FONTANES GRAND-MAITRE. SA DEMI-TRAHISON
que confier rectorat et décanal à un prêtre fanatique. C'est ce que fit Fontanes, en plus d'un cas. Par exemple, il nomma recteur de l'académie de Pau Tabbé Éliçagaray, récemment revenu d'Espagne, où il avait émigré, et fougueusement réactionnaire. « 11 débuta (écrit le préfet des Basses-Pyrénées en 1810) par faire renvoyer du lycée deux anciens bénédictins instruits et dévoués au gouvernement, parce qu'ils n'avaient pas rétracté leur serment. Les inspecteurs envoyés dans ce département par le grand-maître ont montré un esprit de parti dangereux. Lorsqu'on a parlé d'une certaine bulle d'excommunication, on a cessé de chanter au lycée le Domine salvumfac imperatoremK >> En même temps que recteur, l'abbé Éliçagaray était professeur de philosophie à la Faculté des lettres et doyen de cette faculté. C'est lui qui, inspecteur général sous la Piestauration, se ridiculisa par son zèle royaliste-. L'abbé Sérès, aumônier du lycée, l'abbé Boyer, un des deux inspecteurs d'académie, revenaient également d'Espagne, dit le préfet, « avec des [)rincipes extraordinairement intolérants ->. En somme, Fontanes avait livré l'Académie de Pau à des prêtres émigrés, que soutenaient les inspecteurs généraux.
Il avait nommé recteur de l'académie de Douai Taranget {VAlmanach de l'Université impériale ne dit pas si c'était un abbé), qui, lui aussi, était professeur (de
1. Charles Schmidl, La réforme rfc L'iniversité impériale en ISJJ, p. 103.
2. A propos d'un discours qu'il aurait prononcé au collège de Marseille le 18 juin 1821. Voir l'article Éliçagaray dans la Biographie llabbe. Voir son discours ou plutôt ses deux discours, Bibl. uat., Ln 27/7040 pièces. Le premier discours n'est évidemment qu'une charge. Le second a l'air d'un mélange de traits vrais et de traits inventés.
littérature française) à la Faculté des lettres et doyen de cette Faculté. Tel était son zèle pour lÉglise qu'en 1810, comme on le verra plus loin, il créa maîtres de pension 60 curés et 500 desservants'.
En 1810 également Bouvier du Molard, auditeur au Conseil d'État, récemment nommé préfet du Finistère, écrivait au ministre de la police : « J'ai assisté aux séances du Conseil d'État où les statuts de l'Université ont été discutés. Il m'a paru que l'intention de Sa Majesté était que le corps des instructeurs fût essentiellement la'ique et l'instruction hors de l'influence des ecclésiastiques. Les choses sont ici dans un sens absolument inverse. En 1807, par deux lettres des 7 septembre et 2 octobre, lévêque de Quimpcr avait offert à M. MioUis, préfet 2, des professeurs pour toutes les classes et tous les collèges, mais à la condition que l'organisation serait entièrement ecclésiastique. Même système en 1810. L'évêque, en relation immédiate avec le grand-maître de l'Université, vient de faire nommer l'abbé de Calonne principal du collège de Quimper. C'est le prêtre le plus fanatique du diocèse. 11 remplace un prêtre éclairé, tolérant, aimé, professeur depuis trente ans dans le même collège, mais prêtre assermenté et persécuté par l'évêque pour ce seul fait, quoiqu'il n'ait jamais manqué aux devoirs de son état^. » Napoléon fut indigné. Le 15 juillet 1810, il écrivit à Montalivet, ministre de l'Intérieur '-^ : « Faitesmoi un rapport, et proposez-moi un projet pour