PERTE DE L'EGYPTE
de concentrer ses forces déjà si faibles, il les dispersa. Il laissa le général Abercromby et les Anglais s'établir dans la presqu'île d'Aboukir. Une bataille se livra le 21 mars. Elle est connue sous le nom de troisième bataille d'Aboukir ou bataille de Canope. Elle fut vive : le général en chef des Anglais fut tué, ainsi que le général français
Hg. 114.
iiamelouck sabrant. Feint par Géricault.
Lanusse. Le régiment des dromadaires s'y distingua, mais en vain. Menou fut enfermé dans Alexandrie. Les Anglais rompirent alors les digues qui .séparent la mer du lac Maréotis, isolèrent la ville et séparèrent Menou de Belliard, qui s'était retiré au Caire. L'armée turque et l'armée anglaise se réunirent. Les Cipayes débarqués à Kosséir arrivèrent aussi dans la vallée du Nil , à Keneh. Cette intervention de l'armée des Indes était, malgré le peu d'hommes envoyés alors, un fait important. Elle montrait quelle utilité nouvelle l'Angleterre pou-
XAPOLEOX 1"
vait tirer de ces troupes qui semblaient seulement destinées à faire régner l'ordre dans la grande presqu'île. On l'a vu encore récemment, d'une manière bien plus nette , lors du traité de San Stefano. Mourad était mort fidèle à la France, mais ses successeurs firent alliance avec les Anglais. Belliard se décida à capituler, le 27 juin, aux conditions d'El Ariscli. Menou résista dans Alexandrie jusqu'au 30 août.
Ainsi se termina cette célèbre expédition d'Egypte, qui, malgré son échec, maintint en Orient l'ancien prestige militaire de la France. Elle marque aussi une date importante dans l'histoire de la science. C'est elle qui a attiré de nouveau l'attention des savants sur cette civihsation pharaonique qui précéda toutes les autres. C'est elle qui a été l'origine de ces efforts contirms et méthodiques par lesquels le génie et la patience des Champollion, des de Rougé, des Mariette ont constitué l'égyptologie.
La vue des objets divers et des nombreux dessins de monuments apportés par la commission scientifique , jointe aux récits de ceux que l'on appela les Ijjrjpfiens, mit l'Egypte tout à fait à la mode, comme on l'avait vu à Rome au temps d'Hadrien : on imita en France les édifices, les statues, les meubles des pharaons. L'art égyptien étant un art classique, aux formes simples et logiques, s'accordait avec le goût dominant alors en France.
L'occupation française, si courte qu'elle eût été, laissa sur les bords du Xil des souvenirs profonds; elle avait suffi pour rendre quelque vie à un pays endormi depuis des siècles. Aussi les Français ont-ils été souvent regrettés de ceux qui les avaient vus. partir avec joie. C'est par la France que l'Egypte i-enaissante a cherché jusqu'à présent à se rattacher à la civilisation occidentale. Méhémet Ali s'appuya plus d'une fois sur les souvenirs de Bonaparte. Lorsque le célèbre pacha fut menacé par une coalition européenne, dans les villes comme dans la campagne les Egyptiensannonçaient comme chose certaine la descente des troupes françaises dans le Delta. L'influence de la France en Egypte a résisté à son échec politique de 1840, et aujourd'hui encore, malgré notre situation récemment amoindrie, le nom Cjui efface tous les autres sur les bords du Nil est celui d'un « grand Français (1) ».
Immédiatement après l'échange des ratifications relatives aux préli-
. (1) Le père de M. Ferdinand de Lesseps , qui était dans la diplomatie, avait été rejoindre l'armée d'Egypte en 18C0 et avait représenté la France dans les négociations de détail relatives à l'évacuation.
NEGOl;iATIONS. — RÉPUBLIQUE ITALIENNE.
minaires de Londres, on convint que des plénipotentiaires se réuniraient à Amiens pour rédiger le traité définitif.
L'Angleterre choisit lord Cornwallis, l'ancien général de la guerre d'Amérique, qui avait pu apprécier à York-Town la courtoisie française ; le Premier Consul désigna Joseph Bonaparte. Pendant que ces négociations duraient encore. Napoléon poursuivait sur le continent son
Fig. 115. — Le Retour, dédié aux guerriers français. Deux braves rentrant dans leur famille font hommage à leur p^e des sabres d'bonneur qu'ils out reçus,
(Petit del'. et sculp'.)
œuvre de pacification. Mécontent de l'attitude de l'Espagne dans l'affaire du Portugal, il avait consenti, dans les préliminaires du l"' octobre, à ce que l'Angleterre occupât l'île espagnole de la Trinité. Cela n'empêcha pas l'Espagne de nous rendre, par le traité de Saint-IldefoDse (1" octobre 1801), la terre française de la Louisiane, que nous lui avions cédée en 1763. Pour le Portugal, il fit signer à Madrid par son frère Lucien les conditions, d'abord refusées, du traité de Badajoz. L'électeur de Bavière, sur la promesse que la France lui ferait obtenir
une indemnité suffisante en Allemagne, signait avec la France un traité d'alliance qui renouvelait les traités de Westplialie et de Teschen. A Paris, la paix était signée entre la Russie et l'Espagne le 4 octobre, entre la Russie et la France le 8. Le 11 octobre, Napoléon signe avec Alexandre un traité d'alliance accompagné de conventions secrètes qui annonce le traité de Tilsit et où ils s'engageaient à une action commune pour régler les indemnités germaniques, régler les affaires de l'Italie et de la Turquie, et établir la liberté des mers. L'évacuation de l'Egypte mettait fin à toutes nos difficultés avec le sultan, et des préliminaires de paix signés à Paris (9 octobre) rétablissaient nos anciens traités avec la Porte Ottomane. Des conventions analogues étaient signées avec Alger et Tunis, dont les corsaires, sur un ordre venu de Constantinople, avaient ruiné nos établissements et emprisonné les Français qui se trouvaient sur leur territoire.
Il n'y avait plus un seul gouvernement qui se sentit de force à lutter contre la France. Bonaparte voulut aussitôt en profiter et eut le tort de recommencer à inquiéter ses adversaires de la veille avant même que tous les traités ne fussent définitivement signés. La Hollande se vit forcée, malgré l'opposition la plus vive de ses Chambres législatives, de subir une nouvelle constitution, élaborée entre Schimmelpeuninck, son ambassadeur à Paris, et le gouvernement français. Cette constitution diminuait le pouvoir des assemblées, affaiblissait l'influence populaire et donnait toute l'importance au pouvoir exécutif concentré entre les mains d'une Régence d'Etat composée de douze membres. De cette manière, le Premier Consul n'avait plus à craindre que la Hollande reprît son indépendance politique; notre puissance extérieure s'en accrut pour le moment, mais c'était faire naître des haines sourdes qui pourraient plus tard devenir dangereuses.
Il fut mieux inspiré dans ce qu'il fit pour l'Italie. La République cisalpine avait montré qu'elle était hors d'état de se gouverner par elle-même. Au 1" décembre 1801, le Premier Consul convoqua à Lyon une assemblée extraordinaire ou Consulte, qui réunissait tout ce que la Répubhque cisalpine renfermait d'hommes importants par leur richesse, leur naissance, leur talent, en un mot toutes ses autorités