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LA GRANDE ARMÉE QUITTE LE CAMP DE BOULOGNE

Le 27 août, Napoléon expédia ses derniers ordres aux sept chefs de corps de la Grande Armée. Ils devaient se mettre en mouvement dès le lendemain de la réception de ces ordres ; l'armée de Bernadette ne pouvait agir que le 2 septembre, mais pour le camp de Boulogne les ordres s'exécutèrent dès le 29 au matin ; le secret le plus grand fut observé, il ne fut confié qu'à Berthier, chef d'état-major général, et à

Fig. 146. — Vue du port et rade de Boulogne. Gravure du temps.

Daru, intendant général de la Grande Armée. Daru dut aller à Paris pour expédier lui-même les ordres, sans mettre aucun commis dans la confidence. Napoléon laissait croire qu'il envoyait seulement 30.000 hommes sur le Rhin. La rapidité n'était pas moins nécessaire que le secret pour le succès complet de ses grandes opérations.

« C'était un jeudi soir, dit Coignet, que nous devions mettre à la voile pour arriver sur les côtes d'Angleterre le vendredi ; mais à dix heures du soir on nous fit débarquer, sac au dos et partir pour le Pont de Briques pour déposer nos couvertures. C'étaient des cris de joie. Dans une heure toute rartilleric était en marche pour la belle ville d'Arras. Jamais on n'a fait une marche aussi pénible. On ne nous a pas donné une heure de sommeil : jour et nuit en marche par pelotons. On se tenait par rang les uns aux autres

pour ne pas tomber. Ceux qui tombaient, rien no pouvait les réveiller. Il en tombait dans des fossés ; les coups de plat de sabre n'y faisaient rien du tout. La musique jouait, les tambours battaient la charge, rien n'était maître du sommeil. Les nuits étaient terribles pour nous. »

Il fallait bien que Napoléon, au risque d'exténuer ses tro.upes, marchât à l'ennemi avec cette rapidité. S'il lui laissait le temps de s'avancer jusqu'au Rhin, il prévoyait que l'Allemagne entière se jetterait dans la coalition. L'électeur de Bavière hésitait lui-même iV s'allier avec nous.

On le savait personnellement attaché à la France, dans les armées de laquelle il avait servi comme colonel avant d'être électeur (1). Il professait en outre une admiration et une amitié très sincères pour Napoléon. Son ministre, M. de Montgelas, partageait ses idées et ses projets de réforme. Tous deux avaient eu à se plaindre du clergé au sujet de la sécularisation, des moines, et de la noblesse au sujet de l'égalité des droits. Enfin, la Bavière devait déjà à la France un notable agrandissement. Tous ces motifs poussaient l'électeur à embrasser l'alliance française. Mais à la cour il y avait un parti favorable aux Autrichiens. Il était conduit par l'électrice, sœur de l'impératrice de Russie et de la reine de Suède, et élevée comme elles dans la haine de la France. Ses qualités d'épouse et de mère de famille lui donnaient sur sou mari une influence considérable, et le pauvre électeur était bien embarrassé pour savoir s'il céderait à sa sympathie pour la France ou à son amour pour sa femme. Elle lui représentait son premier ministre comme un de ces révolutionnaires qui avaient renversé en France le pouvoir monarchique et l'engageait à le renvoyer. Dans cette incertitude, l'électeur offrit sa neutralité aux deux puissances belligérantes. Elles ne l'acceptèrent pas et leurs ambassadeurs luttèrent pour emporter d'assaut l'alliance de l'électeur, qui devait procurer au vainqueur une armée de 30.000 hommes. L'ambassadeur français l'emporta. Les Autrichiens avaient ouvert les hostilités avant l'arrivée des Français en Bavière et marchèrent sur Munich. L'électeur, dans les plus grandes perplexités, entra en négociations avec eux, et sans doute il aurait traité, tourmenté qu'il était par le souvenir des tribulations éprouvées par son ancêtre Charles VII, lors de son alliance avec la France contre Marie-Thérèse. Mais l'ambassadeur français réussit à l'emmener à Wurtzbourg avec tout le corps diplomatique. Il fit venir en toute hâte Marmont et Bernadette, qui étaient, le premier à Mayence, le second en Westphalie. Alors Maximilien, se voyant en sûreté au milieu des troupes françaises, ordonna aux siennes de mêler leurs drapeaux aux drapeaux français et signa a\'ec notre ambassadeur un traité d'alliance formel, en le priant d'en retarder la publication jusqu'à l'arrivée de Napoléon lui-même, afin de ménager la sensibilité de l'électrice.

(1) Sur toutes ces négociations, voir Pelet de la Lozère, Napoléon au Conseil d'État , p. 96 et suirantee, et Lefebvro, Histoire det cabinets de l'Eurojie pendant le Consulat et l'Empire, tome II.

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