'un littérateur célèbre, le premier Consul l'accueillit avec honneur, et il fut le protégé d'Élisa Bonaparte. Chargé de prononcer l'éloge funèbre de Washington le 4 pluviôse an VIII, il y donna à Bonaparte d'indirects conseils de libéralisme, avec un air d'indépendance qui ajoutait du prix à son ralliement. On y remarque cette phrase sur le premier Consul : « Il n'a pris la place de personne, il n'a détrôné que l'anarchie », ingénieuse et immédiate excuse pour d'autres ralliements, et aussi peut-être lointaine excuse pour ceux qui reviendraient au roi, quand le roi aurait des chances sérieuses de reprendre sa « place ». En attendant, il rendait discrè-
1. Cf. Maurice Tourneux, Bibliographie de Vhistoire de Paris, t. II, n" 10397.
2. On trouvera cette lettre dans la notice de Sainte-Beuve, p. LXXVII.
tement les services les plus délicats à rambition de Bonaparte. On lui attribua la rédaction dun pamphlet retentissant : Parallèle entre César, Cromwell, Monk et Bonaparte (brumaire an IX), qui, désavoué par le gouvei'nement, avait été en réalité commandé par Lucien Bonaparte et avait pour but de préparer l'opinion à rétablissement de l'empire '.
Les honneurs lui vinrent vile. Membre du Corps législatif, qu'il présidait quand il l'ut nommé grandmaître, ce l'ut un des rares Français qui encouragèrent le premier Consul à faire le Concordat.
Courtisan élégant, spirituel, sans platitude, il savait se donner des airs d'indépendance. Le lendemain de l'exécution du duc d'Enghien, Bonaparte lui demanda de mettre, dans uu discours qu'il avait ù faire comme président du Corps législatif, quelques paroles approbatives de cet acte : il s'y refusa 2, Dans ce discours adressé au premier Consul, le 1" germinal an XII, il parla de la sage uniformité de ses lois. Au lieu de lois le Moniteur imprima mesures. Fontanes réclama et obtint un erratum. En môme temps il se soulagea en rimant une ode où il disait :
Sur un trône orné de trophées, Napoléon, no pense pas Qu'à les pieds nos voix étoufl'ées Tairont de pareils attentats ■'.
La voix de Fontanes n'en resta pas moins étoujfée, et
son ode ne fut publiée qu'aj^rès la chute de Napoléon.
11 savait jusqu'à quel point on pouvait donner au