DESPOTISME MARITIME DE L'ANGLETERRE
taut plus redoutables et pouvaient d'autant mieux se renouveler que les conspirateurs étaient sûrs de trouver un appui à l'étranger. Le cabinet anglais, avec le mépris qu'il a trop souvent montré pour le droit des gens, applaudissait à ces complots ; bien plus, il soudoyait des assassins. C'est avec de l'argent anglais que Georges Cadoudal, réfugié dans le
Fig. 109. — Georges Ciuloudal, D'aprc8 un document du teœiM.
Morbihan, avait pu organiser le complot delà machine infernale, et diriger des bandes de brigands pour piller les diligences, rançonner les voyageurs et entretenir le désordre.
D'ailleurs, l'arrogance de l'Angleterre irritait même ses alliés. Le Premier Consul en profita pour tourner contre elle les États-Unis et la Ru.ssie. La guerre avait failli éclater entre la France et la République américaine sous le Directoire.
Washington était mort pendant que les relations étaient encore très tendues entre les deux peuples; Bonaparte, imitant ce que l'As-
KAPOLÉOX I".
semblée nationale avait fait pour Franklin, voulut que la perte du libérateur de l'Amérique fût considérée comme un deuil national. Il adressa aux armées l'ordre du jour suivant :
« 'Washington est mort ! Ce grand homme s'est battu contre la tyrannie ; il a consolidé l'indépendance de sa patrie. Sa mémoire sera toujours chère au peuple français, comme à tous les hommes libres des deux mondes, et spécialement ans soldats français, qui, comme lui et les soldats américains, se battent pour l'égalité et la liberté. »
Un crêpe noir fut suspendu pendant dix jours à tous les drapeaux de la République. Le buste de Washington fut placé aux Tuileries, et Fontanes prononça son éloge public dans une fête donnée aux Invalides le 9 février 1800. Ces démonstrations du pouvoir évitaient que l'on ne fît entre Bonaparte et AVashington des rapprochements plus ou moins malveillants et laissaient voir d'un autre côté que le Premier Consul ne les craignait pas. C'était aussi un excellent moyen de facihter l'entente avec les Etats-Unis, qui au fond ne demandaient pas mieux que de se rapprocher de la France. Bientôt des négociations s'ouvrirent entre Joseph Bonaparte, Fleurieu et Roederer pour la France, Olivier Ellsworth et Van Murray pour les Etats- Unis. Elles amenèrent un traité qui fut signé à Morfontaine, le 1" octobre 1800. Le traité reconnaissait les principes des neutres, tels que les entendait la France.
C'était là un grand échec pour l'Angleterre. Au lieu d'y voir un avertissement, elle redoubla de violence. Elle avait 195 vaisseaux de ligne, 260 frégates, 300 bâtiments divers. Elle se croit tout permis et veut dominer les neutres par la terreur. Elle exerce de force le droit de visite sur les vaisseaux convoyés par des bâtiments de guerre. Des frégates suédoises et danoises furent indignement violentées. Le Sund est menacé, les côtes de la Hollande insultées, le Ferrol et Cadix bombardés, de nouvelles forces envoyées au blocus de Malte et en Egypte.
Mais déjà Bonaparte, non content d'avoir détaché les Etats-Unis de l'alliance anglaise, avait tiré parti des craintes que la conduite de l'Angleterre inspirait à toute l'Europe. La guerre durait encore