Ambroisc Rendu, par Eugène Rendu, p
4. Sainte-tîeuve, ouvrage cité. Cf. Ambroise Rendu, par Eugène Uendu, p. 08.
FUNTAXES GRAND-MAITRE. SA DEMI-TRAHISON 20b
papiers de Fontancs. raconte aussi (sans doute d'après M. de Langeac, ancien secrétaire général de l'Université, qu'il consulta pour écrire son article) qu'en 1811, dans un Conseil présidé par l'empereur, Fontanes, se querellant avec Regnaud de Saint-Jean-d'Angély, se mit tellement en colère qu'il brisa une écritoire sur la table du Conseil. L'empereur le congédia aussitôt. Mais le lendemain il lui pardonna : « Vous êtes un peu vif, lui dit-il, mais vous n'êtes pas un méchant homme ».
Dans cette même année 1811, Napoh-on avait eu contre Fontanes un autre grief, plus sérieux que l'affaire de l'encrier brisé, c'est l'éloge si amical, si confiant que Chateaubriand avait fait de lui, dans son discours de réception à la seconde classe de l'Institut, discours qui était une satire du despotisme napoléonien : « Si je voulais enfin, messieurs, vous parler d'un ami bien cher à mon cœur, d'un de ces amis qui, selon Cicéron, rendent la prospérité plus éclatante et l'adversité plus légère, je vanterais la finesse et la pureté de son goût... » Par une croix au crayon, tracée en marge de ce passage, quand on lui soumit le manuscrit, l'empereur marqua combien il avait été sensible à l'étalage de cette intimité entre son cruel détracteur etle grandmaître de l'Université. Il dut même avoir, à un moment, l'impression, ou le soupçon, que Fontanes avait été le complice de Chateaubriand. Car, dans un mouvement de colère, apostrophant le comte de Ségur, qui, comme membre de la seconde classe, avait approuvé le discours de Chateaubriand, il lui cria : « Vous et M. de Fontancs, comme conseiller d'État et comme grand-maître de l'Université, vous mériteriez que je vous misse à Vincennes! » Puis il se calma, et Fon-
tanes continua à jouir, sinon de sa confiance, du moins de sa faveur '.
Il est sûr que Napoléon, pourtant bon juge en hommes, s"était trompé sur le compte de Fontanes.
Non seulement Fontanes, grand-maître, ne le servit pas comme il aurait voulu être servi, mais il serait exagéré de dire qu'il lui fut fidèle. Si le mot de trahison, en létat actuel de nos renseignements, n'est pas applicable à la conduite de Fontanes en général, il est cependant vrai qu'il trahit les vues et l'ambition du maître, dont il était si bien informé, qu'il les trahit en ce qu'il ne mit pas au service de son despotisme cette religion catholique que le décret du 17 mars 1808 plaçait à la base de l'enseignement universitaire. Soit en dirigeant surtout l'attention des inspecteurs généraux sur les pratiques religieuses, soit en introduisant dans l'Université des prêtres plus dévoués au pape (ou peut-être au roi) qu'à l'empereur, soit par ses complaisances pour l'enseignement privé, institutions, pensions, ou pour les séminaires, il favorisa les influences cléricales , et aussi , indirectement , l'opposition à l'empire. Il se prépara ingénieusement, plus encore peut-être par ce qu'il ne fit pas ou par ce qu'il laissa faire que par ce qu'il fit, l'indulgence et même la gratitude des royalistes pour le cas où Louis X"VIII reviendrait.
S'il entrait dans les vues de Napoléon de l'aire collaborer les hommes de l'ancien régime avec les hommes du nouveau aux œuvres universitaii'es, c'était pour les • allier tous à sa personne. Mais c'était trahir ses vues
1. Pour toute cette airaire du discours de réception do Cliateaubriand, voir les Mémoires cVoutre-tombe, éd. Biré, t. 111 , p. 31 à 50, et 547 il 562.