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PROJETS D'EXPEDITION DANS L'INDE. — DECAEN

Ayant des troupes réunies et prêtes à embarquer partout où il avait des escadres, à Toulon, à Cadix, au Ferrol, à Eochef ort, à Brest, au Texel, Napoléon était constamment en mesure de faire partir une armée sans que les Anglais fussent avertis, sans qu'ils pussent en deviner ni la force ni la destination.

Le projet de descente avait cela d'utile qu'il attirait exclusivement leur attention. Une attaque contre l'Inde était quelque chose de tout à fait imprévu, et ils no l'apprendraient que lorsque le débarquement aurait déjà eu lieu. Cette expédition extraordi-

Fig. 142.

acre. Dessiné par Isabey et Percier.

naire avait donc de très grandes chances de succès. Mais pourquoi courir la chance, si favorable qu'elle fût, de cette aventure lointaine, lorsqu'à quelques kilomètres de

nos côtes on pouvait aller frapper l'Angleterre chez elle ? pourquoi menacer Calcutta, quand en quelques heures on pouvait porter l'effroi dans Londres même ? Le coup était plus prompt, plus décisif. Le projet de descente en Angleterre l'emporta (mars 1805).

Dès la fin de 1804, les amiraux Villeneuve, Missiessy et Ganteaume commencèrent à exécuter les ordres qu'ils avaient reçus de Napoléon.

L'Angleterre était dans la plus vive inquiétude. Ses flottes, il est vrai, semblaient paralyser nos forces de mer, mais il suffisait d'une seule occasion favorable pour que, la flotte française arrivant à l'improviste dans la Manche, le détroit fût franchi par l'armée du camp de Boulogne : l'aristocratie anglaise aurait alors à traverser une épreuve terrible. Aussi faisait-elle tous ses efforts pour troubler la paix sur le continent. Elle parvint à former contre nous une troisième coalition.

Malgré le traité du 11 octobre 1801, le czar n'avait pas tardé à nous être hostile : il aurait voulu qu'on laissât une plus grande influence à son ambassadeur dans le règlement des indemnités germaniques; il s'inquiétait des nouveaux accroissements de la France et avait, par une note violente à la diète de Ratisbonne, témoigné hautement de son indignation au sujet de l'exécution du duc d'Enghien. Le czar était alors soumis à l'ascendant de jeunes gens qui avaient « la vanité, l'enthousiasme et l'inexpérience de leur âge ». Vainement Pahlen, qui avait bien prouvé, dans la nuit du 24 mars 1801, qu'il n'était pas précisément un esprit timoré, conseillait-il la neutralité, Alexandre envoya un délégué à Londres pour y porter un projet d'alliance. Le cabinet britannique s'empressa de conclure un traité (11 avril 1805) qui servit de base à toutes les coalitions formées contre la France jusqu'en 1814. Il fallait délivrer le Hanovre, Naples, la Lombardie, la Suisse, relever le royaume de Sardaigne, porter ses frontières jusqu'à Lyon, proclamer l'indépendance de la Belgique, donner la Lombardie à l'Autriche, l'empire des mers à l'Angleterre, la prépondérance sur le continent à la Russie et isoler la France du reste de l'Europe. L'Angleterre s'engageait à payer 200.000 livres sterling à la Russie pour l'entretien d'une armée de 100.000 hommes.

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