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NOMBREUSES CONSPIRATIONS

Limoëlan s'était hâté de quitter la France, mais Carbon et Saint- Régent, qui avait été blessé par l'explosion de sa machine, restaient à Paris pour préparer un nouveau complot : « J'espère que la grande correspondance jouera encore bientôt, écrit Georges Cadoudal au comte de la Chaussée. » Mais Carbon et Saint-Régent furent arrêtés et ce fut seulement en apprenant cette arrestation que Georges Cadoudal quitta la Bretagne (1).

Fig. 1U8. — Uxplosiou de la macbine iufemale, rue Samt-Kicaiae.

Cette terrible conspiration n'eut d'autre résultat politique que d'aftermir le pouvoir qu'elle voulait détruire. En effet, elle discrédita pour longtemps auprès de la masse de la nation le parti royaliste. En quoi les royalistes différaient-ils des jacobins les plus décriés ? Ne recouraient-ils pas aux mêmes moyens, sans avoir les mêmes excuses ? Comment pouvaient-ils prétendre désormais à représenter les principes d'ordre et de justice? — Voilà ce qu'on se disait partout en France, et cependant les conspirateurs ne se découragèrent pas.

(1) Martel, Leê IlUtoriens fantaititlet (2' vol.).

Les complots de Ceracchi et de Saint-Régent furent les plus célèbres, mais ne furent pas les seuls. Napoléon ne tenait pas d'ailleurs à les ébruiter : « Il ne faut pas, disait-il plus tard, qu'on puisse croire à la pensée de conspirer contre l'Empereur (1). »

La sûreté est, comme beaucoup de choses, une affaire d'opinion. De là le soin que prenait son gouvernement de cacher au public le travail intérieur des conspirations contre l'État. L'histoire s'y est même trompée et, comme pour Richelieu, n'a connu d'abord que les complots dont il était impossible d'empêcher la divulgation, soit à cause du grand nombre de leurs complices, soit parce qu'ils avaient éclaté au grand jour.

Ceux qui étaient chargés de la garde du Premier Consul étaient dans des inquiétudes perpétuelles. C'était tantôt le projet d'une embuscade sur la route de la Malmaison, tantôt celui d'une mine creusée sous une partie du chemin de Saint-Cloud, où un embarras retarderait de quelques instants le passage du Premier Consul. Une autre fois, les rondes de nuit trouvaient un assassin collé contre une statue dont le piédestal touchait presque la porte-croisée du Premier Consul.

Constant raconte dans ses Mémoires que, profitant des réparations faites dans les appartements de Bonaparte à la Malmaison, des assassins déguisés s'étaient mêlés aux ouvriers, et qu'au moment oii il allait reprendre possession de ses appartements, on trouva sur le canapé où il allait s'asseoir une tabatière tout à fait semblable à celle qu'il portait habituellement et qui était pleine de tabac empoisonné. »

On peut rattacher aux conspirations contre Bonaparte un crime mystérieux dont on ne put jamais connaître les motifs ni les auteurs. L'inventeur de l'éclairage au gaz, Philippe Lebon, fut trouvé, un matin de 1802, assassiné dans les Champs- Elysées. Il ressemblait beaucoup au Premier Consul, et peut-être crut-on, en le frappant, frajjper Bonaparte lui-même.

Au milieu de ces dangers incessants et vagues, lorsqu'on se sent partout entouré d'ennemis mystérieux et insaisissables, les âmes les plus fortes ne sont pas longues à se troubler et à se décourager. C'est vraiment un beau spectacle que de voir Bonaparte, en butte à toutes ces perfidies et menacé de tant de pièges, conserver toute la liberté de son esprit, toute l'énergie de sa volonté, et, toujours égal à lui-même, poursuivre, par l'administration, la politique et la guerre, la grandeur de la France qu'il confondait avec sa propre grandeur. Cependant il n'ignorait pas que les complots dirigés contre sa personne étaient d'au-

(1) a II y a de la révolte à s'imaginer que l'on puisse se révolter, » disait avec colère la reine Anne d'Autriche au cardinal de Retz, à la journée des Barricades.

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