RUPTURE DE LA PAIX D'AMIENS
je l'affirme, n'est pas le cri réel du peuple anglais , mais une clameur provoquée et entretenue par la coalition des grands seigneurs, de journalistes et d'agioteurs. » La guerre fut virtuellement décidée.
En réalité, la paix n'avait jamais été observée par l'Angleterre.
Fig.
Muste de Versailles.
■int par Wiuterlialter.
Au mépris des stipulations, elle maintenait des garnisons à Malte, à Gorée, au Cap, tandis que Napoléon avait rappelé ses troupes des provinces du Portugal occultées depuis le traité de Badajoz. Elle s'attardait le plus qu'elle pouvait en Egypte, et lorsque Sébastiani s'était rendu à Alexandrie, le général Stuart, par les propos qu'il avait répandus dans la population musulmane, avait cherché à le faire assassiner. Des pamphlets, composés en anglais et en français par des émigrés, répandaient sans cesse contre le gouvernement français des calomnies
aussi odieuses qu'absurdes, mais qui n'en faisaient pas moins leur chemin. Des agents royalistes venaient sur des bâtiments anglais en jeter des ballots sur les côtes de Bretagne pour réveiller la guerre civile. Enfin, l'Angleterre était restée un foyer permanent de conspirations contre le Premier Consul.
La rupture éclata à l'occasion de Malte, que l'Angleterre refusait d'évacuer. C'était, disait lord Withwortli , ambassadeur à Paris, une compensation bien modeste pour les conquêtes faites par la France en pleine paix. « J'aimerais mieux, dit Bonaparte à Withwortb dans un entretien resté justement célèbre, du 18 février 1803, j'aimerais mieux vous voir en possession des hauteurs de Montmartre que de l'île de Malte. Voulez-vous la paix ou la guerre ? si vous voulez la guerre, il n'y a qu'à le dire, nous la ferons avec acharnement jusqu'à la ruine d'une des deux nations. » Il ajouta cependant qu'au point de gloire où il était parvenu, heureux, paisible et puissant, il n'avait aucun intérêt à la guerre, et, revenant à ses projets de 1802 par un aveu hardi : « C'est une étrange témérité qu'une descente en Angleterre. Eh bien, cette témérité, Mylord, je suis résolu à la tenter. Mais pourquoi ne pas nous entendre? Si vous êtes maîtres de la mer, je le suis de la terre ; tout est possible, dans l'intérêt de l'humanité et de notre double puissance, à la France et à l'Angleterre réunies. » L'ambassadeur fut fort troublé d'un pareil langage.
Cependant, le Corps législatif devait s'ouvrir deux jours après (20 février), et le Premier Consul devait y présenter, suivant l'usage, un exposé de la situation de la République. Dans le passage relatif à nos rapports avec l'Angleterre, dont on ne pouvait se dispenser de parler, se trouvait ce passage : « Le gouvernement le dit avec un juste orgueil, seule, l'Angleterre ne saurait aujourd'hui lutter contre la France. » Cette phrase opportune retentit au delà du détroit comme un défi. Elle y excita l'indignation générale et favorisa la politique des torys. Le 8 mars 1803, Georges III adressa un message au Parlement pour demander des subsides, sous prétexte de répondre aux préparatifs de guerre de la France. Cette allégation était fausse et le cabinet anglais le savait. « La France, disait Bonaparte, tenait à honneur d'être