KLEBER EN EGYPTE
(Sichem puis Néapolis), centre d'une population de montagnards belliqueuse et fanatique. En effet, Napoléon aurait pu alors faire débarquer son matériel de siège à Jaffa même, au lieu de le diriger sur la rade de Kaïifa, où il fut, comme on le sait, pris par les Anglais. Il jugea aussi
Fig. 113. — Kléber. Ulniatore de Jean Oaérln (muaée da Lonvre).
avec raison, lorsqu'on voulut livrer l'assaut de Saint-Jean d'Acre, que les travaux d'approche et la brèche étaient très insuffisants. L'irritation de Kléber fut vive, lorsqu'il trouva, comme il le dit, « l'oiseau déniché », et lorsqu'il se vit investi du commandement « sans avoir eu la faculté de refuser ou même de se faire prier ». (Ernouf.)
Après le premier moment de colère passé, il ne songea qu'à continuer l'œuvre de Bonaparte ; même dans sa première proclamation à l'armée, datée du 31 août, il approuvait publiquement le départ du général en chef. Mais il se trouva bientôt au Caire en rapports journaliers avec des hommes qui étaient fort irrités contre Bonaparte de ce qu'il ne les eût pas emmenés avec lui, et qui s'attachèrent à réveiller son mécontentement et à lui exagérer les difficultés de sa situation. Le générai Kléber et l'administrateur Poussielgue envoyèrent, le 26 septembre, au Directoire une dépêche et un rapport où ils présentaient la situation de l'armée sous le jour le plus triste et très souvent le plus faux et où ils se montrèrent on ne peut plus sévères pour Bonaparte. Poussielgue allait jusqu'à accuser Bonaparte d'avoir emporté 2 millions. C'était une pure calomnie. En arrivant en France, il n'avait pas même pu restituer à Talleyrand les 100.000 francs que celui-ci lui avait prêtés à son départ. Il ne lui restait en tout que 7.000 francs. C'était à Bonaparte, devenu chef du gouvernement, que ces dépêches devaient être remises.
Cependant Kléber repoussa d'abord les ouvertures de Sydney Smith, lorsqu'il renouvela les propositions qu'il avait déjà faites à Bonaparte : évacuation de l'Egypte, embarquement et transport immédiat, sans condition, des troupes en France. Mais lorsqu'il connut par des documents officiels toute l'étendue de nos revers dans la campagne de 1799, il crut que les circonstances l'autorisaient à agir différemment et il accepta par la convention d'El Arish les propositions qu'il avait d'abord repoussées (28 janvier 1800). Cette convention ne devait pas être exécutée. Les Anglais avaient intercepté une dépêche de Kléber au Directoire datée du 26 septembre précédent, dans laquelle, emporté parla colère, il faisait de la situation des Français en Egypte un tableau fort sombre et d'ailleurs très exagéré. Le cabinet de Londres, prenant pour l'expression exacte de la vérité ce que le général disait du découragement moral et de la désorganisation matérielle de l'armée, crut qu'on pouvait nous enlever l'Egypte sans nous accorder des conditions aussi favorables.
L'amiral Keith signifia à Kléber que le gouvernement anglais ne ratifiait pas la convention d'El Arisch. Keith donnait pour raison que Sydney Smith avait traité sans pouvoirs suffisants. Il fallait que l'armée