IARENG0. — MORT DE DESAIX
reculer, vous savez que j'ai l'habitude de coucher sur le champ de ba-
.iiiier, générml françmls. MéliiB, général âDtrichlen.
Fig. 103. — ConTention Bprës Uarengo. D'aprèa Drolllng.
taille : tenez ferme, voilà ma réserve. )) « Mes pauvres petits pelotons, dit Coignet, regardaient du côté de la route de Montebello à tous les demi-tours qu'on nous faisait faire. Enfin, cris de joie : Les voilà! les
voilà! » Les courages se raniment. La colonne autrichienne s'avançait pleine de confiance, plusieurs soldats ayant l'arme sur l'épaule ; elle allait atteindre San Giuliano, lorsqu'elle est accueillie par la fusillade de Desaix et par l'artillerie de Marmont, qui couvre son flanc de mitraille. Elle s'arrête et riposte. Desaix tombe frappé à mort : perte à jamais regrettable pour la France et pour Napoléon.
La grande colonne ennemie, ainsi accueillie par un feu terrible, est bientôt abordée furieusement en tête par les soldats, qui veulent venger leur général, et assaillie sur les flancs par la cavalerie. Les charges dirigées avec un à-propos, une énergie et une précision rares par le jeune général Kellermann, fils du vainqueur de Valmy, comptent avec raison parmi les plus belles manœuvres de ces longues guerres. La colonne autrichienne rompue , attaquée de toutes parts, tourbillonne sur elle-même et repasse la Bormida en désordre, nous laissant 3.000 prisonniers, 7.000 morts ou blessés, 40 canons.
L'armée autrichienne, enfermée de tous côtés, devait subir la loi du vainqueur. Il y avait peu d'exemples dans l'histoire d'une seule bataille amenant de tels résultats. Cependant, lorsqu'à dix heures du soir le Premier Consul rentra à son quartier général, on le vit sombre et silencieux. On s'étonnait, on lui demandait s'il n'était pas satisfait de sa victoire : « Oui, répondit Napoléon, mais Desaix! Ah! si j'avais pu l'embrasser après la bataille, que cette journée eût été belle! » Le lendemain, Mêlas était heureux de sauver ce qui lui restait de son armée en signant l'armistice d'Alexandrie, par lequel les Autrichiens se retiraient derrière le Mincio, et nous abandonnaient toute la région comprise entre cette rivière et les Alpes avec toute la rive gauche du fleuve, la Lombardie, le Piémont, la Ligurie, les Légations, Turin, Alexandrie et Gênes.
Bonaparte, qui avait hâte de rentrer à Paris où sa présence était nécessaire pour affermir son gouvernement, aurait voulu que cet armistice se changeât en une paix -définitive, et de Marengo même, il adressait à l'empereur d'Autriche une nouvelle lettre qui rappelait celle qu'il écrivait dans une circonstance analogue à l'archiduc Charles. Mais ici le ton n'est plus celui d'un général, mais d'un chef d'empire.