INSTITUTIONS DU CONSULAT
NAPOLEON ET LES PARTIS. — NAPOLEON ET LE CONSEIL D ETAT. — LE CONCORDAT. LE CODE CIVIL. — AMNISTIE. — LÉGION D'HONNECR.
ORSQUE, après avoir suivi l'histoire politique et militaire du Consulat, on passe à l'histoire intérieure, on a peine à comprendre comment un chef d'État, si bien entouré qu'il fût, a pu suffire h une telle tâche.
Ce qui caractérise l'esprit de Bonaparte plus encore que l'universalité et la pénétration de son génie, c'est, disait Rœderer, « la force et la constance de son attention. Il pouvait passer dix -huit heures de suite au travail, à un même travail, à des travaux divers. Je n'ai jamais \u son esprit las, je n'ai jamais vu son esprit sans ressort, même dans la fatigue du corps, même dans l'exercice le plus violent, même dans la colère. Je ne l'ai jamais vu, distrait d'une affaire par une autre, sortant de celle qu'il discute pour songer à celle qu'il vient de discuter ou à laquelle il va travailler. Les nouvelles heureuses ou malheureuses de l'Egypte ne sont jamais venues le distraire du Code civil, ni le Code civil des combinaisons qu'exigeait le salut de l'Egypte. Jamais homme ne fut plus entier à ce qu'il faisait et ne distribua mieux
son temps entre les choses qu'il avait à faire. Jamais esprit plus inflexible à refuser l'occupation, la pensée, qui ne venait ni au jour ni à l'heure, ni plus ardent à la chercher, plus agile à la poursuivre, plus habile à la fixer, quand le moment de s'en occuper est venu. »
C'est ainsi qu'on vit Napoléon, la veille de la bataille d'Austerlitz, réunir à six heures du soir ses généraux, leur donner ses instructions pour le lendemain, dicter ensuite le décret d'organisation de la maison de Saint-Denis et revenir aux préparatifs de la bataille. Il comparait lui-même sa tête à une armoire où chaque affaire était casée à sa place. « Quand je veux interrompre une affaire, disait-il, je ferme mon tiroir et j'ouvre celui d'une autre ; elles ne se mêlent point l'une avec l'autre et jamais ne me gênent ni ne me fati^ent. Veux-je dormir, je ferme tous les tiroirs et me voilà au sommeil. )) En effet, Napoléon dormait où et quand il voulait.
Napoléon connaît mieux l'état de chaque département ministériel que le ministre lui-même et, dans chaque bureau, le détail des affaires aussi bien que le commis.
C'est surtout par sa correspondance qu'on peut juger de cette activité, qui ne fut jamais plus merveilleuse que sous le Consulat. Le même jour, par exemple (le 8 août 1802), il écrit au ministre de l'intérieur, Chaptal, pour s'assurer de la mise à exécution d'arrêtés relatifs à des bustes d'hommes célèbres et à des tableaux représentant des batailles les plus mémorables des dernières guerres, et demander des projets d'arrêtés sur le transport de la Bibliothèque nationale au Louvre et de l'Imprimerie nationale au pays latin ; sur la nomination d'une commission qui doit choisir des tableaux et des statues pour diverses villes de province. — Il demande au ministre des finances, Gaudin, des projets d'arrêtés dont il fait connaître les dispositions principales (il n'y a plus qu'à les rédiger) sur les propriétés d'émigrés ; — au directeur du Trésor, Barbé Marbois, de nombreux bordereaux pour le règlement des comptes spécialement indiqués ; — au général Berthier, ministre de la guerre, des rapports sur les mesures prises pour compléter la carte de Cassini et y comprendre les départements nouveaux ainsi que le pays entre l'Adige et l' Adda. Enfin , on trouve à la même date une lettre de blâme à Fouché, qui a laissé publier dans le Journal des Défenseurs une circulaire relative aux affaires religieuses « écrite dans un style de haine et de passion tout à fait contraire à la marche et à la dignité du gouvernement y>.
Ainsi Napoléon pouvait avec raison dire à Roederer : « Moi , je travaille toujours. Je médite beaucoup. Si je parais toujours prêt à répondre à tout, à faire face à tout, c'est qu'avant de rien entreprendre, j'ai longtemps médité, j'ai prévu ce qui pouvait