‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 114 sur 389 · MOLLIEN · texte numérisé non relu

MOLLIEN

< Ce n'est pas des conseils que j'attends, reprit vivement le Premier Consul, mais des avertissements, et il faut les chercher à toutes les sources. » Il ajouta qu'il avait des ministres honnêtes, mais que les circonstances demandaient des hommes extraordinaires. Puis, avec une volubilité et une vivacité d'expression incomparables, il fit à sa manière, dit M. Mollien , l'énumération des devoirs et des qualités d'un ministre, et, à la suite, le portrait de chacun de ceux remplissant alors ces fonctions. « Vous le voyez , répéta le Premier Consul en terminant , je ne me laisse pas imposer par

Fig. 97. — Kicolag-FiantoU MoUien. D'après une graTQie de 18U.

les réputations... Les anciens services, je ne les estime que comme une école dans laquelle on doit avoir appris à mieux servir. Eu psu de temps, je suis de venu un vieux administrateur ; l'art le plus difficile n'est pas de choisir les hommes , mais de donner aux hommes qu'on a choisis toute la valeur qu'ils peuvent avoir, »

Bientôt après, le Premier Consul, qui avait pour Mollien une estime croissante, le chargeait de lui adresser tous les jours directement, sans l'intermédiaire du ministre des finances, un rapport sur les événements financiers de la journée, les dispositions de la bourse et les divers faits commerciaux se rattachant aux opérations qu'on y faisait.

Ainsi Bonaparte s'occupait, avec l'intelligence et la précision de

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volonté qui lui étaient habituelles, de tout ce qui peut contribuer à la prospérité d'un peuple. Son attention se portait même sur les objets qui semblaient devoir lui être le plus étrangers et lui paraître secondaires. C'est un fait remarquable que l'intérêt que Napoléon attacha pendant tout son gouvernement au commerce des valeurs, à la circulation financière et aux institutions de crédit, quoiqu'on pût à peine prévoir alors l'importance que ces faits prendraient de nos jours. Il en donna une preuve éclatante dans la fondation de la Banque de France, qui remonte au début même du gouvernement consulaire.

« Les anciens établissements d'escompte, dit Thiers , avaient succombé au milieu des désordres de la Révolution ; il n'était cependant pas possible que Paris se passât d'une banque.

a Dans tout centre commercial où règne une certaine activité, il faut une monnaie commode pour les payements, c'est-à-dire la monnaie de papier, et un établissement qui escompte en grand les effets de commerce. Ces deux services se prêtent même un mutuel secours, car les fonds déposés en échange des billets circulants sont ceux-là mêmes qu'on peut prêter au commerce par la voie de l'escompte. Partout , en effet , où il y a un mouvement d'affaires tant soit peu considérable, une banque doit réussir, si elle n'escompte que de bon papier, et si elle n'émet pas plus de billets qu'il ne faut ; en un mot, si elle proportionne ses opérations aux besoins vrais de la place où elle réside : c'est ce qu'il fallait faire à Paris, et ce qui devait réussir si on le faisait bien. Cette nouvelle banque devait avoir, outre ses affaires avec les particuliers , ses affaires avec le Trésor, et par conséquent autant de bénéfices à recueillir que de services à rendre. — Le gouvernement suscita les principaux banquiers de la capitale, à la tête desquels se plaça M. Perregaux, financier dont le nom se rattache à tous les grands services rendus alors à l'Etat, et on forma une association de riches capitalistes pour la création d'une banque appelée Banque de France, la même qui existe aujourd'hui. On lui constitua un capital de 30 millions; elle dut être gouvernée par quinze régents et un comité gouvernant de trois personnes, comité remplacé depuis par un gouverneur, des censeurs et des régents. »

Le rôle fondamental de la Banque de France consiste à escompter des effets de commerce dont la légitimité et la réalité est garantie par la signature de trois financiers agréés par elle. Avoir la signature de la Banque de France est pour une banque privée la plus haute preuve de crédit, si bien qu'une grande compagnie, le Comptoir d'Escompte, s'est formée pour donner aux effets de commerce déjà revêtus de deux

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