‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 188 sur 389 · AUSTERLITZ · texte numérisé non relu

AUSTERLITZ

les grenadiers à cheval sous Bessières. Un Mamelouck revint à trois reprises apporter un étendard à l'Empereur; à la troisième, l'Empereur voulut le retenir; mais il s'élança de nouveau et ne revint plus. Il resta sur le champ de bataille. Bientôt Rapp arrivait au galop auprès

Fig. 161. — Entrevue de Françoia II et de Napoléon, à Avisterlitz. Tableau de Prud'hon. Musée du Louvre.

de l'Empereur : il était couvert de sang et amenait le prince Repniu qu'il avait fait prisonnier. Pendant ce temps, trois régiments d'infanterie de ligne repoussaient l'infanterie de la garde russe. Le plateau de Pratzen nous est enfin abandonné. Il était une heure de l'après-midi. La victoire était certaine. L'attaque de Soult sur ce plateau avait coupé en trois l'armée ennemie. Lannes, Bernadette et Murât écrasent la droite et la rejettent sur Austerlitz. La gauche,

effrayée de se voir coupée et prise en queue par Soult, hésite et cherché une retraite. Mais Davout, qui se tenait jusque-là sur la défensive, l'attaque à son tour. Elle tourbillonne et quelques régiments se précipitent dans leur aveuglement sur les étangs glacés de Menitz pour gagner la route de Brunn. Napoléon fait tirer à boulet sur les étangs, la glace est brisée et les fuyards sont engloutis. L'héroïque résistance de la division Doctoroff sauva tout ce qui pouvait être sauvé de l'aile gauche russe. 20.000 tués ou blessés, autant de prisonniers parmi lesquels 10 colonels et 18 généraux, 200 pièces de canon, telles furent les pertes de cette armée qui se croyait si sûre de la victoire et qui avait montré tant de courage. Nous avions perdu 7.000 hommes tués ou blessés. On comptait parmi les morts le général Valhubert, les colonels Morland et Mazas (1). ce J'ai livré trente batailles comme celle-ci, disait Napoléon; mais je n'en ai vu aucune où la victoire ait été si décidée et les destins si peu balancés. » Austerlitz est en effet le nom le plus éclatant de l'histoire militaire. Les soldats avaient été dignes de leur chef. Napoléon leur adressa le jour même du combat la proclamation suivante.

« Soldats,

ï Je suis content de vous ; vous avez à la journée d' Austerlitz justifié tout ce que j'attendais de votre intrépidité. Vous avez décoré vos aigles d'une immortelle gloire. Une armée de 100.000 hommes, commandée par les empereurs d'Autriche et de Eussie, a été en moins de quatre heures ou coupée ou dispersée. Ce qui a échappé à votre fer s'est noyé daus les lacs ; 40 drapeaux, les étendards de la garde impériale de Eussie, 120 pièces de cauon, 20 généraux, plus de 30.000 prisonniers sont le résultat de cette journée si célèbre (2). Cette infanterie tant vantée et en nombre supérieur n'a pu résister à votre choc, et désonnais vous n'avez plus de rivaux à redouter. Ainsi en deux mois cette troisième coalition a été vaincue et dissoute. La paix ne peut plus être éloignée. Mais, comme je l'ai promis à mon peuple, avant de passer le Rhin, je ne ferai qu'une paix qui nous donne des garanties et assure des récompenses à nos alliés. Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous ramènerai en France.

(1) Leur nom est rappelé encore à la mémoire par des places ou des rues situées dans le voisinage du pont d' Austerlitz.

(2) On ignorait encore les chiffres exacts.

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