SAORGIO
sont chassés de France, Turin est menacé, et le vieux Dunierbion reconnaît loyalement, comme Dugommier, qu'il doit la victoire aux savantes combinaisons de Bonaparte.
Ces événements se passaient au mois de mai 1794, au moment où dans Paris la Terreur exerçait ses derniers ravages, où Robespierre, suspect à la Convention et aux jacobins, poussait à bout ses ennemis
l'ij;. II. licprtse de la Tille de Toulon pu Ici années de la Bépublique. Gravnre de la collection Hennin.
par ses violences et ses menaces. Il songea à donner le commandement de la garde nationale, sur laquelle il fondait toutes ses espérances, à un général habile et ardent. Robespierre le jeune offrit à Bonaparte la succession de Henriot,
Cette proposition semblait ouvrir au jeune officier une fortune inespérée. Bonaparte, qui était au quartier général de Nice, se rendit au château de Salles , près d'Antibes, oii se trouvait sa famille ; ses frères Lucien et Joseph, accourus auprès de lui , le trouvent sombre et préoccuiié. Bonaparte les entraine dans une partie retirée du parc : (c On m'offre le commandement de Paris, leur dit-il ; il faut se décider dans lasoirée même; qu'en pensez-vous ? » Joseph, plus âgé et d'un caractère calme, réfléchissait à sa réponse ; mais le jeune Lucien, plein de joie, presse son frère d'accepter. Napoléon arrête ses
démonstrations : « Eh ! mais cela vaut la peine d'y penser, sans faire ici l'enthousiaste. 11 n'est pas si facile, ajoute-t-il ironiquement, de sauver sa tête à Paris qu'à Saint- Maximin (où Lucien occupait un emploi modeste) ; Eobespierre jeune est honnête, mais son frère ne badine pas. Moi, soutenir cet homme! ajouta- t-il avec une véhémence croissante. Non ! jamais ! Je vois combien je lui serais utile en remplaçant son imbécile de commandant de Paris, mais c'est ce que je ne veux pas être ; il n'est pas temps aujourd'hui, il n'y a de place honorable pour moi qu'à l'armée. Prenez patience, je commanderai plus tard à Paris. » Puis, faisant en traits rapides et comme se parlant à lui-même le triste tableau du gouvernement terroriste : « Qu'irais-je faire, répéta-t-il plusieurs fois, qu'irais-je faire dans leur maudite galère? »
Cependant, peu de jours après, le 9 thermidor avait délivré Paris et la France des maîtres sanguinaires qui déshonoraient la République. Les opérations militaires étaient suspendues, dans l'ignorance des volontés du nouveau pouvoir. L'armée d'Italie, composée en grande partie de jacobins, et croyant la république menacée, avait abandonné en tumulte ses positions avancées pour se rapprocher de la frontière et intervenir au besoin dans les événements intérieurs de la France. Une partie des résultats obtenus étaient perdus. Bonaparte fut encore en butte aux envieux et détestables soupçons de trois députés conventionnels ; ils le firent arrêter, inspectèrent ses papiers et, malgré leurs rancunes, durent céder au mécontentement impatient de l'armée et le remettre en liberté. Il reprit pendant quelques mois son commandement, mais sans grands résultats. C'est alors que d'autres ennemis le dénoncèrent à Paris, le représentèrent comme im ami ancien des deux Robespierre, comme un général propre à tenter des coups d'Etat au profit d'une nouvelle Terreur. On oubliait qu'il venait de risquer sa vie à Toulon en bravant une émeute de terroristes.
Un vaisseau de commerce espagnol, pris et conduit dans le port de Toulon, portait à son bord vingt émigrés. Ils n'étaient pas rentrés volontairement en France, et on ne pouvait leur appliquer la loi ; cependant la populace demande leur tête. Les représentants Mariette etCambon refusent, mais ils sont débordés par l'émeute triomphante. Bonaparte arrive, leur fait signer l'ordre de transférer les victimes devant le tribunal de Grasse, puis s'oppose à l'émeute. Celle-ci compte sur l'heure du départ, fixé au lendemain, pour regorgement qu'elle réclame. Mais,