LA VEILLE DE LA BATAILLE
paille après leurs baraques et les allumèrent. On se les allumait les ims aux autres, une dans chaque main, et tout le monde de crier « Vive l'Empereur ! » et de sauter. Ce fut le signal de tous les corps d'armée. La musique jouait et les tambours battaient aux champs. Les Russes pouvaient voir de leurs hauteurs, à plus de cent pieds, sept
Fig. 159. — Bataille d'Austerlitz (2 décembre 1805). D'après Swebach et Dnplessis-Bertanx.
corps d'armée, sept lignes de feux qui leur faisaient face. » (Mémoires du capitaine Coignet.)
Sur l'ordre de Napoléon, Davout avait reculé peu à peu, le 2 au matin, devant l'attaque de l'aile gauche des Russes et l'avait entraînée assez loin du centre, de manière à l'engager entre les étangs et la droite française. Au centre, Napoléon contenait le maréchal Soult, impatient d'attaquer le plateau de Pratzen. « Attendons, disait-il ; quand l'ennemi fait un faux mouvement, il faut se garder de le déranger. » Le moment venu, il lance le maréchal sur la position d'où dépend le sort de la bataille. A la gauche, en entendant le canon de Pratzen, Lannes et Murât prennent l'offensive. Ils avaient eu affaire à de
grandes masses de cavalerie et à une artillerie formidable, qui leur avait fait éprouver de fortes pertes. « Une décharge enlève en entier le rang de tambours du premier régiment de CafFarelli (1). On répond à cette rude canonnade par le feu de toute notre artillerie. Dans ce combat à coups de canon, le général Valhubert a une cuisse fracassée par un boulet. Quelques soldats veulent l'emporter : ce Restez à votre
Fig. 160. — La bataille ci'Austerlitz. Dossinci par swebacli , grave par LlupiussU-Bertaux.
poste, dit-il, je saurai bien mourir tout seul. Il ne faut pas pour un homme en perdre six. » (Thiers.)
Cependant, de ce côté, les Russes avaient été obligés de reculer, nous laissant 4.000 prisonniers. Mais au centre, vers le plateau de Pratzen, le combat avait redoublé d'énergie. Les Russes comprenaient la faute qu'ils avaient faite et voulaient le conserver à tout prix. Il y eut un mémorable engagement entre la cavalerie de la garde impériale russe et la cavalerie de la garde impériale française, les chasseurs à cheval avec les Mameloucks, sous le général Rapp, puis
(1) Frère du général blessé mortellement à Saint-Jean d'Acre.