‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 171 sur 389 · FULTON · texte numérisé non relu

FULTON

TOEPILLES.

anglais. Bonaparte, alors Premier Congul, attendait qu'il en eût fait sauter un pour lui acheter son invention. Mais l'occasion échappa à Fulton et Napoléon se lassa d'attendre. Bonaparte et Fulton étaient cependant faits pour s'entendre. Ce que l'Américain Fulton, esprit élevé, quelque peu mystique même et passionné pour l'humanité, voyait surtout dans son invention, c'était un moyeu d'affranchir les États faibles sur mer de la tyrannie britannique. « La liberté des mers, lui entendait-on dire souvent, fera la liberté du monde. » On a reproché à Xapoléon de n'avoir pas encouragé l'invention autrement importante des bateaux à vapeur, que Fulton avait déjà expérimentée sur la Seine, à Paris, en 1802 et 1803. Avec ces nouveaux vaisseaux, a-t-on dit, le débarquement en Angleten-e était assuré. Mais de longues années étaient nécessaires pour constmire une flotte de bateaux à vapeurs, pour former des mécaniciens, pour former les matelots aux nouvelles manœuvres. Il semble, à entendre ces critiques, que Fulton proposait à Napoléon une flotte à vapeur toute prête avec des équipages tout formés. D'ailleurs, Napoléon n'avait pas besoin de ces procédés nouveaux pour réussir. Les Anglais, qui harcelaient sans cesse notre flottille, n'arrivaient à aucun résultat et perdaient plus que nous dans ces attaques. Napoléon se plaisait à applaudir aux succès de nos soldats et de nos marins dans ces

escarmouches, et à prouver même que les pig. Ul. — Ép!e du couronnement de Napoléon,

dangers maritimes auxquels il n'était pas Le diamant enchâssé an miUca de la garde est le habitué le laissaient aussi impassible que Rcgent. D'après un dessin original de la collection

les combats sur terre. ''' ''• °°'""'" "^''''•

Quelle que fût la supériorité des forces maritimes de l'Angleterre et l'expérience de ses marins, que commandaient un Nelson, un Calder, un Collingwood, Napoléon pouvait écrire^à La Touche-Tréville : « Que nous soyons maîtres du détroit pendant six heures, et nous serons les maîtres du monde. » Il avait donc formé un plan de campagne maritime, qui n'est pas inférieur aux plus belles campagnes qu'il fit sur le continent, plan dans lequel rien n'était laissé à la fortune de ce

qu'on pouvait lui enlever, pour lequel rien ne manquait, à l'exception d'un homme capable de le bien comprendre et de l'exécuter.

En effet, La Touclie-Tréville, qui commandait l'escadre de Toulon, venait de mourir dans le moment où il se préparait à passer dans l'Atlantique (20 août 1804). Ce funeste événement enlevait à la î>ance son meilleur marin, et obligeait l'Empereur à retarder sa descente en Angleterre. Elle fut remise au printemps suivant. Villeneuve, sur le conseil de Decrès, avait été choisi pour succéder à La Touche-Tréville. Lorsque le camp et l'escadre eurent été réorganisés. Napoléon donna ses ordres précis pour la campagne maritime.

Trois flottes partiront de France : l'une, de Rochefort avec l'amiral Missiessy; la seconde, de Toulon avec l'amiral Villeneuve; la troisième, de Brest avec l'amiral Ganteaume. Les trois flottes attireront à leur poursuite la flotte anglaise, ravitailleront divers points des Antilles et, réunies dans les mers de la Guadeloupe sous le commandement de Villeneuve, viendront de concert balayer la Manche et protéger le débarquement d'une armée de 100.000 hommes, pendant qu'une partie des flottes anglaises les chercheront encore dans les mers lointaines. En passant les côtes espagnoles, Villeneuve ralliera l'escadre de l'amiral espagnol Gravina. Il ne s'agit pas de vaincre la flotte anglaise, mais de l'occuper pendant le passage du détroit.

Malgré le juste espoir de succès que ces merveilleuses combinaisons pouvaient lui donner, Napoléon comprenait parfaitement toute la gravité de l'entreprise et il allait même embrasser, en mars 1805, un autre projet, aussi funeste peut-être à l'Angleterre qu'une descente dans ce pays, celui de soulever les Indes contre la domination anglaise et d'y établir la suprématie trop éphémère des Français.

Dès 1802, il avait envoyé dans l'Hindoustan le général Decaen avec la mission d'étudier le pays, de manière toutefois à ne pas inquiéter les Anglais, de bien s'informer des ressources qu'il offrait et des chances qu'on pouvait avoir de l'insurger contre le joug britannique, si la paix d'Amiens ne durait point. Decaen se mit immédiatement en relation avec les Mahrattes, le peuple le plus puissant de l'Hindoustan et le plus hostile aux Anglais. Après des études sérieuses, il écrivait à Bonaparte que l'envoi de 6.000 Français avec un matériel de guerre convenable suffirait pour renverser la puissance anglaise dans l'Inde.

Mais Napoléon ne voulait pas d'une échaufFourée. C'était une armée d'au moins 30.000 hommes qu'il comptait envoyer à Decaen. L'entreprise n'était pas cliimérique.

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