‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 14 sur 389 · THERMIDOR. — DISGRACE DE BONAPARTE · texte numérisé non relu

THERMIDOR. — DISGRACE DE BONAPARTE

pendant la nuit, il organise un convoi de caissons d'artillerie et les remplit de ces proscrits. Ils sont sauvés ; mais la populace furieuse veut une proie; les généraux paieront pour ceux qui leur échappent. Bonaparte, déjà célèbre dans la ville, affronte le tumulte, rappelle les

Fig. 15. — Junot, duc d'Abraatès. Portrait peint par David. (Pbot. de Braan. )

souvenirs du siège, reconnaît dans la foule hostile des canonniers qui ont servi sous ses ordres, les interpelle, les range autour de lui, et avec eux maîtrise le reste.

On n'en retourne pas moins contre Bonaparte le dévouement qu'il avait montré naguère à la Révolution ; ces propos absurdes furent accueillis. Sous prétexte de régulariser les avancements trop rapides, on

^* • lui retira son grade de général dans l'artillerie et on l'attacha à une

brigade d'infanterie.

Bonaparte se rendit à Paris : ses réclamations les plus justes échouèrent devant l'obstination jalouse du conventionnel préposé au comité de la guerre, Aubry, un capitaine d'artillerie, envieux du succès de son jeune supérieur. Il ne trouvait à lui reprocher que son âge : Bonaparte lui répondit : « On vieillit vite au feu. » Cette sévère leçon indisposa encore contre lui ce médiocre successeur de Carnot qui n'était pas sorti des bureaux du ministère. Aubry maintint sa décision et lui donna le commandement d'une brigade dans l'armée de l'Ouest. Bonaparte répugnait fort à prendre part à la guerre de Vendée. Il ne refusa pas directement le poste qu'on lui imposait, il fit même partir ses chevaux et ses bagages ainsi que ceux de son aide de camp. Mais il était bien décidé à faire tous ses efforts pour se soustraire à un rôle qui ne lui convenait point. Il put gagner du temps en invoquant son état de santé et se résignant, en attendant de meilleurs jours, à une vie assez misérable. « Comme il n'avait rien volé, dit Stendhal, et qu'on le payait en assignats, il tomba bientôt dans une gêne extrême. » Sa solde en assignats ne représentait pas plus, si l'on en croit Ségur, de 200 francs par an; il occupa un petit logement sous les toits, rue du Mail, à l'hôtel de Metz, avec ses camarades de l'armée d'Italie Junot et Sebastiani, qui lui étaient tout dévoués, puis il logea rue de la Michodière, • 19, et hôtel de la Liberté, rue des Fossés-Montmartre. Il vendit sa voiture 3,000 francs en assignats au représentant Salicetti, puis quelques ouvrages militaires qu'il avait rapportés de Marseille. Stendlial affirme qu'il fut obligé de vendre sa montre. Ce qui est certain, pn le sait par ses compagnons d'infortune, Sebastiani entre autres, c'est qu'il essaya de quelques opérations commerciales. Mais son premier essai, l'expédition d'une caisse de livres à Bâle, ne réussit pas. Il ne pouvait trouver une consolation dans ses rêves d'ambition, toute carrière brillante semblait définitivement fermée pour lui.

Il n'était pas plus favorisé par le cœur. Son frère aîné , Joseph , avait fait un riche et heureux mariage avec la fille d'un des premiers négociants de Marseille, Julie Clary. Désirée Clary, belle-sœur de

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