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LE CONCORDAT

« Quant au clergé lui-même, dit M^' de Meneval, l'Empereur s"est bien gardé de rétablir les droits et les pouvoirs politiques qui avaient allumé contre l'Eglise les haines furieuses de la Révolution. Le pouvoir politique de l'Eglise, qui a été, chacun le sait, l'élément le plus puissant de la civilisation française au moyen âge, a cessé d'être nécessaire. Il est même inadmissible de notre temps. L'Eglise, d'ailleurs, qui n'est pas de ce monde, mais qui agit dans ce monde, participe nécessairement toujours aux circonstances sociales du temps et du pays où elle doit vivre. »

Le Saint-Siège devait faire avec le gouvernement une nouvelle circonscription des diocèses, dont le nombre fut fixé à soixante. En vertu de l'article 3 du Concordat, on demanda aux évêques des deux partis, constitutionnels et réf ractaires , de donner leur démission. Deux constitutionnels, Saurine et Grégoire, et trente-sept réfractaires refusèrent. Par un acte hardi, le pape annula tous les anciens sièges et en créa de nouveaux, pour lesquels on nomma douze prélats constitutionnels, dix-sept prélats et trente et un prêtres réfractaires.

Bonaparte, représentant du gouvernement civil, a jugé ainsi l'acte du 15 juillet 1801 : « Le Concordat de 1801 était nécessaire à la religion, à la E^publique, au gouvernement. Les temples étaient fermés, les prêtres étaient persécutés ; ils étaient divisés en trois sectes : les constitutionnels, les vicaires apostoliques et les évêques émigrés à la solde de l'Angleterre. Le Concordat mit fin à ces divisions et fit sortir de ses mines l'Eglise catholique, apostolique et romaine. Napoléon releva les autels, dissipa tous les scrupules des acquéreurs des domaines nationaux, et rompit le dernier fil par lequel l'ancienne dynastie communiquait encore avec le pays. » Ce fut dans l'une des conférences pour les négociations du Concordat que^Napoléon dit : « Si le pape n'avait pas existé, il eût fallu le créer pour cette occasion, comme les consuls romains faisaient un dictateur dans les circonstances difficiles. » De son côté, Consalvi, représentant du pouvoir ecclésiastique, écrivait à Rome : « Je le dis ouvertement, nous avons obtenu des concessions inférieures sans doute à nos désirs, mais certainement supérieures à nos espérances. »

L'opinion de la papauté n'a pas changé sur ce point. Malgré les graves démêlés qui s'ouvrirent quelques années plus tard, Pie VII n'oublia jamais ce que Napoléon avait fait pour l'Église. Plus tard, Pie IX ne répugna pas h l'idée qui lui fut présentée un instant de venir sacrer à Paris le restaurateur de la dynastie napoléonienne (1),

(l) Voir Anatole de Ségtur, Souvenirs et réciti d'un frère, l" partie, ch. xi.

et son successeur a récemment, dans im acte public, jugé le Concordat presque dans les termes employés par Bonaparte lui-même :

« La dignité de la religion fut de nouveau publiquement honorée, et les institutions chrétiennes reprirent vie ; la France en recueillit de précieux avantages ; les chefs de son gouvernement comprirent que, voulant fonder solidement, après l'ère des agitations, la tranquillité publique, la religion catholique leur serait du plus puissant secours ; la conclusion du Concordat était donc l'acte d'une sage politique. »

Mais, le traité une fois signé entre la France et le Saint-Siège, restait à le faire adopter comme loi de l'Etat par les pouvoirs législatifs.

Le Conseil d'État avait à peine dissimulé son mécontentement. Le Corps législatif, en manière de protestation, choisit pour président Dupuis, l'auteur de V Origine de tous les cultes, et ayant à désigner un candidat pour le Sénat, il désigna l'abbé Grégoire, un des deux évêques restés attachés à l'Eglise constitutionnelle. Le Sénat nomma Grégoire à une grande majorité. Le Tribunat, qui avait aussi à désigner un candidat, choisit Daunou, ancien oratorien, ennemi déclaré de l'Eglise qu'il avait quittée, et personne particulièrement désagréable au Premier Consul. L'Institut témoignait à sa manière son hostilité, eji mettant en concours cette question : Le Vespril et de l'influence de la Rèformation de Luther, sur laquelle Charles de VOlers devait remporter le prix en 1804. L'armée, et c'était là le plus grave, l'armée mui-murait, les officiers envoyaient des pétitions au Premier Consul. Le jour du Te Deum célébré pour le Concordat (28 germinal an X — 18 avril 1802), un général de l'armée du Khin, Delmas, répondait à Bonaparte, qui lui demandait son avis sur la cérémonie : « C'est une belle capucinade; c'est dommage qu'il y manque un million d'hommes qui se sont fait tuer pour détruire ce que vous rétablissez. » Le Concordat fut peut-être même l'origine de complots qui menacèrent la vie du Premier Consul. Mais Bonaparte ne se trompait pas lorsqu'il répondait à un général chargé de lui faire des représentations au nom de l'armée : « Le rétablissement du culte me donnera le cœur du peuple. » La grande sensation produite par le Génie du Christianisme, que Chateaubriand publia alors, confirma pour tous la justesse de cette opinion. Ce livre avait exprimé les aspirations des âmes de son temps ; car, sans faire de profession dogmatique, elle faisait sentir le prix de ce que l'on commençait à retrouver.

Bonaparte eut soin, d'ailleurs, de ne présenter le Concordat à l'acceptation des assemblées législatives qu'en le faisant accompagner des Articles organiques destinés à le mettre en application et à régler la police du culte. Pendant les quelques mois qui s'étaient

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