ORGANISATION DU GOUVERNEMENT CONSULAIRE
COXSTITUTIOX DE h AN VIII.
PACIFICATidX. — ADMINISTEATIOX. — FINANCES.
E coup d'État des 18 et 19 brumaire, quelle que fût d'ailleurs la puissance des anciens souvenirs et des anciennes espérances, satisfit, on peut l'affirmer, l'immense majorité des Français. Sans doute cet attentat contre le pouvoir législatif avait soulevé des protestations dans bien des consciences, mais, une fois l'acte accompli, on n'en vit que les avantages; cliacuu en un mot tut plus content le lendemain que la veille.
Rien ne montre mieux combien cet acte paraissait légitime que de voir Lafayette, le champion souvent si scrupuleux du libéralisme et du droit des assemblées, l'approuver sans réserve dans ses Mémoires et s'étonner seulement du trouble et de l'émotion qui faillirent arrêter Bonaparte au moment décisif. Bonaparte avait des admirateurs passionnés et en grand nombre; de plus sa situation
politique et morale lui assurait, comme le disait M'"" de Staël, « les secondes voix de tout le monde ».
Aussi, malgré les apparences, le 18 brumaire ne fut pas une insurrection militaire et il n'y avait pas à craindre que la France entrât dans la série des prononciamentos , cercle fatal dont une nation peut si difficilement sortir pour peu qu'elle y soit entrée. C'était une révolution accomplie par des soldats, mais pour établir un gouvernement différent de celui qui existait, gouvernement qui, dans l'esprit de ses auteurs, de Bonaparte aussi bien que de Sieyès, devait être un gouvernement civil.
Cependant, le 20 brumaire, les consuls provisoires s'étaient réunis au Luxembourg. « Qui présidera? demanda Sieyès. — Ne voyez-vous pas, dit bonnement Roger-Ducos, que c'est le général? » Sieyès n'insista plus. Le soir, il disait à Talleyrand et à quelques intimes : (( Nous avons un maître; il sait tout, il voit tout, il peut tout. » Ce mot, devenu historique, a été nié par Sieyès, mais celui qu'il disait avoir prononcé à la place avait à peu près le même sens.
Les commissions constitutionnelles formées en vertu du décret du 10 novembre comptaient parmi leurs membres, pour les Anciens : Lebrun, Garât, Lemercier, Cornudet, Cornet; pour les Cinq-Cents : Cabanis, Lucien Bonaparte , Bérenger, Daunou.
Sieyès crut pouvoir présenter à ces commissions, qui contenaient plusieurs de ses amis, le fameux plan de constitution qu'il ne fit jamais connaître dans son ensemble au public. M. Mignet en a donné l'analyse, d'après des conversations qu'il avait eues avec Daunou. Mais on en retrouvait déjà les principes dans un discours trop peu connu de Sieyès lui-même, prononcé à la fin de la Convention nationale, comme pour prendre date et faire voir à la postérité ce que l'on avait refusé en n'acceptant pas ses projets. Sieyès ne se rattachait directement ni à Montesquieu ni à Rousseau, et il répudiait aussi bien le système historique du premier que les principes purement théoriques du Contrat social. Si l'on voulait lui trouver un ancêtre intellectuel, il faudrait remonter jusqu'à Descartes, à son ignorance provisoire, à sa subordination des faits ou du moins des faits de détail à