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PREPAJIATIFS DE DESCENTE EN ANGLETERRE

prise au dépourvu. » Même après le message royal, il demanda simplement que Malte fût remise à l'empereur de Russie, Alexandre, qui consentait à en être dépositaire. L'Angleterre refusa. Le 17 mai, lord Witliworth et le général Andréossy demandaient leurs passeports ; le 22, la paix était rompue. Avant que cette rupture ne fût officiellement notifiée, l'amirauté britannique avait lancé ses escadres sur toutes les mers à la poursuite des vaisseaux français, qui naviguaient tranquillement sur la foi des traités. Plus de douze cents bâtiments avaient été pris avec leurs passagers, les pertes s'élevèrent à 200 millions. Pour répondre à cet acte de brigandage, le gouvernement français fit arrêter tous les sujets anglais qui se trouvaient sur le territoire de la République, et défense fut faite de vendre ou d'acheter des marchandises anglaises.

Les troupes françaises occupèrent les points dont nous étions maîtres avant la paix d'Amiens. Gouvion Saint-Cyr rentra à Tarente, Otrante et Brindisi. Mortier s'empara du Hanovre, et Bonaparte déclara qu'il le garderait tant que l'Angleterre n'aurait pas rendu Malte. Il força par ses menaces le prince de la Paix, Godoï, qui dirigeait le gouvernement espagnol, :\ garder la neutralité et à payer un tribut au lieu du contingent militaire qui nous était promis, en cas de guerre, par les traités antérieurs. Mais ce n'était là que des points secondaires. Il s'agissait surtout de la descente en Angleterre dont Bonaparte avait menacé lord Witliworth. Dans tous nos ports, on se mit donc à construire des bâtiments de transport et des vaisseaux de ligne.

A Anvera, en faca de Londres, on entreprit des travaux qui devaient en faire un des grands arsenaux maritimes de la république. Aux yeux de la France, l'Angleterre était seule cause de la rupture de la paix. Aussi cette attaque décisive contre l'ennemi national excita un admirable élan. Les grandes villes donnèrent des frégates ou des vaisseaux de ligne ; les petites, des l)ateaux de moindre dimension. Indépendamment de ces souscriptions municipales, les départements s'imposaient des charges considérables : la Gironde l.COO.OOO francs, le tiers de ses contributions. D'autres apportaient leur concours en marchandises du pays. Le département de la Côte-d'Or faisait don à la nation de cent pièces de gros calibre, qui devaient être fondues au Creuzot. Le gouvernement avait ajouté un supplément à ces ressources en cédant aux Etats-Unis, pour 80 millions, la Louisiane, qu'il ne pouvait défendre et qui devait

être, un jour ou l'autre, une cause de différends entre la France et la République américaine. Les Anglais ne se préparaient pas avec moins d'activité à la défense que Bonaparte à l'attaque. Toutes les rivières d'Angleterre furent gardées par des vaisseaux de ligne postés à leur embouchure, l'entrée de la Tamise fermée par des vaisseaux rasés, une levée en masse ordonnée et tous les navires mis en réquisition.

Après la rupture de la paix, la force des choses avait ramené Pitt au pouvoir (15 mai 1804), malgré la répugnance qu'il inspirait au roi. Il essaya aussitôt de former contre la France une coalition des puissances du Nord, qui avaient déjà réclamé contre l'invasion du Hanovre et de Naples. Il empêcha la Prusse d'accei>ter le Hanovre et l'alliance de la France. Mais, comme l'Angleterre montrait une ambition au moins égale à celle de son adversaire et que la rupture lui était imputable, ses efforts diplomatiques n'aboutirent pas tout d'abord.

Le cabinet anglais faisait d'ailleurs appel à d'autres moyens. Georges Cadoudal, avec son appui et ses subsides, avait organisé une nouvelle conspiration pour assassiner le Premier Consul et rétablir les Bourbons. Il débarquait à la falaise de Biville, entre Dieppe et le Tréport. Parmi les conjurés se trouvaient les frères de Polignac, le marquis de] Rivière et le général Pichegru, qui s'était échappé de Cayenne. Mais on ne pouvait avoir quelque espoir de réussir qu'avec l'appui d'un général ayant de l'action sur l'opinion, et l'on songea au général Moreau, que l'on considérait comme le chef de l'opposition républicaine.

L'armée du Rhin avait conservé des sentiments d'hostilité contre l'armée d'Italie et son chef, qui semblaient avoir absorbé à eux seuls la puissance et la gloire. Un officier de cette armée, Delmas, s'étant vu proposer dans un restaurant du veau à la Marengo, « Non, garçon, répliqua-t-il , donnez-moi du bœuf <à la Hohenlinden. » Mais les conjurés se faisaient illusion, s'ils croyaient que cette rivalité militaire pouvait conduire jusqu'à la guerre civile. Moreau lui-même, qui était modéré et patriote, n'aurait pas commis la faute qui devait le perdre, s'il n'y avait pas été poussé par sa femme, M'" Hulot, et par sa belle-mère.

C'était cependant Joséphine qui avait fait ce mariage. M'" Hulot avait 'été la compagne d'Hortense de Beauharnais chez M"" Campan. Mais, fière, vindicative, elle s'irritait de la différence que la fortune avait mise entre M""' Moreau et M°"' Bonaparte. Elle n'avait pas pardonné à-Joséphine de l'avoir fait longtemps attendre, un

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