MORT DE PITT
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r camp de Boulogne, qu'elle occupait depuis plusieurs mois, la Grande Armée fut donc dirigée sur l'Allemagne. Elle était composée de la masse la plus considérable des forces françaises, et c'est à cette supériorité numérique qu'elle dut d'abord d'être appelée la Grande Armée, pour la distinguer des armées secondaires, agissant séparément; mais ses merveilleuses victoires et l'union incomparable qu'on trouvait en elle de toutes les vertus militaires firent prendre un sens purement moral à cette dénomination. Jamais elle ne la mérita mieux qu'en 1805.
Agnerrie depuis longtemps déjà, elle avait acquis , dans les exercices du camp de Boulogne, cette souplesse, cette discipline, cette subordination parfaite qui allait la rendre la première armée du monde. « Dans les campagnes de 1802 et 1806, disait le
maréchal Bugeaud, qui portait à Austerlitz le sac de grenadier, l'année était magnifique et d'une rare solidité. Les éléments de force et d'action j abondaient. Quelques années de paix avaient été mises à profit pour j introduire la discipline et la règle, qui succédaient aux habitudes de laisser-aller et de désordre des troupes de la Eépublique et du Directoire. L'effectif de cette armée ne dépassait pas une juste mesure. De vieux soldats, vieux bien plus par l'expérience de la guerre que par l'âge, formaient des corps d'élite très peu nombreux, rarement engagés, entourés par conséquent d'un haut prestige et portant avec eux dans l'action un effet moral considérable et toujours décisif (1). »
C'est à partir de cette dat;e que le groupement des troupes en corps d'armée fut substitué aux anciennes divisions. La division était trop faible; elle fut conservée, mais comme unité secondaire. Napoléon forma des corps composés de trois divisions et commandés le plus souvent par des maréchaux. Ces corps étaient autant de petites armées capables de supporter le choc des forces ennemies et de donner aux autres corps le temps d'arriver en ligne. Cette concentration simplifiait les ordres, car Napoléon lui-même, malgré l'étendue et la puissance de son esprit, pensait qu'il était à peu près impossible à un général de diriger avec précision plus de cinq à six unités distinctes. Enfin il forma des réserves puissantes de cavalerie, ne donnant à chaque chef de corps pour en disposer librement qu'une brigade de cavalerie légère. Quoiqu'il laissât à chaque corps d'armée une artillerie importante, il forma aussi des réserves complètes de cette arme (2).
Le plan de Napoléon était de lancer dans le bassin du Danube cette armée formidable, de marcher avec elle sur Vienne et de conserver seulement la défensive en Italie. L'Empereur occupait le Hanovre et avait des garnisons dans les principales places maritimes du royaume de Naples. Les alliés veulent envoyer des troupes anglorusses pour le chasser de l'Italie et des corps anglais, russes et suédois pour l'expulser du Hanovre. Soixante mille hommes sont destinés à ces deux expéditions excentriques. Napoléon le sait mais ne s'en inquiète point. Il n'en ordonne pas moins l'évacuation de Naples et du Hanovre. Bientôt Saint-Cyr rejoindra Masséna dans le Frioul, Bernadotte viendra prendre une part active aux opérations du Danube et après les prodigieux succès d'Ulm et d' Austerlitz, on pourra reprendre aisément les positions qu'on a abandonnées. Ces diversions des alliés devaient donc être tout à fait inutiles (3).
(1) Bugeaud cité par Troohu : L' Armée franefliat en 1867.
(2) Voir Thiera, tome V, et surtout Jomini, Vie politique et militaire de Napoléon, tome II.
(3) Jomini, De l'Art de la guerre, édition de 1838, p. 186.