ALLIANCE DE PAUL I" ET DE NAPOLEON
avec l'Autriche. Il songea à profiter du mécontentement que Paul T"", nous l'avons vu, conservait contre l'Autriche depuis Zurich, contre l'Angletere depuis Bergen, mécontentement que des événements plus récents venaient de raviver. Les Autrichiens avaient refusé la proposition que leur avait faite Bonaparte d'échanger les prisonniers russes qui se trouvaient en France. D'un autre côté, l'Angleterre, maîtresse de Malte, n'y avait pas rétabli les chevaliers de Saint-Jean dont Paul 1" s'était fait, on l'a vu, nommer grand maître.
Le Premier Consul ne négligeait rien pour faire fructifier ces germes de mécontentement. Peu après Marengo, il trouva moyen de flatter l'imagination vive et impétueuse du czar en lui envoyant l'épée que Léon X avait donnée à l'Isle-Adam, comme témoignage de sa satisfaction pour sa défense de Rhodes, ainsi que tous ses prisonniers complètement habillés et amiés des belles armes de nos manufactures. L'émotion fut grande à Londres et à Pétersbom-g. Paul I" s'exalte et porte toute l'ardeur de ses vœux vers la France. Ce prince, qui a exprimé naguère tant de haine contre la Révolution française et ses principes, écrit au Premier Consul la lettre suivante :
Fig. 110. — Paul I«^ empereur de Russie. D'aprè3 une gravure du temps.
« Citoyen Premier Consul, je ne vous écris point pour entrer en discussion sur les droits de l'homme et du citoyen ; chaque pays se gouverne comme il l'entend. Partout où je vois à la tête d'un pays un homme qui sait gouverner et se battre, mou cœur se porte vers lui. Je vous écris pour vous faire connaître le mécontentement que j'ai contre l'Angleterre, qui viole tous les droits des nations et qui n'est jamais guidée que par son cgoïsme et son intérêt. Je veux m'unir avec vous pour mettre un terme aux injustices de ce gouvernement. »
Par l'intermédiaire de M. d'Haugwitz, M. de Krudener (1) et le général de Beurnonville se rencontrèrent à Berlin et arrêtèrent les conditions
(I) L'époux divorcé, depuis 1796, de Julie de Wiettinghoff, qui continua à conserver le nom de 31°" de Krudener, sous lequel elle est connue.
de la paix. Bonaparte s'engageait à dédommager le roi de Sardaigiie et à rétablir le pape. Il n'élevait aucune réclamation au sujet des îles Ioniennes, qui avaient été constituées en république par un traité signé entre la Russie et la Turquie, le 21 mars précédent. Enfin Bonaparte s'engageait à reconnaître le czar comme grand maître de l'ordre de Malte et à lui transférer la propriété de cette île. Les Français l'occupaient encore, mais Bonaparte se rendait compte qu'il lui serait impossible de secourir Vaubois et que sa capitulation serait imminente. Les Anglais, en effet, s'en emparaient après 26 mois d'un siège et d'un blocus où le général Vaubois, aidé de l'escadre de Villeneuve, avait déployé autant d'énergie que de talent (26 sept. 1800). Mais les Anglais refusèrent de remettre Malte au czar, qui provoqua alors la formation de la triple alliance ou de la ligue des neutres entre la Russie, la Suède et le Danemark (26 déc. 1800). Les puissances contractantes s'unissaient pour faire prévaloir les principes de la neutralité armée de 1781, que la Russie avait déjà prockmés une première fois en 1758. Paul P'" chassa le prétendant Louis XVIII de Mittau, cil il s'était retiré. Il songe à s'entendre avec Bonaparte pour une grande expédition qui renverserait la puissance anglaise dans les Indes. Il ne faut pas croire que ce grand projet parût alors chimérique.
Dans le discoure célèbre que Pitt prononça au Parlement en janvier 1800, pour s'opposer à ce qu'on accueillît les offres pacifiques du Premier Consul, qui ne lui paraissaient pas sincères, on remarqua ces paroles : « Au bout d'un an de paix, Bonaparte, soupirant après les trophées perdus d'Egypte, profiterait de l'absence de nos flottes dans la Méditerranée pour tenter d'aller encore coloniser cette riche et fertile contrée et de s'ouvrir ainsi une voie vers l'Inde, oii il irait attaquer la puissance anglaise en y portant le pillage et la désolation. » Or, à ce moment, il n'était pas encore question pour la France de l'alliance russe. Cette alliance rendait le projet plus facilement exécutable. Il est certain qu'il fut sérieusement discuté entre les deux] chefs et que le plan fut étudié dans le détail.
« La France occupait encore l'Egypte : elle était autorisée à tenir garnison dans les ports méridionaux du royaume de Naples; ses agents parcouraient l'Arabie et les États indiens. Paul, de son côté, pour s'assurer une base d'opérations, fit rentrer ses troupes dans le Caucase, et sur la demande du fils d'Héraclius, prononça la réunion de la Géorgie à l'empire. L'expédition contre l'Inde anglaise devait se faire par deux voies différentes. Knorring devait prendre le commandement d'une armée russe qui, par Khiva et Boukhara, marcherait sur le haut Indus. L'ataman des Cosaques du