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LE TRIBUNAT ET LE CONSEIL D'ETAT

l'ouvrage du Conseil d'État et de concourir avec lui au bonheur public. Un vrai conseiller d'Etat est un tribun placé près de l'autorité suprême. Le vrai tribun est un conseiller d'Etat placé au milieu du peuple. Les devoirs sont les mêmes pour tous les deux. » La constitution consulaire avait l'avantage de supprimer les compétitions ministérielles, où l'ambition personnelle peut, très sincèrement d'ailleurs, se confondre avec l'amour du bien public et donner à tous les services une instabilité,

Fig. 92. — La Constitution française. D'après un deasln de Prnd'hon. (Pbot. de Brann.)

fâcheuse, surtout lorsqu'ils ne sont pas depuis longtemps organisés. On a vu que la constitution de l'an VIII limitait le nombre de ceux qui prenaient part à la discussion et la séparait du vote. Mais la discussion perdait-elle véritablement en étendue utile et en profondeur, puisque sur chaque question elle était réservée aux orateurs les plus compétents et les mieux préparés? le temps, dans le gouvernement comme dans la vie privée, est une valeur à ménager. D'ailleurs les nombreux volumes des travaux préliminaires du Code civil sont là pour répondre. Les orateurs rivaux du Conseil d'Etat et du Tribunat trouvaient dans cette rivalité la meilleure des émulations. Ils n'avaient rien à

sacrifier à la recherche des succès populaires de mauvais aloi et s'attachaient simplement à faire triompher ce qu'ils croyaient la vérité, en face d'adversaires capables de saisir toutes les objections sérieuses. Aussi, quelque nombreuses qu'aient été les lois de toutes sortes votées pendant la courte période consulaire, jamais dans aucun temps, dans aucun pays, si on prend cette période dans son ensemble, les actes promulgués par le gouvernement n'ont été mieux préparés et plus sérieusement approfondis. On se figure difficilement ce que serait devenu un projet de Code civil avec un gouvernement parlementaire. Et si le libre jeu de ces institutions peut convenir à une société déjà toute faite, où les services les plus importants fonctionnent pour ainsi dire d'eux-mêmes, il semble qu'on ne puisse en dire autant quand il s'agit de fonder et d'organiser.

Nous avons vu que Sieyès n'avait pas tardé à comprendre, après le 18 brumaire, que son rôle actif était terminé et qu'une fois la constitution faite, il n'avait qu'à se retirer. C'est ce qu'il fit, suivi, comme toujours, de Roger-Ducos. Mais son alliance avec Bonaparte ne lui avait pas été inutile. Si la dignité de sénateur, celle de grand officier de la Légion d'honneur et le titre de comte, qui vint plus tard s'y ajouter, le touchèrent médiocrement, il n'en fut pas de même de la terre de Crosne, que le Premier Consul lui fit donner avec un million de dotation.

Le message par lequel Bonaparte faisait cette proposition au Tri-' bunat ayant d'abord été communiqué à Daunou, comme président de l'assemblée, celui-ci eut peur pour la dignité de son ami. Avant la lecture officielle du message, on prévint Sieyès de son caractère : on lui représenta que c'était une manœuvre habile de Bonaparte pour le décrier, pour l'absorber, Venterrer; qu'il valait mieux faire voter la proposition à titre de récompense nationale. Mais Sieyès repartit aussitôt avec calme : « Et moi je vous dis que si ça né se fait pas ainsi, ça né se fera pas du tout. » On comprit le fond de sa pensée. Le lendemain ses amis patriotes votèrent contre la proposition. Elle n'en passa pas moins comme le désirait Sieyès. Depuis lors, pendant la longue suite d'une vie qui devait le faire assister encore à bien des révolutions (il

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